mardi 17 février 2009

ECOLOS, ARROGANTS, Vade Retro, je me débrouillerai bien seul.

Je pars, donc je parle.

Cher Ours,
« Ai-je répondu ? », demandes-tu.

Tu réponds, en cela qu'il y a beaucoup d'intox de toutes parts et c'est le point qui m'indigne le plus dans tout ce fatras, comment veux-tu qu'on puisse au fond avoir une opinion qui se tienne en dehors de nos peurs et de nos allergies?

Tu ne réponds pas, en cela que justement l'usage du MOX permet de se débarrasser pacifiquement du Plutonium, en récupérant ce que les autres centrales ne savent pas brûler. Qu'on brûle la merde pour nous électrifier me semble moins pire que la laisser rayonner à tous les étages, à tous les coins de rue. On ralentit ainsi notre dépendance au minerai d'uranium, ce qui est plutôt positif dans ce monde où tout produit énergétique devient un sujet de guerre abominable.

Mais oui, l'usage du MOX est dangereux et demande plus de soins que l'usage de la barre d'uranium enrichi, et nous ne savons pas vraiment si ces messieurs ont vérifié la question, même si je pense qu’il en est ainsi et même si tu crains le contraire ; comme d'habitude dans tous les cas, ces messieurs ont négligé au moins les conséquences économiques de ces soins, en Finlande. Tu as raison de me rappeler cette info sur le MOX que j'avais zappée, c'est la nature du combustible qui est le point le plus délicat de l'EPR, et les techniques récentes qui permettent de le maîtriser : neutrons rapides, température de fission, pression de circulation de l’eau, rapidité des cycles et crayons de neutralisation.

Ce n'est pas une raison pour avoir peur. La seule raison d'avoir peur est que ces messieurs sous-estiment les difficultés et oublient de les compter en sonnant et trébuchant, par peur d’éventuelles critiques budgétaires, encore une fois la peur, d'où ensuite des conflits financiers parce que ce qui coûte finit toujours par coûter, d’où ensuite des économies de bout de chandelle qui elles, peuvent devenir dangereuses parce qu’on se met à parer au plus pressé en oubliant les fondamentaux.

Quand une difficulté se présente, il est stupide de la cacher, de la minimiser, il faut la regarder en face et prendre le temps qu'il faut pour établir des protocoles de fonctionnement répondant à cette difficulté. Si ensuite on constate que rien à faire, le processus n'est pas maîtrisable, on abandonne, il ne faut pas avoir peur d'abandonner ce qui ne marche pas en l'état des connaissances.

Cahin-caha, avec toutes les caricatures de discours bien-pensant, ce fut ainsi que Superphénix a fini par rendre les armes après des décennies de gabegie. On ne savait pas faire, et personne n’eut le courage parmi tous ces on de le proclamer haut et fort. Comment faire circuler du sodium liquide dans des kilomètres de canalisation sans être confronté à des corrosions monstrueuses ? On le savait dès le départ que l'obstacle ne serait pas franchi de si tôt, et on s’est lancé dans l’aventure sans biscuits, comme escalader l’Everest en espadrilles. Affaire mal enclenchée et mal vécue toujours à cause des affirmations, des intox et des anathèmes, et très coûteuse pour cause de fuite en avant contre toute logique : les faits finissent toujours par s’imposer. Ce sont d'ailleurs les Socialistes de Jospin qui ont pris la décision finale.

En réalité, Superphénix était incompatible avec les matériaux connus, et surtout le saut de géant de Phénix déjà mal en point à Superphénix pas du tout réfléchi était une erreur de méthode gravissime. Peut-être un jour pourrons-nous y revenir, mais ne soyons pas pressés. Alors faut-il derechef reprendre le sketch et l’appliquer à EPR ? Voilà la question qui est bonne, et moi ici je ne vous donnerai pas ma réponse. Exercice pour la prochaine fois, il est hors de question que j'impose mon idée quand j'en aurais une.

Restons-en à la méthode : prenons ce que nous savons ou ce que nous pouvons trouver en s’occupant sérieusement de chercher, négligeant le premier tract qui vole et le premier tonitruement de télé.

A ce jour, les difficultés d’EPR sont exclusivement financières, pour cause de sous-évaluation des coûts de techniques au demeurant bien explorées, en ce qui concerne la Finlande. La technique répond aux questions, mais personne ne veut payer, en Finlande. Ce sont là les "joies", si j'ose dire, des palabres entre acteurs privés. Il ne semble pas qu'on en vienne à cette caricature à Flamanville, qui aurait d'ores et déjà a pris en compte les surcoûts mis en évidence dans la neige lapone mais en oubliant encore quelques menus détails, genre coulage du béton spécial.

Menus détails, je ne suis pas en train de sous-évaluer, là, j’ironise, histoire de pointer mes zi. Flamanville se heurte à la résistance du rocher, à des bétons médiocres, à des règles de calcul absurdes pour cause de Messieurs-Plus qui surgissent de toutes parts avec leurs liasses de règles.

Alors tout désespoir n'est pas permis aujourd'hui. Mais ce que je vous raconte mérite d’être confronté à des connaissances de la question plus précises que les miennes, parce qu'il faut des connaissances et non des racontars. Après tout, on peut légitimement s’intéresser à ce qu’est une technique maîtrisée et une technique non maîtrisée, en prenant garde que la question financière ne vienne parasiter la maîtrise, en prenant garde que le comptable ne vienne empiéter sur le savant.

Pourtant, l’un et l’autre sont bien contraints de se surveiller du coin de l’œil, chiens de faïence obligés.

Voilà. J’ai mis en ligne chez toi un premier jet, j’ai repris le tout et j’en ai fait mon billet de bloghumeur, en numéro deux de celui déjà diffusé. Je me rends bien compte que nous n’en avons pas fini de la question et que nous tombons vite dans les pièges que je dénonce. Continuons à touiller, cher Ours, je vais rester silencieux quelque temps, une fois de plus mais celle-ci volontaire et programmée. J’attends tes nouvelles malices et celles de tes amis, ce qui fera décanter ma suspension, Vu l'heure, bonne soirée aux européens, bonne après-midi aux canadiens, bonne nuit aux chinois, pourquoi n'y aurait-il pas des chinois qui lisent chez Moukmouk ?

Je confirme, il y a des chinois qui lisent chez l’Ours, et nul syndrome à l’horizon.

FIN.

lundi 16 février 2009

LES ECOLOS ME GONFLENT moins QUE LES ELECTRICIENS SAVANTS.

Moukmouk m’a répondu.

Mais Moukmouk ne se laisse pas impressionner de si peu. Il répond, non point vertement comme d’autres l’auraient fait, mais malin il argumente, informe, complète, enrichit. J’apprends ainsi ce que je savais pourtant autrefois, que l’EPR fonctionne selon un processus qui permet de brûler du MOX, un combustible radioactif capable de réaction en chaîne contenant du Plutonium, des crayons de mélange Uranium enrichi et Plutonium. Il fonctionne à de plus hautes températures que le PWR et nécessite des matériaux de grande résistance, dont certains sont de découverte récente.

Il a raison, EPR est plus performant mais plus dangereux que PWR. Le socle en béton sur lequel est posé ce réacteur doit avoir des capacités de résistance très au-delà de celles qu’on attend des réacteurs classiques. Faut-il pour autant le rejeter ? Celui qui a construit le premier moteur à explosion de l’histoire du moteur à explosion n’aurait jamais imaginé, aurait même été totalement incrédule, qu’un jour ce moteur puisse tourner à 12 000 tours par minute, aurait pu imaginer qu’on puisse en fabriquer des millions par jour à travers la planète. D’accord, ce n’est pas un bon exemple et je sais que les chatouilleux du carbone ne roulent jamais en automobile.

Rien que le nom, d’ailleurs fait peur. Terrifiante, l’idée que le moteur à explosion puisse se répandre à travers le monde, non ? Explosion ! Oui, je ridiculise, pour montrer où parfois dérive l’ignorance manipulée.

