vendredi 13 novembre 2009

#2/2 - De l'identité française: nationalisme et identités, encore OTIR.

Réponse à OTIR sur le refus du nationalisme.

Bonsoir OTIR.

OTIR a dit, entre autres choses : « Je ne suis pas d'accord avec toi que toutes les nationalités seraient similaires et indistinctes les unes des autres, je crois bien que c'est tout le sens que j'essaye de donner à mes billets sur les différences culturelles ».

Je ne pense pas justifier ton désaccord, chère OTIR, il faut donc que je précise, et bien que tu aies peu de temps, je vais t'en voler encore un peu.

Je ne crois pas que notre désaccord en soit un. Ce qui me semble commun à toutes les nationalités, et aux identités qu'on tente de nous imposer à ce titre, c'est le côté enfermement. Pour cela, je n'ai jamais voulu y adhérer. Pour autant, je ne suis pas de ceux qui se disent "citoyens du monde", reniant par là leur propre construction, qu’on nomme cette construction du mot de nationalité, d’identité, de culture, de tradition, ou de tout autre mot, qui, même s’ils ne sont pas similaires, participent tous à d’une part un enfermement, d’autre part à une originalité.

Si je me sors lentement et prudemment de ce refus de la notion de l'identité, trop vite confondue avec le nationalisme qui est le ressort caché et pervers de ce "débat" bessonnien, c'est justement parce que je me suis assez frotté à ces identités innombrables qui se télescopent dans le monde, du Pérou au Nevada, du Golfe persique à l'Afrique du sud, de la Norvège au Maroc, de la banlieue ouest de Paris au 93, j’en passe et des meilleures, pour savoir qu'il est de richesses de partout et que notre propre identité ne peut se construire qu'en se frottant à ces autres là.

J'ai écrit quelque part que seule la confiance en notre propre identité nous permet de nous confronter à celle des autres sans s'y perdre ; bien au contraire, en y gagnant beaucoup, par emprunts, mises en cause, regard en recul ou en miroir, et lentement par capillarité si affinité, et je l’ai déjà dit, par confrontation, n’ayons pas peur de foncer dans le tas si l’envie nous en prend, tant qu’on garde le respect, mais seul un toromachiste comprendrait.

J'en tire l'idée que j'ai exprimée dans mon billet de Bloghumeur, copie de mon commentaire ici, que notre identité française (il faut bien lui donner un nom) résulte de ce travail foutraque de construction mentale auquel nous sommes tous attelés peu ou prou. Y compris l'idée de prendre ailleurs ce qui peut nous convenir ou nous renforcer, y compris aussi l'idée rigolote de débattre du débat.

Entre nous soit dit, la tradition juive, pour ce que j'en sais, se repait elle aussi, de débats sur les débats, et se nourrit jusqu'à l'infini de polémique sur la façon de poser ou de ne pas poser la bonne question. Ce n'est pas une moquerie, je trouve cela jouissif au contraire, c’est une des voies de liberté qu'on se donne. Cette approche "identitaire" est rare, je la trouve chez nous franco-français comme je l'ai aperçue chez de nombreux juifs. Chic, encore un débat franco-français, comme dirait Obélix.

Je ne l'ai pas trop vu ailleurs, ce goût de la polémique du détail, du je ne sais quoi et du presque rien, quelle que soit la richesse des autres cultures, des traditions lointaines ou proches, et quelle que soit la force des nationalités croisées. Dont l'espagnole, cher Pablo, qui m'a pourtant fortement capillarisé.

Ceci dit, j'ai encore beaucoup à réfléchir sur ces principes, je ne suis pas au bout de ma pensée et je ne suis pas sûr que mon Moine préféré ait envie de me suivre sur ce terrain. Ce que j'aime dans mon identité française, puisque ces mots me sont imposés pour l'exercice, c'est qu'elle est floue et fluctuante, et comme dit l'autre, fluctuat nec mergitur. Le débat nous est imposé, à nous de le détourner pour la plus grande confusion de ses instigateurs en chemises brunes.

Mis en ligne le 13/11/2009.

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