jeudi 26 novembre 2009

L’école de la République #4/6 : De belle lurette, l’école ne formate plus personne.

4. De belle lurette, l’école ne formate plus personne.

Si l’enseignant désormais se permet un froncement de sourcil en direction du pauvre chéri que l’on formate, j’ai entendu le mot dans la salle, c’est en effet soit sa voiture, soit sa santé, soit sa carrière, qui en prennent plein les vitres, coincé entre le bon désir du roi et les exigences des usagers, on dit usagers et bientôt on dira clients donneurs d’ordres, de toute façon on ne dit plus parents encore moins citoyens. Encore heureux s’il ne sort pas de l’établissement entre deux gendarmes, sans un regard des collègues qui se sont depuis longtemps défilés.

On l’a oublié, que les enseignants d’aujourd’hui vivent plus dans la solitude et la peur que dans la pédagogie. Même leurs syndicats l’ont oublié, savent-ils encore ce qu’ils sont ?

Quelques chevaux légers renforcent cette armée de la Mer. Et surprise, ce sont les mêmes, oui, les mêmes que ceux de l’armée de la Montagne. Vous n’aimez pas que je me répète, vous avez tellement raison que je vais me répéter, mettre beaucoup de points sur chacun de mes zi, enfoncez vous ça dans la tête disait le bon Boris avec la voix douce d’Henri. Je vais être un peu long, il le faut.

Tous ces chevaux légers qui réclament que seule leur vérité à eux de parents soit dite, au nom de leur racines, au nom de leur différence, au nom de je ne sais quoi mais qui ne relève pas de notre bien commun. Et ne venez pas me dire que l’arbitraire les désigne comme hors du bien commun, ce n’est pas l’arbitraire, ce sont nos deux mille ans de réflexions.

Vous avez ceux qui veulent que Dieu ait tout créé il y a Six mille ans et pas plus c’est calculé scientifiquement dans la Bible ; vous avez ceux qui proclament que seul Allah est grand et Mohammad son prophète et que la face voilée de la lune concerne toutes les femmes, et vous autres monothéistes d’autres bords ne ricanez pas vous ne valez pas plus cher avec vos réclamations ; ainsi, pourquoi ferait-on une histoire des religions puisqu’il n’y en a qu’une est qu’elle est déjà écrite, et qu’il y en ait trois ne veut rien dire puisque seule la mienne est la vraie, disent-ils tous en chœur, tous unis pour formater.

Je peux vous en trouver d’autres, des exemples : je vois nos élites pour qui seul est grand Adam Smith, et ses thèses sont notre Bible notre Coran bien qu’il fût presbytérien, pourquoi égarer nos têtes blondes avec Marx et ses reîtres, soyons rapides et efficaces, time is money money money, money jungle ; je ne peut plus finir ma phrase, voici le pire qui approche, voici le vol noir de ceux qui exigent que soit débattue l’idée que l’on peut certes prétendre qu’on a peut-être déporté des millions d’êtres humains d’ici vers là-bas mais qu’il faut pouvoir par souci d’objectivité, ils osent dire objectivité, examiner la thèse contraire, vous connaissez aussi bien que moi le piège du débat utilisé pour valider l’invalide.

Toutes ces smalas et toutes les autres qui ne supportent pas l’idée qu’on enseigne à leur chéri de quoi les conduire à l’interroger, elle, la smala inquiète tout à coup du regard de l’enfant interrogateur. Elle a raison d’être inquiète, empêchons la de nuire.

Voilà, c’est cela, l’enseignement libre qu’on nous vante avec des couronnes de fleurettes. C’est cela ce qui se cache derrière l’enfant qui innocent et curieux pose dans l’épanouissement total les questions rafraîchissantes de sa logique naissante. Il faut savoir être clair et net, il faut savoir refuser le débat de ce qui n’a pas lieu d’être débattu, il faut savoir définir et imposer les méthodes, discerner ce qui est avéré et ce qui est hypothèse, étudier jusqu’à plus soif la mathématique des ensembles sans laquelle nul ne connaîtra la stratosphère joyeuse et humble du chaos, des fractales et de la théorie des cordes.

Bien sûr qu’une collectivité, une nation toute entière, dès lors qu’elle prétend transmettre sa raison d’être d’une génération à l’autre, va construire un corpus de vérités dont nous savons tous qu’elles sont provisoires, incertaines, discutables. Mais ce corpus est le corps de la civilisation dont nous sommes, et que nous devons remettre en ordre de marche à nos enfants. Ils en feront ce qu’ils pourront, mais je suis plus confiant dans la validité de ce corpus que dans les caprices fragmentaires, limités, religieux, ou idéologiques d’un seul bord, que les individus aussi bien intentionnés soient-ils, pourraient transmettre chacun de leur côté.

En tant que parents, libre à eux de le faire. C’est même leur devoir. Mais la Société se doit d’intervenir au-delà des parents pour sa propre pérennité, et s’en donner les moyens. Toute renonciation de la Société sur ce point est pour elle renonciation à survivre. Armé de la sorte, l’enfant, citoyen à venir, disposera des outils pour interroger son monde, et appuyer là où il a mal.

Je me suis un peu égaré dans ma phrase, j’ai engagé mon combat alors que toutes les forces en présence ne sont pas encore arrivées. Mais vous me voyiez déjà venir, alors j’y suis.

Ce sont les mêmes, ces chevaux légers de l’individualisme d’apprentissage. Ils se mêlent aux deux armées de la Montagne et de la Mer, et les deux armées les acceptent en un renfort inespéré et douteux.

à suivre.

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