Attention à l’amalgame une fois de plus, nous ne sommes pas du tout dans la configuration du Superphénix. Cette configuration relevait du saut dans le vide sans savoir si élastique était attaché, ni même s’il y avait un élastique. Rien ne me permet de craindre, aujourd’hui, que EPR est comparable à Phénix. Les matériaux, les températures, les fluides, les réglages, le contrôle de la divergence, sont étalonnés, définis, vérifiés. Et si des litiges paraissent parce que tout ceci qui est bien connu est mal chiffré pour son coût, ce n’est plus une question de technique et de danger, mais une question de kipaikoi.

Bien entendu, le risque que j’évacue par la porte peut bien entrer par la fenêtre sous forme d’économies sur la sécurité pour compenser les vrais coûts de ce qu’on a voulu dissimuler. A ce propos, nous ne payons pas assez cher notre électricité en France, mais va dire aux gens qui ont du mal avec leurs fins de mois qu’ils devraient payer deux fois plus, ce qui serait la vérité du prix de l’électricité nucléaire. Là est le pire des mensonges et bizarrement personne ne dit rien, on préfère répéter machinalement : le nucléaire non merci. Une énergie deux fois plus chère commencerait à répondre aux arguments de notre Ours, à savoir la lutte à entreprendre en toute priorité contre le gaspillage, et là je serai de ce combat, j’en suis déjà.

En 1980, dans mon palais de Billancourt, je consommais 5000 KWH d’électricité par an. Aujourd’hui, bien qu’ayant agrandi mon palais et construit des dépendances tout autour, j’en consomme 4000. Pas de quoi faire le tour de Jéricho en jouant de la trompette, mais nettement à rebours des tendances nationales. Et je peux encore faire mieux, bien que je devienne frileux avec l’âge et que même au gaz, mon chauffage tire un peu de courant.

A la fin de son commentaire, malin et malicieux l’Ours me demande et je vois son clin d’œil moqueur à travers l’océan : « ai-je répondu ? ».

Me voici obligé de reprendre ma réflexion.

à suivre, comme d'hab.

dimanche 15 février 2009

LES ECOLOS me gonflent, LES ARROGANTS d'en face M'INSUPPORTENT..

Discours de la méthode, par moi-même.

Il m’est amusant de me relire. En effet, au fur et à mesure de l’écrit, je vais chercher ici ou là des documentations des articles ou des renseignements, j’en trouve, qui me font revenir sur le déjà écrit. Dois-je alors reprendre tout ce qui n’est pas encore publié, ou dois-je poursuivre et éditer ce qui est au moins partiellement contredit par mes nouvelles connaissances ? Il me semble que je dois rester fidèle à ma logique du savoir disponible et des hypothèses exprimées lors du premier jet, quitte, si remise fondamentale en cause il doit y avoir, à poursuivre l’écriture. Exercice dangereux qui m’expose aux ricanements, exercice nécessaire pour illustrer moi-même ma méthode. Mais je n’en suis pas à cette extrémité.

Pouf pouf.

Le 13 février à 00h59.

Il est toujours difficile de faire le tri entre le renseignement et le mensonge. Il m’est arrivé de me laisser embarquer dans une logique d’apparence rationnelle mais il m’est arrivé aussi d’accéder à des détails qui m’ont permis de ne pas aller au bout du tuyau. Il faut toujours faire attention aux petits détails quand on glisse sur la pente de la logique. J'ai pu de même échapper aux intox d’en face. Attention donc, le terrain est miné, et je ne suis jamais sûr de mes bonnes raisons.

De tout ce qui se dit chez toi, l’Ours, je dispose d’une seule information que je me sente capable de valider : l'arrêt de la centrale EPR de Flamanville, à cette heure-ci de ma connaissance, n'a aucun rapport avec le côté dangereux de la technique dite EPR, ni même aucun rapport avec l’atome. Au demeurant, pour évacuer ce sujet et oublier les imprécisions dans lesquelles le débat patauge, je ne me souviens plus de ce qui différencie l’EPR du PWR, mais tu sauras sans doute rafraîchir ma mémoire passoire, et m’expliquer pourquoi EPR est pire que PWR, puisque telle est ta thèse. Je ne veux surtout pas débattre sur des notions floues, et j’ai tant entendu d’arguties brandies sur le sujet par les uns et par les autres sans jamais pouvoir comprendre ce qui les diffère et en quoi cette différence rend l’EPR plus dangereux, que je réserve mon opinion.

Quoi qu’il en soit, les difficultés actuelles de Flamanville ne sont que questions de réalisation de structures en béton, pour cause d'empilement de règles de sécurité de génie civil ; on peut aussi s’interroger sur la pertinence de cet empilement, comme partout le mieux est l’ennemi du bien. Il se peut qu’il y ait un rapport avec le processus nucléaire qu'abritera beaucoup plus tard cette structure : dans ce cas comme dans tous les autres, ou bien la question technique est maîtrisée, et on met sur la table l’argent nécessaire à la bonne construction, ou bien elle ne l’est pas, et en effet on abandonne le projet.

Il faut toujours être honnête dans un débat : nous ne savons jamais tout de ce nous débattons, et cette part d’ignorance est bien la cause des empoignades. Nous devons alors faire des hypothèses basées sur des savoirs venus d’ailleurs pour avancer, ne jamais oublier que ce ne sont que des hypothèses, et ne pas hésiter à remettre l’ouvrage sur le métier si elles sont infirmées. Je garde donc cette conviction établie sur ce que je sais des techniques de béton armé, que la question posée dans ce cas très précis de ce chantier dont on parle, et je me refuse à toute généralisation ailleurs, est une question de prix et non de matériau, et que là réside la cause de l’arrêt.

Il n'y a pas encore un gramme de produit radioactif dans cette centrale en construction, et les éléments spécifiques du réacteur en dehors des fondations en béton ne sont pas commencés.

En bref, ces difficultés seraient les mêmes s'ils construisaient une centrale au charbon ou au pétrole d'une puissance équivalente (1500 MW) en cherchant le même empilement de règles de sécurité de la partie béton de l'ouvrage. Ainsi, il n'y a aucun rapport entre cet arrêt des travaux et le côté nucléaire de la force. Je n'écris pas ceci pour dire que tu as tord de critiquer, mais pour t'éviter l'emploi d'arguments erronés dont l'usage même involontaire pour trop bien faire dévalorise le reste du discours.

Si débat il doit y avoir, chacun doit prendre soin d'étayer son propos avec des pensées construites après avoir tenté d’en savoir davantage sur le fonctionnement d’un réacteur nucléaire, sur les avantages éventuels et sur les dangers certains, y compris en écoutant attentivement les arguments contraires après y avoir réfléchi, au moins dans la mesure où ils sont autre chose que des paroles lénifiantes et des affirmations hautaines, et c’est rare qu’ils soient autre chose, malheureusement. Il serait bon que tout le monde qui cause ici et là vertement ait commencé par en visiter, des centrales, charbon, fioul, uranium. Et La Hague pour bien faire. Ce n’est pas suffisant mais ce serait déjà une première fenêtre de pensée.

Le vrai danger, au-delà ce nos ignorances techniques, après tout personne n’est tenu de maîtriser le savoir pointu mis en œuvre, le vrai danger est que nous avons tous pour idée de départ que la conclusion doit obligatoirement aboutir à "le nucléaire c'est mal, le nucléaire c'est bien". Ce principe vaut pour la plupart des débats sur la plupart des sujets, mais se trouve particulièrement adapté à ce débat-ci, ce débat-là, ce déballage. A quoi bon débattre s il en est ainsi ? La condamnation ou l’absolution sont données d’avance selon celui qui se lève, et nul ne le fera changer d’avis. Il faut juste clouer le bec à l’autre, et pourquoi ne pas lui couper la tête ?

