lundi 11 février 2008

Les paillettes et la vérité #8/10.

8. Ce que doit être un président de la République.


Vous avez pu remarquer que j’ai évité d’évoquer les paillettes de Monsieur Sarkozy, vous pourriez me soupçonner de partialité. Enfin presque.

Je l’ai pourtant désigné parfois. J’ai dit le monsieur. J’ai dit l’agité. Il l’est, il n’en fait pas mystère, il s’exhibe ainsi. Que ce soit naturel ou calculé, c’est criant de vérité et je ne fais pas dans le dénigrement facile en me contentant de décrire ce que je vois. Il veut que je vois, il ne peut se formaliser ni vous que je dise ce que je vois et que je le nomme ainsi. Et j’ajoute que ce n’est pas correct d’être ainsi quand on est Président de la République.

L’argument a été cent fois rebattu. Pourquoi n’aurait-il pas le droit d’être naturel et de se montrer tel qu’il est, pourquoi ce formalisme et cette hypocrisie ? Encore ce soir à la radio, un dominicain très propre sur lui a encore utilisé cet argument : c’est un homme et il a le droit d’exprimer ses idées intimes comme chacun. Il était question d’un tout autre sujet que les paillettes et les photographes, mais le principe de l’argument est le même, et la réponse doit être la même aussi. Monsieur Sarkozy est Président de la République, il représente la France, il me représente, et je n’aime pas être représenté par un presque clown, quelle que soit mon admiration pour les clowns et les saltimbanques, eux n’ont jamais prétendu devenir Présidents de la République.

Coluche ? Allons donc. Il a justement fait la preuve de la stupidité d’une telle démarche en montrant à quel point les faiseurs de rois s’en repaissaient, il s’est sauvé à temps, juste comme son numéro prenait mauvaise tournure à être pris pour du vrai.

Personne n’a obligé Monsieur Sarkozy à devenir Président, et il doit par définition même, se donner une posture digne de ce titre prestigieux et des responsabilités qui vont avec. Ce n’est pas une question de naturel ni d’hypocrisie, c’est une question de dignité d’un pays tout entier. L’homme Sarkozy nous est désormais totalement indifférent, ses ennuis de santé comme ses besoins nocturnes, il se doit de nous faire honneur, et j’en suis désolé pour vous comme pour moi, Alliolie, il nous fait honte.

Il croit que nous lui appartenons, il n’a pas compris qu’il nous appartenait, et que lorsqu’il se montre, il nous désigne, il nous expose. Nous, soixante trois millions de français ridiculisés par son ivresse à la tribune, par ses frasques de riche, par ses amours ostensibles, par sa culotte de coureur matinal. Monsieur Giscard d’Estaing avait osé l’accordéon, et il a vite compris le ridicule qui menaçait, il n’a pas insisté. Je n’ai pas d’autres exemples qui me viennent, à part les socquettes de Chirac, mais c’était involontaire.

Je le redis, un Président n’a pas à être ainsi, n’a pas à être un individu comme vous et moi. Moi-même, dans l’exercice de mes fonctions, face à ceux qui représentent des intérêts autres et des puissances partenaires ou adversaires, je me dois une tenue qui va souvent à l’encontre de mes envies, de mes goûts, de mon naturel. Et le surgissement des tripes ne peut se concevoir que dans une ruse tactique bien maitrisée et assez rare pour être payante. Je ne suis qu’à mon petit niveau de soixante-trois millionième, alors que dire de celui que je dois ensuite assumer s’il dérape.

J’étais en Belgique le jour où la télévision de cet étonnant pays a diffusé les images du Sarkozy éméché chez les russes. Vraie ou imaginaire, cette ivresse a été l’objet d’une situation embarrassante où j’ai quasiment été contraint de m’en expliquer par les honorables clients que je visitais. Et pas question de se défiler au motif que je n’aimais pas le triste sire. C’était mon Président et ma compétence technique ne pouvait être reconnue qu’une fois convaincantes les réponses données. Je vous donne cet exemple pour montrer à quel point chaque geste public d’un Président a son importance, et que rien de naturel ne peut dépasser, pas plus qu’une braguette ouverte ou une chemise débraillée. Vous appelez peut-être cette contrainte hypocrisie, je l’appelle respect.

Pour donner un autre exemple, je reviendrai à mon dominicain. Le débat portait sur le contenu du discours de Saint-Jean de Latran. Le dominicain, mis en difficulté par des débatteurs pour une fois solides, avait tenté de minimiser la portée dangereuse des propos du Président en affirmant qu’il exprimait ses convictions intimes de croyant, et que comme tout citoyen il est libre d’avoir ces convictions là. Défense particulièrement pernicieuse, quand on sait qu’il s’agit d’un discours mûrement pesé et écrit au moins en partie par le dominicain en question, et que discourir comme Président devant un pape engage bien plus que la simple intime conviction du monsieur.

Défense à double tranchant qui prouvait si besoin était que les arguments de défense du fond ne tenaient plus et qu’il fallait se réfugier dans un dernier carré de sauvegarde, celui de l’intime où personne n’oserait pénétrer. Eh bien, si, on ose, dès lors que cet intime recèle des envies qui ne vont pas tarder à déferler si l’on n’y prend garde.

Mais notre débat ne porte pas sur ce sujet, ce sujet de laïcité que vos derniers écrits ont également maltraité à coup de lieux communs bien dans la ligne du brave dominicain, qui méritera certainement chez moi du moins, de plus amples écrits, par ce qu’il porte en germe de destruction de civilisation, puisque ce mot est à la mode, à ce qu’on dit. Je ne dénonce ici que le procédé bien au point qui consiste à réduire la portée d’un propos au motif de l’intime dans le seul but d’échapper momentanément aux critiques argumentées, en attendant de les réduire au silence par une autre voie.

Paillettes, je vous dis, paillettes et poudre aux yeux, poudre dans le nez.


#9/10 à suivre
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