samedi 20 février 2010

Maternitude #1/2.

Toute honte bue, je vole le titre à Chiboum. Elle a si bien écrit sur le sujet que je m’en voudrais de ne pas récupérer ici quelques poussières de ses étoiles. L’heure est grave, il s’agit de savoir s’il faut lyncher la dame, celle qui se penche sur la question féminine et les menaces sournoises qui rôdent.

Je me suis longuement interrogé sur le rôle du père, bien placé que je suis pour m’interroger. Mais je vous l’avoue, le rôle de la mère m’est resté un peu de côté, comme s’il ne donnait pas lieu à questions, à doutes, comme si l’évidence de la grossesse et de la naissance s’imposait par son animalité immédiate comme axiomatique, automatique, imparable, irréparable. En cela, je tombe dans le panneau de tous ceux que la cause des femmes encombre, je parle ici de l’égalité avec les hommes, en droit comme en fait, en quotidien comme en vie entière. Je ne vais pas tenter de refaire mon retard, je suis mal placé, et si je peux être un accompagnateur je ne serai jamais un porte-drapeau : d’une façon ou d’une autre ma mâle condition me fera passer à côté des bonnes questions et des vérités intimes. Rien de plus logique pour l’homme que je suis, et mon chemin est d’ouvrir mes oreilles et ma comprenette.

D’ailleurs je l’ai déjà écrit il y a longtemps : en matière de maternité, l’homme n’a pas grand-chose à dire ni à revendiquer pendant neuf mois et quelques semaines, sinon d’être celui qui accompagne, et d’être celui qui, tôt ou tard, devra chasser le naturel, pour que l’enfant grandisse.

Alors j’aime bien, à ces moments là, qu’une voix de femme se lève et prenne elle aussi le parti de chasser le naturel. Nous voici à égalité de pensée. Ma bonne vieille humanité ouvre un œil et soupire d’aise. Elle se met à savourer les mots, les phrases, les raisonnements, et si parfois un peu de mauvaise foi vient chagriner le paysage, elle ne lui fait qu’y ajouter du relief, de l’abrupt, du rocailleux, qu’on ne s’endorme pas sur nos lauriers.

La seule chose qui mérite examen dans cette affaire, en ce qui me concerne et pour ce que j’ai à en dire, est que le libre choix s'impose à tous. Si j'ose un tel oxymore.

Les soins au nourrisson échoient le plus souvent à la mère, pour une foule de raisons qui sont aussi bonnes que mauvaises et dont je ne ferai pas le procès ici. Il en faudra, du temps, pour que ces raisons se diluent et que le père se trouve à son tour en première ligne, égal de la mère. Alors que fait-on en attendant?

D'abord, on s'efforce de repérer ce qui, dans ces raisons, sont des pièges destinés à enfermer la mère dans un rôle exclusif, en ce sens qu'il exclut toute autre activité que celle de nourrir, torcher, bercer, soigner, l'enfant. En bref, je le redis, l'enfermer. C'est le travail fait par Madame Badinter de dénoncer ce piège. Alors, naturellement, les discours naturalistes, qui sont aussi ceux par lesquels on a enfermé la femme depuis des générations, sont mis en cause.

Difficile de faire autrement, même si parfois le naturel a du bon.

Mais il m'énerve, le naturel, ne serait-ce que par sa fâcheuse tendance à revenir au galop. L'homme ne se porte jamais si bien que lorsqu'il chasse le naturel, c'est un de mes vieux serpents de mer, l'homme s'est fait contre le naturel, depuis Lucy, et s'y laisser prendre est se perdre.

Plutôt que de monter sur leurs grands chevaux, les effarouchées du sein et autres lavages feraient mieux, pour rester crédibles, de faire la différence entre une injonction moralisatrice planquée derrière un écologiquement correct, et un désir légitime de proximité physique, d'amour charnel, et autres pulsions maternelles tout aussi joyeuses, dont l'homme est à jamais privé ce qui n'est pas grave pour lui. J'ai bien dit légitimes, dès lors qu'elles ne sont pas suggérées, instillées, prescrites, imposées.

Je crains qu'on ne fasse pas cette différence, ce qui explique la tournure polémique des propos. La seule chose qui compte est bien que la mère ait le choix totalement libre, sans les morales à deux sous, les sourcils courroucés des bonnes sœurs et des sages-femmes, les fadaises des médecins (souvent) mâles, et la valse tournoyante de la bien pensance omniprésente.

Tu fais comme tu sens, ma vieille, et tu seras libre quand la société aura fait en sorte que ton choix sera reconnu et accepté sans férir: congés, aides, complément salarial, congé parental du père, prise en compte des carrières et des retraites, destruction du plafond de verre, et toutes ces choses qui, oubliées aujourd'hui, oubliées du débat suscité par le livre qui pourtant cherchait à le réveiller, donneraient le champ au choix. Battons nous pour ces réformes, pour cette société là, il y a du pain sur la planche, et cessons de bavarder sur le bien fondé du sein, de la lessiveuse, du lait en poudre et de la métempsychose (oui, porte-nawaq, et alors?)

Avis mâle. Ugh. Petit complément sans aucun rapport : préparer et donner le biberon à un enfant m’est une joie masculine incommensurable que les femmes ne peuvent même pas imaginer. Et quand je le fais, je veux que personne ne bouge.

Ecrit le 18 février 2010.

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