lundi 14 mai 2007

Préjugés et simplismes

Bonjour.

Voilà longtemps que je ne suis pas venu chez moi. Je suis ailleurs, l'esprit ailleurs, le corps ailleurs, et moi-même je ne me sens pas très bien. Pourtant, je vais vous faire un billet en total désaccord avec mes principes, quant à la forme. Pas de brouillon, pas de langue tournée sept fois, pas de métier cent fois, et le reste. Direct, du cerveau au clavier, primaire et sanguin.

Question de temps, question de paresse aussi. La forme et le fond sont inséparables et ce que je vais proférer sera donc aussi faible sur l'un et sur l'autre donc faible tout court. Le temps m'est court, de toutes façons, et puis je fais ce que je veux, argument ultime de parfaite mauvaise foi.

Il s'agit d'un sondage, encore un, dont les sondeurs insondables ont le secret, et aux termes duquel l'antisémitisme serait en pleine croissance en Europe.

Je veux bien le supposer, mon propos n'est pas de nier un phénomène possible et malheureusement vraisemblable, pour lequel je n'ai aucun instrument de mesure. Justement, me dit le sondeur, j'en ai un et je mesure la montée de l'antisémitisme. J'ai posé quatre questions à travers l'Europe, à savoir:

Ouvrez les guillemets:

"
Les auteurs de l'enquête ont retenu comme critères les réponses aux affirmations suivantes : que les Juifs sont plus loyaux envers Israël qu'envers leur propre pays; qu'ils ont trop de pouvoir dans le monde des affaires et sur les marchés financiers; qu'ils parlent trop de l'holocauste."

Fermez les guillemets.

Désolé monsieur le sondeur, mais vos questions ne sont pas pertinentes, et le comble, elles ne sont pas non plus impertinentes.

Première question:
La question des loyautés.

Le seul fait de la poser induit la possibilité d'un choix, induit que le juif devrait obligatoirement décider ici ou là-bas, tu aimes ou tu t'en vas pour reprendre un minable slogan récent et récurrent. On rend possible l'idée, rien qu'en posant la question, qu'un juif français (que personnellement je nommerais plutôt un français juif, comme il y a des français athées, cathos, musulmans ou animistes) serait plus "loyal" envers Israël qu'envers la France (et idem pour chaque autre pays bien sûr).

Avant d'interroger plus vite que ton ombre, ô sondeur imprudent, tu aurais dû te demander ce que signifie "loyal" et ce que signifie l'attachement à son pays? Sommes nous en guerre contre Israël qu'il faille choisir, et peut-on seulement comparer l'attachement à la nation à l'attachement à Israël, alors que ces deux attachements n'ont rien à voir entre eux et qu'aucun n'est exclusif de l'autre.

Ainsi, mettre ces deux notions en concurrence est une forme d'antisémitisme. Et que le commanditaire du sondage soit une organisation américaine juive ne change rien à ce que je dis ici. Il y a soit de l'incompétence, soit un préjugé non débusqué, soit de l'antisémitisme à rebours, dans la question.

Deuxième question:
Le pouvoir dans le monde des affaires.

Vieille rengaine. Vieux poncif. Même s'il y a aujourd'hui encore de grandes puissances financières que certains pourraient qualifier de "juives", le plus souvent à cause du patronyme devenu "marque" et c'est à leur crédit alors qu'il faut mettre cette réussite et non l'inverse, il y a infiniment plus de grandes puissances financières dont l'origine est totalement indifférente à "l'opinion publique européenne". Pourtant, le sondage, par le choix e sa question, montre bien que le sondeur et les théoriciens malfaisants ne regardent que ce qu'on a envie de regarder; qui aurait eu l'idée d'un sondage au sujet de grandes puissances financières catholiques (et pourtant il y aurait de quoi dire), ou bouddhiste, ou hétérosexuelle?

De tels sondages paraîtraient absurdes. Pourquoi alors poser la question, sinon pour pousser la réponse là où l'on veut la voir arriver? L'antisémitisme est là, caché dans la question: à question antisémite, tendance antisémite à la réponse.

Troisième question:
Ils parlent trop de l'holocauste.

Il est en effet des juifs qui, sitôt mis en cause sur quelque sujet que ce soit, tentent de fermer le bec à leur contradicteurs en leur balançant l'holocauste ans les gencives. C'est une grande spécialité, par exemple, du bon monsieur Finkielalain. C'est une spécialité que j'ai même rencontré pour de vrai chez des proches, relations, amis, collègues, enfin tous ces gens que la vie nous fait croiser pour notre meilleur apprentissage du monde.

J'ai réfuté cette forme de barrage mental. A plusieurs reprises, et ici même. L'holocauste est avant tout une épouvante qui concerne l'humanité toute entière, et les juifs n'en ont pas l'exclusivité. Ce qui ne diminue en rien l'horreur qu'ils ont subi et le traumatisme qu'il doivent résilier (de résilience). S'il a constitué la première jurisprudence du crime contre l'humanité, c'est bien que l'holocauste appartient à l'humanité entière et ne saurait être un instrument au service de qui que ce soit. Les juifs, très minoritaires à ce que j'en sais, qui tentent de la récupérer contre les non-juifs, commettent une erreur philosophique majeure, dont la plupart de leurs amis juifs sont parfaitement conscients et qu'ils combattent.

Ceci n'empêche pas, me répondra le sondeur, que le sentiment que l'opinion publique pense de plus en plus que les juif ont cette idée en tête de récupérer l'holocauste, est la preuve d'une montée de l'antisémitisme.

Non monsieur le sondeur. A vrai dire, vous m'auriez posé la question, j'aurais probablement répondu oui, "ils" parlent trop de l'holocauste, au moins dans un premier temps, parce que la question est ainsi posée que la réponse vient ainsi. Je récuse donc le résultat obtenu, une bonne réponse demande plus de temps pour réfléchir.

Par définition, un sondage est basé sur l'absence de réflexion.

Quatrième question:
Il n'y a pas de quatrième question, je m'a trompé au début.

Pour finir, ce n'est pas être antisémite que de considérer que Israël a aujourd'hui trahi les rêves des pères fondateurs, et que sa politique déséquilibrée est cause et non conséquence que ce qui se passe. Je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas penser pis que pendre des dirigeants actuels de ce pays, chacun sait que l'antisémitisme aura disparu le jour où je pourrai traiter un juif de bête et méchant s'il est bête et méchant sans me faire traiter d'antisémite.

Certains lobbies américains ne rêvent que de montrer l'Europe et les européens du doigt. Alors ils inventent des sondages truqués et ils concluent ce qu'il avaient décidé de conclure avant de commencer la moindre étude.


Ecrit sans filet. Bonsoir.

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