vendredi 9 septembre 2005

II - 5.2 Le besoin de transmettre.

II-5.2. Il va pourtant bien falloir que je vous en parle, de ma réticence, de ce retour du biologique qu’on n’attendait plus : la complémentarité du masculin et du féminin, cette complémentarité conflictuelle qui jamais ne finira, où personne ne devra jamais l’emporter, ou nul ne devrait dominer, mais où sans cesse le combat fait rage qui traverse l’humanité et qui traverse chacun de nous.

Ce combat doit se transmettre pour que l’on puisse, génération après génération, retrouver la litanie nécessaire, pulsion – désir – besoin. Ce combat est un combat fondateur et fondamental. Et je n’ai pas de réponse à cette question, comment un couple zomo peut-il assurer cette fondation là ; je crains même qu’il n’y en ait pas, de réponse, le combat y est devenu tellement intérieur qu’il en est invisible ? Moi le zétéro buveur de bière, je ne peux être tout à fait formel et répondre à cette question avec une assurance bien de chez nous, mais rien n’y fait, je resterai réticent face au brouillard annoncé, réticent à l’adoption d’enfants par un couple homosexuel, quels que soient les torrents d’amour et de dévouement dont vous êtes capables.

Platon sans Héraclite. Une enfance dorée, mais aucun piédestal de conquête.

D’avoir lu les horreurs d’Alexia me conforterait dans cette reculade, dans cette réticence, dans cette résistance.

Voilà, c’est fini. Tout ça pour ça.
Terminé d’écrire le 9 août 2005.

jeudi 8 septembre 2005

II - 5.1 Le besoin de transmettre.

Ainsi la Société aura juste quelques barrières à placer autour de la pulsion sexuelle, et elle devra regarder d’un peu plus près lorsqu’elle voudra confier des enfants à qui en voudraient. La voici beaucoup plus présente maintenant. Car il ne s’agit plus seulement de biologie, de fornication, de procréation, et toutes ces animaleries que nous nous refusons parfois à voir en nous, alors que nous ne valons pas plus cher que tout le bestiaire qui nous entoure.

Ni moins d’ailleurs.

Nous sommes désormais dans l’acquis et dans le comment il nous vient. Que le besoin de transmettre soit spécifique de l’humain ou non importe peu, il s’agit ici de nous, et c’est de nous que je parle. Les chats, les coqs et tous les autres de la basse-cour et d’ailleurs n’ont qu’à parler entre eux s’ils veulent qu’on parle d’eux, je ne les en empêche pas.

Nous voici enfin sorti du biologique, nous voici de plein pied dans la Société dont nous dépendons, sans laquelle nous ne sommes plus rien, sans laquelle nous n’aurions jamais été quoi que ce soit, même pas une espèce animale identifiée. Nous sommes tous partie prenante du besoin de transmettre, ancré au fond de nous, de nos viscères, de nos angoisses, hommes et femmes, associés dans ce combat contre la mort, et la Société toute entière aussi est plongée dans ce tourbillon nécessaire : la Société des humains qui espère ainsi se perpétuer et pourquoi pas se transformer en civilisation, les hommes dans la Société qui espèrent ainsi gagner leur éternité, les femmes qui, se sachant éternelles, espèrent ainsi garder l’homme.

Non. Non et non. Ce que je vous écris n’est pas exactement ce que je voudrais vous écrire mais je ne peux l’exprimer autrement. L’homme, animal mammifère, n’a pu survivre qu’en s’organisant en sociétés ; par la transmission de ses règles, ces sociétés se sont perpétuées, perpétuant ainsi l’espèce. L’individu s’incline devant le collectif et doit accepter que la société se mêle de ce besoin là, la transmission pour perpétuer. Le combat de l’individu vient plus tard : il sera de transgresser les règles une fois apprises si elles lui semblent injustes et dans ce combat l’union des zomos et des zétéros ne sera pas de trop.

A suivre

mardi 6 septembre 2005

II - 4.2 Le désir d'enfant.

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II-4.2
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Du coup, le désir du mari, mâle concerné plutôt que mari d’ailleurs, a dans cet accomplissement une importance moins décisive que ce qu’il s’efforce de se faire croire à lui-même ; il doit accepter de n'être que le désir qui portera celui de madame pendant neuf mois. Moins décisif mais essentiel pourtant, ce désir d'homme, parce que madame pourra interrompre l'aventure si elle le veut, et souvent parce que le soutien de l'homme défaille, sans qu’il ait son mot à dire.
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On le devine maintenant, devant leur désir deux zomos seront mal s'ils sont mâles. Lesbiennes, elles seront moins en peine, au prix de quelques minutes à passer avec un de ces roteurs de bière tout surpris de sa bonne fortune. Je ne vous parlerai pas d'insémination : il faudrait déjà que la Société se soit transformée au point de la pratiquer sans réticence ni chantage et nous n’en sommes pas là chez nous ; surtout nous entrons dans une logique où il va falloir faire appel à des tiers, à qui nous donnons ainsi le pouvoir de décider à la place des femmes. Que devient notre liberté, s’il faut en passer par les mains des bricoleurs.
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En revanche, rien n’interdit à une lesbienne la relation zétéro procréative sinon la répulsion insurmontable toujours possible. L’issue du combat entre répulsion sexuelle et désir d’enfant dépend de chacune d’entre vous, filles de Lesbos.
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Je ne propose rien pour les zomomâles. A vrai dire, je crains que la satisfaction du désir d’enfant ne soit pas une bonne idée pour eux et ne constitue pas une réponse, ni au bonheur du couple homosexuel, ni au bonheur de l’enfant, ni au bonheur de la Société qui accorderait l’adoption, puisque dans leur cas il faut en passer par là. Je connais ce qu’on peut m’opposer, que l’amour est essentiel et peu importe qui le donne, cet amour, et qu’il y a bien des familles zétéros apocalyptiques dont les enfants on été gravement endommagés, d’être hétéro ne fait pas automatiquement un bon parent.
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Je suis pourtant témoin du très bon travail éducatif que des couples zomos de mes amis font avec les enfants dont ils ont la garde, il se trouve que ce genre de situation existe près de moi. Alors, pourquoi ces craintes et ces réticences ? J’ai un projet de réponse à vous soumettre, et il concerne autant les zétéros que les zomos. Ecoutez moi bien.
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Le désir d’enfant n’est pas un désir qui doit être satisfait du seul fait qu’il existe. Un couple stérile qui cherche frénétiquement à adopter pour calmer ce manque sera rarement un couple de bon parents, zétéro ou pas. Ce n’est pas la question de la zomotude qui me gêne finalement, vous le comprenez bien, c’est la question de la satisfaction coûte que coûte du désir d’enfant. Pauvre de lui, l’enfant qui est arrivé entre ses deux parents uniquement pour satisfaire leur désir, uniquement pour cela. Peu importe en définitive qu’il s’agisse de zétéros ou de zomos, la vraie question n’est pas dans la préférence sexuelle, et l’on se dispute pour rien.
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Si vous voulez aller au-delà de la naissance et de la reco-naissance, il vous faut passer à la scène suivante, celle du besoin de transmettre.
A suivre

vendredi 26 août 2005

II - 4.1 Le désir d’enfant.

Allons bon. Je suis allé me promener un peu chez Alexia. Et d'être un peu plus attentif m'a fait constater qu'il est masculin, le bougre. Alors voilà, je me rétablis en vérité. Ce que j'ai pu élucubrer pour autant reste, hormis la grammaire et le genre. Et je continue à tailler ma route dans la jungle de mon cerveau lent. Prenez le train si vous m'aimez.


II - 4.1

La Société va avoir un peu plus son mot à dire dans le deuxième fondamental de mon énumération. Le désir d’enfant, acte III scène XVII. Nous approchons d’une réalité provocante dont on ne peut se départir aisément, réalité déjà évoquée plus haut mais nous n’en sortons pas, la différence sexuée. La femme abrite neuf mois durant la petite graine qui de divisions en divisions finira par un cri aigrelet annonçant l’apparition d’un homme. Bon, d’accord, je vais dire d’un être humain, les intégristes du langage ne tolérant pas l’usage du mot homme pour désigner l’espèce. Et l’usage du mot latin pouvant lui-même porter à confusion, ecce homo.

