mercredi 13 août 2008

Propos ...#4 - Parlons peu parlons moëlle.

Parlons peu parlons moëlle.

Tu nous interpelles au sujet de la dépression. Je dis nous, non par majesté mais par sentiment de ne pas être seul interpelé ici ; ce n’est peut-être qu’une impression. Impression, dépression, juste une affaire de bars et de barres, après tout. Allez, respire.

La dépression serait, dis-tu, une sorte de fausse maladie de création récente pour pays riche et gens oisifs, qui s’abattrait sur les faibles, les paresseux et les mijaurés, mis au masculin parce que je ne vois pas pourquoi seules les femmes auraient ce privilège de l’être, mijaurées, allez respire, respire ! Sur ces gens de basse-cour, cette maladie aurait pour effet principal de leur permettre de pratiquer l’absentéisme, la dé-responsabilité, le nombrilisme, et tu trouveras d’autres mots à ajouter à la liste.

En poursuivant ton idée, cette maladie remplit les poches de ceux qui l’ont inventée et qui nous l’inoculent à coup d’émissions de télévision, c’est le plus sûr vecteur de l’épidémie, et vide celles de la Sécu, parce que naturellement toutes les consultations, médications, hospitalisations, analyses et autres divans sont remboursés. Tout le monde est content.

Pendant ce temps-là, les courageux travailleurs, les hommes de bonne volonté, les battants dynamiques, et les cerveaux musclés, sont obligés de mettre les bouchées doubles pour faire avancer le pétrolier et nourrir les vieilles mères, pour entretenir la basse-cour des faibles, des paresseux et des mijaurés. Tu nous contemples avec une moue de mépris, et moi je revendique mon appartenance pleine et entière à cette basse-cour, en tant que poulet grassouillet prêt à cuire.

Ai-je bien extrait ta moelle ? Ai-je bien exprimé ta pensée ? Moi j’ai compris ce que j’ai compris ; et pour ce que j’ai compris, maintenant j’écris. Le lecteur ne se trompe jamais sur ce qu’écrit un écriveur ; le lecteur mêle sa moelle à celle de l’écriveur, qui à son tour doit accepter le mélange. Et c’est bien plus qu’une acceptation : le travail de l’écriveur n’a de sens que si ce mélange se produit. Sinon, pas d’écriveur, pas d’écrivant, pas d’écrivain.

Il reste une alternative à l’écriveur : ou bien il accepte que son lecteur invente une moelle qui ne soit pas la sienne, d’écriveur, et le lecteur en devient alors seul responsable, ou bien il reprend sur le métier son ouvrage, cent fois s’il le faut, pour enfermer le lecteur dans sa moëlle d’écriveur. Je choisis la case numéro 1 de l’alternative. J’aime la liberté du lecteur, j’aime qu’un écrit se construise à deux. Tu vois, tu es libre de comprendre ce que tu veux à ce que j’écris, même ce qui t’arrange. Tu n’y manqueras pas d’ailleurs.

C’était juste une petite digression pour respirer. Si tu permets, je souffle moi aussi, je pars vite et je reviens (plus) tard. C’est l’heure de la pub. Attends-moi au bar de Tony, nous n’avons même pas commencé les choses sérieuses.

Envoi 1 à 4 confirmés chez TRA le 24/04/2004 à 09h44.

#5 à suivre

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