dimanche 5 mai 2013

Enfantillage

Enfantillage

C’est l’arbre de Noël de papa, le bureau de papa fait un arbre de Noël, c’est papa qui l’a dit. On va avoir des cadeaux pour moi et pour mes frères mais c’est pas les mêmes ils sont plus petits. Ma sœur n’a pas de cadeau c’est un bébé elle ne vient pas à l’arbre de Noël. Il y aura du cirque et je n’aime pas trop le cirque, les clowns seulement ils me font rire, quelquefois je ris quand j’entends tout le monde rire mais je ne sais pas.
 
Je n’aime pas quand on est serrés dans la foule je ne vois rien il fait chaud et maman est énervée. Là-bas c’est les cadeaux qui sont sur les tables des gens attendent et avancent doucement en poussant, on me pousse et j’étouffe contre mon frère et maman qui porte le plus petit heureusement le bébé est resté à la maison. Je veux rentrer mais je ne peux pas il y a encore le cirque à regarder il y aura peut-être les clowns papa a dit qu’ils viendront et qu’ils seront rigolos mais j’ai trop chaud je veux rentrer.
 
Avec mon gros paquet je monte les marches serré contre moi pour ne pas le perdre il est lourd. Il y a beaucoup de bruit et j’ai peur, la peur descend du plafond très haut très sale, on dirait qu’il est très sale, je tremble un peu mais je serre fort le paquet. Papa a trouvé la place des billets et on s’assoie, il y a des vélos qui tournent sur la piste ils font la course et au milieu plein de gens avec des tables et des projecteurs qui m’éclaboussent. Très loin on joue de la musique c’est le bruit qui me casse les oreilles et le monsieur qui crie dans le haut-parleur mais je ne comprends rien.
 
Je suis assis à côté de maman et de mes frères et papa est à l’autre bout. Il me crie que nous sommes au Vel’ d’Hiv’ et toujours il y a des vélos qui tournent parce que Vel ça veut dire vélo, mais bientôt ce sera le cirque regarde ils installent la cage pour les lions, et les clowns aussi. Mais je continue à trembler et maman pose la main sur mon front, elle est glacée sa main j'aime bien mais elle fait la grimace. Je n’ai pas envie de regarder, j’ai mal et j’ai peur, je ne sais pas où j’ai mal et je ne sais pas pourquoi j’ai peur, la chaleur, la salle immense, encore plus grande que tout à l’heure qui pourtant m’écrase, les grands poteaux du plafond, les projecteurs en plein dans la figure, la foule agitée devant moi, il y a la rambarde rouge heureusement et je peux voir par en dessous. On est très haut.
 
Papa s’en va mais il revient au bout d’un moment avec un verre d’eau, il me le donne et je bois trop vite, j’en renverse sur moi. Mes frères pleurent parce qu’ils n’ont rien mais maman encore plus énervée se fâche et dit que c’est moi qui bois. Puis elle dit on va s’en aller le grand n’est pas bien mais mes frères pleurent encore plus pour rester et papa dit ça commence taisez-vous. Je ne sais pas. Au bout d’un moment on est parti quand même et on a même pris un taxi maman moi et mon petit frère, je n’avais plus mon paquet.
 
Voilà.
 
Mes souvenirs s’arrêtent là, uniques souvenirs du Vel’ d’Hiv quand j’ai attrapé la scarlatine au moment de l’arbre de Noël du bureau de papa, et personne ne me fera croire que seul le microbe avait décidé de se déclencher là, en ce lieu précis de peur et de vacarme. Après on l’a démoli.

-    Ecrit le 9 avril 2013.

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