vendredi 4 novembre 2005

De la beauté des femmes #3/9.

La thèse est séduisante. On s’y laisse prendre, on suit la pensée avec aisance, tout vient à point. L’homme occidental inculque aux femmes, par une subtile propagande, le goût du jeûne permanent ou plutôt le devoir du jeûne permanent, et lui invente le besoin du voile mental, pour mieux ainsi profiter de son dévoilement soumis ; il rejoint et même dépasse l’homme oriental qui en est encore à la soumission policière de la femme. Il paraît que cet oriental raffiné en souhaite l’érudition alors que l’homme occidental ne rêve que de connes dans son lit. Puisqu’on vous le dit.

La démarche est habile qui va nous ensevelir dans nos contradictions. C’est du moins ce que j’en comprends et que je refuse, vous avez dû le deviner. Je ne crois pas avoir caricaturé ce qui nous est expliqué. Bon, le mot conne est peut-être un peu forcé et pour rien au monde la dame n’aurait osé utiliser ce mot. Moi, vieil hétéro bougon, c’est ce mot que j'entends en lisant les euphémismes utilisés dans l’article sur la passivité attendue de la femme, la passivité tentante dont on écrit que je l’attends tant.

A l’appui de la thèse, Molière est convoqué ; accusé Molière levez-vous. Les choses sont claires : ici l’on n’est pas dans l’étude de fonctionnement d’une société mais dans la stigmatisation individuelle. On puise dans l'entourage. Des journalistes disent et font ceci, des peintres du Louvre peignent cela, et Molière, lui-même en personne, y va de son complot contre les femmes. Le pire est que ce langage sur Molière ne m’est pas inconnu ; d’obscures féministes sommaires s’y sont déjà risquées.

Les bras m’en tombent. Méconnaître à ce point le mécanisme sur lequel fonctionnent les deux pièces mises en cause, Les femmes savantes et Les précieuses ridicules, me conduit à soupçonner que l’on est en train d’accuser le chien d’avoir la rage pour mieux le noyer. Je croyais naïvement que, si ridicules que semble l’apparence des précieuses ridicules, ce sont les messieurs qui les fréquentent qui en réalité le sont, et que la défaite finale qui emporte les demoiselles n’est que l’écran de fumée derrière lequel se cache Jean-Baptiste et se protège, pour être théâtreux il n’en est pas moins homme ; que les femmes savantes sont infiniment plus savantes et plus dignes que les hommes qui les entourent, elles veulent la connaissance pour avoir la connaissance quand ils la veulent pour avoir le pouvoir.

Oublier ce fondement du théâtre de Molière sous prétexte de lui faire un procès est détruire l’idée féministe qu’on aimerait défendre. Pour finir, cette pointe : on ne connaissait pas la taille 38 alors et les belles femmes étaient rondes.
(#4 à suivre)

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