samedi 10 septembre 2011

La symphonie du nouveau monde - 1. Adagio.


1. Adagio.

Il hésitait sur le seuil : allait-il entrer, ou bien tourner les talons et s’en aller très vite ? Il n’avait pas fait tout ce chemin pour renoncer au dernier moment. C’est qu’il venait de loin, le bougre, tu ne peux même pas imaginer. Remonter l’échelle de temps dans les confins où le temps ne sait plus ce qu’il est ne suffit pas : rien ni personne ne peut comprendre comment, parti de si loin, il a pu arriver ici. Les statisticiens les plus érudits ont calculé ; ils sont arrivés à un résultat si faible qu’ils ne savaient pas comment l’inscrire sur leurs tablettes.

Autant dire que ce spermatozoïde-ci n’avait aucune chance de rencontrer cet ovule-là.

L’art de la prévision est un mystère, et la prétention à mettre le futur en équation une illusion mortelle. Le calculateur qui déclare impossible la catastrophe infiniment peu probable, et qui tout fier de ta logique la raye de ton avenir, n’entend-il pas dans nos campagnes mugir les féroces raz-de-marée qui avaient si peu de chance de se produire avant dix mille ans et qui l’emportent à cent à l’heure, à cent pour cent. Combien valait ta probabilité de vie il y a dix mille ans ? Si peu qu’un calculateur dans ton genre à cette lointaine époque n’aurait pas donné cher de ta peau, et pourtant dix mille ans plus tard tu étais bien vivant, là, à cent à l’heure à cent pour cent, juste avant que la vague ne t’emporte.
.

Enregistrer un commentaire