Provocation pour provocation, avant de parler du désir d’enfant, voici quelques précisions qui vous feront frémir.

Tant que la naissance n’est pas accomplie, le ventre de madame ne contient pas un être humain, mais un projet d’être humain, d’abord embryon puis fœtus, mais jamais être humain. Objet biologique comme le sont un cœur ou un estomac de ce seul point de vue, mais évidemment beaucoup plus chargé de promesse que peut l’être un simple organe du point de vue de ceux qui attendent la naissance.

Il en résulte que jusqu’à la naissance, madame est la seule à décider, en dernier ressort, du devenir de ce projet. Y compris à neuf mois moins un jour. La prétention de la Société à régenter le nombre de semaines pendant lesquelles madame aurait le choix puis après lesquelles madame ne l’aurait plus m’est exorbitante, d’autant plus que ce sont généralement des hommes qui décident de ce nombre de semaines là, des législateurs confis dans leur certitude, des médecins bouffis dans leur savoir, des moralistes rassis dans leur rigueur. Ne poussez pas de hauts cris, je sais parfaitement que plus l’échéance est proche et plus l’interruption est difficile, tant médicalement que mentalement et justement pour cette raison, il n’y a pas de décompte des semaines qui tienne. A la Société de trouver les réponses, elles existent.

Disons la chose bien en face: le seul droit du foetus est le droit de la femme qui le porte, à l'exclusion de tout autre. Nul, qu'il soit mari, frère, père, et nulle autre femme de l'entourage non plus, n'a à dire ce qu'il doit être de cette promesse que porte la femme, nul n'a à imposer sa loi, une loi quelle qu'elle soit. Alexia a raconté cette histoire de la mère sacrifiée par les médecins pour soi-disant sauver un foetus. J'en suis encore indigné d'avoir compris que peut-être la femme aurait pu vivre. Plus que jamais ce que je dis là s'impose comme seule voie vers un progrès peut-être un jour.

Seul le désir d’enfant permet de laisser s’accomplir le cycle de neuf mois dans la totale liberté de garder ou de ne pas garder, et seul dans ce cas l’enfant a vraiment toutes chances d’être celui qu’on accueille. Toujours mon affaire de survie. Mais alors, les zomos, dans cette histoire, puisque c’est d’eux qu’il s’agit, que vont-ils devenir ?

Voilà où la différence entre hommes et femmes prend tout son sens. Les zomos peuvent comme les zétéros ressentir le désir d’enfant. Il résulte du pouvoir de la femme sur son corps, pouvoir qu’il faudra bien un jour lui rendre entièrement si notre Société veut survivre, que seule la femme peut mener à terme l’enfant en question...



A suivre

mercredi 24 août 2005

II - 3. La pulsion sexuelle.

Ben oui, il va y avoir un chapitre par ligne de l’énumération. Vous comprenez pourquoi je ne donne pas suite aux stakhanovistes. La pulsion sexuelle, acte I scène I.

Voilà qu’ici la Société nous laisse plutôt tranquilles. Elle admet, notre Société d’aujourd’hui, en rechignant mais elle admet, que les secrets d’alcôves doivent le rester. On jase, on se retourne, on regarde par le trou des serrures, mais en cachette, honteusement ; hommage du vice à la vertu, la Société reconnaît par cette discrétion provinciale que la pulsion sexuelle est du ressort de l’individu.

Naturellement, elle aimerait bien se mêler de ce qui ne la regarde pas. Par exemple, sous couvert de protéger l’innocence, elle va instruire de faux procès qui rendront suspects les vrais. Sous couvert de salubrité publique, elle aura la tentation d’imposer l’abstinence alors que d’autres solutions existent. Sous couvert de nature, nous y voici, elle voudra proscrire l’homosexualité au motif de non procréation potentielle.

Voilà le point où je voulais en venir. Je l’avais mise entre parenthèses, la zomotude, mais je ne voulais pas l’oublier. Que la pulsion sexuelle soit une condition de survie de l’espèce est un fait. Il ne signifie pas pour autant que l’acte sexuel issu de cette pulsion soit obligatoirement un acte procréatif, il signifie seulement que dans la marée montante des pulsions qui est d’autant plus forte que la lune est pleine, l’air doux, la mer calme et l’herbe tendre, la probabilité d’actes procréatifs est plus élevée que dans les libidos en berne des mondes asexués et réprimés.

Que la pulsion sexuelle puisse être homosexuelle n’atténue en rien son rôle fondamental, et je suis persuadé qu’une Société parfaitement sereine sur ce point saura mieux préserver sa survie que toutes les répressions de la terre. Alors voilà ma première impression : lorsque l’homophobie, pour se construire, se croit obligée d’en appeler à la Nature avec une haine majuscule, dans ces cas là la Nature a toujours une haine majuscule, elle se prend les pied dans le tapis ; il importe pour l’espèce avant tout que frétille la pulsion, dans tous les sens et dans toutes les positions. Parfois il en résulte un enfant. Et plus il y aura de positions, plus il y aura des parfois. Alors laissons frétiller tout un chacun, dès lors que chacun de ces chacuns, c’est si évident que je le rappelle, est libre, adulte et consentant.

Ici seulement est le lieu où elle doit intervenir, la Société, pour construire les garde-fous qui protègeront l’innocence et pour veiller aux libertés. Sans elle, sans cette intrusion nécessaire, pas de pulsions sans dégâts collatéraux. Et au bout du compte, pas de survie. Mais elle ne devra rien de plus que le garde-fou, à manier avec précaution, avec discernement, avec ménagement, y compris lorsque la dérive est avérée et que l’innocence est piétinée : tout tapage et toute curée retombera sur les victimes autant que sur les coupables. La Société a bien des progrès à accomplir en cette matière, mais nous sortons de mon sujet.

A suivre

jeudi 18 août 2005

II - 2. La survie de l’espèce.

Il se trouve, nous sommes là pour en témoigner, que l’espèce homo, qu’il soit erectus, néanderthalien, sapiens, sapiens au carré, a survécu depuis sept millions d’années, Lucy n’en reviendrait pas si elle le savait, elle qui est morte à quinze ans en laissant quelques traces de pas et un squelette qui l’ont immortalisée. Pour réussir cette performance, dont on sait que celles passées ne préjugent pas de celles à venir, il lui a fallu au moins trois conditions. Ne me faites pas dire qu’elles étaient suffisantes, elles ne l’étaient pas. Mais sans elles, rien, et vous auriez échappé à mes bavardages.

J’énumère.

La pulsion sexuelle.

Le désir d’enfant.

Le besoin de transmettre.


Je ne me sens pas très bien, là. Déjà que vous parlez tous en même temps et que j’ai du mal à me concentrer, mais en plus je ne sais pas du tout où je m’embarque. Je ne sais plus. Avant d’énumérer tout semblait clair, et d’énumérer a tout assombri. Mon minimum syndical devient un maximum lourdingue, mais voilà, minimum ou maximum, il y a moins bien mais c’est plus cher, j’ai commencé et j’arrêterai quand j’arrêterai. Après tout, vous le savez aussi bien que moi, il suffit de cliquer sur démarrer pour arrêter, dans notre monde informatique.


Maintenant, il y a peut-être des stakhanovistes qui vont vouloir allonger la liste. Moi je me contenterai de celle-ci, et une fois examinée nous soufflerons un bon coup, du moins les survivants.

A suivre

mardi 9 août 2005

II - 1. La Reprise est laborieuse.


