mardi 10 juillet 2007

Encore du pillage

Le billet de Luciole. J’écris mal et peu et je continue à piller sans vergogne les riches salons de causerie. Après Sylviane, voici Luciole. Si vous n’aimez pas les vilains copieurs, passez votre chemin, et allez voir directement chez elle, vous ne serez pas déçus.

Ouvrons les gais yeumets.

(Avertissements, ce texte peut blesser certaines sensibilités, il entre dans la catégorie je touche au tabou de ma mère.)

Deux soeurs et leurs familles respectives décident de se retrouver pour un samedi. Elles ont prévu de se faire une après midi fifille avec soin capillaire et autres, pendant que les hommes et les enfants s'occuperont réciproquement d'eux. Mais la mère des deux soeurs harcèle l'aînée d'entre elle pour qu'elle vienne lui rendre visite ce week-end là précisément. Avec les arguments classiques des mères insupportables qu'on retrouvent toujours dans ce genre de série. " Je me sens si seule, le Week-end d'après il y a un tel qui vient et après c'est machin, j'ai tellement envie de te voir, ça fait si longtemps, je n'ai que ce week-end là de libre, je me sens si seule" etc, dans le désordre et en boucle. Le personnage de la mère a plusieurs caractéristiques, genre vieille ex bourgeoise alcoolique ou vieille ex alcoolique bourgeoise, ça marche dans les deux sens.

Les deux soeurs conviennent d'un compromis. Elles iront ensemble chez leur mère et se prendront quand même leur petit temps de fifille pour soin capillaire et autres coquetteries. L'une d'elle, la plus jeune décide d'y aller sans sa famille, ne pas imposer à son homme cette visite qu'elle sait ennuyeuse, laisser son bébé de quelques mois tranquillement à la maison pendant que les dents font leur sérénade, et se prendre une journée au vert, un peu tranquille (il lui reste quelques illusions sur la tranquillité d'une telle journée).

Le fameux week-end arrive. La mère accueille ses deux filles, s'approche de sa plus jeune et lui dit la réplique qui en général attire les applaudissements et les fous rires du publique dans les sitcoms américains. Cette réplique caricaturale mais savoureuse : " Dis donc, ma chérie, tu n'est plus enceinte, faudrait que tu fasses attention maintenant" le tout accompagné d'un geste condescendant, petit tapotement du ventre encore flasque de la encore récente accouchée.

S'en suit quelques répliques bien acide de part et d'autres, quelques excuses insincères : " oh, excuses moi, ça va!" de la mère avec justification de sa méchanceté à cause de son grand age " c'est l'age tu sais je ne me rend plus bien compte" et des "mais bien sur" de la fille qui finira dans le jardin pour se calmer et ne pas céder à la tentation de la gifler comme on giflerai un mufle, un goujat du même acabit.

L'ambiance est plantée pour la journée.

On parsèmera le tout d'autres odieusetés du même genre de la part de la mère et d'autres répliques bien senties de la part de la plus jeune fille.

On finira sur les confidences, à part, dans la cuisine, entre l'aînée des deux filles et la mère, afin que cette dernière puisse justifier ses paroles par un mensonge énorme qui achèvera de caricaturer le personnage. Un mensonge du style : " Tu sais ma chérie, c'est vrai que j'ai été maladroite, mais si je lui ai dit c'est parce que la dernière fois qu'elle est venue avec son homme, il m'a demandé de lui en parler parce que c'est un problème. Surtout ne lui répète pas hein..." évidemment l'aînée s'empressera de le répéter à la seconde qui finira par en rire n'ayant évidement pas le moindre doute sur son homme et se trouvant finalement fort démuni face à l'incroyable culot d'un tel mensonge.

Ne trouvez vous pas que j'ai là un excellent épisode pilote d'une nouvelle sitcom à l'américaine ? Finalement je devrai aller plus souvent chez ma mère, j'arriverai sans doute à écrire une série entière ...

Fermons les gais yeumets.

Parfois j'ai envie de prendre le parti des parents. Puis je me dis, ne serait-ce qu'en lisant Luciole, ses mots de réconfort là-bas et d'humour ici, que chacun voit 14 heures à la porte de midi.

Puis je me dis qu'il y a le grave et le moins grave, et qu'on ne peut éternellement comparer l'incomparable. Les mères et les filles, vieux marronnier des magazines prétendus féminins, et fond de commerce des écrivaines en banalité de tout poil, se confrontent toujours et comme peuvent le faire de leur côté pères et fils, parfois en mode mineur, parfois en majeur sévère, et chacun doit savoir s'y résoudre, aimer malgré tout sa mère ou son père et leurs ruses éculées pour tenter de se croire encore en charge, encore en vie parfois.

Aimer malgré tout son fils ou sa fille et leur difficulté à s'affranchir du regard du vieux ou de la vieille.

On ne s'affranchit jamais du regard de ses parents, même devenus vieux et même s'ils sont morts. On ne peut jamais s'avouer vaincu par ses enfants, même devenus parents à leur tour, même devenus hostiles résolument et définitivement. Voilà.

L'humour devant ce mal d'humain reste la seule preuve qu'on est adulte, si tant est qu'être adulte est une bonne chose. J'avoue être incapable de l'humour de Luciole tant face à l'ascendance que face à la descendance, et bizarrement en contradiction avec les idées reçues, face à celles du sexe opposé. La mère de moi, ma fille de son père. L'humour ravageur de mon père m'a sauvé de l'habituel conflit de mâles.

Je finis par ne plus trop savoir où je suis.

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