mercredi 6 juin 2007

Je hais les acteurs

Clopine, Brialy et Daroussin.



Je hais les acteurs : Pour les non comprenants, je précise qu'il s'agit du titre d'un film resté confidentiel, mais que j'avais apprécié en son temps. Chez Clopine ma copine, la mort de monsieur Brialy avait amené un billet d'icelle et quelques commentaires. J'avais pour ma part indiqué que Brialy est un personnage qui m'inspire plutôt de la sympathie, ce qui n'a pas plu à tout le monde, ma sympathie n'est probablement pas politiquement correcte aux yeux de certains penseurs. Alors ils m'ont inspiré ce billet.

Si vous voulez voir les prémisses, j'ai mis le lien de Clopine dans le titre. De rapprocher Daroussin de Brialy est un exercice auquel je n'aurais pas pensé, mais Clopine tire plus vite que son ombre, la Lucky Luke des comparaisons improbables et finalement, pertinentes.



Je reste très surpris de voir à quel point nos esprits s'enflamment pour mépriser (Brialy) ou déifier (Daroussin) les acteurs. Ce comportement relève de la pipolisation galopante que nous vivons et dont nous devenons ainsi nous-mêmes les acteurs, si j'ose dire.

Tant Daroussin que Brialy ont joué, et plutôt bien, dans de nombreux films, dont certains resteront des nanars et d'autre des bijoux. Aussi bien l'un que l'autre. Je n'évoque que ces deux là puisque c'est Clopine qui a commencé, nous pourrions en citer des milliards d'autres, mais c'est bien ainsi, ils sont tous deux assez archétypes pour me plaire.

Le jugement que nous portons contre eux, que je nommerais opinion plutôt que jugement, provient d'abord de ce qu'ils ont fait dans ces films : d'une part en tant que professionnels de la profession comme dit l'autre ; d'autre part en tant qu'interprète selon que les personnages aient été sympathiques ou insupportables, consciemment ou non l'acteur qui est le méchant récurrent n'aura pas la même lumière dans notre esprit que l'ange blanc sauveur de la pucelle menacée ; troisièmement suivant les déclarations variées que ces acteurs font en public lors des promotions et entrevues diverses avec journaux, radios, télos.

Il n'y a parfois aucun rapport entre cette opinion entièrement bâtie sur l'empilement d'images venues d'ailleurs et par définition menteuses, puisque justement le travail de l'acteur est de mentir le plus sincèrement possible, y compris dans ses prestations hors écran, et le monsieur dans la vraie vie avec ses aigreurs d’estomac et ses humeurs de lune, sa bonne compagnie possible et sa générosité éventuelle. La seule vérité que nous pouvons identifier dans ce festival de faux semblants, est la compétence de l'acteur à, justement, paraître sincère. Si rien ne dépasse, si tout est cru, alors l'acteur est bon. Sinon, non. Un point c'est tout.

A cette aune, Brialy est bon acteur, Daroussin est bon acteur, et peut-être un peu moins bon tant Daroussin est, de film en film, toujours le même personnage. J'ignore encore aujourd'hui s'il a d'autres cordes à son arc que le bourru boudeur à la secrète blessure. Mais il est vrai que j'ai toujours aimé ses rôles, et beaucoup des films où il joue.

Brialy a lui aussi pris des risques. Il a été un acteur très sollicité de la nouvelle vague, laquelle a parfois mal vieilli mais ce n'est pas sa faute à lui, mais a parfois laissé quelques chefs-d'oeuvre auxquels il a prêté son talent.

Alors pourquoi ce dédain, et pourquoi cette admiration ? L'un fut plus pipole que l'autre, l'un a beaucoup travaillé pour sa profession et pour la profession du théâtre, y compris en produisant à ses risques et périls des spectacles, parfois démago, parfois intello, souvent casse-gueules ; et que fait l'autre pendant ce temps ?

En vérité, peu me chaud ce qu'ils font ou ne font pas, ce qu’ils sont ou ne sont pas dans la vraie vie, mais je les considère aussi honorables l'un que l'autre, chacun dans son monde, car ils font bien leur métier ; et le fait pour l'un d'être ostensiblement de gôche ne va pas me le rendre plus précieux que s'il l'est nettement moins (ostensible).


De ce point de vue, tant qu'à préférer les uns aux autres, la discrétion de Brialy dont je ne suis pas certain des préférences politiques, me sied davantage que l'ostentation d'un Reno, d'un Clavier, d'un Johnny. Mais Reno, lui aussi au moins, est bon acteur.

FIN.

Enregistrer un commentaire