Pendant des jours, j’ai noirci des pages. Je ne suis pas content. Je vous ai annoncé des arguments fulgurants et des choix décisifs, et je suis bien en peine de vous les servir, avec ou sans petits oignons. Pourtant me voici pris à mon piège et je vous dois un discours, ne serait-ce que pour continuer à croire que j’existe.
Alors je vais faire dans la théorie oiseuse et le lieu commun tristounet. Une sorte de minimum syndical, un degré zéro de pensée, une tartine de tartarinade, bien étalée pour avoir l’air qu’il y en a beaucoup.
Vous comprenez, je ne peux pas laisser Alexia éructer toute seule. Alors je tente d’occuper le terrain avec mes mots maigrelets ; maigres et laids, sans parler du maigre lait de ma nourrice pessimiste. Vous avez le bonjour d’Alphonse ou de Tristan, je ne sais même plus l’auteur que je pastiche.
La Société s’invite dans notre lit, disais-je. Non seulement je n’en suis pas surpris, mais je trouve cette intrusion somme toute plutôt légitime. Il faudrait peut-être que je m’en explique. Oublions un moment les zomos et les zétéros. La Société, qui est une construction humaine, a pour objet principal sinon unique sa propre éternité. Elle doit bien se douter qu’il s’agit d’un projet vain et que tôt ou tard elle disparaîtra, cette Société. Mais l’important aujourd’hui est qu’elle se veuille éternelle : c’est la condition d’une survie provisoire, et par conséquent de la survie des éléments qui la constituent, les pauvres de nous ; les pauvres de nous non pas pris comme des individus faut pas rêver, mais en tant qu’espèce.
De la tribu des débuts zéroïques aux dédales administratifs d’aujourd’hui, tout concourt à donner à la fourmilière les moyens de continuer à continuer, et si une Société tombe une autre sort de l’ombre à sa place. Vous pensez bien qu’avec un tel enjeu, elle ne va pas pouvoir s’empêcher de fouiller dans nos draps, et elle aura raison vis-à-vis de l’espèce.
Vous avez deviné la suite et déjà s’aiguisent les couteaux et se fourbissent les armes qui vont m’anéantir, il va être question de procréation, d’adoption, de mariage, de reproduction, de sexe et de fécondation, toutes ces choses dont on aimerait tant qu’elles soient indépendantes et dont on ne peut que constater qu’elles ne le sont pas. J’ouvre tout de suite un parapluie pour éviter que le mugissement des féroces soldats m’empêchent de poursuivre : affirmer le caractère inévitable de la rencontre du masculin et du féminin pour aboutir à une procréation ne constitue en rien, dans mon propos, à une forme quelconque, directe ou indirecte, sous-jacente ou explicite, de condamnation de l’homosexualité. Je suis près à vous le répéter cent fois s’il le faut, tout en sachant parfaitement que cet argument est celui où se prélassent les prélats et les homophobes.
L’important une fois encore, n’est pas de nier ce qui est ni de refuser l’inévitable. L’important est de regarder cet inévitable en face et de décider quoi en faire. Nous pourrons alors tenter de faire pour le mieux dans la Société qui nous occupe, la nôtre. Quant aux autres Sociétés, il sera toujours temps de leur faire la leçon lorsque nous aurons, nous, accepté notre propre miroir.
A suivre

vendredi 8 juillet 2005

Intermède.

Une pause. Il y a encore beaucoup à triturer. J'ai même écrit des pages et des pages ; vous n'allez pas le croire, c'est encore plus fouillis que celles que j'ai déjà écrites.
Alors pour le moment je vais tenter de faire le ménage et de rester un peu coi. J'en vois au fond qui font ouf. Ils ne perdent rien pour attendre parce qu'à mon retour ce sera pire.
Je leur parlerai de la société et ce qu'elle a à voir dans ce que certains croient qu'elle n'a rien à voir, la société s'invite dans nos lits et c'est légitime, je leur parlerai du couple, je leur parlerai des femmes, des hommes et des femmes et des enfants avec tout le barda qui va avec, parternité, maternité, éducation, adoption, enfin tout ce qui fâche dès qu'arrivent sur ces sujets la zomotude et la zététude.
Pour mettre un peu d'ambiance, je vous dirai sans autre façon que j'ai longtemps été hostile au mariage entre zomos, et j'ai changé depuis peu sans que le maire de Bègles y soit pour quoi que ce soit au contraire il a failli me faire retourner en arrière, et je vous dirai aussi que ce chemin là je ne l'ai pas encore parcouru pour l'adoption d'enfants.
Je suis très réticent à l'adoption d'enfants par des couples zomos. Je suis très réticent à l'adoption expéditive d'enfant par des couples zétéros, aussi. La société, qui se doit d'intervenir dans ces procédures là, ne doit jamais se préoccuper du désir d'enfant du couple en recherche, mais uniquement du sort des enfants qu'elle va leur confier. C'est long, c'est contraignant, c'est nécessaire, et la zomotude constitue pour la société une des questions qu'elle se doit de se poser, parmi beaucoup d'autres, pas plus que d'autres mais pas moins.
Je dois écrire là-dessus, et peut-être découvrirai-je que c'est pour de mauvaises raison que ma réticence s'obstine. Permettez-moi, avant de partir prendre quelques jours de vacances dans une usine désaffectée (c'est le seul endroit où je ne crains pas de croiser des touristes), de vous manifester cette réticence forte.
Il faut bien que l'excès de bière finisse par faire effet, et que je rote.

jeudi 7 juillet 2005

Alexia et Tarquine #4 – Ressemblance, différence, indifférence.


La tentation est multiple : invoquer la normalité, et donc convoquer l’anormalité ; évoquer le droit à la différence, et provoquer la différence ; s’enfermer dans un groupe solidaire et donc dans un ghetto ; se vautrer dans la tolérance notre bonne vieille tolérance mère de toutes les bonnes consciences, comme s’il était tolérable de tolérer.

Les zomos et les zétéros sont zumains, les zuns comme les zautres. Tautologie quand tu nous tiens, et pourtant il faut le dire et se le répéter tous les matins en se rasant ou en ne se rasant pas. Il en est qui l’oublient, ceux qui par exemple à la nuit tombante font des safaris pédé, comme ils disent, et qui ne sont pas forcément des zétéros capables d’assumer leur part de zomotude. Tout comme ceux qui se réfugient en communautés discrètes ou ostensibles, croyant utile de rompre le lien avec la civilisation qui les entoure, qui les encerclent disent-ils. Les premiers sont des bêtes fauves et les seconds des singes savants.

Entre nous, il n’y a pas d’équilibre possible entre ces deux catégories, simplement dire que le singe savant attire la bête fauve, la dédouane en quelque sorte. Ne voyez surtout pas ici le moindre parallèle entre les premiers et les seconds, et tant qu’à faire l’animal, seul le singe savant me paraît digne et ma métaphore s’arrêtera là.

Des chiffres ? Je ne les connais pas. L’hététude et la zomotude traversent le genre humain et traverse même chaque individu du genre en question. On peut avancer une proportion de 80-20, mais si on me démontrait que c’est 90-10 ou 70-30 je ne changerais rien à mes discours. Tout au plus puis-je m’avancer à risquer que la zomotude est plutôt minoritaire, et que si elle traverse tout un chacun, elle peut être totalement invisible à l’intérieur de certains. Ils n’en sont pas moins hommes, ceux là qui sont totalement et définitivement zétéros. Unidimensionnel je suis et je ne me soigne pas.

Zomotude et zététude sont donc parties intégrante de notre humanité, naturelles, absolument naturelles toutes deux dans leur dialectique interne et secrète. Il n’y a pas plus à tolérer l’une ou l’autre qu’à les intolérer ; est-ce qu’on se pose la question pour le nez busqué, l’œil glauque, ou le grain de beauté sur le sein de celle qui trébuche dans l’escalier de Cannes ? La ligne 80-20 traverse tout, l’humanité et l’homme, et pour autant ce n’est pas un couperet façon guillotine, c’est une sorte de zone molle oscillante. Ceux qui ont du mal à savoir qui ils sont en connaissent un rayon là-dessus.

Pourquoi se fait-il que la ligne passe ici ou là, que je sois unidimensionnel au point que la zomotude me soit si exotique, sont-ce les hormones, la génétique, l’inné en quelque sorte, ou bien sont-ce les baffes reçues ou pas reçues, le père ceci et la mère cela, l’acquis en quelque sorte, pourquoi donc ? Figurez-vous que je n’en ai aucune idée mes frères et mes sœurs. Je n’en ai pas la moindre idée.

Nous sommes tous ressemblants et nous sommes tous différents : nous avons tous droit à l’indifférence.

(A suivre)

Alexia et Tarquine #3 – La mauvaise colère.

Face aux reproches de Tarquine, Alexia plaide la colère pour expliquer ses propos venimeux. Elle en a assez, dit-elle, de la beaufitude des zétéros qui se vautrent dans leurs certitudes biologiques pour mépriser, railler, et lapider les zomos. Elle ne supporte plus la situation et si ses propos ont dépassé sa pensée, c’est un juste retour de bâton que les zétébeaufs n’ont qu’à assumer.

