lundi 9 janvier 2012

Inconciliables intouchables

Il y a un bon vieux syndrome qui rôde: lorsqu'un film rencontre un accueil public enthousiaste, en d'autres termes s'il est un grand succès commercial, il devient suspect, et ce qui n'aurait dû être que réserves et méfiance devient péché mortel, aux yeux du tout un chacun à qui on ne la fait pas.

Le film manie avec complaisance les stéréotypes, c'est un fait, c'est même un parti pris. Il fallait que ce parti fût pris pour cette histoire, et donc il faut jouer ce jeu là. Le film n'est ni un reportage sur la banlieue, ni un reportage sur la condition du handicap en France. C'est un conte. Et comme tous les contes, il se construit sur une base stéréotypée.

On pourra objecter que c'est une histoire vraie. Rien ne m'agace autant dans la promotion des films (ou des livres) lorsqu'on m'annonce à grandes trompettes que c'est une histoire vraie, comme si d'être vraie rendait l'histoire plus intéressante, plus émouvante, plus crédible même qu'inventée de toute pièce. Jean Valjean n'a pas existé, ni Salammbô, ni Rastignac. N'en sont-ils pas moins présents et vivants en nous depuis que nous les avons lus?

Exit l'histoire vraie. Reste le conte. Reste la représentation d'une confrontation de deux mondes inconciliables, les fameux stéréotypes. Confrontation qui ne comporte aucun compromis de part et d'autre, il ne s'agit pas de montrer je ne sais quelle tolérance, quelle compatibilité, quelle compréhension rassurante. Les caricatures bourgeoises et populaires restent intactes jusqu'à la fin.

Et pourtant, ces deux mondes vont se connaître, et c'est cela le film. Le reste n'est que décor, des escaliers des HLM à l'hôtel particulier, du grand costaud au paraplégique. Et c'est cela que le grand public que l'on dit ignare a aimé, moi avec.

C'était mon piquant du nouvel an. Bonne année à tous.

Enregistrer un commentaire