mardi 7 octobre 2008

Arrêt sur image.



Je me sentais bizarre ce mardi matin. Je me souviens, c’était un mardi sept. Sept comme les piliers de la sagesse, les doigts de la main, les dix commandements. J’avais rêvé que j’avais arrêté le temps comme on casse la voix, comme on met le feu, et je m’étais réveillé bizarre.

A vrai dire, j’ai l’habitude de me sentir bizarre le matin ; je n’aime pas me dévêtir trop vite de ma brume de sommeil. C’est pourquoi je ne prends jamais de café avant d’arriver au bureau. Entre mon petit lever et l’entrée dans le néon de mon deux-modules, je traverse la vie et la ville dans une sorte de poursuite de la nuit.

Rien n’y fait. Ni la douche bien tiède, qui a dit froide veut ma mort subite, trente-sept deux le matin, ni le bol de céréales en un soigneux mélange de graines assortis de ma blanche main entièrement récoltées à la machine, ni le petit trajet frisquet le long du boulevard jusqu’au garage, ni le trajet pensif avec Ali Badou et ses complices de mon garage à leur parking, ni l’ascenseur et ses amabilités matinales si quelqu’un s’immisce en route, ah salut – silence – allez bonne journée, rajouter dans le milieu du silence ça roulait bien ce matin si je tombe sur un chef, ne jamais être négatif, et le chef continue vers les étages supérieurs guettés par les boeings.

Je suis réveillé, enfin presque. Deux-mille-trois-cent-douze étiquettes jaunes collées la veille sur les murs autour de ma table par moi-même me rappellent le travail qu’hier j’ai reporté au lendemain. J’en prends une au hasard.

Aujourd’hui, tiens j’y songe, personne ne s’est immiscé dans l’ascenseur. Oui, je suis réveillé mais mes pensées restent décousues. C’est de naissance et le café n’y pourra rien. L’étiquette, tu ne voudrais pas que je l’innommasse post-it quand même non, me signale que je devais faire un tour au dépôt. Je finis mon café et j’en reprends un second tiens, capsule violette, Arpeggio mais très long, il ne faut pas brusquer monsieur Stomaco, puis j’enfile mon blouson réglementaire avec bandes réfléchissantes appropriées comme dit la norme, et bottes à coquilles.

Je reprends l’ascenseur, je suis soulagé de n’y rencontrer personne, je suis encore trop bizarre pour parler même en banal de chez commerce. Touche zéro, rez-de-chaussée. La demoiselle de l’accueil doit être aux toilettes, à cette heure elle est encore seule à ce poste. Je fais le tour de la bâtisse en métalébéton et je me dirige vers la barrière du dépôt. Soudain, je comprends.

L’émission d’Ali Badou répétait exactement celle de la veille ; les voitures du trajet peu embouteillé étaient toutes arrêtées éparses ; il n’y avait personne dans l’ascenseur, oui, mais personne dans les bureaux non plus, personne dans le service, mon service, il n’y avait pas d’hôtesse d’accueil. Et là, devant moi, devant l’entrée du dépôt, huit individus tibulaires cinq hommes et trois femmes étaient statufiés, comme figés dans la posture où ils avaient été saisis.




Depuis ce matin, j’étais dans une photo et je ne le savais pas.

.Crédit photo: bladsurb

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