mardi 13 mars 2007

UNE RECONCILIATION. - 1. L'instinct.

Conseils inutiles à une mère qui veut se réconcilier avec sa fille. Juin 2004.

1.‎ L’instinct.

Belle unanimité.

Tout le monde te pousse, vas-y c’est bien dit tout le monde, comment une mère pourrait-elle ‎hésiter à se réconcilier avec sa fille ? Si tu traînes trop, tout le monde va te montrer du doigt, la ‎mauvaise mère. C’est de bon ton aujourd’hui de montrer du doigt, en un jugement hâtif et sommaire, ‎bardé de certitudes et de morales de cour de récréation.


Voilà trop longtemps que dure la brouille et que la fille s’est cachée de ton regard, de ta voix ; de ‎ta pensée même, ce qu’elle croit, ce que tu crois qu’elle croit. Depuis des années qu’elle ne te parle ‎plus, qu’elle te fait porter tous les chapeaux qui l’arrangent, et qu’elle retourne contre toi tous les gestes ‎et les non gestes, les dits et les non-dits, que désespérément tu tentes pour renouer le lien, tu finis par te ‎dire qu’il vaut mieux peut-être en effet ne plus y penser. Garder le cerveau libre pour vivre et y trouver ‎une autre raison.‎

Contre toi tu as tous les psys de la terre, toutes les bonnes âmes, les bons chrétiens et les bons ‎musulmans, les adventistes du septième jour et les athées les plus endurcis, Dieu et Diable se sont ‎réconciliés sur ton dos, et tes bras tendus vers ta fille restent en plein courant d’air. Le temps lui-même ‎joue contre toi la plus vieille.‎

Elle a fait un petit signe, et tu as cru y voir une sorte d’appel, tu dis que ton instinct de mère ne te ‎trompe pas, c’est bien un signe, elle a besoin de toi, et tu dois y aller. Attention, la mère ; l’instinct de ‎mère est parfois un piège qu’on se tend, existe-t-il vraiment, et s’il existe, combien de temps dure-t-il ‎après la naissance ? Les animaux ne nous ont jamais habitués à un instinct durable, pourquoi nous ? Ne ‎serait-ce une invention pour vous enfermer dans un rôle unique de mère, sinon point de salut ; vieux ‎truc d’homme affublé du masque de la tradition, ou mensonge de l’instinct forcément naturel, ‎forcément insoupçonnable, forcément irréfutable.

Ce que personne ne dit de tous ceux qui te poussent est que parfois le piège est tapi derrière ‎l’appel apparent, qui n’est qu’un prétexte de plus. Moi je te le dis et tu me regardes d’un air ahuri, moi ‎qui devrais au contraire être le premier à vouloir prendre le chemin de la rencontre, t’accompagner au ‎moins jusqu’au dernier coin de la dernière rue. Je te parle de piège, d’instinct disparu, de remède pire ‎que le mal, et de patience à garder mordicus en attendant de l’explicite moins implicite.‎

à suivre.

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