mercredi 24 août 2005

II - 3. La pulsion sexuelle.

Ben oui, il va y avoir un chapitre par ligne de l’énumération. Vous comprenez pourquoi je ne donne pas suite aux stakhanovistes. La pulsion sexuelle, acte I scène I.

Voilà qu’ici la Société nous laisse plutôt tranquilles. Elle admet, notre Société d’aujourd’hui, en rechignant mais elle admet, que les secrets d’alcôves doivent le rester. On jase, on se retourne, on regarde par le trou des serrures, mais en cachette, honteusement ; hommage du vice à la vertu, la Société reconnaît par cette discrétion provinciale que la pulsion sexuelle est du ressort de l’individu.

Naturellement, elle aimerait bien se mêler de ce qui ne la regarde pas. Par exemple, sous couvert de protéger l’innocence, elle va instruire de faux procès qui rendront suspects les vrais. Sous couvert de salubrité publique, elle aura la tentation d’imposer l’abstinence alors que d’autres solutions existent. Sous couvert de nature, nous y voici, elle voudra proscrire l’homosexualité au motif de non procréation potentielle.

Voilà le point où je voulais en venir. Je l’avais mise entre parenthèses, la zomotude, mais je ne voulais pas l’oublier. Que la pulsion sexuelle soit une condition de survie de l’espèce est un fait. Il ne signifie pas pour autant que l’acte sexuel issu de cette pulsion soit obligatoirement un acte procréatif, il signifie seulement que dans la marée montante des pulsions qui est d’autant plus forte que la lune est pleine, l’air doux, la mer calme et l’herbe tendre, la probabilité d’actes procréatifs est plus élevée que dans les libidos en berne des mondes asexués et réprimés.

Que la pulsion sexuelle puisse être homosexuelle n’atténue en rien son rôle fondamental, et je suis persuadé qu’une Société parfaitement sereine sur ce point saura mieux préserver sa survie que toutes les répressions de la terre. Alors voilà ma première impression : lorsque l’homophobie, pour se construire, se croit obligée d’en appeler à la Nature avec une haine majuscule, dans ces cas là la Nature a toujours une haine majuscule, elle se prend les pied dans le tapis ; il importe pour l’espèce avant tout que frétille la pulsion, dans tous les sens et dans toutes les positions. Parfois il en résulte un enfant. Et plus il y aura de positions, plus il y aura des parfois. Alors laissons frétiller tout un chacun, dès lors que chacun de ces chacuns, c’est si évident que je le rappelle, est libre, adulte et consentant.

Ici seulement est le lieu où elle doit intervenir, la Société, pour construire les garde-fous qui protègeront l’innocence et pour veiller aux libertés. Sans elle, sans cette intrusion nécessaire, pas de pulsions sans dégâts collatéraux. Et au bout du compte, pas de survie. Mais elle ne devra rien de plus que le garde-fou, à manier avec précaution, avec discernement, avec ménagement, y compris lorsque la dérive est avérée et que l’innocence est piétinée : tout tapage et toute curée retombera sur les victimes autant que sur les coupables. La Société a bien des progrès à accomplir en cette matière, mais nous sortons de mon sujet.

A suivre

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