mardi 6 décembre 2005

Lettre à une jeune suicidée #3/5.


3. 19/07/2004 à 19h26.

Tous ces gens là t’aimaient. L’affaire est entendue, ils t’aimaient mal, ils t’aimaient à côté de la plaque, ils ne l’avaient même pas dit, pas su te le dire. Tu parles ! Tu savais parfaitement qu’ils t’aimaient, ne viens pas me raconter autre chose. Dis-moi plutôt que leur amour n’atténuait pas ta souffrance, dis-moi mieux encore, si tu permets cette nuance de taille, que leur amour n’empêchait pas que tu souffres, que tu souffrisses si tu préfères. Que serait ta souffrance s’ils ne t’avaient pas aimée, la question n’a aucun sens, ni hier puisqu’ils t’aimaient, ni aujourd’hui évidemment.

Et puis tu l’aimais bien, ta souffrance.

Tu vas te retourner vers les bonnes âmes qui affirment que personne ne t’aimait. Allons donc. Il y a au moins celui par qui nous savons ce qui est arrivé, et un seul suffit, lui seul suffirait. Un seul regard croisé, et je sais bien que tu as vu qu’il te voyait. Tu n’as aucun échappatoire : personne ne peut prétendre n’être aimé de personne.

Nous sommes ainsi, tous petits humains minables, incapables de vivre autrement qu’à plus d’un. Libres parce que seuls, disent certains, la belle escroquerie. Ce disant, ils t’ont plus sûrement aidée à attacher le nylon à la poutre ou au crochet qu’en venant te donner la main, comme on dit.

Parmi tous les liens que nous devons tisser entre nous pour survivre, il en est un nommé amour. Avec un tout petit a. L’interaction faible. Il en est d’autres. Il y a quelqu’un, au moins une personne, quelque part par ici, qui avait besoin de toi, et tu l’as trahi. Et je m’en tiens là au minimum syndical, il y avait probablement beaucoup de monde, et tu les as tous trahis.

Seulement voilà, tu l’aimais trop, ta souffrance.

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