J’ai beaucoup fréquenté le monde du nucléaire depuis trente ans que j’erre. Et je ne suis toujours sûr de rien. De ton côté, tu sembles une fois pour toutes déterminé. Le débat ne sert donc à rien, ni pour toi qui sera inflexible, ni pour moi dont le péché mignon est de rejeter par principe les arguments du genre clouage de bec, je ne parle pas de toi bien entendu sinon j’aurais déserté le terrain depuis longtemps, ce genre là aurait plutôt tendance à me pousser vers la conclusion inverse, quelque soit la position de mon interlocuteur, écolo face aux arrogants, nucléariste face aux écolos. En vérité, mon inclination va plutôt vers une position favorable à la production d’énergie électrique par des centrales nucléaires, et je me désole de la pauvreté des arguments de ces messieurs les arrogants que j’ai fréquenté d’assez près pour savoir qu’il sont encore pire que tu crois, bien que du même bord que moi sur les choix fondamentaux.

C'est pourquoi je n'écris pas ceci non plus pour dire que tu as raison. Je répète que je ne crains pas la construction de centrales nucléaires, la peur n’a jamais été une motivation convenable et répandre la peur est une ignominie même sous prétexte de réveiller des consciences endormies à ce qu’on croit ; je ne les crains pas, notamment les PWR auxquelles j’ai participé et justement Flamanville et celles de Seine Maritime, Penly et Paluel. Je suis horrifié de la nature absurde du débat sur le sujet de part et d'autre, qui aboutit d'ailleurs aux dérives que tu dénonces, l'absence de recul, l'absence de réflexion sur le long terme, la peur d’informer même en cas d’anomalie, incident, accident, l'approche sécuritaire par le petit bout de la lorgnette qui donne les Tchernobyl, non par souci d'économie mais par empilement de pages de procédures que personne ne lira jamais, empilement de bonne conscience, empilement superfétatoire parce que la sécurité bien ordonnée est une sécurité simple d'accès.

La lourdeur réglementariste est un nuage de fumée si je peux me permettre l'expression douteuse.

La peur des écolos chez les marchands d'électricité a été aussi mauvaise conseillère que leur volonté d'opacité et leur arrogance affichée. Mauvais conseiller aussi l'usage d'arguments terrifiants de la part des ennemis des centrales, qui ont construit leur crédibilité sur l'opacité en question. Terrifiants et souvent erronés, pour rester dans l'euphémisme.

Sans parler évidemment de l'invocation à Tchernobyl, qui relève du passage obligé, de la formule magique, qui fait partie de ces arguments qui tuent imparables, et qui donc marche à tous les coups alors même que plus personne ne se souvient ou ne veut se souvenir, des raisons de cette catastrophe.

Maintenant vous pouvez y aller de vos invectives, je suis absent pour trois semaines. Vous pouvez même venir chez moi, j'y ai laissé un bâton pour me faire battre. J'essaierai à mon retour de donner une troisième partie à mon billet en cours, ce texte me servira de deuxième, comme le premier avais d’abord été un commentaire chez Lydie du Béarn. J'ai déjà été trop long ici à monopoliser la place. Mais sache, Ours d'ici qui m'accueille, et sachez, autres lecteurs sympathisants, que l'invective ne m'intéresse pas, vous avez dû le comprendre.

Un petit codicille s’impose : certaines des affirmations de ce billet doivent être tempérées par des renseignements complémentaires qu’entre temps j’ai glanés, merci à l’Ours et à d’autres de m’éclairer sur le MOX, l’EPR, le PWR. De quoi poursuivre, au moins.

samedi 14 février 2009

LES ECOLOS, et pas qu’eux, PARFOIS ME GONFLENT.

Une petite décharge nucléaire

C'est un billet de Moukmouk du mercredi, 11 février 2009, 22:20 - qui m'a mis sur le sentier du calumet.

Il y a pas qu'en Amérique que les déchets radioactifs sont ignorés. Connaissez-vous la ville de Gueugnon?...

Nous connaissons tous peu ou prou notre ours canadien préféré, ours blanc de peau mais tellement indien d’âme. Lebel ours. Toujours à l’affût, il sait trouver les mots qui nous font frémir, devant l’immensité de l’avidité de quelques un et les conséquences dramatiques sur son espèce en voie de disparition, bizarrement étroitement liée aux risques de disparition de la nôtre, bizarre peut-être mais pas par hasard.

Le voici donc qui fit un billet à nous tourner les sangs sur la dispersion mensongère et criminelle de déchets radioactifs de toute nature à travers notre pays de France, à Gueugnon par exemple et ailleurs, et dont les pouvoirs publics s’indiffèrent en toute lâcheté négligente, laissant la population sans information ni protection. Pouvoirs publics devenus complices lorsque, une fois informés, leur seule réaction musclée est de s’opposer à la poursuite de l’information.

J’ai l’air malin de reprocher aux écolos leurs agitations médiatiques, quand ils doivent se confronter à ce mur de silence, au crime par omission. Et bien je vais garder mon air malin, parce que si la situation impose de crier fort, il faut aussi crier juste. Parler de ces décharges est juste et je participe volontiers à ce débat, mais dériver derechef sur les centrales nucléaires en créant l’amalgame est erroné, imprudent, improductif. On peut aussi débattre des centrales nucléaires, encore faut-il trouver les bons termes du débat et ne pas mélanger avec le cas du radon des maisons.

Merci, Moukmouk de Pohénégamouk, de me donner la parole. Je vais disserter sur la méthode, comme un Descartes de bazar, au hasard, bizarre, plus que du bien fondé de ceci ou de cela.

lundi 5 janvier 2009

Les ECOLOS parfois me gonflent

Bien entendu, il faut d'abord lire le texte de Fred Vargas que j'ai trouvé sur un joli blogue, lien sur le titre.

Les écolos parfois me gonflent.

Souvent, même. Leur étalage de certitudes deux sous et leur bonne conscience de décapiteurs me fait parfois froid dans le dos. Et que je te fauche les champs, et que je t’escalade les plateformes et les cheminées, et que je braille des slogans insensés, et que je jette le bébé avec l’eau du bain, et que je refuse d’examiner les sujets qui fâchent autrement qu’en se fâchant. Alors si parfois il attirent la sympathie bourrue, parfois ils se tirent une balle dans le pied et me donnent une urticaire géante qui me les rend insupportables. Ouais mais faut se faire entendre, qu’ils profèrent. Ouais, mais justement, il ne faut pas se faire entendre, il faut se faire écouter.

Alors soudain quand j’entends causer Fred Vargas ou qu’on me la donne à lire sur ces question là, j’ouvre un œil rébarbatif et suspicieux. Parce que Fred Vargas est mon amie, en ce sens qu'elle fait partie de ces rares écrivains dont j'ai l'impression qu'ils écrivent seulement pour moi, et que leur millions d'autres lecteurs sont hors sujet, une sorte d'écriture intime et secrète que je suis seul à percevoir. Je ne voudrais pas qu’elle sombre dans le Landerneau écolo.

Je lis donc, mais ce qui devait se produire avec elle se produit une fois de plus. J’ai l’impression qu’elle écrit pour moi seul, qu’elle a deviné mes allergies. Alors elle me prend là où je laisse prise et m’emmène dans son boudoir. Elle me sert la grande aventure de l’humanité, son métier et mon dada, elle me la déploie sous le nez zen grandes banderoles colorées, et pour un peu je m’y ferais prendre, comme un Adamsberg à moitié endormi. Mais voilà. Je ne suis pas Adamsberg. Je suis une sorte de monstre littéraire, formé de la fusion nucléaire d’Adamsberg dans ses moments de totale absence et de Danglard dans ses moments de lucidité implacable. Oui, ma chère Fred, te voici défiée par l’union sauvage de tes deux créatures. Nonmého. Et je ne marche pas tout à fait dans ton histoire.

Je ne suis pas d'accord avec tout ce que dit Vargas dans son texte, même si elle le dit avec talent. Les positions qu’elle exprime sur la déroute annoncée de l’homme sont à fois radicales et insuffisantes et se laissent aller à l'amalgame et à l'approximation, ce qui est regrettable de la part d'une scientifique.

