lundi 11 août 2008

Propos d’un poulet de basse-cour #1&2.



1. De ma façon de penser.

Il était une fois un monsieur prénommé Hank. Ne me demandez pas pourquoi il se prénommait ainsi, ce serait une histoire sans aucun lien avec mon affaire, et peu importe qui il est en réalité. Je vais dire assez de mal de lui pour ne pas me permettre de gloser sur le nom. Il peut entrouvrir la porte de chez moi et me répondre vertement, tant qu’on reste dans la limite de la décence je valide les réponses. Parfois mes pires contradicteurs sont ceux que je me régale à publier.

Il était donc une fois un contradicteur prénommé Hank qui sévissait sur un de ces forums de la toile où chacun peut allègrement dégoiser et plastronner, bombant le torse et les aphorismes. J’en fais partie. En réalité, je serais curieux de savoir s’il existe des forums où ces pratiques n’existent pas et où chacun se lit et se respecte, sans pour autant sombrer dans la flagornerie et l’amitié de façade, dans le seul but de devenir soi-même un blogueur lu, ce que j’aimerais être soit dit en passant, mais bon je dois être aussi mauvais dans le bombage de torse que dans la flagornerie liquéfiante.

Il y fut question, un jour, dans ce forum, du pourquoi du comment des psys et de leur rôle, du comment du pourquoi de la dépression et des névroses, des psychoses et des troubles de cet acabit. Pour en avoir approchés des verts et des pas mûrs, de ces troubles, je me suis risqué à valider l’existence de cette corporation, son utilité, sa nécessité parfois immédiate, et ses bienfaits. Sans nier qu’il puisse exister là comme ailleurs des charlatans, des profiteurs, des incompétents, des fautifs. Maître Eolas nous a donné dans un billet récent de charmants exemples d’erreurs de médecins de la vraie médecine pour de vrai, comme quoi ce n’est pas l’apanage de ces métiers du mental que certains décrivent comme relevant de la secte et non de la science.

2. La dépression est-elle une maladie?

C’était exactement l’objet de la dispute : la dépression est-elle une maladie ? Il n’est pas question ici d’y revenir, je l’évoque pour que la suite ait un sens. D’un côté était moi, qui donnait leur chance à ces malades, affirmant qu’ils souffrent, qu’ils sont écrasés de douleur sans la moindre atteinte physique, et que pourtant ils peuvent parfois guérir ou au moins s’en remettre. Je prétendais que devions les accompagner dans leur chemin tout en laissant le psy faire son travail souterrain, celui d’écouter, parfois de provoquer, et de temps à autre de piquer parce qu’il n’y a plus d’autre solution pour franchir la crise, sans garantie de résultat mais avec garantie de moyens, présence, confiance, réactivité, expérience.

En face était Hank. J’hésite à caricaturer, pour tenter de décrire le débat, ce serait trop facile en son absence. Pourtant, comment faire autrement ? Il était sa propre caricature. J’ai décrit ce que je soutenais, prends donc exactement le contre-pied de tout et te voici devenu Hank.

Ce qui me choquais et me choque dans les écrits de Hank, au-delà du principe asséné que les psys n’étaient que des escrocs pratiquant dans le champ d’une vaste fumisterie inventée par Freud, était l’idée que les troublés mentaux étaient des mauviettes incapables de se tenir. Il prétendait qu’un coup de pied au Q leur aurait été beaucoup plus profitable qu’une écoute et un soutien, des béquilles médicamenteuses et des présences constantes ; dans son savoir proclamé et sa lucidité courageuse et impitoyable, il était certain que ces ectoplasmes de la vie jouissaient et profitaient de notre compassion et que, bien entendu, ils faisaient durer à plaisir leur plaisir. Sans prétendre que ce genre d’assistés n’existe pas, j'aimais de près un de ces malades depuis trop longtemps pour que le mot de mauviette et ses synonymes plus dépréciants ne me fasse tourner le sang. Le débat s’est envenimé, et j’ai pratiqué la plaisanterie foireuse, le calembour laid et la réponse pirouette cacahuète pour éviter de tomber dans la méchanceté.

Je me suis ainsi rendu coupable d’attaques ad hominem. Il faut dire pour ma défense qu’une fois échangées les explications détaillées de ce que je savais du quotidien de ces personnes, lire que je n’étais pas convainquant et que faute d'une "démonstration" Hank restait "sur ses positions sans rien changer" m’avait irrité. Je pouvais n’être pas convainquant. Il pouvait rester sur ses positions. Puisqu’il avait engagé le débat, il se devait au moins d’expliquer en quoi un vécu bien décrit ne le faisait même pas vouloir réfléchir, je ne rêve jamais de convaincre qui que ce soit, encore moins de démontrer, même s’il pensait probablement que mon vécu ait été inventé. D'autres pourtant avaient donné aussi leurs témoignage autrement plus difficiles que le mien : ceux qui ont côtoyé de tels malades en jugeront, s’ils veulent. Hank était dans l’ignorance et souhaitait visiblement y rester, et avec cette attitude du « je sais rien et j’en suis fier » j’ai un peu de mal à rester calme.

Voici quel fut mon dernier tir groupé vers Hank avant mon départ du champ de bataille.

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