jeudi 6 octobre 2011

La symphonie du nouveau monde - 5. Allegro con Fuoco ; coda.

Rêver, ou cauchemarder. Il comprenait soudain que ces visions étaient ce qu’il avait entrevu au-delà des neuf mois du paradis promis. Les vieux sages avaient bien tenté de les lui cacher et y avaient presque réussi. Un immense mensonge semblait désormais l’attendre dans la pénombre du hall. Mensonge les statues des glorieux ancêtres en marbre ligure, forcément glorieux, mensonge ces tapis de Khorramchahr et de Jong-Qing, mensonge la haie d’honneur et la peinture fraîche sous laquelle paraissaient déjà les traces de sang séché.

Ainsi il aurait couru pour rien. Il avait montré sa force et sa rapidité pour une parcelle de lucidité. Il avait cru aux mirages, il les avait fait siens, ils étaient devenus ses mirages à lui, non plus ceux qu’on lui avait projetés sur l’horizon du ciel mais ceux qu’il avait entreposés dans son magasin à rêves, à profits. Le mensonge n’était-il pas la seule vérité à laquelle il pouvait prétendre, et le réel ne serait-il pas précisément ce qu’il déciderait qu’il soit, sans être dupe du mensonge dont on l’aura entouré ?

Après tout, il y était déjà jusqu’au cou, dans le mensonge, avec ses souvenirs qui se font la malle, là, sur le perron. Il l’a montée, sa dernière marche, encore quelques pas, juste quelques petits pas de danse. Le moyen, pour dévoiler les mensonges, les révéler, les vérifier, les dénoncer, quel est-il si tu meurs avant d’entrer ?

Alors vois-tu, vas-tu, vis-tu, ou bien non ?
Ou bien non ?

Il hésitait sur le seuil.
FIN.

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