lundi 16 janvier 2006

Europe #3 - Il y a des guillemets partout.

« NON à la constitution européenne ».

La constitution a tous les défauts qu'on lui attribue. Elle proclame la loi du Marché, elle propose la privatisation des Services Publics, elle libère la circulation des hommes et des biens mais est-ce un péché, d'ailleurs, de libérer la circulation des hommes et des biens, elle se vautre dans le capitalisme débridé que nous haïssons tous (ou presque), ou que nous prétendons haïr tous (ou presque).

C'est grave docteur ?

Ce n'est pas grave, mon enfant, car l'ensemble des traités que cette constitution vient remplacer a exactement les mêmes défauts, en un peu plus pire, depuis le traité de Rome jusqu'au maltraité de Nice.

Voter NON revient donc à refuser au Parlement européen les quelques pouvoirs qu'il y récupère au détriment de la Commission et du Conseil, dont personne ne viendra me dire qu'ils sont dangereusement gauchistes. On me dit, a la sinistra, que le Parlement non plus n’est pas franchement de gôchhh, d'accord ; la isquierda répond que c'est NOTRE affaire de le voter ce parlement là et d’en faire ce qu’on veut, au lieu de nous abstenir comme des manches sous prétexte que les élections européennes c’est de la roupie de même pas dix sonnets.

Voter NON revient à rejeter la charte des droits fondamentaux, qui ainsi grâce à ce NON révolutionnaire va rester un recueil de voeux pieux alors qu’elle pourrait devenir CONSTITUTIONNELLE, ce qui signifie que toi ou moi pourront saisir le juge de tout manquement à cette charte. Ce parapluie est bien plus résistant que les nons font mine de croire.

Voter NON revient à refuser l'idée que le Marché puisse avoir une dimension "Sociale", d'accord le mot Social est un gros mot mais au moins il est écrit, alors qu'il n'existe pas même à l'état d'embryon dans les traités antérieurs où le NON va nous faire retomber. Depuis quand écrire quelque part à gôchhh le mot Social serait-il anodin, depuis quand serait-il suspect ici et légitime là ?

Il est indubitable et certain ce n’est pas tout à fait un pléonasme, qu’elle est ouvertement capitaliste la société dans laquelle se situe explicitement cette constitution : les pays qui constituent notre Europe le sont tous et le combat n’aura pas de fin, ce n’est d’ailleurs qu’un début n’est-ce pas ? Je garde les mots capitaliste et constitution pour simplifier, tout en sachant qu’il a capitalisme et capitalisme, constitution et traité, et toutes les nuances si commodes pour noyer la cigale.

Voter NON ne changera rien à cet état de choses et nous enlève toutes chance d'en changer. La constitution donne à ceux qui veulent vraiment changer plus d'armes qu'ils n'en avaient sans cette constitution, la première d'entre ces armes étant un pouvoir accru du Parlement Européen. Nous y sommes, dans cette société, plongés jusqu'au cou, qu'on s'en réjouisse ou qu'on le déplore. Je soupçonne certains nons de ne pas vouloir changer, c’est tellement confortable un bon adversaire bien épais pour hurler à la mort contre lui.

Ainsi, le oui nous donne des moyens de poursuivre par exemple en élisant un parlement européen à notre image, qui aura les armes pour freiner les ardeurs de nos ultras (oui, je leur place le mot ultra, sinon ils ne comprendraient pas, il leur faut toujours un ultra quelque part). Le non nous laisse dans l’état hébété où nous sommes aujourd’hui, pour longtemps.

Moi, si j'étais un bon vieux réac des familles, assez soucieux des profits de ma petite entreprise pour jeter aux orties les droits de tous ceux qui viendraient rogner mes prérogatives et empocher mes petits sous, je n'hésiterais pas une seconde, je voterais NON.

C'est peut-être ce que je suis, d'ailleurs, allez savoir, un vieux réac des familles.

Alors nous devons savoir choisir. Si nous n'avons pas peur d'une proximité, d'une intimité même, avec nos voisins, de la Finlande au Portugal, de l'Ecosse à la Crête, si nous sommes assez fiers de nous-mêmes pour nous estimer insolubles dans le grand méchant melting pot, si nous pensons que la construction de l'Europe est la grande aventure de notre génération et des suivantes, par laquelle notre propre culture sera renforcée, oublions les craintes catégorielles et les calculs politiciens, oublions Chirac et Fabius, l'extrême droite polonaise et les subventions grecques, le christianisme messianique et l'islam rampant, et votons OUI.

Oui je sais, Chirac aussi vote OUI. C'est bien la raison pour laquelle il faut l'oublier avant d'aller voter OUI.

Et si vous avez peur de tout cela, votez non.

Envoyé (en vain) le 6 mai 2005

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