Moi par exemple, je suis sommé par ce discours de colère, de me couvrir la tête de cendres au seul motif que je suis un zétéro. Rien, dans le texte d’Alexia en effet, ne me donne la moindre chance d’échapper au carnage. Je fais partie de la gent honnie, je dois être exécuté.
Mais non dit Alexia, la preuve j’ai plein de copains zétéros, même qu’on s’éclate ensemble.

Premièrement je ne fais pas partie des copains d’Alexia ; deuxièmement je n’aime pas m’éclater, mes plaisirs sont plus calmes, plus lents, plus secrets ; troisièmement, la première moitié du texte étant consacrée aux copains hétéros, la colère qui suit n’a plus rien de spontanée et devient un massacre parfaitement contrôlé.

La colère n’est donc qu’un prétexte, un écran de fumée, dont la seule fonction est de dissimuler la volonté de créer des communautés, ceux qui en seraient contre ceux qui n’en seraient pas, bons zomos contre vilains zétéros buveurs de bière et pondeurs de chiards. Alors ne parlons plus de colère mais parlons plutôt du fond.
A suivre.

mardi 5 juillet 2005

Alexia et Tarquine #2 – Les précautions oratoires.


Vous avez remarqué qu’Alexia prend soin de bien nous expliquer qu’elle n’est pas hétérophobe, en un long préambule de dédouanement. Les psychologue de bazar se pencheront doctement sur cette précaution initiale ce que je ne ferai pas, je ne suis même pas un psychologue de bazar.
Je prendrai simplement exemple sur Alexia pour, moi aussi, prendre quelques précautions oratoires. Les procès d’intention et les susceptibilités ici sont tels qu’il vaut mieux donner quelques définitions pour calmer quelques esprits.

D’abord, j’utilise à dessein le féminin pour évoquer Alexia. Ce pseudo est visiblement féminin, et je le prends donc au mot, sans aucune autre intention que celle de demander à celle qui a choisi le pseudo d’assumer son choix, car là il s’agit bel et bien d’un choix. Je m’interroge pourtant, quelques indices pouvant faire penser qu’il s’agit d’un garçon. Si tel est le cas, qu’il sache que le choix du féminin ne constitue en rien une intention malveillante, et s’il le pensait ce serait à lui de s’en expliquer auprès des femmes.

Je me facilite ainsi la suite du travail et je m’évite de jongler entre les genre, ou de devoir trouver sans cesse des neutres salvateurs. Je dégage les scories comme on le ferait en matière de plaidoirie, comme le fait un mathématicien qui définit avant toute avancée la convention de signe et le système de référence.

Ensuite, je vais vous donner quelques indications de vocabulaire. J’utilise sans la moindre réticence ni le moindre sous-entendu les mots « homosexuel », « homosexuelle » et « lesbienne ». J’ai même un faible pour le mot « lesbienne » certains le savent, honni soit qui mal y pense. Je ne sais pas ce qui se fait ou doit se faire en matière de vocabulaire correct, de mots obligés et de mots tabous, moi ce sont ceux-ci que j’utilise sans aucune arrière-pensée. Je précise que je n’aime pas le mot « gay », mais ce n’est là qu’un simple relent de l’antiaméricanisme primaire qui fait mon charme.

Je m’offre enfin le luxe de déformer parfois les orthographes et de pratiquer l’invention lexicale, avec les mots de « zomos », « zomotude », zomobeauf », zomocons », et les pendants « zétéros », zététude », zétébeauf », zétécons ». Chacun en a sa part et tous l’ont tout entier. C’est mon fun à moi. Il m’évite notamment d’employer le mot « gay », justement.

On ne règle jamais les questions d’identité et de différence par le mépris ni par la colère, par l’insulte ni par la généralisation. C’est pourquoi je dois répondre à Alexia.
A suivre.

lundi 4 juillet 2005

Alexia et Tarquine #1 – Intro.


Ma visite quotidienne chez Tarquine, Madame Briguéblogue, devenue une amie sans qu’elle le sache et maintenant elle le sait, enfin peut-être, m’a fait lire un long billet très énervant d’une certaine Alexia. Je ne sais pas comment fonctionne ce procédé magique qui permet de bondir d’un blogue à l’autre lorsque la citation de l’autre se souligne toute seule au passage du curseur, et chaque fois je m’émerveille de sauter de planète en planète.


J’ai donc bondi de planète Tarquine en planète Alexia pour lire de billet d’icelle. L’idée du départ était de trouver de bonnes raisons de reprocher à Tarquine sa réaction désapprobatrice ; mal m’en a pris, et c’est la modération de Tarquine à l’encontre du billet que j’aurais pu lui reprocher. Ce billet est totalement inacceptable, dans sa forme comme dans son fond, de toutes façons les deux ne sont jamais indépendantes. Enfin moi je ne l’accepte pas, étant hétérobeauf et donc, de ce fait directement visé par la colère d’Alexia. Je suis contraint de me défendre et de plaider ma cause.


Ceux qui ont déjà tenté de me suivre dans les entrelacs de mes considérations le savent : je ne sais pas être bref, concis, clair, net. Je suis parfaitement d’accord avec Boileau, ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Justement, je ne conçois jamais rien bien, et je tâtonne en discourant. L’écume de la pensée qui patauge, en quelque sorte. Je maugrée, j’oscille, je digresse ; agrémenter au lieu d’argumenter ; pontifier au lieu de pondérer, à moins que ce ne soit le contraire ; je métaphorise, je parabolise, je calembourdise. La vérité est que je ne sais pas où je vais, que chaque vérité que j’avance est par moi-même mise en doute à l’instant, et que mon seul but est de vous fournir des outils pour, à votre tour, réfléchir ou patauger comme moi.


Plus on est de fous, plus on rit, plus la vase au fond de la pataugeoire se mêle à l’eau salée, et moins on y voit. Panser plutôt que penser, finalement.
Voilà pourquoi je vais vous parler, et me parler, d’Alexia.


A suivre

vendredi 1 juillet 2005

A plate couture

Bon, v'là aut'choz.
J'ai encore dû faire une faute de goût ou une petite frappe, parce que je ne réussis plus à accéder à mes autres blogues. Décidément, ces drôles de machines m'amusent de moins en moins à supposer qu'un jour elles l'aient fait, il paraît pourtant qu'il y a des gens qui jouent avec leur ordinateur, mais si mais si. J'ai plutôt la nette impression que c'est lui qui joue avec moi, et que la souris n'est pas ce qu'on pense ni le chat d'ailleurs.
Il m'est devenu subitement impossible de vous dire la suite de mes périgrinations américaines ni la suite des petit papiers du moine. Je devine votre souffrance et votre frustration. Je me plais à la deviner, même, je m'y complais avec délectation et énervement. Le blogue est inaccessible, inouvrable, inavouable, imperméable, hermétique. Fatal error, hurle mon URL.
Et d'abord on ne dit pas péri mais péré-grination.
Je ne vais quand même pas refaire encore un blogue, j'en suis au cinquième qui foire. Je ne veux pas devenir l'écriveur de un blogue par jour, ou plusieurs, le champion du monde des créations de blogues qu'ensuite on ne sait plus qui est qui et où je suis.
Il existe toute une littérature très pédagogique d'essplikassions des mystères informatiques intitulée "pour les nuls". Elle est bien trop compliquée pour moi, il faudrait une collection "pour les plus que nuls", mon cas est désespéré. Mais tel le soldat shooté au bromure alcoolisé de notre bonne vieille guerre, nostalgie du bon vieux temps, je repars à l'assaut. Voici comment.
Je vais concentrer tous mes efforts sur la remise en route de mon blogue monacal, qui hier soir encore me faisait les yeux doux. Je veux dire, le dernier en date, celui dont l'adresse est:
Si j'y parviens, j'ouvrirai sur ce site là un second blogue qui reprendra les archives américaines déjà postées, j'ai gardé les preuves dans un coffre secret au fond d'une armoire cachée dans un lieu inconnu au détour d'un chemin de traverse, avec les liens pour se raccorder au moine et réciproquement. Et mes blogues existants ailleurs, dont celui-ci, resteront lettre morte en conservant leurs liens pour vous permettre de trouver, puis garder au chaud, la bonne piste.
Mais l'intention est pavée d'enfers, et si je la sais ferme et résolue, je ne garantis pas le résultat.
Quelque grain de sable, quelque électron facétieux, quelque touche intouchable, pourraient bien me verrouiller la route. Pour le moment, je mise toute ma fortune sur le bon vouloir du moine, qu'il m'accueille dans sa retraite afin de me permettre de me présenter à vous, enfin. Retenez bien l'itinéraire, l'URLement fatal, le chemin de traverse magique:
Et à tout de suite pour de nouvelles aventures.

