mardi 24 novembre 2009

L’école de la République #2/6 : Scrogneugneu.

2. Scrogneugneu.

Plus personne ne veut de ce bon vieux temps là, où pourtant les maîtres étaient maîtres, et où l’Excellence de la République permettait de se hisser au dessus de sa condition de départ, ici ou là, pour jargonner comme chacun jargonne encore aujourd’hui malgré le temps passé. Vous les connaissez tous, nos tribuns jargonnant qui se gonflent et nous gonflent d’Excellence, en multipliant les zixces et les zesses et les ailes pour s’en remplir plein la bouche et nous en mettre plein les yeux.

Dans le même camp que ces dinosaures si bien caricaturés que personne d’entre vous ne voudra y ressembler, même si la caricature cache une nostalgie pour beaucoup d’entre nous, il faut placer ceux qui réclament à tue-tête une école à leur exclusif service. Où seules les vérités décidées du clan, parental, familial, villageois, régional, national, seront dites. Il ne sera pas question de parler aux têtes blondes de Monsieur Darwin par exemple, ou alors, piège parfait, laisser planer la possibilité d’un débat avec les créationnistes ; il ne sera pas question de raconter l’histoire des religions, chacun sait qu’il n’y a qu’une religion, celle-ci là que je désigne et pas celle du voisin d’à côté ou d’en face, les religions n’ont pas d’histoire, il a LA religion un point c’est tout. Alors l’école devra se soumettre au plus fort du coin.

Il y a dans ce camp hétéroclite les petits chefs qui veulent l’enseignant à leur botte. Qu’il dise ce qu’on lui dit de dire. Qu’il déroule le tapis rouge devant l’enfant du notable, ou du caïd. Sinon, gare aux pneus, gare au canif, gare au grand frère, gare à la mutation. Il y a dans ce camp tous ceux qui confondent enseignant et domestique, sans parler de la hiérarchie qui s’en mêle, qui s’emmêle, qui enfonce. Et tous ceux qui pensent que l’école est un accueil, pour occuper les enfants pendant la journée, et rien d’autre.

Vous ne le croyez pas, mais ils font tous partie de la bande des scrogneugneu, les mêmes qu’autrefois, ils ont changé la couleur de leur nez rouge, c’est tout. Ils sont tous complices. Ils embrigadent, profs ou parents, ils veulent des enfants à leur image, strictement conformes. J’entends quelqu’un qui a dit formaté, là-bas au fond. Mot inutile, conforme me suffit. Conformes à l’objectif, car voilà le péché originel : ils ont tous un objectif. A quoi sert l’école, voilà ce qu’ils demandent, et ils ont la réponse à la bouche aussitôt. Leurs réponses sont terriblement précises, mais elles sont toutes différentes. Comme si cette question pouvait seulement avoir une réponse.

Ils sont installés sur les flancs de la montagne.

à suivre.

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