Radical: tout est à jeter, plus rien ne va, pas un seul juste sur terre sinon moi, Cassandre.

Insuffisant: il te faudrait ajouter, Fred, que le mythe ne date pas d'aujourd’hui, et que l’homme face à sa disparition en tant qu’espèce sera toujours aussi terrifié, que le mythe est permanent ; l'espèce humaine n'a survécu que parce qu'elle a eu sans cesse la conscience collective de cette fragilité.

Je rejette l'idée des trois révolutions que développe mon amie. Nous sommes, pauvres humains nus, confrontés en permanence à un tel défi, pas plus aujourd’hui qu'hier mais pas moins, et au moins depuis l’homme est devenu homme, en cela je me distingue des distingués paléontologue que je nomme homme l’espèce qui un grand soir a su maîtriser le feu. Il n’y a pas si longtemps, tout compte fait.

Ce n’est que ce soir là que nous sommes devenus ce que nous sommes. Résumons le à un soir, qu’il ait duré dix ou cent mille ans. Je dirais moi une petite quinzaine, hier quoi. Or, tout ce qui peut être reproché à ce que nous nommons le progrès, qui a pris un essor fabuleux en deux siècles mais qui pour cela a mis quelques millénaires à se préparer, finit si on reste cohérent avec la logique de critique, par condamner ce soir là de l’invention de la maîtrise du feu. Lisons bien tous ces textes qui dénoncent la folie du progrès, et reprenons bien tous leurs termes : il faut être cohérent, il faut éteindre le feu, derechef, de par le monde entier.

Je ne pourrai jamais entrer dans cette logique là. Le progrès, au sens très général mis aussi au sens très particulier de « confort moderne », est consubstantiel à l’homme. Y renoncer est renoncer à être humain. On peut toujours se retourner vers Diogène si l’on veut, qui récuse le progrès parce qu’il récuse l’homme qui en est le valet, selon lui. Ce faisant, il ne fait que confirmer par l’absurde cette consubstantialité fondamentale et cette erreur de diagnostic que je décèle chez Fred, est qui si répandue chez les écologistes bien-pensants.

OUI, la planète va mal. OUI, l’homme en est responsable. OUI, il va y avoir des catastrophes, pires que toutes les catastrophes anciennes réunies. OUI, on ne sait ni quand ni où ni comment, mais on en est certain. OUI, il faut faire quelque chose. Je préfère préciser, pour donner moins de prise aux amalgameurs fous. Mais je sais que notre seule chance de survie, puisque telle est la question que l’homme se pose depuis qu’il est homme et depuis qu’il a maîtrisé le feu, est justement l’usage intelligent de ce que le progrès technique lui apporte. Sans le feu, l’homme n’existerait pas aujourd’hui, n’aurait jamais existé, et dire que ce serait un bien est aussi stupide que dire que ce serait un mal. Simplement nous ne serions pas là pour en parler et pour y écrire.

Alors il saura traverser les tempêtes et les typhons, les famines et les épidémies, la grippe aviaire et l’asphyxie planétaire. Comment ?

Est-ce que je sais, moi ? Mais il a déjà pris conscience de ce que le progrès technique lui avait fait oublier un instant, soixante ans tout au plus, sa fragilité ontologique, son dénuement naturel, son impuissance absolue dans le cosmos, grâce à des paroles comme celles de Fred avec tous ses défauts et tous ses charmes, grâce aussi à son seul outil qui vaille, son cerveau.

Une autre chose est sûre : s’il détruit les outils qu’il s’est forgé sous prétexte de retour au jardin d’Eden, il ne passera pas l’hiver. Imagine qu’on te coupe le chauffage, là maintenant, et qu’on t’interdise tout feu.

Bonsoir.

dimanche 26 octobre 2008

SOUFFLER N’EST PAS JOUER.

Encore un aveu qui coûte cher à mes chevilles : je ne jouerai pas au cinquième et dernier jeu de la quatrième session du diptyque d’Akynou. Ne prends pas ta plume pour écrire un mot, il n’y a de lune qu’au dernier bistrot, a dit le poète. Cette photo m’a sauté à la gorge à peine vue, et je ne peux me débarrasser de ce qu’elle m’a injecté, comme une sorte de poison remontant à l’une de mes vies de chat antérieur. Elle ne lâche plus la trachée, c’est dire que je n’en peux rien dire, il ne me reste qu’un doigt pour parcourir le clavier en tous sens.

J’aurais pu. Par exemple, lire tout ce qu’a écrit le joli monde de l’or calmant, picorer mine de crayon de rien une idée de ci d’au-delà, passer le mixeur et servir frais l’air innocent. J’ai déjà fait le coup. Non, j’ai pris soin d’éviter les parages de la salle de jeu et les blogues d’origine. Je suis tombé par hasard alors que je butinais ailleurs sur le dernier billet de Lyjazz, trop récente pour que je méfie, et comme la photo n’apparaissait qu’à la fin j’ai lu. De toute façon, si tu lis le début d’un texte de Lyjazz, tu es obligé de tout lire. Voilà la seule tricherie de mon insu, et le joli billet lu me reléguait définitivement dans ma coquille.

J’aurais pu aussi décrire la sensation d’une photographie agrippée de ses griffes à ma pomme d’Adam. Alors c’en était fini de mon image longuement polie d’Andrem, du Moine pompeux sans qui l’ennui n’aurait rien à se mettre sous la dent, du voyageur qui baguenaude parmi ses rêves en oubliant ce qu’il voit, du donneur de leçons empêcheur de commentir en rond, du bavard importun qui piétine les tapis précieux des salons où vous causez juste le temps d’y laisser l’empreinte de ses bottes embouées. Par simple jeu, aurais-je pu détruire une statue si solennelle ?

Que non, que diable. Je ne dirai donc rien. Je ne dirais jamais à quel point cette photo me plonge dans un gouffre de sexualité, ce gouffre interdit de l’orgasme féminin ; dans cet instant magique et terrifiant auquel la plupart des hommes ont assisté quelques fois dans leur vie, cet instant où ils deviennent spectateurs et accompagnateurs d’une métamorphose de la femme qu’ils aiment juste le temps de cet instant et parfois pour le reste de leur vie, métamorphose qui les dépasse tous deux.

C’est beaucoup trop intime pour que j’en parle. Approcher ainsi au cours de sa vie un secret que nous ne saurions jamais découvrir, le secret du grand abandon de la petite mort, ce moment d’éternité où la femme cesse d’être elle-même pour devenir monde et pas seulement son origine ; oubliée l’origine, oublié le temps, emportés dans les torrents.

Même les pavés des rues se mettent à tournoyer tous en chœur et en cœur, et l’homme qui passe jette un œil inquiet. Pour se sauver de sa peur, il se répète et le répète, je possède je la possède, pauvre refuge illusoire ; ou alors, il se retire vite fait dans son capuchon, il sort du tourbillon, il ne saura jamais les senteurs du tréfonds, du fin fond, là où gît le secret.

Les hommes ont si peur qu’ils tentent d’endiguer la vague. Ils construisent des dalles si bien alignées qu’elles restent de marbre, ils creusent des caniveaux qu’ils n’oseront jamais appeler rigoles, et ils prétendent ainsi canaliser le destin. Ils se réfugieront dans l’orthogonalité froide comme pierre et métal. Ils n’auront pas pensé au grès qui fond dans la main avant de se fracasser d’une belle parabole ventrue sur un casque médusé.

Les hommes ne sauront jamais qui était cette rivière asiatique que j’ai aimée dans ma sixième vie, je ne le sais pas non plus. Vous comprenez maintenant pourquoi il est hors de question que je vous raconte cette photo, pourquoi j’y suis perdu.

Je ne dis rien.

lundi 20 octobre 2008

Un film à la télé

Fr3 - dimanche soir. Round about midnight.

