mercredi 10 octobre 2007

Lettre ouverte à l’Ours de Pohénégamouk.


L’Ours a publié chez lui un billet qui m’a plu. Comme la plupart me plaisent, je dirai qu’il plu plus. Il y évoquait la bulle de savon qui se gonfle sous le nom de biocarburants, entre autres évocations. J’en ai lâchement profité pour lui signifier mon approbation bruyante et ma surenchère opportuniste, dans un commentaire que je mets ici chez moi. Vous connaissez l’Ours, son billet se nomme « des signes d’espoir » et date du 3 octobre dernier. Le lien est ici :

http://pohenegamouk.free.fr/index.php?2007/10/03/456-des-signes-d-espoir

Moukmouk, bonjour.

Il est 11h GMT. C'est un peu tôt pour toi, tu dors encore je suppose, décalage horaire aidant, sans d'ailleurs décider qui de nous deux est décalé.

Tu dois être buvant ton café très matinalement en fait, en contemplant le lac tout lisse, enfin c'est l'image que je me suis fabriquée. Mais je ne suis pas venu pour ces sornettes de couleur locale.

Je me suis toujours heurté aux accusations soit d'incompétence absolue soit de complicité avec les pollueurs chaque fois que, depuis que l'on parle de carburants soi-disant alternatifs, j'affirmais l'absurdité d'une telle solution. Bien entendu, surtout il y a 15 ans quand le sujet commençait à apparaître en dehors de cercles fermés des imaginaires et des inventeurs, je ne disposais pas d'arguments quantifiables.

Dès le début, il me paraissait inévitable qu'une production massive rendue nécessaire pour se substituer au pétrole sans rien changer (c'était le rêve d'alors) allait avoir des très graves répercussions sur l'écologie, mais surtout qu'elle aurait un rendement en C02 pire que l'usage du pétrole et dans la meilleure hypothèse identique alors à quoi bon, et allait détruire tout le fragile tissu de productions vivrières tel qu'il existe encore dans le monde, qu'elles soient extensives ou intensives.

Incompétent qu'ils disaient. Nul à chier qu'ils disaient. Prêt à tous les mensonges pour faire un tapis rouge aux pétroliers, qu'ils disaient. Ce fut une des motivations de création de mes blogues, où je peux écrire sans être interrompu, au point que pas assez d'ailleurs...

Nous y sommes. Personne n'en parle. Les écolos purs et durs parce qu'il refusent de s'avouer qu'ils commencent à douter, les pétroliers parce qu'ils savent que ce débat stupide empêche de réfléchir à comment moins de pétrole, les grands cultivateurs parce que tout ce qui entraîne une production massive leur plaît, et le reste du monde parce qu'ils parlent de réchauffement et mélangent tout. C'est ce reste pourtant qui devrait parler haut, car nous y sommes.

Le prix des denrées fondamentales (blé, riz, lait, par exemple) subit depuis de nombreux mois une hausse vertigineuse qui ne va pas s'arrêter, les terres dédiées aux oléagineuses pétrolifères et aux sucreries alcoolisantes se multipliant rognent sur l'espace vital de l'alimentation ; la pollution au nitrate croît et embellit pour améliorer encore les rendements ; le bilan carbone, en imaginant qu'il soit très légèrement positif (ce qui est faux si on observe toute la chaîne), est sans commune mesure avec le négatif du bilan azoté, en tenant compte du fait qu’ils leur faut leur part massive d'engrais ; et du fait que les biocarburants produisent en brûlant plus d'oxydes d'azote que le bon vieux naphte. "Bon vieux" est une image sympathique qui ne doit pas faire masque : il importe au plus vite d'apprendre à s'en passer en inventant les moyens de ne pas détruire le confort quitte à le diminuer un peu. Nous parlerons un jour aussi de ce dilemme.

Ils sont drôlement sympathiques, les oxydes d’azote, ils sont plus réchauffeurs que tous les carbones du monde, et en plus ils sont toxiques. Nous gagnons sur tous les tableaux avec eux. L’imbécile de service m’a soufflé que l’azote était un gaz neutre, un jour j’en parlerai, de l’imbécile de service.

Biocarburant, qu'ils disent. Rien que le mot est une escroquerie.

Voilà pourquoi tu m'as mis du baume au coeur en évoquant le biocarburant au détour d'un écrit, et voilà pourquoi j'ai osé te réveiller. Vu le temps que j'ai mis pour écrire, tu es déjà parti dans la forêt et tu ne me verras qu'en rentrant.

Bonne chasse, l'Ours.

Petit complément : l’Ours me fait remarquer que l’augmentation des prix des aliments de base provient plus des « intrants », je suppose qu’il pense aux engrais et toutes ces additions, du gazole du tracteur aux nourritures des bêtes, que du prix de la terre. Je souscris à cette remarques, en pensant qu’elle s’ajoute à la question des surfaces cultivées, et que les moteurs du cycle infernal sont multiples qui ne font que commencer à vrombir.

Ils croient nous endormir en nous racontant que la source ne sera jamais tarie du pétrole à rouler, mais nous ne laisserons pas s’étendre la croyance à un monde inchangé. Même si nous ne le voulons pas, un jour nous serons contraints de moins rouler individuel, de perdre un peu de cette liberté si douce pourtant et dont j’ai tant usé, et de changer quelques habitudes. Contraints tardifs ou devanciers volontaires, tel est le choix, mais devancer ne changera pas l’échéance, elle changera notre cerveau et nous serons plus libres que les contraints.

Ce n’est pas de la sagesse politique, c’est de la philosophie. Ce n’est pas de la sauvegarde de planète, c’est de la sauvegarde de soi. Ce n’est pas un geste citoyen, c’est une victoire de notre tête contre son ventre. Rien de plus, et rien de moins.

FIN

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