vendredi 7 septembre 2007

#5/7 - Faites des liens, fête des liens, défaite des liens.


Où suis-je ? Tarquine, Akynou, Moukmouk, Vinvin, Luciole, Chiboum, Kozlika, Sophil, voilà c’est fait. J’ai été parfaitement détestable pour Oxygène que je ne cite pas, j’y passe pourtant souvent pour un petit bol d’air, j’ai dû être un peu cavalier avec Anna Fedorovna. Un nom à devenir instantanément héroïne de Tolstoï, personnage de Tchékhov, arrière petite fille de Michel Strogoff et de toutes les Russies, un nom à ne pas rester coi. On ne peut pas se contenter de quelques ricochets malhabiles qui font floc tôt ou tard ; je me suis arrêté au dixième an, terrifié par le trou noir de mon adolescence, mais nombreux sont les aventureux qui s’y risquent. Anne, ne m’en veux pas je te prie, je ne suis qu’un vieux qu’on, oublie vite.

Il y a des virgules qui se perdent comme les balles.

Anna Fedorovna a eu l’idée invraisemblable des ricochets. Aventure démesurée, prométhéenne, aventure divine. L’humanité tout entière à se construire sous nos yeux en forme de mots et de phrases simples et gaies, ou tristes, ou tâtonnantes. Des souvenirs reconstruits, comme ils sont tous, parfois un peu repeints pour devenir présentables, parfois bruts de décoffrage, béton tout chaud de sa prise toute neuve et sa mise en forme étrange contemplée par le maçon étonné de son travail, sorti de sa nuit des temps. Et tous les maçons qui s’activent comme les enfants sur la plage de la marée montante à faire des barrages contre la mer, combat qu’ils finissent par gagner car tôt ou tard la mer redescend.

Anna, comment fais-tu pour tenir cet univers entre tes longs doigts sans qu’il s’effrite, sans qu’il s’effiloche, où l’on découvre tant de monde, on ne peut pas aimer tout le monde et parfois on en aurait envie, Otir, Thomas, Sicaliptic, Samantdi, Albertine, et Mathias, et tous ceux que je vais oublier et qui vont me haïr pour cela, pourquoi ces noms me sont-ils venus et pourquoi d’autres non, hier aurait été différent, la Toulousaine serait repartie dans le Gers, et la Niçoise émigrée à Paris, la Marseillaise en Guyane et le Périgourdin au Chili.

Oui monsieur le correcteur orthographique, la phrase est longue et je t’emmerde.

De floc en floc, les ricochets finiront bien par remplir le lac, et nous pourrons à loisir, dans trois millions d’années, tout relire ensemble assis parmi les chênes aux feuilles jaunes à l’ombre des cèpes géants radioactifs. Nous referons notre monde défait.

Moukmouk de Pohénégamouk a envoyé de l’air frais dans mes bronches méridionales ; De l’air polaire, comme je n’aurais jamais cru que je pourrais en respirer depuis que j’ai abandonné ces contrées après les avoir parcourues par romans d’enfance interposés. Il a su faire renaître à le lire cette magie ancienne de l’imaginaire. Je sais bien que je n’irai jamais au Canada en hiver, comme je ne vais jamais en Montagne à cette saison. La Norvège en Mai a largement suffit à mon expérience et je ne suis pas prêt de recommencer. Mais justement, il ouvre une fenêtre et je regarde son paysage avec envie, curiosité, et plaisir. Certains voyageaient autour de leur chambre et nous emmenaient vers d’incroyables rivages. Pourquoi ne devrait-on pas, de temps à autre, juste regarder par la fenêtre des amis et voir ce qu’ils nous donnent envie de voir ? Je ne vais pas passer mon temps à imposer mes vues et mes photos aux indifférents qui passent, je peux aussi voler les yeux des autres.

Pour faire bonne mesure, il me faut un petit mot sur Cyrille, le Vinvin rigolo à ce qu’on dit. Je reviendrai à mes dames pour en finir, puisque tel est mon destin. Rigolo, le mot lui colle à l’appeau, il l’a bien cherché. Pourtant, ce qui me plaît chez lui sont justement les peurs et les violences que cache la rigolade, la poilade tant charcutée par les milliards de commentaires qui suivent chacun de ses billets. Je hais Vinvin car ma nature violemment jalouse ne peut supporter son succès, oui quoi à la fin cé pô juste. Et cet imbécile de correcteur Word qui ne connaît même pas le mot poilade.

Peur et violence, à son tour il va se tordre de rire. Je le vois déjà sur son scooteur, après avoir écrasé deux vieilles dames, qui se rue sur moi caméra au poing et au point. Même pas peur. Je n’ai pas assez d’importance pour qu’il seulement jette un œil dans une apparence de direction vers moi.

« Temps voulu », « un mot par jour », « le tiers livre », sont aussi des sites de passage un peu masculins, histoire de remonter la statistique ; retour aux dames.

# 6/7 à suivre.


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