jeudi 7 juillet 2005

Alexia et Tarquine #4 – Ressemblance, différence, indifférence.


La tentation est multiple : invoquer la normalité, et donc convoquer l’anormalité ; évoquer le droit à la différence, et provoquer la différence ; s’enfermer dans un groupe solidaire et donc dans un ghetto ; se vautrer dans la tolérance notre bonne vieille tolérance mère de toutes les bonnes consciences, comme s’il était tolérable de tolérer.

Les zomos et les zétéros sont zumains, les zuns comme les zautres. Tautologie quand tu nous tiens, et pourtant il faut le dire et se le répéter tous les matins en se rasant ou en ne se rasant pas. Il en est qui l’oublient, ceux qui par exemple à la nuit tombante font des safaris pédé, comme ils disent, et qui ne sont pas forcément des zétéros capables d’assumer leur part de zomotude. Tout comme ceux qui se réfugient en communautés discrètes ou ostensibles, croyant utile de rompre le lien avec la civilisation qui les entoure, qui les encerclent disent-ils. Les premiers sont des bêtes fauves et les seconds des singes savants.

Entre nous, il n’y a pas d’équilibre possible entre ces deux catégories, simplement dire que le singe savant attire la bête fauve, la dédouane en quelque sorte. Ne voyez surtout pas ici le moindre parallèle entre les premiers et les seconds, et tant qu’à faire l’animal, seul le singe savant me paraît digne et ma métaphore s’arrêtera là.

Des chiffres ? Je ne les connais pas. L’hététude et la zomotude traversent le genre humain et traverse même chaque individu du genre en question. On peut avancer une proportion de 80-20, mais si on me démontrait que c’est 90-10 ou 70-30 je ne changerais rien à mes discours. Tout au plus puis-je m’avancer à risquer que la zomotude est plutôt minoritaire, et que si elle traverse tout un chacun, elle peut être totalement invisible à l’intérieur de certains. Ils n’en sont pas moins hommes, ceux là qui sont totalement et définitivement zétéros. Unidimensionnel je suis et je ne me soigne pas.

Zomotude et zététude sont donc parties intégrante de notre humanité, naturelles, absolument naturelles toutes deux dans leur dialectique interne et secrète. Il n’y a pas plus à tolérer l’une ou l’autre qu’à les intolérer ; est-ce qu’on se pose la question pour le nez busqué, l’œil glauque, ou le grain de beauté sur le sein de celle qui trébuche dans l’escalier de Cannes ? La ligne 80-20 traverse tout, l’humanité et l’homme, et pour autant ce n’est pas un couperet façon guillotine, c’est une sorte de zone molle oscillante. Ceux qui ont du mal à savoir qui ils sont en connaissent un rayon là-dessus.

Pourquoi se fait-il que la ligne passe ici ou là, que je sois unidimensionnel au point que la zomotude me soit si exotique, sont-ce les hormones, la génétique, l’inné en quelque sorte, ou bien sont-ce les baffes reçues ou pas reçues, le père ceci et la mère cela, l’acquis en quelque sorte, pourquoi donc ? Figurez-vous que je n’en ai aucune idée mes frères et mes sœurs. Je n’en ai pas la moindre idée.

Nous sommes tous ressemblants et nous sommes tous différents : nous avons tous droit à l’indifférence.

(A suivre)

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