C'était un film sur Pigalle et ses couleurs, multiples et souvent sombres. Et tout était bien montré, sans voyeurisme ni complaisance ce qui est extraordinaire pour un tel sujet à la télé. Je suis resté ému et intéressé, simplement saisi du besoin de comprendre ces choses si banales et qui pourtant m'échappent, être stripteaseuse, être alcoolique sans retour quoique parfois si, être patron de boîte, ou videur à la porte d'icelle.

Paillettes et envers du décor, paillettes parfois plus tristes que l'envers où l'humain trouve son chemin entre deux répliques, deux colères, deux portes, deux réunions. La copine indestructible qui craque un court instant face à l'indifférence des choses, au poids du quotidien, l'alcoolique désespérant qui part se sevrer chez les moines mordicus, le videur Carlos qui se tue au volant de la première voiture qu'il avait achetée au lieu de la voler comme d'hab. Je crois bien qu'il se nommait Carlos, le gars de l'entrée de la boîte.

Le patron attentif à ses filles, est-ce une tricherie du film, un piège où je suis tombé, attentif plus comme un père qu'autre chose, je rêve ou quoi ?

Et quoi ? Pourquoi ne pas rêver, pour peu que l'on connaisse un peu la face sud de la colline, terre de contrastes au microclimat particulier inconnu des météorologues.

Nous y passons souvent, 'Aliénor et moi; pour y prendre un peu d’Oxygène rares dans les banlieues chics et mortes. Je marche distraitement plus vite qu'elle. Ainsi je fus aguiché par une de ces dames. Rabrouée par Aliénor qui soudain s'est retrouvée à ma hauteur me délivrant de mon embarras mais oui, la dame a rougi comme une midinette au dessus de son décolleté impressionnant, elle s'est excusée d'une petite voix de petite fille plus embarrassée que moi. Je ne suis pas certain qu'il en aurait été de même ailleurs.

Moralité : marche lentement qui le fait exprès.

Un an plus tard, il termine sur ce qui perdure (la lutte pour les enfants), ce qui réussit (l'alcoolique ne boit toujours pas), ce qui s'est arrêté (la boîte), celles qui s'acharnent à se faire une place, à être. Le film a eu cette politesse rare de donner du temps au temps. De quoi me réconcilier avec la télé, enfin presque, il ne faut pas exagérer non plus.

Je cause je cause, et je ne m'occupe pas de la photo à raconter. Alors à bientôt en place publique pour un cinquième numéro. Si je peux.

Ce billet n'était pas un jeu mais juste une réponse place des abbesses, ou non, mieux, place Charles Dullin.

mardi 7 octobre 2008

Arrêt sur image.



Je me sentais bizarre ce mardi matin. Je me souviens, c’était un mardi sept. Sept comme les piliers de la sagesse, les doigts de la main, les dix commandements. J’avais rêvé que j’avais arrêté le temps comme on casse la voix, comme on met le feu, et je m’étais réveillé bizarre.

A vrai dire, j’ai l’habitude de me sentir bizarre le matin ; je n’aime pas me dévêtir trop vite de ma brume de sommeil. C’est pourquoi je ne prends jamais de café avant d’arriver au bureau. Entre mon petit lever et l’entrée dans le néon de mon deux-modules, je traverse la vie et la ville dans une sorte de poursuite de la nuit.

Rien n’y fait. Ni la douche bien tiède, qui a dit froide veut ma mort subite, trente-sept deux le matin, ni le bol de céréales en un soigneux mélange de graines assortis de ma blanche main entièrement récoltées à la machine, ni le petit trajet frisquet le long du boulevard jusqu’au garage, ni le trajet pensif avec Ali Badou et ses complices de mon garage à leur parking, ni l’ascenseur et ses amabilités matinales si quelqu’un s’immisce en route, ah salut – silence – allez bonne journée, rajouter dans le milieu du silence ça roulait bien ce matin si je tombe sur un chef, ne jamais être négatif, et le chef continue vers les étages supérieurs guettés par les boeings.

Je suis réveillé, enfin presque. Deux-mille-trois-cent-douze étiquettes jaunes collées la veille sur les murs autour de ma table par moi-même me rappellent le travail qu’hier j’ai reporté au lendemain. J’en prends une au hasard.

Aujourd’hui, tiens j’y songe, personne ne s’est immiscé dans l’ascenseur. Oui, je suis réveillé mais mes pensées restent décousues. C’est de naissance et le café n’y pourra rien. L’étiquette, tu ne voudrais pas que je l’innommasse post-it quand même non, me signale que je devais faire un tour au dépôt. Je finis mon café et j’en reprends un second tiens, capsule violette, Arpeggio mais très long, il ne faut pas brusquer monsieur Stomaco, puis j’enfile mon blouson réglementaire avec bandes réfléchissantes appropriées comme dit la norme, et bottes à coquilles.

Je reprends l’ascenseur, je suis soulagé de n’y rencontrer personne, je suis encore trop bizarre pour parler même en banal de chez commerce. Touche zéro, rez-de-chaussée. La demoiselle de l’accueil doit être aux toilettes, à cette heure elle est encore seule à ce poste. Je fais le tour de la bâtisse en métalébéton et je me dirige vers la barrière du dépôt. Soudain, je comprends.

L’émission d’Ali Badou répétait exactement celle de la veille ; les voitures du trajet peu embouteillé étaient toutes arrêtées éparses ; il n’y avait personne dans l’ascenseur, oui, mais personne dans les bureaux non plus, personne dans le service, mon service, il n’y avait pas d’hôtesse d’accueil. Et là, devant moi, devant l’entrée du dépôt, huit individus tibulaires cinq hommes et trois femmes étaient statufiés, comme figés dans la posture où ils avaient été saisis.




Depuis ce matin, j’étais dans une photo et je ne le savais pas.

.Crédit photo: bladsurb

lundi 6 octobre 2008

Je hais les draps de soie

Merci pour le titre, Akynou.


Trop forte, la série des textes. J'ai du retard, comme quoi les dames n'ont pas seules cette faculté. En fait, c'est la panne blanche de la feuille, dans de noirs draps, je n'avais même pas remarqué qu'ils l'étaient.


Alors, plutôt que me raccrocher au tissu trop soyeux pour me sauver du précipice, je me précipite dans un commentaire d'avant midi à quatorze heures, histoire de ne pas être en retard, faute de texte.

De toutes façons, je hais les draps de soie, qui glissent qui s'immiscent, qui séparent et dont la douceur fait oublier celles des chairs qui se cherchent, dans le noir forcément. On n'aime pas dans la soie, on pète.

Pour aimer, un bon vieux coton sous un ventilateur enroué, quand dehors transpire la chaleur mouillée des vagues tropicales.

Noir.

Merci Akynou : c'est ma participation improvisée d'extremis à la session trois du quatre.
11:38, par Andrem

lundi 22 septembre 2008

Bière pression.


...

Voilà ce qu’elle me disait mine de rien, par-dessus la nappe à carreaux : « Tu seras très bon sur la fourchette ». Ensuite, chacun de se récrier avec des airs de nitouche, mais non mais non elle ne te met pas la pression. Mais non, voyons, la pression.

Si encore c’était une bière !

Justement, c’en était une, mais pas celle-là, pas même une mort subite. Une grande boîte capitonnée pour une mort lente, voilà la bière qu’il me fallait avaler sans pression aucune, meuh non. Promis juré. Le cimetière était très loin, il pleuvait de la neige fondue et personne n’était vraiment équipé pour marcher dans la gadoue de sel et de floc pendant deux heures, sans parler du temps sur place en plein vent.

Quelle idée aussi qu’ils soient tous venus par le bus comptant sur la voiture des autres, dans ce village du plateau de nulle part où l’on garde jusqu’à la septième génération le moindre mouchoir, la moindre tomette, le moindre napperon. Cette nappe somme toute était récente, elle datait de la naissance de Fardeau la Frigide, la vieille dans la maison du bord de l’ancienne baignade avec son âne.

