mardi 4 septembre 2007

#2/7 - Faites des liens, fête des liens, défaite des liens




Je vais commencer par qui j’ai commencé. Un jour de hasard, j’avais tenté de découvrir un site nommé « Bloglines », je ne sais quelle mouche m’avait piqué, alors que je radotais encore sur des forums d’hystériques. Un lien de hasard probablement, comme souvent dans cette planète. Comme tout le monde dans ce monde-ci, j’ai tâtonné et apprivoisé l’animal. J’ai laissé défiler des myriades de sites anglophones, et j’allais renoncer quand soudain un blogue francophone est apparu.

Il s’agissait d’un blogue pudiquement désigné « pour adultes ». Mâle ne saurait s’en satisfaire ; qui, sinon un menteur, aurait l’audace de prétendre qu’un texte érotique joliment troussé comme l’était le texte trouvé par hasard le laisserait indifférent ? Les harponneurs de tout poil le savent bien qui vous mettent sous le nez des tonnes de chairs rose à vomir car trop c’est trop ; Internet était ici à la hauteur de sa sulfureuse réputation, telle que je l’entends aujourd’hui encore répéter à l’envie.

Vous le lisez, avec vous je reste sincère malgré le masque. Ce petit moment de laisser-aller francophonique m’a incité à poursuivre mon défilé de blogues, tous plus anglo-saxons les uns que les autres. J’allais renoncer quand je suis arrivé sur une autre francofolie : en quelques instants, je suis passé de la lassitude émoustillée à l’étonnement émerveillé. Mille lieues au dessus des tentations tristes, dans l’air chatoyant de mots soignés, de phrases travaillées, où les douleurs devenaient universelles, où la joie devenait mienne, où la beauté rayonnait des paragraphes. Qu’elle me pardonne le détour qui m’a conduit jusqu’à elle, la maîtresse de céans, elle n’y rien gagné sinon un lecteur, mais pour moi un univers entier s’est entrouvert.

J’étais définitivement tombé dans la marmite magique, poussé par la plume de Veuve Tarquine.

Elle fut mon premier lien, ma première agrégation d’agrégateur. Quelques semaines plus tard, sous les coups de boutoir de ses retours de flammes, fameux mais que j’ignorais alors vous les connaissez tous, j’ai renoncé dans mes visites à me faire voir sinon ailleurs avec pertes et fracas, et que ce ne soit que dégâts collatéraux n’y changera rien. J’ai entrebâillé la porte de temps à autre, la pointe des pieds, tremblant et blême. Naturellement, on ne se lie pas vraiment avec un tel fantôme et Tarquine n’a pas le moindre commencement d’idée de ce qu’elle représente pour moi, je me garderais bien d’aller encore l’embarrasser de panégyriques en or et de broderies de dentelles.

Elle est chez elle, elle dit ce qu’elle veut, et que lui importe ce que j’en pense et ce que j’en ressens. Ses amies savent lui répondre en un joli chœur polyphonique et je ne saurais le dire mieux. Alors je referme doucement la porte en partant, la laissant face à ses douceurs et à ses frayeurs, dans la symphonie des démons et des copines. Ce que je sais ne pourrait rien lui apporter, je n’ai moi-même rien su en faire, alors j’écoute et j’aime ce qu’elle est, et toute sa petite bande étrusque. J’en ai juste perdu mon latin.

On ne peut pas traîner ses guêtres chez Tarquine sans croiser d’autres voix. Je nommerai Eolas, la grande contrebasse de la famille, savant et disert, éclairant et jubilatoire, souvent piquant et toujours attirant. Je ne connais pas le son de sa voix mais j’ai dit contrebasse, tant pis s’il a une voix de fausset il n’en a pas la tête. Je ne le suis pas partout où il va, ni en lecture ni en idées, mais je ne perds jamais mon temps avec lui, entendez moi bien, je ne perds jamais mon temps quand je suis avec lui.

Ne pas confondre une phrase et son contraire alors qu’elles sont semblables. Bel exercice de rhétorique, n’est-ce pas, ce qui va bien à leur profession à tous deux, Tarquine et Eolas.

#3/7 à suivre.

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