jeudi 23 juin 2005

Feuilleton télévisé - Quatrième épisode


Bien sûr, il a commencé par le passage obligé des banalités. Tout avait été organisé pour ce début là, Olivier le Maître de cérémonie et ses acolytes n’imaginaient rien d’autre. En étaient-ils capables, d’ailleurs ? Alors, Dominique Strauss-Kahn nous a dit dans le poste qu’il avait bien entendu la colère qui s’était exprimée et qu’il se devait d’en tenir compte, il a expliqué que lorsque les règles démocratiques de fonctionnement interne du parti sont bafouées il fallait prendre les mesures qui s’imposaient, et que les roquets qui ne respectent pas les règles, vainqueurs certes mais bafoueurs aussi, doivent assumer leurs choix, il a disserté sur le sursaut d’autres disent rebond, de la gauche pour alterner un grand projet ou un truc dans ce genre là, car comment les nons pourraient-ils exister sans les béni-oui-oui dont je suis, tout le monde sait que les béni-oui-oui n’existent plus de toutes façons à la niche les béni-oui-oui et s’il y a encore Hollande ce sera sans moi voilà ce que disent les nons joyeux, et Sarko rigole aussi d’ailleurs, mais là ce sont mes pensées qui couvrent la voix de Doumé, lui pendant ce temps il aligne ses banalités du boulevard obligé. Mes soi-disant pensées, n’exagérons rien.

Il a certainement dit beaucoup de choses de bon sens. Plongé dans mes soi-disant pensées de béni-oui-oui de la niche, je n’ai pas bien écouté, mais il m’a semblé qu’il s’agissait de propos de bon sens. Tout ronronnait dans le regret et la tristesse, avec un léger goût de langue de bois. Si je vous ai écrit jusqu’ici, à vous qui avez lu jusque là, ce n’est point pour vous arrêter dans cet ennui de routine.
Une petite phrase est passée comme les télés les aiment ; je ne sais pas si la télé a aimé cette petite phrase, et je ne jurerais pas que Dominique Strauss-Kahn ait été sincère en la disant. Je ne demande pas aux hommes politiques d’être sincères obligatoirement, je leur demande d’être intelligents, fidèles et courageux. Courageux pour dire autre chose que ce qu’ils croient qu’on attend d’eux, dès lors qu’il faut rester fidèle à ce sur quoi on s’est construit, intelligents pour le dire en sachant distinguer le possible du souhaitable. Alors, la sincérité, non franchement je ne vois pas ce qu’elle pourrait faire dans cette galère.
Je les veux fidèles aux idées qu’ils construisent, et non à celles des autres sur lesquelles on va surfer en vain. Je dis les idées, je ne dis pas les promesses, il y a longtemps que je ne crois plus au père Noël. Et s’il arrive que ces idées soient minoritaires, un temps, un long temps, toujours, courage de les défendre contre vents et marées. Nous sommes loin du surf, semble t’il.
Je peux vous fournir deux exemples récents où courage et fidélité furent présents ; Simone Veil et l’avortement, Roger Badinter et la peine de mort. La sincérité aussi était présente, je le concède, mais elle n’était pas obligée.

Je demande aux hommes politiques de ne pas flatter les bas instincts de tout un chacun, le Peuple comme ils disent avec un pet majuscule montrant ainsi tout le mépris que lui portent ceux qui s’en réclament avec ostentation, à commencer par les miens si vous saviez tous les bas instincts que j’ai. Déjà que j’ai du mal à lutter conter eux, alors si en plus ils viennent me les flatter je ne réponds plus de rien.

J’en étais où, déjà ? Oui, la petite phrase. Notre homme avait donc disserté sur le nécessaire rassemblement des gauches et il y a du boulot je l’ai dit, rien qu’à voir comment les nons de gauche veulent voir ramper à leurs pieds les béni-oui-oui complices du grand capital. J’avoue ne pas y croire, j’avoue ma conviction désespérée de la victoire offerte dans un fauteuil à Sarko par le roquet et la grande gueule de service chargé de la basse besogne.
Mais il était dans son rôle de se dire confiant, on n’a jamais vu un homme politique au fond du trou dire qu’il est au fond du trou, et encore heureux qu’il ait tenu son rang. Je n’en attendais pas davantage. Il me réservait une surprise. Ne croyez pas que je vais faire une révélation stupéfiante, il est même probable que personne n’a rien remarqué. Je suis le seul qui aie accordé un tant soit peu d’importance à un propos peut-être anodin que personne n’a relevé. Alors mes quatre épisodes ne seront pas écrits pour rien, ne serait-ce que pour dire qu’un auditeur au moins a donné à cette phrase l’importance que DSK, voici enfin les initiales, voulait lui donner. Voyez-vous, de cela au moins je suis sûr, que cette phrase était pour lui bien plus importante que tout l’exercice obligé qui avait précédé et toute la péroraison qui suivra.
Vous avez le droit de vous en foutre. Moi, non.
Il serait temps que la montagne accouche de sa souris. Comme tout homme politique jeté à terre par une baffe magistrale, il tentait dignement de se relever et je l’ai trouvé digne, quand cruellement mais c’est leur boulot de l’être le Mazerolles a posé la question qui tue. Ne croyez-vous pas, a-t’il dit en substance, qu’il y a deux gauches comme depuis toujours, une réformiste qui fait avec et une radicale qui veut faire sans, une de gouvernement et une de rupture, et que ces deux gauche sont aujourd’hui irréconciliables.
La question qui tue je vous dis.
La seule issue pour ne pas lourdement rechuter était de louvoyer, de languedeboiser, de jacklanguer à fond, pardon, à donf. Il aurait pu repartir de plus belle sur la démocratie interne du parti, le vote des militants, le congrès de l’automne –une mort annoncée-, il aurait pu dévaloriser les révolutionnaires de salon et les surfeurs de colère, et tous ces trucs d’homme politique chevronné. Je ne lui en aurais pas voulu, et j’étais entré en catalepsie depuis un bon moment. Vous aussi, d’ailleurs.
Il s’est pourtant contenté de dire qu’il récusait le terme de réformiste et l’expression faire avec, et qu’il avait toujours conçu son action comme une action de rupture, au même titre que ceux qui la prônent sans s’en donner les moyens. Il n'a rien dit de plus et il est passé à autre chose.
Vous allez ricaner. Je vous entends déjà. Ne vous fatiguez pas, je connais d’avance tous vos arguments pour me démontrer qu’il s’agit d’une pirouette justement d’homme politique chevronné et qui n’engage à rien, qui n'engage que ceux qui la croient, la formule d'usage est usagée. Je me répète cet argument soir et matin depuis.
Il n’empêche : placé dans la même situation, Jospin avait renié jusqu’au mot de socialisme ;
il n’empêche : à moitié groggy, il refusait la concession ;
il n’empêche : appâté par le journaliste retord, il refusait de saisir la perche ;
il n’empêche : rejeté par les siens, il proclamait son camp.
Chapeau, l’artiste.
(FIN)