Maintenant nous étions bons pour aller à pied au cimetière derrière la colline des Gueuzes. Alors, sans s’être vraiment concertés, nous avions lancé le pique-nique prévu pour après ; il y avait largement de quoi pour deux, d’ailleurs, et nous avions besoin d’engranger des réserves avant l’épreuve. Autant chanter « didn’t he ramble » tout de suite.

photo alibaba.
Quelqu’un avait sorti la nappe somme toute récente, posé les couverts, l’argenterie granuleuse gage de vieillerie authentique mais plaquée, de la première catégorie disait le défunt, déniché des serviettes en tissus, en papier, des torchons présentables ; et on avait déballé sur la table les rillettes, les galantines, les pâtés, les terrines, et les saucissons. Les saucissons ! Comment peut-on vivre sans saucisson ? Ils servent à tout, même aux calembours.

On les avait disposés devant moi. Réputé roi des coupeurs de saucisson, je faisais d’ordinaire des lamelles transparentes aussi goûteuses que les épaisses. D’où un plaisir multiplié. J’avais émis un doute, ce jour là je ne me sentais pas bien dans mon assiette, et elle m’avait cloué le bec avec son « tu seras très bon sur la fourchette ».

La fourchette, bon d’accord. Mais le couteau ? Enfin, tu l’as regardé, le couteau ? Une fine dentelure qui sert de prétexte à ne jamais l’aiguiser, et qui se bourre les dents de chair déchiquetée à la moindre pression, un bout rond, désespérément rond, comme une lune de loup-garou, comme un œil de bœuf. Je n’ai jamais su offrir galamment aux dames du saucisson autrement que fiché au bout de ma pointe, alors un bout rond, de quoi j’ai l’air ?

Tu devines déjà que, gourmand comme je suis de tout ce qui cholestérise, j’ai été très bon à la fourchette. Nettement moins pour les rondelles aux formes ni faites ni à faire, épaisses et vrillées comme jamais je ne fis, ni avant ni depuis. Et ces dames ont dû se servir elles-mêmes à la main sans serviette citronnée.

Je mangeais et buvais dans mon coin, en tentant pour m’occuper de reconstituer un puzzle. Toute la salle s’échauffait au gré du gros rouge et des Gueuzes. La pression montait, en quelque sorte. Nous avions oublié le froid d’un automne précoce au point d’être hivernal, les kilomètres et la boue qui nous attendaient impassibles comme des fleuves, et peut-être aussi l’heure et le mort qui enfin ne demandait plus à goûter dans les assiettes des autres. Soudain quelqu’un s’avisa du retard. « Hé, on nous attend là-haut, faut hialer et vite sinon Y zauront pas le temps de reboucher avant la nuit ».

Je venais juste de finir mon puzzle. Le silence est brusquement tombé sur la salle, une pétrification dans l’urgence. Quand on avait refermé la bière en mettant la pression, on n’avait pas remarqué que la main du mort s’était éclatée dans la charnière. C’est pourquoi j’avais eu du mal à la reconstituer dans mon assiette.
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Modifié le 23 septembre 2008 à 9h45.
Remerciements:
à Alibaba pour la photo qu'il a confiée à Akynou.
à Akynou pour le terrain de jeu à conquérir.
à Anne (Chiboum) pour le coup de pied de départ et les suggestions salvatrices.

vendredi 19 septembre 2008

Prédiction fatale

Ce matin, dans culture matin, à 8h17mn28secondes, Alexandre Adler a prédit la victoire de Barack Obama à l'élection présidentielle américaine.

Le doute n'est plus permis, je lance la construction de mon bunker, Mac Cain va gagner.

mercredi 17 septembre 2008

Auriez-vous dit Dieu ?

Qui ? Dieu !

Je suis allé me promener chez Embrun dont la rumeur persistante annonce son départ pour de froides contrées ou, sinon Dieu, au moins l’Ours le plus civilisé de la terre existe. Il y était question d’un castrat agnostique, pour parler chic.

Je m'arroge le droit d'ajouter un caillou dans ce jardin. Je ne me focalise pas sur la querelle sémantique entre athée et agnostique. Il me semble cependant qu'il y a bien deux sortes d'athéisme. L'un serait d'ordre religieux, à l'instar des théories de Michel Onfray exposée dans son traité "d'athéologie", et que je résume, impertinent, par la déclaration : je CROIS que Dieu n'existe pas.

L'autre serait de l'ordre du laïc (je n'ai pas trouvé d'autre mot). Il consiste à prendre Dieu au mot ; tu me déclares libre de mes choix, donc je DÉCIDE que tu n'existes pas, et je construis ma vie sur cette décision. On sort de l'orbite de la révélation positive ou négative, de l'orbite du subi, de la soumission acceptée, on passe à autre chose. On ne croit pas, on ne croit pas que Dieu existe. Au fond, qu'il existe ou non n'a aucune importance. La négation porte sur la croyance en lui, non sur son existence.

Je suis de cet athéisme-là. Aucune arrogance, aucune volonté d'en imposer à qui que ce soit de ma vérité ou de mes doutes. J'en ai décidé ainsi pour moi et toi, tu fais ce que voudras, comme le proclamait ce bon moine de Rabelais.

Etymologiquement, les deux formes sans Dieu sont bien des a-théismes, athéismes. Que l’on reproche au mot agnostique de constituer un euphémisme qui serait plus facile à assumer n’est pas en débat. Chacun emploiera le mot qu’il peut, selon son degré de détermination, son degré de liberté, et la force de ses doutes. Le doute est ce qui te saisit chaque matin en te levant et chaque soir au moment de l’abandon. A chacun de s’en sortir, ou de cohabiter. Ce n’est pas le choix du mot qui le vaincra, le doute ; il ne sera jamais vaincu. Il faut donc prendre une décision, seul, devant ton miroir. Dieu te laisse seul si par hasard il existe, il ne te donne pas d’indices, il ne te tient pas la main. Il l’a voulu ainsi : tu es homme donc libre, tu décides. Et ta décision ne sera ni récompensée ni punie, quelle qu’elle soit, ou alors elle ne serait pas libre. Tu pourras même changer d’avis en cours de route si tu y tiens ou si tu ne peux plus continuer comme tu pensais pouvoir le faire.

Pardon pour le dérangement.

mardi 16 septembre 2008

La chute.

...

Il faut toujours finir par une chute. Le conteur le sait, bonne ou mauvaise, son histoire s’achève ainsi. Il lui faut sauter dans le vide, sans aide ni ailes, sans parachute ni parapet, sans filet ni défilé, il est condamné au point final.

S’il lui arrive que l’image l’entraîne dans son tourbillon de pesanteurs, il n’a plus moyen de s’en sortir. Il pourra tenter de s’évader, parler d’autre chose, se cacher dans le second degré, ajouter du flou à son imprécision, invoquer le sommeil et décrire un vagabond, monter un théâtre et sombrer dans l’ivresse, il sera aspiré comme un haricot et il tombera sur la chute à la fin.

...photo Akynou

J’ai gagné mon pari.

Il faut avouer que la soirée avait été copieusement arrosée et que les discussions avaient fait chauffer le plafond. Plus personne ne savait trop ce qu’il proférait, la foire d’empoigne battait son plein. Le maître des lieux commençait à prendre un air inquiet devant nos enthousiasmes et nos échanges musclés d’arguments définitifs et inopérants.

Une cour de récréation mais en plus vieux, si tu vois ce que je veux dire. Tu ne vois pas ? Je veux le dire malgré tout et je le dis : une cour de récréation pour garçons seuls entre eux. Si j’avais été le maître, j’aurais été plus inquiet encore qu’il n’était. Mais il avait arrosé lui aussi, alors ses brumes le maintenaient dans la protection de son euphorie.

