mercredi 13 février 2008

Les paillettes et la vérité #9/10

9. Ce que n’est pas un chef d’entreprise.

Un chef d’entreprise n’est pas un élu. Prétendre gouverner une collectivité comme on gère une entreprise est un non-sens absolu. Maire, Président de Conseil général ou régional, de Communauté de commune ou de la République, il est d’abord élu, ce qui signifie qu’il procède de l’ensemble de la population concernée et qu’il leur doit son poste, y compris à ceux qui n’ont pas voté pour lui. Tout comme Monsieur Sarkozy me représente, qu’il est mon Président, je suis son électeur, son citoyen, quand bien même je n’aurais pas voté pour lui, la meilleure preuve en étant que les lois qu’il fait voter et les décrets qu’il prononcent s’imposent à moi et que mon devoir de citoyen respectueux de la démocratie est de m’y soumettre de mon plein gré.

A charge pour moi de manifester ma désapprobation, raison de plus même, ce qui n’est pas une forme de résistance illégale mais ma liberté de démocrate. Désapprouver ne signifie pas désobéir ; en venir à cette extrémité si par aventure je devais considérer comme nécessaire de me mettre hors la loi de lois scélérates, m’exposerait à des sanctions dont je serai très mécontent mais que je ne chercherai jamais à qualifier d’illégitimes.

Rien de cela n’est valide en entreprise. Je ne suis pas citoyen de l’entreprise mais salarié. Il se trouve que mon métier me plaît et que volontiers j’y passe plus de temps que la stricte règle du temps de travail, beaucoup plus ; que ceux qui insultent les trente-cinq heures viennent me voir, je leur montrerai comment elles n’ont rien pénalisé de la productivité et que elle et moi nous nous y retrouvons malgré tout, oui Alliolie, il des choses qui sont beaucoup plus compliquée que les slogans sans pensée façon Laurence Parisot. Sachez que si je trouvais moyen de vivre sans aller chaque matin aux quartiers que je me dois de fréquenter pour y dépenser mon énergie à rapporter des sous à un lointain financier, plus personne ne m’y verrait, dans ces quartiers, quand bien même mon métier me passionne, ce qu’il fait.

Mon pain à la sueur de mon front.

Le chef d’entreprise ne me représente pas, il représente son entreprise à son niveau tout comme moi au mien, et s’il se fait prendre dans une allée du bois de Vincennes en galante compagnie, je n’aurais pas à en justifier, y compris devant les clients de Belgique. Si alors le Marché m’échappe à cause de cet incident comique, je sais qui est le fautif et je peux regarder les belges en face.

Aucune honte ne ternira le bleu acier de mon regard de fauve, mon Dieu comme c’est beau.

Le chef d’entreprise n’a pas à considérer ses salariés comme ses citoyens, et si l’un d’entre eux lui déplait, il s’en sépare. Certes c’est un peu compliqué encore heureux, et ce sera bientôt moins compliqué sous prétexte de rentabilité ce dont notre Laurence se réjouit à juste titre mais les salariés nettement moins, mais il s’en sépare. Un Président ne peut se séparer de ses électeurs, quand bien même ils seraient un peu bruns de peau.

Le chef d’entreprise ne procède pas de ses salariés, mais de son actionnaire. Aucun salarié n’a voté pour lui, quant à l’actionnaire, le petit jeu des procurations et des accointances fait qu’il a peu à voir au chapitre non plus. Le Chef d’Entreprise n’a pas besoin d’être populaire pour faire œuvre de rentabilité, ce pourrait même être un handicap, et un chef trop apprécié chez lui devient vite suspect aux yeux des possédants. Vous vous souvenez j’espère, les Maîtres de Forges.

Alors cessons de nous donner des airs de compétence économique mal venue en affirmant d’un air compassé que la France se gère comme une entreprise. La voici donc, la civilisation dont il rêve, l’autre monsieur agité ? Oui, je me lâche, devant tant d’infamie. Dans le cas de mon pays l’argent est un moyen de la politique à conduire, dans le cas de mon employeur, l’argent est une fin et le seul objectif qui reste braqué du haut en bas de la structure, je parle bien sûr des étages de l’immeuble, est le résultat net normé au 31 décembre prochain.

Souvenez-vous qu’un jour quelqu’un m’avait fait part de son regret de voir Jacques Chirac attaqué en justice, en ce que cette attaque venait ternir le blason de la France par l’offense faite à un chez d’état, un ancien chef d’état. A l’inverse, un chef d’entreprise traîné en justice laisse le plus souvent les salariés indifférents et parfois satisfaits, et l’actionnaire regrettera momentanément la chute du cours en bourse, il se consolera en voyant que cessent les détournements et les trafics, les mensonges et les combines qui dissimulaient à ses propres yeux la réalité de l’entreprise où il avait investi. Il s’agit exactement de la même question.

On voit bien qu’il ne peut y avoir aucun rapport entre l’autorité et les méthodes d’un chef d’entreprise et celles d’un Président de la République, ne serait-ce que par ce que représente sa fonction face au Peuple qui l’a élu, face au monde qui le regarde et l’écoute. Pour une fois, je vais prendre le Président à son propre mot : il travaille pour la civilisation, à lui de ne pas se tromper de civilisation, à nous d’accepter ou de refuser librement et démocratiquement celle qu’il prétend construire.

Un chef d’entreprise n’a jamais prétendu faire œuvre de civilisation et s’il le fait, il dépasse sa fonction et se plantera en beauté pour mégalomanie, ou alors c’est involontaire, et parfois les deux. Il plantera surtout les salariés, et parfois les actionnaires. C’est pourquoi les actionnaires n’aiment pas la mégalomanie des chefs qu’ils ont choisi, ce n’est pas une civilisation qu’ils attendent, mais du profit.

Je vous le précise, je sens que vous avez besoin de cette précision, ce mot pour moi n’est pas un gros mot. Il n’y a pas que vous qui pourriez le penser alors je persiste et signe, ces mots ne sont pas des gros mots, et je ne deviens pas exémateux à la seule idée que le profit est la fin de toute entreprise qui se respecte.

Je me méfie du zèle de certains de mes amis.


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