jeudi 4 mars 2010

IMMIGRATION #3 : l’étendue du paysage.

En tant que puissance amicale et invitante et bien campé sur mes fondements, j’obligeais sans avoir à ouvrir la bouche mes convives à construire une logique, à argumenter, à étayer. Ce n’était pas un souci de politesse, mais notre vieille amitié les enveloppait de précautions, de scrupules, et leur imposait un effort de formulation honnête qui me faisait plaisir à voir ; je me gardai bien de leur faciliter le travail, en leur prêtant une oreille ostensiblement attentive.

Ils ne pouvaient pas se dérober par quelque slogan usé jusqu’à l’os, par quelque plaisanterie douteuse et autres sourires de connivence comme je devine qu’il se pratique dans un entourage conforme, j’en ai tant fréquenté, de ces entourages où je ne savais comment lutter contre la dérive de ces continents noirs, contre ces fleuves de glaces entrechoquées qui emportent tout au dégel, sismographe je te dis, ultrasensible. Ce n’est pas leur faire injure que de les savoir ainsi et de le dire. Tu ne serais pas plus glorieux au milieu de tes camarades à déchiqueter de l’ultralibéralisme à coups de prêt à penser, soudain contraint de surveiller ton discours par amitié, ailleurs.

Ce qu’on entend alors devient intéressant et sollicite la réflexion bien plus que l’indignation. Bon, mes orteils en étaient tout horripilés sous les épaisseurs de chaussettes car il y avait des vents coulis, il fait froid cet hiver et le feu dans la cheminée ne suffisait pas à chauffer le ras du sol, et ce n’était pas à cause de ce froid là mais personne ne le voyait.

Je vais tenter de te décrire ce paysage d’hiver ainsi constitué, et ne m’en veux pas si par ci par là une bulle de savon pleine d’amertume éclate, question de survie et de respiration dans les remugles.

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