Bien entendu, je ne savais plus de quel pari il s’agissait. Mais il fallait le gagner, c’était devenu une question essentielle, je ne pouvais me dérober. Une affaire d’honneur si tu veux, d’orgueil en vérité. Depuis toujours j’avais toujours gagné mes paris, si bien que chaque fois ils montaient la barre un peu plus haut, ils ajoutaient une marche, un tabou, un escalier. La grande difficulté avec ces histoires s’il manque un maillon, on reste flou et l’on flotte. Il y avait une histoire de flottaison en effet, une rambarde de flottaison.

Il me manque le maillon du pari.

J’avais observé que le maître m’observait, moi c’était en douce, lui ostensible. Probablement que le pari ne lui plaisait pas, du genre ils ne vont quand pas le faire chez moi. Il ne faudrait jamais faire en sa présence des soirées chez le maître, il casse la rigolade. Je ne l’aimais pas du tout, ce proprio avec ses airs d’à la cool, à la coule disait-on de mon temps. J’étais le plus vieux de la soirée, alors je tenais aux prérogatives de mon âge et pour être sûr que nul n’oublie, je répétais sans cesse de mon temps. Ils voulaient tous se débarrasser de moi, avec mes façons de gagner contre toute attente et chaque fois de gros enjeux, bien obligés qu’ils étaient pour motiver mes participations aux paris.

Après, il leur restait à se cotiser. Depuis l’âge de cinq ans qu’on se cotisait pour me payer mes paris gagnés, j’avais acquis une petite réputation à Landerneau, et à chaque soirée un journaliste, un huissier et un policier étaient présents pour vérifier que je ne trichais pas. On en était à la Ferrari, mon vieux rêve. Nous avions tous réussi, ce qui s’appelle réussi, et ceux qui ne souscrivaient pas à l’ISF et au bouclier fiscal étaient depuis longtemps bannis. Les paris étaient indexés sur nos succès en bourse, en télé, en foot, en politique (du bon côté, celui des portefeuilles qui porte à gauche pour les droitiers), enfin toutes ces filières de haute productivité où tu gagnes un max en montrant juste ta trombine au bon endroit.

Aujourd’hui lundi c’était Ferrari.

Neuf étages, quand même. La barre était haute et basse la rambarde. J’avais mon panier volant à la main et je me suis approché du vide. Lentement, très lentement, la tête me tournait, vertige ou arrosage, les deux sans doute. Moi qui ai le vertige sur un tabouret, à vingt-deux mètres, vous pensez. Je ne me suis pas retourné, je sentais le regard fixe du propriétaire braqué sur ma nuque. J’ai délicatement posé le panier en équilibre sur la main courante. Un souffle de dernier soupir de phtisique l’aurait fait basculer d’un côté ou de l’autre.

Le trottoir tournoyait sous moi ; la question était ces poteaux qui empêchaient les voitures de se garer sur les piétons, il fallait pouvoir les éviter sinon la photo serait ratée. J’ai toujours haï les poteaux anti-voiture. Ils m’en ont cassé, des pare-buffles. Voilà qu’ils se préparaient à me casser mon pari, un comble, et me faire perdre la Ferrari. J’ai longuement inspiré, calculé dans ma tête chaque millimètre de geste, chaque succession de mouvements à accomplir. Et quand dans un grand élan soudain le proprio a tenté de me rattraper, j’ai sauté de côté et il a basculé dans le vide juste à l’emplacement du panier. J’ai eu le temps de prendre la photo un millième de seconde avant le choc, et on ne voit pas le sang.

J’ai gagné mon pari.

FIN.

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dimanche 17 août 2008

Propos... #8&9. Faux et vrai.

8. Vrai-faux et faux-vrai.

Nous ne sommes ni plus faux ni plus vrais dans cette virtualité électronique que dans nos conversations mondaines, nos déambulations de supermarché, nos contemplations de boutiques de colifichets, nos discours chez le coiffeur, nos relations professionnelles, couloirs de bureau, salles de repos, chantiers urbains, machine à café, chaînes de montage, galeries de mine, salle des profs, cafétéria, et il faut bien le dire, famille et amis. Nous sommes toujours en représentation, y compris quand, en toute innocence et en toute bonne foi, nous nous croyons sincères. Il n’y a aucun jugement moral dans ce que je dis.

Un tiers de cinéma, un tiers de tragédie, un tiers de comédie, et un grand tiers de maquillage, hommes et femmes, tous en représentation, tous en scène, nous sommes notre meilleur public nous-mêmes, la seule chose importante reste : tout ce cirque parvient au bout de la nuit à nous construire une vérité. Tu peux donc ne pas l’admettre, mais il y a ta vérité sur mon écran, et ce n’est pas à mon bonnet mais à elle que je parle.

Ecce homo. Il n’entend rien ; il n’entend pas les appels, il n’entend pas les plaintes, comme moi autrefois je ne les ai pas entendues, comme le père n’a pas entendu sa fille quand il aurait dû.

A de rares exceptions près, on est rapidement fixé sur le sexe des écriveurs de l’agora. Quelques détails orthographiques, et hop le tour est joué, une fois éliminé le risque de la faute accidentelle. Il y a quelques exceptions, comme toujours, des petits malins qui alternent, ou qui détournent, ou qui manient le neutre avec une virtuosité admirable. Ils en ont le droit. Dans ce cas la silhouette a du mal à se former et j’ai du mal à lui écrire.

Il faut te dire que notre ami Hank, dans sa hâte de nous clouer sur place, avait interpellé « Monsieur » celle que tous savaient être une dame, charmante en écrit. Et bien sûr je n’ai pas manqué de relever ce point qui révélait son incapacité d’écoute, pour autant qu’on puisse écouter un écrit, or la dame écrivait beaucoup en ce temps là.

La plupart du temps, on sait vite à qui on a affaire pour peu qu’on soit vaguement attentif, inutile d’arriver avec loupe et costume à carreaux. Hank, tu n’as même pas su écouter vaguement. C’est pourquoi je considère que ton « monsieur » destiné à l’une des silhouettes était une preuve ; je te concède que le mot preuve est mal choisi, j’aurais dû dire symptôme, symptôme caractéristique, révélateur, décisif, finalement pas si éloigné de la preuve. Tu n’as pas commis là une erreur anodine que je viendrais exploiter pour éviter de parler du fond, bien au contraire tu as commis l’erreur fatale qui établit de façon définitive ton incapacité à entendre.

9. Conclure ?

Tu le vois : nous ne sommes pas dans le registre de la démonstration.

Nous n’y avons jamais été, nous sommes dans le registre de la chair. Il faut plonger ses mains dans les entrailles chaudes, il faut écouter les paroles tremblantes, il faut accepter que d’autres vivent ce que tu ne vivras probablement jamais et c’est tant mieux pour toi, il faut survivre à ne pas avoir compris, à ne pas avoir pu. Je souhaite que le ciel ne te tombe jamais sur la tête.

Mais il ne faut jamais cesser de tendre l’oreille, et admettre un jour que le bruit qu’on entend est plus important que le bruit qu’on fait.

Envois 7, 8 & 9 confirmés TRA le 25/04/2004

FIN.

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samedi 16 août 2008

Propos... #7. On n’a pas besoin de souffrir soi-même.

On n’a pas besoin de souffrir soi-même.


On n’a pas besoin de souffrir soi-même pour savoir que la souffrance existe. Voir souffrir ses proches, ses plus proches, est douloureux aussi sinon aussi douloureux. Ne pas comprendre ce qui se passe, ne pas savoir quoi faire, faire ce qu’il ne faut pas faire, découvrir qu’il y a des années que le mal mijote et qu’on n’a rien vu rien entendu alors qu’on se croyait bon père, pour certains bon mari ou bon ami, et un beau matin repêcher quelqu’un in-extrémis dans la baignoire ou dans la rivière, moi c’était plutôt baignoire, rend inacceptable que quiconque prenne des airs supérieurs en disant que tout ça c’est du chiqué.

