mardi 7 avril 2009

La Vérité toute nue. #2/4 : Trop belle pour moi.

Trop belle pour moi.

Cette histoire pitoyable et inquiétante m’a conduit à réfléchir à l’usage du masque et à la notion de journaliste. Je dis bien la notion, je ne prétends pas vous éclairer sur le métier de journaliste, même si j’ai un cousin qui connaît un homme qui a vu l’ours dont l’oncle était journaliste ce qui me donnerait toute compétence pour trancher et pérorer ; malgré tout, je sens qu’il rôde aux environs de derrière mon épaule des professionnels de la profession à l’écoute pointilleuse et à la chatouilleuse rigueur, et assez férus de journalisme pour parfois l’enseigner comme peu savent l’enseigner à en croire la rumeur du tour. Ce sera journalisme vu de ma lorgnette d’ignorant et de ma cervelle d’usager.

Notion. Le mot pourrait être remplacé par costume. Voilà, le costume de journaliste, puisque je te parle de masque, comme un habit qui ferait le moine. Le costume a été endossé par l’écriveur, le costume lui a servi de masque pour avancer en terrain découvert, utilisant comme paravent l’idée dont nous sommes imbibés de toujours sans y avoir pensé que le journaliste est objectif. Voilà le mot lâché, objectif. La professionnelle chatouilleuse elle-même s’accroche à cette idée et la revendique. Un faux journaliste ne sera pas objectif mais habillé du costume pourra le prétendre sans le dire, un vrai journaliste n’a pas besoin de costume et sera objectif. Modeste écriveron qui n’a jamais approché de vrai journaliste en chair et en os, je serais bien incapable de contester cet axiome, ce fondamental dirais-tu toi qui viens d’ovalie, bien incapable de présenter une doctrine différente.

Je ne puis vraiment te contester, chère amie professionnelle, et pourtant je ressens comme une gêne aux entournures. Je vais m’efforcer de débroussailler cette gêne, de te la dire, en négligeant mon copain d’ovalie à qui je causais encore il y a trois lignes, ou deux selon la police. Tu as lu mes élucubrations depuis belle lurette, certaines d’entre elles au moins. Tu as dû remarquer que j’avais une sorte de recul philosophique, une méfiance ontologique, face à la Vérité. Qu’elle soit religieuse, politique, scientifique, factuelle, historique, ajoute les mentions oubliées, la Vérité qui s’affiche me pousse à gratter là où c’est interdit, caresser aussi comme un voyeur pervers qui aime déboulonner les statues les nuits de pleine lune.

Caresser au moment d’abandon quand plus personne ne regarde et que la nuit est douce, juste pour voir, juste pour qu’elle me laisse entrouvrir la pudique toge, juste pour lui faire un enfant car elle est trop belle pour être vraie. Gratter au bon endroit en commençant doucement.

Je te supplie de te souvenir que je ne suis pas pour autant un relativiste mou, selon qui tout se vaut histoire de ne fâcher personne, histoire de fuir les conflits. Le conflit est le sel de la terre et le chemin nécessaire à la lumière, il ne faut pas l’éviter, il faut le chercher, il faut même l’inventer là où tout semble dormir en paix. Ma méfiance face à la Vérité, comme mon désir, ne passera pas par accepter l’inacceptable ; ce sera juste un exemple en passant pour quelques points sur des zi, les thèses révisionnistes, et le mot thèses est mal choisi prétentions est plus exact, ne relèvent en rien d’un juste questionnement sur je ne sais quelle vérité, mais de tentatives de réhabiliter l’impensable. Il est toujours un moment où s’arrête la ci-devant interrogation, le doute, les miens.

Un moyen de s’en apercevoir est que là, la Vérité est si laide qu’on ne peut la caresser ni même l’humer. On la range dans un tiroir à mémoire, et on la sort de temps en temps pour être sûr de ne pas l’oublier, de ne pas oublier qu’un jour, on pourrait bien en être, des bourreaux ou des victimes.

La tolérance ne permet pas que l’on tolère le crime sous prétexte de liberté de penser.

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