mardi 4 décembre 2007

Billie, Cathie, Edie (1).

Commentaire chez Clopine (chanteuses)

Bonjour.

Ma Clopine a sévi. Tu la connais, ma Clopine, je n’ai pas besoin de te la présenter. Elle énerve, elle titille, elle agace, c’est pourquoi je fonds en la lisant. Je n’ai pas envie de la contredire même lorsque je ne suis pas sur son fil de rasoir, en sens inverse, il qu’il devient nécessaire de se croiser, de croiser le fer. Alors je ruse, je m’use, et j’accrobatise le croisement pour me retrouver de l’autre côté sans trop déranger la belle ordonnance de son discours, car il le vaut bien.

Elle a décidé de mettre dans son panier, en osier garanti pur bio entièrement fait à la main, trois chanteuses que je n’aurais jamais pensé regrouper. Pour me parler de Catherine Ringer qui a bien du mal à cacher son chagrin. Alors tu fais ce que tu veux, tu peux aller voir chez elle, et ne pas revenir chez moi, tu peux rester ici sans savoir ce qu’elle a raconté qui me fait raconter, tu peux te sauver à toutes jambes pour échapper aux fous que nous sommes.

Voilà, sauve-toi, Lola.


♥♥♥♥

Diantre. Vous mettez dans le même panier Catherine Ringer, Billie Holiday, Édith Piaf. Je n'aurais jamais osé ce truc. Avec vous je m'attends à tout et je ne suis jamais déçu, même si parfois je trépigne. Mais là, non. Tout va bien, et pour saugrenue qu'elle paraisse, elle est riche de possibilités. Vous en avez extrait tout un billet où je me reconnais bien.

Je vous dois quelques nuances cependant, et un préalable absolu indispensable pour me comprendre : je n'aime pas Édith Piaf, mais alors vraiment pas. Le surjoué que vous évoquez me vrille, le pathos dégoulinant m'englue, et je ne parviens pas à trouver le moindre commencement de second degré dans sa présence, il n'y a pas de second degré. Je n'aime pas la voix tonitruante, sans nuances, sans ces amortis et glissandos à glisser dans le dos, et je m'ennuie en l'écoutant, ce qui est encore pire que le reste. Le péché mortel est d’ennuyer, ce qui est ma spécialité, mais ne devrait pas être celle d’une chanteuse.

Certains airs sont pourtant beaux, et de les entendre chanter par d'autres me les fait enfin découvrir (exemple : la foule, par Édith Lefel). Encore Édith, mais Madame Lefel était une fervente de Piaf, et ignorait à quel point elle la surpasse.

Voilà pour l'une. Voici les deux autres.

♥♥♥♥

Je suis un amoureux de Billie Holiday depuis la première seconde où j'ai entendu sa voix. La première seconde, oui, j'avais fait très fort cette nuit là, j'avais posé le diamant sur la plage, en fermant un œil pour mieux viser, et la plage était "strange fruit", insu de moi mais fichu pour la vie. Clopine, tu reconnaîtras que les paroles de cette chanson vont au delà de la ritournelle.

J'aimais déjà le jazz à cette époque mais, très branché free jazz alors comme aujourd’hui, ce n'est pas le subtil balancement du middle qui m'a plu, mais vraiment et uniquement le timbre de ce son absolu, irremplaçable, inimitable, le placement de sa voix sur le (non) rythme, vous l’entendez Clopine cette erreur minuscule qui donne le frisson à chaque mesure dans le tréfond du tempo, et ses fins de phrases à déchirer la partition, comme Ella casse les verres.

Bien plus tard j'ai appris le jeu extraordinaire de ses complices, Lester en particulier, et l'amour a cru en force et en exclusivité.

Madame Catherine Ringer va avoir du mal à trouver sa place ici. L'atmosphère est plombée, et si j'ajoute que je n'aime pas les rythmes binaires, le "rock" et presque toute la bouillie qu'on empile sous ce nom, les guitares saturées et les mélodies limitées, la voilà mal partie pour passer l'arc de triomphe.

♥♥♥♥

Que nenni. Comme avec Billie, dès la prime écoute des Rita Mitsouko, j'ai aimé. Allez savoir le mystère, tout était réuni pour que non, eh bien oui. Les histoires d'amour finissent mal, qu'elle disait la dame qui chantait, et ce mélange d'affirmation péremptoire sur fond de moquerie a traversé les barrières mentales qui protègent mon cerveau de ce qu'entendent mes oreilles. Sur une musique pas si mécanique que d'habitude, ou plutôt tellement mécanique qu'elle en redevenait intéressante, une mécanique poussée à bout, et non une mécanique d'automatisme. Un V12 de formule 1 et non un V8 de voiture américaine.

Je l'ai guettée au virage suivant, le prochain morceau serait la soupe habituelle j’en étais sûr. Que nenni bis. Alors j’ai installé madame Ringer dans mes favorites. Et même si la compagnie choque ces messieurs sérieux de chez Assouline, vous avez le droit chère Clopine puisque je l'ai fait aussi, de l'asseoir à côte de Billie, d'Ella, de Madeleine, de Sarah et d'Abbey ? Ce sont mes grandes à moi, dans cette catégorie. J'en aime d'autres, mais ce sont les grandes, ici.

Je ne vous ai pas écrit sur Barbara ou Juliette G. ou Colette M. ou sur bien d'autres, qui ne sont pas de cette catégorie. Les chanteuses à texte, dirait-on avec un brin de négligence, et parmi lesquelles j'ai aussi mes grandes. Mais il ne faut pas tout mélanger, et nous sortirions des limites du comparable.

Bonne soirée, Clopine. Vous m'avez donné l'occasion d'un long commentaire, que je vais derechef mettre en billet chez moi.


- à suivre #2.

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