lundi 7 janvier 2008

Relayer une lettre d 'honneur

Relayer une lettre d’honneur

Une amie de toile m’a donné à lire cette lettre. Je n’ai rien écrit et je souscris tant à tout ce qu’elle porte que je ne peux que la mettre en billet de bloghumeur. Et je reste silencieux, que dire de plus et que dire mieux, dans cette honte qui nous accable, dans cette boue où patauge ce pays que nous aimions, et que peut-être nous continuons à aimer puisque justement, nous avons honte de la boue qui le souille.

Lettre ouverte de Danièle Dugelay adressée à Nicolas Sarkozy à la suite de l’allocution du Président de la République dans la basilique Saint-Jean de Latran, le jeudi 20 décembre 2007 (sur le site de la Ligue des droits de l'homme de Toulon).

Le 30 décembre 2007.

Monsieur le Président de la République,

C’est avec beaucoup d’attention que j’ai lu votre discours du 20 décembre 2007 à Rome. Je ne peux m’empêcher de vous écrire combien il m’a indignée et blessée, sans doute comme beaucoup de Français.

Votre perception parcellaire de notre Histoire et de notre culture est surprenante. Il semble, selon vous, que le monde a commencé à exister avec la chrétienté. Avant, c’était le néant et là seulement apparaissent les origines de notre culture. J’ai dû avoir de bien mauvais maîtres pour qu’ils m’aient enseigné l’existence des cultures antiques européennes ou d’autres continents. Ils ont même eu l’audace de me parler de mythologies ou de croyances païennes dont on trouverait encore des traces dans nos provinces. Il est exact que la religion catholique nous a imposé pendant plusieurs siècles son carcan culturel, sa confiscation des sciences et le pouvoir politique de droit divin, avec tous les malheurs, les guerres et les violences qui les ont accompagnés.

Toutefois, vous, Monsieur le Président, qui aimez les ruptures, vous ne pouvez oublier que nos ancêtres ont rompu avec le Divin, malgré plusieurs soubresauts, entre 1789 et 1905. Ces racines-là, avec celles issues de la Commune et de l’histoire du Mouvement Ouvrier, sont chères à beaucoup d’entre nous. Quant à nos grands écrivains, eux qui ont su faire la gloire de notre belle langue, vous n’en citez que quelques uns, oubliant peut-être les plus importants. Je n’ose croire que ce sont des lacunes, ce qui serait grave pour un Chef d’Etat ; je suppose qu’il s’agit plutôt d’une mémoire sélective et n’est-ce pas encore plus inquiétant ?

Les Françaises, les Français ne supportent pas qu’on touche à l’intégrité de leur territoire, de leur Histoire, de leur culture. C’est ce qui fait notre identité nationale et c’est aussi pour la défendre que la Résistance s’est dressée pour s’opposer au nazisme.

D’autre part, vous ignorez, certainement volontairement, la définition simple et précise de la laïcité donnée par tous les dictionnaires, notamment celui de l’Académie Française. Vous préférez en donner un concept, plus malléable, et qui finalement vous est personnel. La laïcité, Monsieur le Président, est ou n’est pas. Tout qualificatif, tout complément, serait réducteur et une laïcité réduite n’est plus la laïcité. C’est encore une spécificité française, inscrite dans notre Constitution qui ne peut être modifiée que par un référendum ou par un vote du Congrès. Tout artifice, toute ruse en la matière, constitue une atteinte à nos institutions dont vous êtes garant.

Par ailleurs, Monsieur le Président, je trouve surprenant votre classement des citoyens en deux catégories de valeurs inégales : les bons citoyens, croyants et donc aptes à connaître la morale, et les autres qui ne peuvent accéder à aucune éthique parce qu’ils n’ont pas l’Espérance. Juger ainsi une partie importante des Français, le faire en pays étranger, blesser ainsi des hommes et des femmes que vous êtes censé représenter, est-ce que cela fait partie de vos attributions ? Personnellement, j’ai été très choquée. D’ailleurs, est-il nécessaire de craindre le jugement de Dieu ou de vouloir mériter le Paradis, d’acheter des indulgences en allant à Lourdes lors de la visite papale, d’espérer un pardon en confessant ses fautes, pour distinguer le bien et le mal ? Vous refusez de reconnaître tout souci de la morale aux agnostiques et aux athées qui sont souvent des humanistes. Ceux-là sont seuls face à leur conscience, à leurs interrogations. Ils doivent affronter regrets et remords, réparer leurs erreurs éventuelles. Leurs efforts pour améliorer la condition humaine, les choix rationnels qu’ils font dans ce but en donnant ainsi un sens à leur existence, n’ont-ils pas autant de valeur qu’une morale imposée par un dogme et uniquement fondée sur l’Espérance ?

Il est vrai que la morale n’est pas la même pour tous les individus :

- Etablir des privilèges fiscaux et juridiques pour les plus fortunés d’une part , et d’autre part organiser la paupérisation des classes moyennes et des plus défavorisés,

- Risquer la désespérance dans nos ghettos de banlieue où le chômage des jeunes bat tous les records et n’y répondre que par l’envoi de la force publique,

- Etaler un luxe tapageur et, dans le même temps, diminuer le pouvoir d’achat des retraités et augmenter les dépenses des malades les plus atteints,

- Mettre en place la concurrence entre les salariés, les diviser à propos de prétendus privilèges, leur faire miroiter une amélioration « au mérite » et leur faire accepter ainsi le harcèlement au travail, l’idée de la nécessité d’un zèle qui en conduit certains à la dépression et parfois au suicide,

- Installer un tel climat de terreur que des adultes et des enfants se jettent par la fenêtre à l’arrivée de la police,

- Ecarter du domaine de la loi subrepticement des éléments essentiels de notre Code du Travail pour pouvoir les modifier plus facilement,

- Faire condamner la France, à son grand déshonneur, par l’ONU et par l’Union Européenne pour la manière dont y sont traités les demandeurs d’asile et les personnes incarcérées…

... et ceci n’est pas une liste exhaustive, mais des exemples.

Faire ces choix, c’est peut-être conforme à votre morale, Monsieur le Président de la République, mais certainement pas à la mienne. Il est vrai que je suis une pauvre athée, citoyenne de deuxième zone. Pourtant, je pense que suggérer que cela pourrait être inspiré par une éthique religieuse serait faire injure aux croyants.

Vous aimez, paraît-il, le « parler vrai », aussi je vous ai écrit ce que j’avais sur le cœur.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de mon respect pour votre fonction et de mon profond attachement à notre République.

Danièle Dugelay, citoyenne française, Saclay.



Je n’ai rien rédigé de tout cela mais pourtant je signe cette lettre aussi, des deux mains. Passant qui passe, prend la à ton tour dans ta besace et porte la au monde extérieur, où ne sont aujourd’hui que pleurs et grincements de dents.

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