lundi 13 août 2007

Propos ultra-glaciaires

Propos ultra-glaciaires

Il serait un peu trop long d’expliquer à ceux qui n’ont pas suivi tout le chemin comment soudain ce texte m’est venu sous les doigts. Je ne peux pas, pourtant, les laisser ainsi à la porte en leur interdisant d’entrer. Je leur dirai que mes voyages dans le grand nord canadien sont peuplés d’ours, et que n’est pas une raison de n’y avoir jamais mis les pieds ni rencontré de plantigrade melliphage pour ne pas prétendre que j’y fus. Le mérite en revient à Moukmouk de Pohénégamouk, natif de là haut, en équilibre sur le dessus de mon globe qui se met à tourner quand j’appuie sur le bouton avec la lumière dedans.

Vous aussi vous méritez de faire ce voyage, ne serait-ce qu’un petit tour, qu’un petit ours.

Ne croyez pas que j’aime forcément les ours ; je ne tiens pas sincèrement à en croiser un sur mon chemin. Il y a longtemps, là-haut dans la montagne, ma légende dit que mon père Concordance, en avance de quelques pas sur notre chemin de promenade, vit ce que l’homme dit avoir vu, et qu’il nous rejoignit en nous demandant de son ton calme et indifférent de faire demi-tour, alors que la promenade avait commencé depuis peu.

Lorsqu’il parlait avec cet air spécial indifférence et calme trop calme, Verbehaud la mère rétive d’habitude filait doux ; elle revint sur ses pas avec moi. Ce n’est qu’arrivés au refuge que Concordance nous dit qu’il venait de voir l’Ours. Attention, ne dis jamais un ours mais l’Ours. Dans les Pyrénées, on voit l’Ours. Il y a plus de cinquante ans, parfois dans les Pyrénées on voyait l’Ours et peu nombreux étaient ceux qui pouvaient le raconter.

Mais nous sommes beaucoup plus à l’Ouest, beaucoup plus au Nord, et beaucoup plus froid que cet été de Gabas. Moukmouk l’Ours a parlé, et je lui réponds.

Je souscris complètement au texte de Moukmouk. Les ours ont parfois raison, à condition de bien regarder avant de traverser les routes.

Pour tenter de réduire la dérive climatique dans laquelle nous sommes lancés, et même si les petits gestes quotidiens dérisoires restent utiles, ne serait-ce qu'en tant que rappel à l'ordre permanent, il faut avant tout compter sur la Politique, et j'y mets un pet majuscule.

Il est de bon ton de dénigrer la Politique et les politiciens, il est de bon ton de les traiter de pourris-d'où-qu'ils-viennent ; il n'empêche que ce sont eux, c'est-à-dire tous ces hommes qui aspirent à nous diriger, à s'occuper des affaires du monde, qu'ils soient compétents ou non, cyniques ou non, intéressés ou non, qui vont devoir passer par la case décision difficile, mesures de rétorsion, interdictions suivies d'effet, et application musclée de texte régulateurs. Tôt ou tard il faudra y venir, et le plus tôt sera le mieux.

L'Amérique, grande accusée devant l'opinion mondiale, rend les choses très difficiles, elle est montrée du doigt de partout, et les doigts qui la montrent ne sont pas tous innocents, il est si facile de trouver un coupable idéal. Oui, l'américain consomme 10 fois, 100 fois, 1000 fois ce que consomment d'autres. Mais l'américain moyen est tout aussi embarqué que nous dans les mécanismes affolants mis en place depuis Adam Smith, et que nul n'a su contrer à ce jour.

Alors notre travail à nous, ours des Pyrénées ou de Pohénégamouk, vulgum pecus de la rue parisienne ou passante du sans-souci, Pékin de Chine ou roupie de sansonnet, est de choisir les hommes qui se chargeront de ce travail, de motiver ceux qui s'en chargent, de les rappeler à l'ordre par nos gestes quotidiens, dont l'un n'est pas le moindre d'écrire en blogue, et surtout de ne pas s'en laisser conter par une gesticulation médiatique mais éphémère.

Ici, sur ce lieu de frimas nordique, nous servons à cela. J'ai jugé utile d'y passer un peu de temps malgré le temps qui presse, le temps presse toujours pour tout, pour écrire quelques briques de plus à l'édifice, le temps presse encore plus à le construire.

Etrangement, le réchauffement de la planète sera le refroidissement de l'Europe de l'ouest, les modèles le disent tous, du fait de la disparition de ce vieil ami sous-marin, le Courant du Golfe. Ne comptez plus sur Paris Plage, mais ne rêvez pas à des pistes enneigées à Montmartre ; prévoyez plutôt force parapluies imperméables et bottes de sept lieues, bien étanches car pour patauger, nous pataugerons, et ceux qui vivent à la cote 35 niveau général de la France seront installés au bord de la mer dans cent ans. En dessous, ce sera scaphandre à tous les étages.

La Politique est le seul moyen de s'en sortir. Mais il faudra être patients, et se préparer déjà à cette nouvelle vie à laquelle nous n’échapperons pas. Ni nos enfants. Ni nos petits-enfants. Il est trop tard pour tout le monde, mais après les dégâts collatéraux d’usage, l'espèce humaine s'en sortira. Le tout est de limiter cette casse.

Et si quelque chose peut consoler quelqu'un, bien que moi elle ne me console pas, il suffira de penser que les premiers à tomber sous les coups de la nature déchaînée seront ceux qui croient s'en être affranchis avec leur petit matériel, l'américain moyen justement, devenu trop dépendant.

Rendez-vous dans cinquante ans, messieurs les politiques. Tant que je le pourrai, je voterai pour qui de droit et j'écrirai ce que je veux écrire. Et je trierai mes poubelles. Je roulerai au sans plomb, et plus tard à l'hydrogène. Et j'achèterai ce qui n'a pas beaucoup voyagé, quand je peux le savoir. Et si je pars visiter mes lointains amis d'autres continents, je le ferai avec modération en restant sur place le plus longtemps possible. En mangeant les fruits de saison et la viande du coin. Et quand je fumerai une cigarette, j'avalerai la fumée pour éviter l'effet de serre.

Non, je crains que le dernier exemple ne soit un mauvais exemple. Mais il me fallait une bonne raison de me taire.


Ecrit chez Moukmouk, le 10 août 2007.


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