samedi 11 avril 2020

Une chanson sans musique


Une chanson sans musique

Petits papiers, tirage au sort, choix des rimes, chanson sans musique - Spleen et fleurs ; chagrin, amour ; retrouvailles ; bonjour toujours ; parfum et faim.

Pouf pouf, pohaimeu.

 ...

Tu t’en étais allée par delà les rivages

La brume du chagrin effaçait ton visage

Et pourtant ton parfum

Ton refrain

Me revient

 

Ô délire insensé rêvant de retrouvailles

Quand l’amour se déchire au milieu des batailles

Et pose en avenir

Souvenirs

Et soupirs

 

Tu t’en étais allée sans un dernier bonjour

Soulevant en effluve ylang-ylang toujours

Invisible ennemi

Sans un bruit

Doux ennui

 

Tu t’en étais allée

Ma laissant ton parfum

Me laissant sur ma faim

Fleur envolée

 

Paris, 5 juin 2018

 

mercredi 1 avril 2020

Le mathématicien et le dé à coudre


L’avantage d’écrire des histoires est qu’on y croise des personnages qu’on n’aurait jamais dû croiser dans la vraie vie, dans ce qu’on nomme étourdiment la vraie vie. Comme s’il y avait une vraie vie et une fausse vie. Il y a la vie et rien d’autre. Prenons un exemple : je croise sur le pont Alexandre III un chinois faisant un selfie avec sa belle dans ce que tu nommes ma vraie vie. Bien malin qui m’aurait dit au tournant des années soixante-dix en pleine révolution culturelle que je croiserais un chinois faisant selfie avec sa belle sur le pont Alexandre III, tu te rends compte, en pleine révolution culturelle, que même moi je ne connaissais pas le selfie alors les chinois tu penses !

Et pourtant je l’ai bien croisé pas plus tard que ce matin sur le pont Alexandre III, et il n’avait pas quarante ans, à peine nourrisson quand je n’étais que jeune blanc-bec.

Oublions le chinois. Ce n’est pas du tout d’un chinois que je veux parler et toute cette introduction n’est là que pour faire connaissance. En cette année que la décennie s’achève, je vais vous raconter une histoire vraie de ma vraie vie où l’on va rencontrer Cédric Villani, un dé à coudre et une station-service d’autoroute. Il ne fallait pas ricaner sur ma fausse vie, c’est la vraie qui se venge. Dans quarante ans plus personne ne saura de quoi je parle, mais au moins j’en aurai parlé. Alors voici.

La fatigue se faisait sentir. Il était deux heures du matin et l’autoroute déserte n’en finissait pas de ne pas finir. A croire qu’on la prolongeait au fur et à mesure où j’avalais les kilomètres. Dans ces cas-là, je le savais depuis longtemps, il vaut mieux s’arrêter et perdre son temps dans ces lieux sans âme que sont les stations-services d’autoroute, et d’ailleurs ce n’est pas vrai surtout aux heures tardives du fin fond de novembre, elles ont une âme et j’aime le néon blafard qui les baigne.

La voici, toute clignotante mais pas tant que moi. Je traverse son parking un peu vite et je m’arrête sur les épis déserts juste devant le magasin en heurtant légèrement le trottoir. J’ai les réglages de conduite brumeux. Désert, sauf une grosse berline noire avec un homme adossé à la portière côté conducteur, qui fume une cigarette. Un chauffeur de maître sans doute ai-je dû penser machinalement malgré son air contrit. Car l’homme avait un air contrit, je l’avais noté en passant. Je te jure, il avait un air contrit derrière sa dégaine de garde du corps mal dégrossi.

A peine avais-je eu le temps de mettre ces idées là au clair dans ma tête en vrac que, des portes coulissantes, furibard et cheveux au vent sort un godelureau agité que je reconnus aussitôt, impossible de poser un nom sur lui mais je ne connais que lui, mathématicien devant l’éternel devenu député devant nous autres, et qui visiblement était véhiculé par la princesse avec mes impôts. Je n’ai pas écouté et je n’ai pas tout entendu de leur conversation, du chauffeur et du marcheur, mais il en ressortait que finalement ils n’avaient pas assez puisé dans la caisse : ils étaient simultanément en panne d’essence et en panne d’argent, sans carte de paiement ni batterie de téléphone. Une sorte de cataclysme d’accumulation comme seuls savent en inventer des mathématiciens. Le pompiste qui était une dame ne faisait pas crédit.

Que fait un gouvernant qui se retrouve sans argent ? Il se tourne derechef vers le gouverné pour lui demander une rallonge, un complément, une taxe, et il appelle cela un effort de solidarité. Le voici qui s’approche et je m’inquiète : il va m’être difficile de le contrer par des calculs ou des formules. Et bingo, il me demande de lui offrir le plein d’essence avec la promesse d’un remboursement dès que possible. J’avoue que je n’avais pas envie de lui faire ce plaisir bien qu’il me soit plutôt sympathique au milieu de sa bande de collègues si sûrs de leur Vérité. Rien de personnel donc, mais c’était une question de principe républicain, n’ayons pas peur des mots.

