mardi 30 janvier 2007

La société des hommes.‎

écrit le 29 janvier 2007.
Bonjour Alliolie.




Je suis de très mauvaise humeur. Vous allez le constater. Et je ne crois pas que le temps qui passe va arranger la situation. J’ai décidé d’être de très mauvaise humeur, et comme seuls les imbéciles ne changent pas d’avis, je ne change pas d’avis.



Hier lundi, une heure d’écriture m’a retenu après l’turbin pour vous commenter la politique comparée du plein emploi chez les huns et chez les autres. J’ai tout inscrit dans la case, j’ai posé mon clic sur publier, j’ai recopié les lettres mouvantes, et hop, disparu sans laisser de trace. Tant mieux, c’était nul.



Je vais donc recommencer, sans plus vouloir réfléchir davantage, et ce sera pire. Tant mieux pour vous. L’heure n’est plus aux subtilités, et l’on sait bien qui gagne toujours dans la grande bataille de la brute contre le maladroit. Il vous fallait une réponse, je ne pouvais me défiler.




Le plein emploi. D’évidence en lisant les programmes les deux discours sont très différents. L’usage de mots semblables et des formules cauteleuses qui s’allongent d’un côté comme de l’autre, il faut bien ratisser large des deux côtés et n’effaroucher personne, ne peut empêcher les deux textes de bien s’ancrer chacun dans son idéologie. N’y voyez aucun blâme, l’idéologie est un des ressorts essentiels de la politique, et prétendre s’en affranchir est une façon comme tant d’autres de tromper le client.




Le PS n’est pas moins idéologue que l’UMP, mais pas davantage non plus, les évidences « libérales » n’ayant d’évidentes que la manie de nous en faire le bourrage de crâne depuis la plus tendre enfance. N’exagérons pas, le lycée suffira pour remonter le temps, les premiers cours de civilisation, d’économie, d’histoire, de géographie, tout est bon pour diffuser la bonne parole de l’évidence future.



Idéologie. Je vous assène un axiome que je ne démontrerai pas, puisque c’est un axiome, sinon j’aurai écrit théorème, ni démontrable ni réfutable, il relève du choix fondamental et le nier revient à me nier. On peut parfaitement me nier, ce n’est pas grave, je suis un soixante millionième du peuple français, un six milliardième de l’humanité, au mieux. On peut le prendre ou le jeter, s’ensuivra ce qui devra s’en suivre.




Axiome. Un ensemble humain ne peut porter ce nom d’humain qu’à partir du moment où chacun de ses éléments y a sa place. L’ensemble peut être une société, une nation, une culture, une langue, une civilisation, une tribu, une entreprise, un clan, une famille, un groupe, un club, une association, une classe, bon, nous ne jouons pas au jeu des inventaires à la Prévert. La préférence que je semble parfois donner au collectif ne va donc pas sans une exigence fondamentale pour l’individu.



Attention, phrase longue.



De ce fait, une société qui se satisfait d’un chômage, même très faible et a fortiori très élevé, une société qui néglige ou méprise ou rejette ceux qui meurent sur les bouches de métro, je ne fais pas du misérabilisme vous savez comme moi qu’ils sont nombreux, et qui s’imagine que l’aumône va suffire à soulager autre chose que la bonne conscience du passant, une société qui se prétend conquérante parce qu’elle va récompenser les gagnants, elle dit les meilleurs, et écraser les perdants, elle dit les paresseux, une société qui pense réussir parce qu’elle se gonfle d’excellence, est perdue, définitivement perdue. Elle crèvera de boursouflure, comme la grenouille de la fable, et nul n’en entendra plus jamais parler.



Ils crèveront tous, les membres de la société, autant ceux qui s’y croyaient vainqueurs que ceux qui courbaient la tête et rasaient les murs, le fichu monde des incapables et des fainéants, mon monde à moi. Une société où le seul souci quotidien d’une grande partie des individus qui la composent est simplement de survivre jusqu’au soir, et sans même que cette partie là soit majoritaire. Elle s’en réjouit, cette société, sous prétexte de mérites à reconnaître et d’excellence à récompenser, mais elle ne peut en aucun cas être qualifiée de société humaine ; elle ne mérite, puisqu’il est question de mérite, aucun respect du pauvre bon qui écrit ici. Elle s’en moque, la société, de mon non respect, et je me moque qu’elle s’en moque.



Une société qui sous prétexte de comptabilité laisse sur le bord de la route toutes ces forces et ces envies qui lui seraient si utiles si elle savait ouvrir l’œil, une telle société aux œillères de chiffres doit être bannie de la planète. La tâche est immense, rien qu’à combattre les évidences, rien qu’à refuser la trahison des calculs.



Je sais de quoi je parle. Vous me demandiez ce que je fais. Voilà ce que je fais : on me donne de grands tableaux de chiffres comme des draps de lits, je ne lis et ne retiens que celui qui est en bas à droite, et je prends les décisions qui fâchent. De ces décisions où, soi-disant, il y en a là-bas qui n’ont plus rien à faire dans la société. Plus j’en trouve, plus la prime est bonne, ce qu’on nomme la récompense du gagneur. Et un jour, je me désignerai moi-même, c’est l’évidence et ce sera le fleuron de ma carrière.



Les grands esprits ricanent, je le sais, au motif que je fais dans la bonnerie. J’ai découvert le mot il y a peu et, bouche bée, je me l’attribue. Trop facile la bonnerie, on se vautre dans l’angélisme et on oublie la dure réalité de la vraie vie. Gonflez-vous les poumons, grands esprits. Profitez tant qu’il reste un peu d’air. Le seul mérite que je reconnaisse à la politique est de vouloir se donner les moyens, dans la dure réalité de la vraie vie, de la rendre moins dure. Depuis le chef de la tribu paléolithique jusqu’au chef de cabinet du sous-ministre de la condition des extincteurs.



Voilà, c’est fini.

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