mardi 9 août 2005

II - 1. La Reprise est laborieuse.


Pendant des jours, j’ai noirci des pages. Je ne suis pas content. Je vous ai annoncé des arguments fulgurants et des choix décisifs, et je suis bien en peine de vous les servir, avec ou sans petits oignons. Pourtant me voici pris à mon piège et je vous dois un discours, ne serait-ce que pour continuer à croire que j’existe.
Alors je vais faire dans la théorie oiseuse et le lieu commun tristounet. Une sorte de minimum syndical, un degré zéro de pensée, une tartine de tartarinade, bien étalée pour avoir l’air qu’il y en a beaucoup.
Vous comprenez, je ne peux pas laisser Alexia éructer toute seule. Alors je tente d’occuper le terrain avec mes mots maigrelets ; maigres et laids, sans parler du maigre lait de ma nourrice pessimiste. Vous avez le bonjour d’Alphonse ou de Tristan, je ne sais même plus l’auteur que je pastiche.
La Société s’invite dans notre lit, disais-je. Non seulement je n’en suis pas surpris, mais je trouve cette intrusion somme toute plutôt légitime. Il faudrait peut-être que je m’en explique. Oublions un moment les zomos et les zétéros. La Société, qui est une construction humaine, a pour objet principal sinon unique sa propre éternité. Elle doit bien se douter qu’il s’agit d’un projet vain et que tôt ou tard elle disparaîtra, cette Société. Mais l’important aujourd’hui est qu’elle se veuille éternelle : c’est la condition d’une survie provisoire, et par conséquent de la survie des éléments qui la constituent, les pauvres de nous ; les pauvres de nous non pas pris comme des individus faut pas rêver, mais en tant qu’espèce.
De la tribu des débuts zéroïques aux dédales administratifs d’aujourd’hui, tout concourt à donner à la fourmilière les moyens de continuer à continuer, et si une Société tombe une autre sort de l’ombre à sa place. Vous pensez bien qu’avec un tel enjeu, elle ne va pas pouvoir s’empêcher de fouiller dans nos draps, et elle aura raison vis-à-vis de l’espèce.
Vous avez deviné la suite et déjà s’aiguisent les couteaux et se fourbissent les armes qui vont m’anéantir, il va être question de procréation, d’adoption, de mariage, de reproduction, de sexe et de fécondation, toutes ces choses dont on aimerait tant qu’elles soient indépendantes et dont on ne peut que constater qu’elles ne le sont pas. J’ouvre tout de suite un parapluie pour éviter que le mugissement des féroces soldats m’empêchent de poursuivre : affirmer le caractère inévitable de la rencontre du masculin et du féminin pour aboutir à une procréation ne constitue en rien, dans mon propos, à une forme quelconque, directe ou indirecte, sous-jacente ou explicite, de condamnation de l’homosexualité. Je suis près à vous le répéter cent fois s’il le faut, tout en sachant parfaitement que cet argument est celui où se prélassent les prélats et les homophobes.
L’important une fois encore, n’est pas de nier ce qui est ni de refuser l’inévitable. L’important est de regarder cet inévitable en face et de décider quoi en faire. Nous pourrons alors tenter de faire pour le mieux dans la Société qui nous occupe, la nôtre. Quant aux autres Sociétés, il sera toujours temps de leur faire la leçon lorsque nous aurons, nous, accepté notre propre miroir.
A suivre

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