mercredi 8 avril 2009

La Vérité toute nue. #3/4 : De Tiepolo à Bianca.

De Tiepolo à Bianca.

J’étais un peu hors sujet, non ? Tu sais bien que non, tu me connais assez et tu seras assez grand pour faire les liens qui conviennent. Juste pour le dire, un piteux cavalier, on dit cavaliéré en italien en roulant l’air et en aiguisant les œufs, s’est récemment ému d’être nargué par le sein qu’il ne saurait voir de la vérité nue alors qu’il l’avait lui-même choisi. Probablement à cause du délicat modelé imaginé par Tiepolo, de sa sensualité vénitienne.

Je te laisse maintenant, voici que s’approche la dame dont je t’ai parlé, dame oui parce que je suis très respectueux, mais dame non parce que avec elle nous ne serons jamais dans le confortable et le prêt-à-penser. Tornade frisée, je pourrais dire. Ma copine Tornada, Tornada Bianca. Prenons l’air étonné.

Bonjour Tornada, quelle surprise ! Justement je passais dans le coin, je peux entrer ? Tu as raison, c’est très cavalier de débarquer sans crier gare dans ton salon, mais ne fais pas semblant, il y a un bon moment que tu me vois venir, non ? Et que tu sais que je ne suis pas dans le coin par hasard.

Vois-tu, j’ai lu quelque part dans tes écrits que la qualité première, l’une d’elles au moins et primordiale à coup sûr du journaliste était d’être objectif. Enfin, je t’ai lue ainsi. Tu l’écrivais au sujet de l’éditorial incriminé, voilà, je le savais que le mot éditorial reviendrait. Un journal même gratuit est un journal, et l’éditorial d’un journal est donc écrit par un journaliste, c’est au moins ce que l’écriveur subtilement tentait de nous faire accroire en intitulant son billet éditorial. Le mot constituait ainsi une partie du masque, un mécanisme du piège.

Le lecteur l’aura ingéré sans même y penser, et laissera gambader son temps de cerveau disponible pendant qu’il sera en train de choisir des cadeaux pour des enfants qu’il souhaite voir sourire, que ce soit pour de fortes ou de faibles raisons. Insidieusement, le message va l’infiltrer et se capillariser dans ses matières perméables tandis qu’il a la tête ailleurs. J’ai bien compris que cette traîtrise là est celle que tu dénonces de toute ta fulminance professionnelle et citoyenne. Ne crains pas que je veuille défendre l’indéfendable, il est des diables dont je ne serai jamais l’avocat. Alors pourquoi y-a-t’il quelque chose qui cloche là dedans ? J’y retourne immédiatement.

La semaine dernière, à peu près, une émission de bonne tenue bien que débat télévisé, mais Yves Calvi sait tenir son monde, traitait pour la cent-millionième fois de la crise et de ses remèdes et de ses plans de relance et de ses responsables. ‘Aliénor tenait à la suivre et la télé tournait tandis que je vaquais. Je me souviens vaguement du crâne de Monsieur Moscovici et de la bouche de Monsieur Devedjian. Il y avait aussi quelques journalistes et autres contradicteurs, et les inévitables experts de tous bords.

« Vous êtes journaliste, vous DEVEZ donc être objectif ! » s’exclama soudain l’un d’eux, et je me suis figé dans mes allées et venues affairées. Monsieur Devedjian venait de s’énerver et interpelait en ces termes un journaliste qui visiblement était dubitatif et suspicieux devant les faits que nous assénait le ministre de sa hauteur et de la relance par-dessus le Marché, majuscule. Le ton et le regard de Monsieur Devedjian étaient rien moins que menaçants et révélait plus que n’importe quel projet de loi la façon dont lui-même et les équipes qu’il accompagne aimeraient bien assaisonner ce journaliste et ses semblables.

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