lundi 4 décembre 2006

HISTOIRE DE MARIE & BERTRAND - La transgression philosophique.‎ ‎2/10.‎

La transgression philosophique.‎ ‎#2/10.
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Tant que j’en dispose, je revendique ma liberté de juger qui je veux au nom de moi-même, et je n’ai aucun besoin d’estrade. D’égal à égal suffira, les yeux dans les yeux, tout comme pourra le faire à mon égard celui qui me fait face. Pas de robe noire, pas d’apparat ni de boiseries. Juste lui et moi, au coin d’un bois ou d’un écrit.

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De ce jugement là ne sortira aucun pilori, aucun lynchage. Je dirai à celui qui me fait face tu as bien fait si je juge qu’il a bien fait, ou tu as mal fait si je le juge ainsi, et nous sommes bien dans ce dernier cas ; il se peut alors que je lui tourne le dos. Je ne me priverai pas de ma liberté de dire que je juge qu’il a mal fait, et de tourner le dos. Non pour hurler avec les loups, mais parce que ma petite loi au fond de moi me rappelle, et doit lui rappeler, qu’il a transgressé un fondement de l’espèce, un de ces fondements dont nous rêvons qu’il pourrait nous extraire de notre animalité. Rêve insensé, je sais. Mais ne jamais y renoncer, à ce rêve.

Non, je ne pense pas au meurtre ; le meurtre n’est pas la transgression qui me préoccupe ici, bien qu’il s’agisse aussi de fondement de l’espèce. Mais le meurtre a fait l’affaire des messieurs très importants de tout à l’heure, les juges, ils ont réglé la question comme ils ont voulu et je ne vais pas y revenir. De quoi s’agit-il, alors ?

Il faudrait se lancer dans des considérants considérables, pour distinguer ce qui doit l’être, séparer les lois de la société des lois de l’espèce, séparer le travail du juge de celui de l’humain qui regarde. Je suis l’humain qui regarde et je juge au seul nom de moi-même en tant qu’humain. Je m’occupe de la loi de l’espèce, non de la légalité. Tuer est contraire à la loi de la société, illégal donc, fût-ce accidentellement, et le juge ne s’y trompe pas qui condamne avec force verrous et barreaux. Tuer est aussi en soi enfreindre la loi de l’espèce, mais dans une moindre mesure surtout lorsque c’est accidentel.

Mais tuer une femme lorsqu’on est homme est une transgression fondamentale. Il n’est accident qui tienne lorsque la mort a été précédée de violences.

La transgression fondamentale est la violence faite par un homme à une femme qu’elle soit meurtrière ou non, parce que, meurtrière ou non, la violence est toujours intentionnelle. Chacun peut arrêter la mécanique infernale pour peu qu’il garde ses yeux ouverts et sa vigilance vivace. Vous me présenterez d’autres sortes de violences et nous pourrons débattre savamment de ce qu’elles sont fondamentales ou non. J’écris ici sur celle-ci : la violence de l’homme faite à la femme ; ne me sortez pas de mon ornière, je n’ai pas fini le chemin.

Je ne perdrais pas mon temps ni le vôtre avec cette affaire si l’homme avait frappé et tué accidentellement ou non, un autre homme. Les juges sont là pour s’occuper du cas de cet homme. La transgression qui m’occupe ne relève plus de la justice et son train, ils sont déjà passés et quand même ils ne seraient pas encore passés elle serait hors sujet ici.

La transgression qui m’occupe est une transgression philosophique, d’autant plus grave qu’elle est philosophique. Comment voulez-vous que l’homme en réchappe et survive, si on ne lui dit pas ce qu'il faut lui dire, en face, les yeux dans les yeux, sur les agoras.

Dire, et non clouer. Il doit pouvoir affronter son miroir. Voilà tout.

Premier envoi de #2/10 le 17/11/2004 vers 18h30. #3/10 à suivre.


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