vendredi 6 janvier 2006

Europe #2 - Langue de bois.

2. Langue de bois.

J'aime bien Romano Prodi. Il a un cheveu sur la langue et il parle italien comme parlent les italiens dans Tintin lorsqu’ils parlent wallon, sauf que Romano Prodi parle ainsi même quand il parle italien. Mais ce n’est pas seulement une question de particularité langagière.

Il quittait à l’époque la présidence de la commission européenne, vous savez, cette assemblée de gnomes qui viennent nous chatouiller les orteils quand nous dormons, et qui nous font sans cesse le coup de l’ultra-catastrophe. Vous les connaissez tous, ces valeureux combattants qui sans cesse stigmatisent l’ultra-machin, à vous de poser ce que vous voulez à la place de machin, et qui se croient ainsi dispensés de tout autre argument. Il faut toujours poser ultra devant ce qu’on veut noyer. Alors, pour faire comme tout le monde, je parle d’ultra-catastrophe, en sachant parfaitement que je ne veux rien dire en le disant.

Il est devenu aujourd’hui sans tambour ni trompette le plus sûr combattant contre la perversion berlusconienne. Je ne sais pas s’il va gagner ce combat paisible, mais, comme un italien bien de chez lui, il arrange ses bidons sans faute depuis qu’il a abandonné nos choux de Bruxelles pour rejoindre ses brocolis.

Alors voici ce que j’écrivais à son propos l’an dernier.

Il n’y a qu’un cheveu sur la langue à Prodi, prodigieux cheveu, cheveu d’Europe en bois, qui ne tient que par lui, que par un cheveu. Un cheveu de forte constitution.

Solide déjà ce cheveu depuis l’antiquité, n’avait-il pas fallu qu’il résistât quand Jupiter s’en saisit pour entraîner à travers les mers Europe la belle libanaise brune au long cheveu, loin là-bas au-delà des colonnes, loin, un petit peu plus à l’ouest du Tournesol. Un petit air de Crête, peut-être.

Jupiter le roi des Italiens, des italiens de ce temps-là, des Romano de ce temps-là.

Nous le savons tous, à nous en arracher les cheveux sur la langue de bois, il vaut mieux un Jupiter lubrique qu’un grand Dieu et son train.

Il faudra bien un jour qu'on oublie l'Europe de sang, qu'on cesse de nous sculpter une Europe de bois, pour enfin caresser une Europe de chair, par exemple celle aux longs cheveux venue de l'Orient, qui nous attend quelque part entre la grande île et les colonnes d'Hercule, et de la source du Méandre à l’estuaire du Tage.

Ecrit le 4 mars 2004, revu le 25 octobre 2005.

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