vendredi 15 août 2008

Propos... #6. Catilina et compagnie.

Diantre.

Ad hominem ! Voilà longtemps que je n’avais été interpelé en latin. La dernière fois, je crois qu’on m’avait traité de quousque tandem, un certain Cicéron. Avec mon légendaire sens de la répartie, je lui avais répondu vélo toi-même. Du coup il m’a accusé du crime d’abus de patience notoire, et je me suis retrouvé en taule. Alors tu penses, me faire interpeler en latin me rajeunit de plus de 2000 ans, plus aucune clochette ne pourra me traiter de vieux.

Tu m’arrêtes si je me trompe, l’attaque ad hominem est un procédé très répandu dans les débats publics, notamment à la télévision, consistant par un bon mot, un sous-entendu perfide, une révélation personnelle, à détruire en plein vol le contradicteur qui venait de présenter un argumentaire imparable. On évite ainsi de répondre sur le fond, ce qui pourrait être très difficile, on fait oublier le fond, et, suprême avantage, on lui fait toucher le fond, au contradicteur trop habile. J’ai bon ?

Je suis donc celui par qui le scandale arriverait, j’ai pratiqué l’attaque ad hominem. Au passage, hommage du vice à la vertu, j’aurais ainsi validé la solidité de ton axiome, puisque je me serais abaissé à des procédés de petite forme. Tout bénéfice pour toi, c’est bien ainsi qu’il faut dire, n’est-ce pas ? Je reconnais que c’est bien joué, tu retournes le gant en m’accusant de l’attaque, ce qui te permet de ne pas avancer sur le fond. Habile mais spécieux, tu t’évites ce qui gêne, et finalement tu obtiens ce que devrait obtenir l’attaque ad hominem.

Tu as tout faux, mon cher Hank, et je vais t’expliquer ce que tant d’autres ont tenté de te dire mais que tu n’as pas entendu. Tu ne seras obligé ni de me croire, ni de me suivre, ni de me répondre, et je n’abuserai pas de ta patience quoique tu n’aies pas l’éloquence de Cicéron, et ce n’est pas là une attaque ad hominem, c’est juste un constat, une digression, une respiration.

La souffrance ne se démontre pas, Hank, elle se vit, elle peut parfois se deviner si l’on écoute et regarde. La souffrance diminue lorsqu’on est écouté et regardé, souvent, pas toujours. Tout dépend de qui écoute et qui regarde, et comment. Alors tu vois, tes démonstrations, tu peux te les garder. Celui qui n’a jamais eu de rage de dents au milieu du désert à 3 jours du médecin le plus proche n’a aucune idée de ce qu’est une rage de dent, même avec beaucoup d’imagination.

C’est une image, là, Hank, avec toi je me méfie et je préfère mettre les points sur les zi et les barres de chocolat aux thés, respire. La dépression ne guérit pas si vite qu’une rage de dents. Mais je conçois parfaitement que celui qui n’a jamais approché de dépression ne soit pas capable de l’imaginer, même avec beaucoup d’imagination. Je suis bien incapable, moi-même, d’imaginer ce que peut être une rage de dents au milieu du désert à 3 jours du médecin le plus proche. Elles sont toutes là, trente-deux dents bien alignées, blanches et brillantes, une vraie pub de dentifrice, prêtes à mordre. Alors les douillets qui ont peur du dentiste me font ricaner, comme toi les mijaurés.

Point sur le zi : nous sommes dans la métaphore, Hank, on est bien d’accord. Je tente une image, je ne cherche pas à établir de parallèle entre carie et carence, entre émail et émoi, entre racine et corneille (respire, Hank). Je dis seulement que si la rage de dent est une maladie objective et rationnelle, identifiable et mesurable, tout pareillement la dépression est une maladie avec symptômes, causes, conséquences, et soins appropriés, nettement plus difficiles à identifier c’est tout, ce n’est pas rien.

Elle peut provoquer des souffrances abominables, et qui ne les a pas connues ne peut les imaginer.

Envois 5 & 6 confirmés chez TRA le 24/04/2004 à 19h44

#7 à suivre

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