samedi 17 mars 2007

‎UNE RECONCILIATION. - 3.‎ La rencontre.‎

Conseils inutiles à une mère qui veut se réconcilier avec sa fille. Juin 2004. Suite et fin.

3. La rencontre.

J’ai l’ai malin avec mes conseils et mes prophéties.

Le signe est une petite carte pour la fête des mères. Anodine, banale et neutre. Le moyen pour ta fille de faire autrement, elle ne doit même pas savoir ce qui au fond la pousse à envoyer cette carte quand elle n’a rien fait depuis quinze ans, depuis que la fête des mères se faisait à coup de décors de boîtes de camembert, de collier de feutrine, et de poèmes d’amour à l’écriture errante. Depuis quinze ans, ou depuis vingt-cinq ans, le temps paraît parfois si long que deux histoires finissent pas se mélanger, la mienne et la tienne.

Justement la fête des mères. Manipulation irrésistible qui, derrière le contexte commercial de cette journée, vient toucher au plus intime, la naissance, la maternité. Tu as bien reçu ce message là, bien mieux que moi à coup sûr, et mes réticences sont de mauvais aloi contre lui. Désolé, ma jolie, mais l’imprécateur ne se tait pas.

Je sais que tu vas partir, prendre ta valise et marcher vers la rencontre pieds nus sur le chemin d’obsidiennes. Je te vois faire tes préparatifs fébriles. Et voici que je ne sais plus ce que l’imprécateur voulais encore proférer, ses mots s’arrêtent au fond de la gorge: je me contente de te regarder, inquiet mais silencieux. Je me rends compte que je suis celui qui a passé sa vie à faire les mauvaises valises, à choisir les mauvais chemins, à dire ce qu’il ne fallait pas dire, à ne rien faire quand il fallait faire, à agir à contre-pied, à contretemps.

Ta résolution inquiète et définitive me prend par la main, me donne envie de t’accompagner ; je suis aussi un suceur de roue. Le plus incompétent de l’histoire de l’humanité dans la relation parents/enfants depuis qu’il y a des parents et des enfants, le champion du monde, c’est moi. Et je vais te dire ce que tu dois faire ? Mais de quel droit ?

Passé l’instant de la retrouvaille, timide, réservé ou au contraire exubérant avec rires et larmes mêlés, selon ce qu’on est et ce qu’on peut, viendra inexorablement de son pas lent et méthodique celle qu’on a l’habitude de nommer la vie quotidienne. Alors seulement on saura si les retrouvailles auront été une rencontre. Parce que là se trouve le plus grand danger, celui de l’usure imperceptible qui ronge les plus beau serments et les joies les plus sincères.

Si les retrouvailles devaient échouer, mieux vaut que ce soit sur le champ, sur le champ de bataille ; la vie quotidienne le sait, elle ne manquera pas de se rappeler à votre bon souvenir à toutes deux, à son rythme, quand vous ne pourrez plus faire marche arrière, quand vous n’aurez même plus la haine pour vous aider à survivre après la mort de l'amour.

FIN.

Texte dédié à Shama19.

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