samedi 1 octobre 2011

La symphonie du nouveau monde - 4. Scherzo.

4. Scherzo.

Dix milliards. Bientôt nous serons dix milliards et autant de bouches à nourrir. Il se souvient qu’on lui avait raconté cette immense cour de récréation avec dix milliards de petits camarades. Ceux qui le poursuivent sont beaucoup moins nombreux, une goutte blanche dans l’océan des vies et ils périssent à vue d’œil ; oui, il sera l’une de ces bouches à nourrir, une bouche de plus, mais ne sera-t-il pas nécessaire à tous par sa seule présence, par le seul fait d’être né, comme tous sont nécessaires à tous ?

On lui avait dit qu'il serait semblable parmi ses semblables et cependant unique ; on ne lui avait pas dit que sa différence pouvait tuer. On lui avait dit que d’être né lui donnerait le droit à la vie ; on ne lui avait pas dit que ce droit devait être conquis sans cesse et qu’il fallait faire ses preuves, chaque seconde qui passait. Un faux pas, et c’est la trappe.

Efficacité, qu’ils disent.

Il pourra se noyer dans la foule face à l’adversité, il marchera comme un seul homme contre les ennemis qu’on lui aura désignés, pour la plus grande gloire de qui il conviendra. Les grands esprits sauront mieux que lui ce qui est bien pour lui, il lui suffira de suivre et de faire où on lui dira, et s’il est sage il aura un hochet, une croix, une prime, un discours, un mausolée ; et de grands savants, de grands experts, de grands artistes veilleront à son confort, à sa santé, à ses loisirs.

Les jours succèderont aux jours et l’éternité pourra ainsi durer plus longtemps que tout ce dont il aurait pu rêver, les quelques secondes de course effrénée vers la porte.

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