mercredi 22 juin 2005

Feuilleton télévisé: Troisième épisode

Certains le disent vicomte, mais petit marquis lui sied. Le petit marquis a parfaitement raison de triompher. Il est le vainqueur. Grâce aux voix de ma camarade, le voici promu matador de l’Europe, olé. Il n’en espérait pas tant de sa carrière politique. Il a pour moi deux grandes qualités, cet homme.
La première est que je l’ai toujours entendu vouloir la mort de l’Europe. Il ne nous a donc pas pris en traître, il ne fait pas partie de ces opportunistes gluants qui ont surfé sur la vague de juste colère pour se hausser du col, fût-ce au prix de la destruction d’un rêve en général et de leur parti en particulier. Le marquis a donc tous ses galons de cohérence et de continuité, et cohérent et continu de même, je continuerai à le combattre au lieu de lui dérouler le tapis rouge comme le font les nons d’aujourd’hui.
La deuxième qualité est que sa xénophobie est ostensible. A la différence de quelques autres, il ne s’embarrasse pas de contorsions indignées et s’il n’a pas cité dix-neuf fois le mot de Turquie pendant son quart d’heure de célébrité devant Mazerolles il ne l’a jamais prononcé. Je ne compte même pas les mots d’immigration ni de sécurité. On sait très bien dans quelles terres chasse le marquis et ceux qui lui déblaient le terrain devraient s’en souvenir, et la vague à surfer dans ce coup là est connue depuis belle lurette. Nos petits nons ne sont plus à une vague à surfer près.
Qu’on se le dise, voir parader devant tous le grand vainqueur de ce désastre ne constitue que l’aboutissement logique de l’autosatisfaction des nons. Quant au progrès social, on demandera au marquis de s’en occuper, je suis sûr qu’il nous trouvera de très bonnes solutions, et la tête de turc c’est comme son nom l’indique.
Vint le tour de Strauss-Kahn. J’ai fait court, sur le marquis. Je vais me rattraper sur l’éléphant de service. Il y aura un peu de tartine sur le troisième épisode, et le reste viendra avec le quatrième et dernier. Il avait l’air fatigué, Doumé. Anne devrait se faire du mouron. Voir la fatigue à travers le maquillage est très mauvais signe.
Tout était donc en place pour que s’ouvre le boulevard des banalités d’usage, il ne lui restait plus qu’à s’y engouffrer ; depuis quelques jours on en a l’habitude, bien que le lenteur de mes interventions commencent à me décaler de l’actualité. A peine si l’on se souvient qu’il y eut un référendoume, seule l’attitude Blairienne nous rappelle que nous n’avons plus voix au chapitre. C’est bien ce qu’ils voulaient, les nons, non ?
Un détricotage inexorable.
Les banalités d’usage, vous les connaissez toutes : le message des français qu’on a entendu, le grand sursaut qui va venir, ou le rebond parfois plutôt qu’un sursaut, la désunion qu’on saura éviter, les morts qui vont parler, De Gaulle aurait voté ceci ou cela, et Mitterrand aussi, Mendès, Jaurès, et bien d’autres. Ne pas oublier le Grand Projet d'alternance, pour faire bonne mesure. Et si on a exclus des trublions, c’est juste une question de statuts et non de non.
Bon, si vous trouvez d’autres banalités vous pouvez les ajouter, je fatigue et je m’énerve à les aligner. Je manque d’imagination en matière de banalité, je ne ferai jamais un bon politique. Je m’attends donc à tout et même au pire quand Strauss-Kahn commence à répondre aux questions de ses interlocuteurs. Et ces questions naturellement l’embarquent directement vers les banalités attendues, à croire qu’ils sont tous complices.
Il n’était pas si fatigué qu’il paraissait, le Doumé. Alors je vous en parlerai quand j’aurai le temps, avec le quatrième épisode.
(À suivre)

mercredi 15 juin 2005

Feuilleton télévisé. Deuxième épisode.


Vint Buffet. Elle ne marche pas, la Buffet, elle navigue sur son nuage à dix centimètres du sol, elle aurait été élue Présidente de la République avec cinquante-cinq pourcents des voix qu’elle ne serait pas plus lévitante. Personne n’a eu la rudesse d’un atterrissage forcé en lui rappelant les divers termes de l’addition qui aboutit à cinquante-cinq, en lui rappelant que certains d’entre eux ne sont pas exactement du côté qu’elle fait semblant de croire. On l’a laissée dans sa description euphorique des assemblées populaires qui se lèvent de toute part en France et en Navarre, le vaste mouvement solidaire et fraternel à travers l’Europe qu’a enclenché sa victoire à elle toute seule ; bon je dois être un peu sourd et très aveugle, moi.
On va me reprocher de chipoter et de vouloir dresser les unes contre les autres les diversités du Peuple uni. On va me demander de prouver que Buffet n’est pas majoritaire en Europe avec ses idées, il faut toujours prouver n’est-ce pas, il est interdit d’avoir un avis sans preuve c’est la nouvelle loi de ces messieurs. Je dis bien sans preuve, je ne dis pas sans réflexion. Aujourd'hui, la preuve ou prétendue telle, remplace la réflexion. Je vois donc je crois a remplacé je pense donc je suis. Je vois à la télé est même encore mieux. Ainsi tout le monde le voit que le suffrage universel avec des majuscules partout a parlé, je retourne donc à mon ignominieuse attitude antidémocratique.
Attitude qui consiste à observer que, si une voix en vaut une autre dans le décompte et la décision finale, la simple addition d’icelles ne suffit pas à l’analyse. Et que l’addition de voix incompatibles entre elles débouche rarement sur des lendemains qui chantent, ou tout simplement qui bougent, ou qui bougent là où les uns ou les autres aimeraient qu’ils bougent. On n’a pas le droit, il est interdit, il est scandaleux, et on est passible des pires avanies, d’avoir une telle attitude et de réfléchir au-delà du slogan et de la grandiloquence. C’est ainsi que la démocratie des nons prospère youp la boum.

La Buffet ne s’est pas privée de prendre un air scandalisé devant le soupçon de xénophobie. Bien sûr que les plombiers polonais on les aime, et les électriciens portugais catégorie courants faibles, et les maçons calabrais, j’en passe certainement et des meilleurs comme d’hab., prolétaires de tous les pays tout ça.
Je l’aime bien moi la Buffet. On n’a pas quarante ans de compagnonnage pour rien. Mais on va comprendre pourquoi l’Olivier que je n’aime pas peut dormir tranquille. D’abord, pour une coco, j’ai bien le droit de l’appeler ainsi depuis le temps qu’on me traite ainsi, elle n’a pas bien lu Marx. Elle n’a pas bien lu que c’est précisément le besoin qu’a le capitalisme de se répandre à travers le monde sous peine de mourir d’asphyxie qui donne aux soutiers du capitalisme le moyen politique de lui résister, en particulier par l’utilisation des mêmes moyens politiques supranationaux que ceux qu’il est obligé de mettre en place.
Elle n’a pas compris que ces moyens politiques peuvent devenir, y compris par voie démocratique, et y compris quand ces outils sont faits apparemment sur mesure pour les méchants exploiteurs, les instruments de la libération des peuples. Et je mets soigneusement une minuscule à peuple, parce que justement je le respecte, moi, dans son incertitude et sa vraie diversité. Je ne vais pas vous tartiner sur les contradictions internes, allez revoir vos fondamentaux. La seule vérité est que leur outil est aussi le nôtre et que là se trouve la seule entente qu’on puisse avoir avec eux. Ils ont besoin de cette entente là, et nous autant qu’eux. Mais encore faut-il qu’on veuille s’en servir, de l’outil, au lieu de le casser, comme un enfant en bas âge casse son jouet de Noël trois minute après l’avoir reçu.
A l’inverse, la division en petits groupe des soutiers en question, même si elle crée une gêne à l’épanouissement des grandes fortunes, rend bien plus incertaine, et le terme est faible, l’issue de leurs combats, les grandes fortunes pouvant mobiliser tous leurs moyens, et les soutiers étant isolés les uns des autres. Dans l’Europe d’aujourd’hui que vous avez voulu, rien ne permet la moindre alliance avec le plombier de là-bas et l’électricien d’autre part. Rien, et surtout pas la porte que nous venons de leur claquer au nez.
J’emploie le mot soutier. Le mot travailleur est un peu trop machinal, le mot ouvrier un peu trop réducteur. Il y a des ouvriers, des travailleurs, des hommes, des femmes, des techniciens, des cadres, des commerçants et des financiers, parmi les soutiers. Dès lors qu’on perçoit une rétribution en échange d’un travail, que celle-ci serve juste à survivre, qu'elle serve à vivre et parfois à bien vivre, on est un soutier.