Comme prévu, il fut difficile de résister au flot d’arguments qu’il me déversait. Il fallait faire une concession, ne serait-ce que symbolique. Je suis entré dans le magasin et j’ai fait l’emplette d’un nécessaire à couture de voyage, j’avais perdu deux boutons de la capuche de ma parka. Je sais coudre un bouton, quand même, pour qui me prends-tu ? Et, royal plutôt que républicain, je lui ai offert le plein d’essence dans le dé dont je ne me sers pas.

Septembre 2018 - Avril 2019

mardi 24 mars 2020

VERTIGO



Une sorte de hangar. Une file de gens en maillot de bain attend au pied d’une échelle. Une belle fille monte lestement vers le haut de l’échafaudage. A son tour, le héros entame une montée, lente et hésitante. A quoi pense-t-il donc ? Lisons ce qu’il a dans le crâne.

Pourquoi l’autre est-elle montée si vite en haut de cet échafaudage? En maillot de bain de surcroît ! On me crie d’y aller mais je n’ai pas envie. Déjà qu’on m’a fait déshabiller, j’ai froid, personne ne m’a obligé vraiment qu’est-ce qu’il m’a pris de me laisser faire à ce point, et il faudrait maintenant aller là-haut en plein vent, ils sont malades les gens.

D’accord, elle était mignonne, la ragazza qui m’a précédé, elle m’a même fait un clin d’œil avant de disparaître sur la plateforme. Mais c’est haut quand même.

On s’impatiente derrière moi. C’est vrai, il y en a d’autres aussi cinglés que moi qui veulent monter à leur tour. Qu’y-a-t’il de si passionnant à voir ou à faire, vraiment c’est bizarre, même déjà seulement de me retrouver là dans cette tenue. On se demande ce qui me passe par la tête parfois, ou plutôt ce qui ne passe pas. Je ne suis plus sûr du tout d’avoir envie de me retrouver seul là-haut avec la jolie brune, j’ai l’impression qu’il y a des caméras qui filment tout, nos hésitations, nos reculs, nos tremblements. Alors à quoi bon ?

Je suis pourtant bien obligé d’y aller, on me pousse, on rue, on proteste. J’y vais.

...
 
Bon sang que c’est haut. Faire dix mètres à pied sur le trottoir n’est rien, mais en 3D selon z c’est beaucoup, c’est périlleux, c’est interminable. Surtout ne pas regarder vers le bas, le bon vieux conseil des montagnards aguerris qui n’ont jamais été dans ma peau, mais heureusement c’est le haut qui m’attire où a disparu ma naïade.

Moi qui ai le vertige perché sur un tabouret, incapable de changer une ampoule sans appeler les pompiers – il n’y a jamais d’électricien disponible quand il faut changer une ampoule – me voici à neuf mètres cinquante de hauteur et j’ai enfin attrapé le dernier barreau.

Ma tête dépasse un peu. Je vois la plateforme. Il n’y a personne. Je comprends tout.

Ce n’est pas un échafaudage, c’est un plongeoir et ce que j’avais identifié dans mon brouillard comme une grande flaque est une piscine en vrai. Je venais de réussir le plus facile, monter, et maintenant il n’y a pas d’échappatoire, il n’y a pas de plan B, il n’y a pas de négociation qui tienne, déjà quelqu’un monte derrière moi, il faut sauter.

Oui mais voilà. Je ne sais pas nager et j’ai encore plus peur de l’eau que du vide.

mercredi 26 février 2020

10 MINAUDERIES



MINAUDERIES : Mes façons d’aimer

1.  J’aime la lettre M

1.     Même mouillé, il mit maintes fois au MoMa la main au milieu des mots malhabiles du musée, et malgré lui le mouvement du monde l’amena à mon manège. « Merci mon ami me marmonna-t-il, mais les messages maniérés m’ont menti et le merle moqueur est maintenant malade ».
2.     Ah dis-moi maman quel méli-mélo la mélodie, même un miracle aurait eu mal à manier l’air marin en mimant la musique de Mozart : il est mort maintenant, Mickey.

2. J’aime, je n’aime pas

3.     J’aime lire. Je plonge dans un univers ou plutôt c’est l’univers qui me happe et m’entraîne aux confins d’un autre monde.
4.     Je n’aime pas lire. Le temps a passé et soudain je dois courir pour rejoindre notre monde à nous tous qui a continué son chemin sans moi.
5.     J’aime écrire. Peu à peu les images se construisent sous mon crayon, ma plume, mes touches, et la vie prend un sens.
6.     Je n’aime pas écrire. Les textes dans leur tiroir vieillissent mal et lorsque je les revois, je me demande qui a bien pu les commettre.
7.     J’aime jardiner. Entouré de la ville minérale, des bribes de vie végétale sourdent du sol sous mes soins et éclatent en fleurs.
8.     Je n’aime pas jardiner. Après deux heures d’efforts, la révolte gronde des cervicales aux lombaires et le voltarène guette.
9.     J’aime voyager. Les grands espaces, les routes infinies, les villages authentiques, les objets chatoyants et les couchers de soleil.
10.  Je n’aime pas voyager. Les immensités vides, les routes interminables, la pauvreté des villageois, les pacotilles à touristes, les nuits trop courtes.