Buffet n’a rien compris. Elle ânonne avec un bel enthousiasme que le Peuple du non se lève, regardez partout la joie dans les yeux à travers les rues des-villes-zé-des-campagnes, regardez, bon, elle nous la fait 1789. Ma petite Buffet, c’est ton discours de télé que tu tiens, là. Ne me dis pas que tu y crois. Tu sais aussi bien que moi que ton électeur du non jamais ne votera pour toi à part une petite dizaine de pourcents, tu sais aussi bien que moi que ces autres nons qui te font déjà défaut ont parfaitement su qu'en votant non le plombier polonais resterait dehors devant la porte, draussen vor der Tür. Alors n’en rajoute pas trop à l’indignation devant le mot de xénophobie. Je ne saurais dire si c’est toi qui profites de la xénophobie des autres pour gagner, ou si ce sont les xénophobes qui t’ont enrôlée à l’insu de cecicela, mais l’indignation est de trop, vois-tu : tu sais très bien sur quels œufs tu as marché et quelle omelette tu as faite.
D’ailleurs, il suffit d’ouïr le petit marquis qui rit qui suivit.
Un dernier mot avant que tu partes, Marie-Georges, à propos d’amalgames, de confusion et d’additions sommaires. Tu ne t’es pas privée de jeter dans le même panier d’ortie tous les béni-oui-oui, complices des vilains profiteurs de pauvreté et exploiteurs du genre humain : tu as jeté dans le grand cloaque des nantis les quarante-cinq pourceaux qui ne t’ont pas crue.

(A suivre)

lundi 13 juin 2005

Feuilleton télévisé. Premier épisode.

Un clou chasse l’autre. Florence Aubenas a pris toute la place médiatique et parler d’autre chose a perdu toute importance. Je vais donc vous parler d’autre chose, de mes vieilles lunes de préférence. Mais autant le dire tout de suite, je suis comme soixante millions de français grâce à Florence et à ceux qui ont travaillé pour elle, un peu plus libre aujourd’hui qu’hier. Mes vieilles lunes n’ont aucune raison de bouder mon plaisir mais ce sont elles qui maintenant vous importunent.

Je ne regarde jamais la télé. Enfin, presque jamais. Enfin, sauf quand je la regarde. L’autre soir, par exemple, j’ai terminé mon dîner un peu plus tard que d’habitude et j’ai laissé se commencer l’émission avec moi au lieu de vaquer ailleurs. Je n’aurais pas dû m’attarder sur ces fraises à la crème. Ils connaissent bien le truc, les télévisuels, tu regardes le début t’es perdu, ton cerveau devient une boisson.

Ils devraient pourtant réfléchir aux longs tunnels d’avant neuf heures du soir, qui me permettent en général de m’enfuir à temps. Mais ce soir là, les fraises furent sucrées à 21h12 et je me suis laissé entraîner dans le poste, cent minutes qui ne m’ont pas convaincu.

Olivier Mazerolles avait invité quatre politiques. Je n’aime pas Olivier Mazerolles, je n’aime pas grand monde de ce monde là, ce n’est pas grave pour lui et il a bien raison de dormir tranquille, ce n’est pas grave pour moi je ne regarde jamais la télé. Je ne sais plus quel était le sujet, disons pour faire vraisemblable qu’il fallait examiner les conséquences du vote qui a eu lieu il y a dix millions d’années déjà, notre prout international.

Borloo, Buffet, Villiers, Strauss-Kahn.

Il avait pris soin de les faire intervenir les uns après les autres dans l’ordre d’apparition susdit, professionnel tout de même, l’Olivier.

Borloo. Le gaucho de notre Argentine à nous, celle du grand Peron escogriffe et son Eva à sac à main intégré. Il n’a pas dit un mot de l’Europe en bouillie, visiblement il s’en tape et il a raison, tout le monde s’en tape de l’Europe. Vous avez vu un média qui en parle, vous, ces jours-ci ? Parlons peu parlons bien, du présent, du futur, et non du passé décomposé.

Il s’est tortillé sur son fauteuil pour expliquer comment il allait faire les miracles que ses petits camarades n’ont pas faits depuis trois ans de pleins pouvoirs. C’est même vous qui les leur avaient donnés, les pleins pouvoirs, en ne vous dérangeant pas pour les législatives qui ont suivi le vote bananier et présidentiel de 2002. Vous avez bien compris que je vous parle de ces troisième et quatrième tours qui ont suivi le carnage, où rien ne vous empêchait de rattraper le coup. Mais non, vous êtes restés chez vous à vous lamenter, et trois ans plus tard vous avez aggravé votre cas sous prétexte de colère.
Ils sont restés bouder chez eux en juin 2002, les nons de maintenant qui prennent des airs de martyrs du capitalisme, ces nons qui alors ont tant fait défaut aux socialistes. Je ne parle pas de ceux qui de toutes façons ne votent pas pour les socialo communistes, beurk, et ne voteront jamais pour eux plutôt crever. Je parle des nons de gôche. Grâce à eux en 2002, pleins pouvoirs aux copains de Borloo, grâce à eux en 2005, un beau prout à la face du monde. Les autres auraient voté non de toute façons.

Pendant ce temps Borloo parlait et je n’ai pas trop écouté. Exit Borloo. (à suivre)

lundi 6 juin 2005

La Honte

La honte.

6 juin 2005. L’autre soir je suis rentré fatigué. Il était tard, depuis qu’on fait 35 heures, c’est fou ce que je rentre tard. Je rentrais tard avant aussi. Les 35 heures n’y sont donc pour rien, mais c’est chic de leur faire porter le chapeau. J’ai jeté mes affaires dans le canapé qui traînait par là, j’ai crié quand est-ce qu’on mange, on va pas se laisser aller quand même et surtout faut pas leur donner de mauvaises habitudes, et j’ai allumé la radio.

Vous avez bien lu, la radio. Télé ne prend que quatre lettres, trois même en fait, et aucune ne ressemble à celles de radio, on ne peut pas confondre les deux mots. Je vous précise que j’étais seul ce soir là à la maison. Je le précise parce que je sens une tension dans l’air depuis que j’ai réclamé à manger. C’est à moi-même que je posais la question si vous voulez savoir, pourquoi il y avait d’autres réponses possibles ? ‘Aliénor était partie je ne sais où avec une copine et un petit mot sur la table suivi d’un bisou plein de rouge à lèvres.

J’aime bien que le petit mot sur la table ait l’air d’être parti avec ‘Aliénor, ce qui explique qu’il manque un verbe. Je trouve qu’il est plus sincère ainsi, le petit mot. Le papier est bien là, avec la grosse tache rouge au beau milieu et l’écriture toute droite qui me dit de ne pas m’inquiéter, le film sera un peu long. Mais la pensée du mot est dans le cinéma avec les deux filles. Voilà pourquoi il manque un verbe à ma phrase : en réalité il n’en faut pas, de verbe.

J’ai allumé la radio, vous vous en souvenez j’espère. La musique envahit la pièce. Je sais que c’est un lieu commun, on me le dit toujours, tu es le roi des lieux communs. Comment voulez-vous que je vous le dise autrement, puisque la musique envahit vraiment la pièce. C’est la musique qui est le lieu commun, pas moi qui me borne à vous dire ce qu’elle fait. A la fin de la première mesure, je reconnais Count Basie. J’étais fatigué, je ne l’ai pas reconnu plus vite. Vous allez voir que ce n’est rien à côté de ce qui suit, en matière d’ignorance de l’oreille.

Count Basie, on le reconnaît en deux secondes et demi sans entraînement. Au milieu d’un paysage ravagé par les feulements de trombone, les cataractes saxophoniques, les vrilles trompettesques, on voit se promener deux petites notes qui se tiennent par la main, perdues mais tranquilles. L’oreille ne voit plus qu’elles et on comprend vite que le paysage s’éteindrait si les deux notes disparaissaient. J’ai dit deux petites notes, pas trois, trois petites notes de musique ce serait Juliette Greco. Deux c’est Count Basie. Les deux petites notes dans le vacarme, les Hansel et Gretel du big-band.

J’aime écouter cette radio quand je rentre ; trois fois sur quatre ils n’annoncent pas les musiciens, c’est agaçant mais on se la joue blindfold sans le risque d’être contredit. Il faut toujours écouter la Théhaisseffe. C’était le jazz live et on entendait la respiration des suisses en bas de la scène. Puis démarrage du solo de vibraphone. Tel Clint Eastwood mon oreille dégaine dès la troisième note, Milt Jackson ; après il y en eut beaucoup plus que trois, des notes.

Et là, je commets l’erreur fatale : je me mets à réfléchir. Milt Jackson, meuh non, il n’a jamais joué avec Basie. Ou alors peut-être à ses débuts, mais on sent bien que l’enregistrement ne date pas des années quarante. Je farfouille dans mes souvenirs, non pas que je sache, pas de quartet avec Basie et Jackson. Un contrebassiste ambulant de tous les diables les propulse, un batteur que ce serait Louis Bellson que je ne serais pas plus surpris, mais non, pas Jackson avec Basie. Alors qui, je vous le demande ? Lionel Hampton ? Pourquoi pas ? Vous avez déjà vu un namateur de djase confondre Jackson et Hampton, vous. Moi jamais. Un long débat suit que je ne vais pas vous narrer, controverse frénétique entre mon cerveau et mon oreille. C’est mon cerveau qui a gagné, ce sera Lionel Hampton.

Le saxophoniste surgit de derrière les coulisses. Ce n’était donc pas un quartet, et il y a tout un orchestre peut-être encore à venir. Pas très en forme le saxo. Je connais ce son, mais on dirait qu’il assure sans trop aller plus loin que le minimum syndical. Pas de nom sur ce petit saxophoniste que les suisses applaudissent bien plus que le vibraphoniste. Mon cerveau tout fier d’avoir emporté la décision en conclut qu’il avait raison, Lionel Hampton a souvent eu des saxophonistes petits. Ne me faites pas dire ce que je ne dis pas, et ce n’était certainement pas Illinois Jacket qui n’a jamais su ce qu’était un minimum syndical. En d’autres temps on aurait même pu l’appeler Stakhanov.

Enfin le trompettiste vint, je l’avais bien dit qu’il y avait tout un orchestre. Mais je devais surveiller mon petit salé et je n’ai pas trop écouté le trompettiste. J’aurais dû, tant pis. Coda, applaudissements, annonce. Concert en 1975 au festival de Montreux, d’où les suisses. Le pianiste est Count Basie. On me la fait pas à moi.

Le vibraphoniste est Milt Jackson. La honte, je vous dis. A-t’on jamais vu un namateur de djase confondre Milt Jackson et Lionel Hampton ? Moi, jamais.

Le saxophoniste est Johnny Griffin. Un petit saxophoniste. Ben quoi c’est vrai, par la taille. Il avait peut-être trop arrosé son contrat avec Norman Granz avant d’entrer sur scène, ce qui me donne une circonstance atténuante. Et j’aurais vraiment dû écouter le trompettiste, Monsieur Roy Elridge, toutes ses dents dehors et sabre au clair.

Louis Bellson est le batteur, trop facile, et Hainachopé l’ambulancier implacable. Ils ne devraient jamais annoncer les musiciens, à la Théhaisseffe. On pourrait continuer à faire le malin.

jeudi 2 juin 2005

Démocrate, démocrates.

Le haut du pavé plastronne. On les voit qui arpentent les allées bombant le torse, pas peu fiers des cinquante-cinq pour cents qui leur sont tombés dans l'escarcelle. Bientôt ils vont y ajouter les nee de nos voisins du plat pays et nous en tirer une tirade. Ils n'ont pas vu qu'il y avait plusieurs escarcelles pleines de ces cinquante-cinq pour cent, ils croient que c'est seulement la leur.

Il s'en faudra de peu que les cinquante-cinq deviennent soixante trois, par le jeu des comptes d'apothicaire et des amalganes hasardeux. D'être victorieux les rend arrogants et imprudents.

Naturellement, ils leur arrive sur leur route triomphale de croiser un ridicule partisan du oui. Loin de se mettre à plat ventre en demandant grâce, le partisan du oui, le béni-oui-oui comme disent élégament les victorieux, parfois clame sa colère devant ce qu'il considère comme un immense gâchis, et bien plus qu'une occasion manquée, un retour inéluctable à la barbarie.

Il se trompe peut-être, le béni-oui-oui. Je souhaite qu'il se trompe bien que je sois de ceux-là qui pensent que nous ne pourrons échapper, tôt ou tard, nous ou nos enfants, au désastre que nous venons, à cinquante-cinq pour cent, de nous programmer dans la joie et la bonne humeur.

Je souhaite me tromper, et découvrir dès demain que ce lendemain chante. Je souhaite de toutes mes forces me tromper lourdement. Vous ne pouvez pas savoir à quel point je le souhaite.

Il n'empêche, aujourd'hui, je clame ma colère. Et m'entendant clamer, que font-ils de moi, les victorieux ? Ils me traînent dans la boue. Ils prenent des airs offusqués. Ils me traitent d'arrogant. Soudain c'est moi qui suis devenu arrogant. Je suis malheureux comme les pierres et vous me lapidez avec. Au nom, c'est vous qui le dites, au nom de la démocratie. Parce que cinquante-cinq pour cent a décidé, ce que je ne récuse pas, c'est la loi de la démocratie de ne pas le récuser et de ne pas contester que la décision est nette et sans bavure, enfin nette certainement mais des bavures il y en aura, il faudrait que l'on me retire le droit de crier que cette décision est une catastrophe pour mon pays, pour mes enfants, et pour les enfant des enfants, et pour les générations encore qui suivront.

Les nons savaient mouliner des interprètations très élaborées des virgules des articles de la constitution mort-née, pour en faire des épouvantails à moineaux et les moineaux ont été épouvantés, mais ils ne connaissent même pas le b.a.ba de la démocratie, le droit à exprimer son total désaccord, sa colère débordante, sa tristesse désespérée. Certes je ne méprise pas tous les nons. je ne méprise pas ceux qui ont dit non parce qu'ils avaient toujours dit non, depuis soixante ans. Je combats leurs idées depuis toujours, mais je ne les méprise pas et je leur reconnais au moins de la constance et de la cohérence.

Je méprise ceux qui se sont bercés de slogans et de verbe, je méprise ceux qui se sont drapés dans des toges trop larges pour leurs épaules affaissées, je méprise ceux qui ont répondu à une question qui n'était pas posée en sachant très bien ce qu'ils faisaient, mais comme ils l'ont dit si joliment :"rien à foutre". Je méprise ceux qui ont voulu régner sur les ruines d'un grand rêve en sachant très bien qu'ils ruinaient le grand rêve, mais être le premier sur les ruines que le second dans Rome avec son cul-de-poule, et il va bientôt découvrir qu'il n'aura même pas le règne, je méprise ceux qui sous prétexte de combattre la misère ont claqué la porte au monde. Je méprise ceux qui se sont associés au borgne vociférant, feignant de ne pas le voir alors que c'est à lui qu'ils font la courte-échelle. Voilà qui je méprise.

C'est la règle démocratique que la décision soit celle de la majorité. C'est, aussi, la règle démocratique que ceux qui n'ont pas contribué à cette décision continuent de crier qu'il s'agit d'une mauvaise décision. Et la réponse de ceux qui traînent les béni-oui-oui dans la boue chaque fois qu'un béni-oui-oui crie sa colère, en dit long sur la sincérité démocratique des nons, en dit long sur leur compréhension de ce qu'ils ont fait.

Vous avez le droit de dire que je me trompe. Vous n'avez pas le droit de m'empêcher de dire ce que je pense. Mais naturellement, et je le sais mieux que vous sans doute, je n'ai pas le droit de m'opposer à la décision prise, je ne m'opposerai même pas aux conséquences qu'aura cette décision sur nous tous. Quand bien même je le pourrais, ce qui ne se peut pas.
Je le sais enfin, il n'y a aucun risque d'en entendre un dire un jour : ce n'est pas ce que j'ai voulu. Ils vous trouveront toujours un autre bouc émissaire quand elle sera là, la catastrophe. Moi par exemple.

Le débutant

Bonjour.
Je m'exerce à faire fonctionner la machine mondiale, la toile, l'enserrement fatal. Je veux voir si je vais me prendre les pieds dans le tapis. Il faut bien trouver un lieu vivable.
Il me faut donc un tapis.
Mais il ne faut pas se prendre les pieds dedans.
Ce sera tout pour aujourd'hui.