Petit Hank, tous les gens de cette place publique où tu viens te pavaner t’on déjà raconté ce que j’écris. Ils ont tous, subtilement, discrètement, pudiquement, parce que ces cicatrices là sont fragiles, tenté en te montrant leur réalité de te faire admettre qu’on était bien au delà du nombril, et que la vie est en jeu dans cette affaire. En vain.

Et voilà pourquoi j’ai choisi d’interpeler l’homo Hank. Je ne te connais pas, ni ton nom, ni ton visage, ni tes petites manies ni tes grandes qualités, je ne sais rien ; et je prétendrais t’interpeler ! Tu vas penser, tu penses déjà, que la plaisanterie est facile, puisque je peux inventer n’importe quoi à ton sujet. En réalité, je ne peux pas inventer n’importe quoi car je te connais bien plus que tu ne crois. La réciproque pourrait l’être aussi si tu avais fait un peu attention, je laisse assez de traces de moi, les escargots ne font pas mieux. Ainsi, j’interpelle une silhouette qui s’est dessinée sur mon écran au fil des jours, au fil des fils ; j’interpelle la silhouette dessinée par tes écrits ; j’interpelle la silhouette que tu as toi-même construite et qui te ressemble.

Nous formons tous un théâtre de marionnettes, ici, où nous sommes nos propres décorateurs, maquilleurs, et manipulateurs. Il arrive que sa silhouette échappe à celui qui la construit, sur l’écran d’un autre. Il arrive que la création à deux, écriveur et lecteur, ne ressemble pas à l’original, et que d’un écran l’autre les silhouettes issues du même inventeur deviennent toutes différentes. Il se peut que l’homo Hank que j’interpelle ne soit pas du tout celui que tu crois être.

Celui que j’interpelle, où qu’il soit, se reconnaîtra bien. Je sais qu’il existe, et au moins sur l’écran.

#8 à suivre.

vendredi 15 août 2008

Propos... #6. Catilina et compagnie.

Diantre.

Ad hominem ! Voilà longtemps que je n’avais été interpelé en latin. La dernière fois, je crois qu’on m’avait traité de quousque tandem, un certain Cicéron. Avec mon légendaire sens de la répartie, je lui avais répondu vélo toi-même. Du coup il m’a accusé du crime d’abus de patience notoire, et je me suis retrouvé en taule. Alors tu penses, me faire interpeler en latin me rajeunit de plus de 2000 ans, plus aucune clochette ne pourra me traiter de vieux.

Tu m’arrêtes si je me trompe, l’attaque ad hominem est un procédé très répandu dans les débats publics, notamment à la télévision, consistant par un bon mot, un sous-entendu perfide, une révélation personnelle, à détruire en plein vol le contradicteur qui venait de présenter un argumentaire imparable. On évite ainsi de répondre sur le fond, ce qui pourrait être très difficile, on fait oublier le fond, et, suprême avantage, on lui fait toucher le fond, au contradicteur trop habile. J’ai bon ?

Je suis donc celui par qui le scandale arriverait, j’ai pratiqué l’attaque ad hominem. Au passage, hommage du vice à la vertu, j’aurais ainsi validé la solidité de ton axiome, puisque je me serais abaissé à des procédés de petite forme. Tout bénéfice pour toi, c’est bien ainsi qu’il faut dire, n’est-ce pas ? Je reconnais que c’est bien joué, tu retournes le gant en m’accusant de l’attaque, ce qui te permet de ne pas avancer sur le fond. Habile mais spécieux, tu t’évites ce qui gêne, et finalement tu obtiens ce que devrait obtenir l’attaque ad hominem.

Tu as tout faux, mon cher Hank, et je vais t’expliquer ce que tant d’autres ont tenté de te dire mais que tu n’as pas entendu. Tu ne seras obligé ni de me croire, ni de me suivre, ni de me répondre, et je n’abuserai pas de ta patience quoique tu n’aies pas l’éloquence de Cicéron, et ce n’est pas là une attaque ad hominem, c’est juste un constat, une digression, une respiration.

La souffrance ne se démontre pas, Hank, elle se vit, elle peut parfois se deviner si l’on écoute et regarde. La souffrance diminue lorsqu’on est écouté et regardé, souvent, pas toujours. Tout dépend de qui écoute et qui regarde, et comment. Alors tu vois, tes démonstrations, tu peux te les garder. Celui qui n’a jamais eu de rage de dents au milieu du désert à 3 jours du médecin le plus proche n’a aucune idée de ce qu’est une rage de dent, même avec beaucoup d’imagination.

C’est une image, là, Hank, avec toi je me méfie et je préfère mettre les points sur les zi et les barres de chocolat aux thés, respire. La dépression ne guérit pas si vite qu’une rage de dents. Mais je conçois parfaitement que celui qui n’a jamais approché de dépression ne soit pas capable de l’imaginer, même avec beaucoup d’imagination. Je suis bien incapable, moi-même, d’imaginer ce que peut être une rage de dents au milieu du désert à 3 jours du médecin le plus proche. Elles sont toutes là, trente-deux dents bien alignées, blanches et brillantes, une vraie pub de dentifrice, prêtes à mordre. Alors les douillets qui ont peur du dentiste me font ricaner, comme toi les mijaurés.

Point sur le zi : nous sommes dans la métaphore, Hank, on est bien d’accord. Je tente une image, je ne cherche pas à établir de parallèle entre carie et carence, entre émail et émoi, entre racine et corneille (respire, Hank). Je dis seulement que si la rage de dent est une maladie objective et rationnelle, identifiable et mesurable, tout pareillement la dépression est une maladie avec symptômes, causes, conséquences, et soins appropriés, nettement plus difficiles à identifier c’est tout, ce n’est pas rien.

Elle peut provoquer des souffrances abominables, et qui ne les a pas connues ne peut les imaginer.

Envois 5 & 6 confirmés chez TRA le 24/04/2004 à 19h44

#7 à suivre

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jeudi 14 août 2008

Propos ...#5. Il te faut une démonstration.


J’ai bien compris la situation : tu attends, bien campé sur tes positions, ta position car elle est singulière sinon originale, que l’on vienne te démontrer ton erreur. Entre nous, tu n’as pas davantage démontré ton exactitude. Mais qu’importe ; tant que la démonstration n’a pas été faite que c’était faux, tu as décidé que c’était vrai. C’est un grand principe en mathématiques, tant qu’une proposition même non démontrée n’a pas abouti à une conséquence fausse, alors on la considère comme vraie. On appelle ce genre de proposition un axiome, enfin je le crois, je n’ai pas de mathématicien sous la main pour me le confirmer. Tu le sais probablement mieux que moi.

Te voici donc campé sur ton axiome, les bras croisés tel un gladiateur, contemplant l’agitation de la basse-cour. Tu as juste oublié un petit détail : nous ne sommes pas en mathématiques. Nous sommes dans la boue de la vie de tous les jours, et il n’y a pas de démonstration qui tienne. Ici, on ne démontre rien, ici on vit, on survit, on réchappe, on fait avec.

C’est pourquoi il est inévitable, indispensable, obligatoire, d’écouter ce que disent ceux qui parlent, ceux qui écrivent, et même ceux qui se taisent parfois leur regard en dit bien assez. Je ne te demande pas de me lire moi en particulier, tu peux zapper, je n’ai aucun orgueil. Enfin si, mais il est placé ailleurs. Mais je fais partie de la basse-cour, poulet grassouillet prêt à cuire, et c’est toute la basse-cour que tu dois écouter. Ecoute la, Hank, parce que tu y entendras le bruit de la vie même, y compris la tienne.

Tu n’auras pas ta démonstration. Tu peux camper dans ta vérité tant que tu voudras, je t’y laisse volontiers. Je vais vite me replonger dans mes erreurs et mes caquetages de poulet, mais je dois aller jusqu’au bout de cette explication, c’en est une à défaut de démonstration. En effet, tu m’as reproché de t’attaquer ad hominem, ce qui mérite un développement.
écrit le 24/04/2004 chez TRA
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mercredi 13 août 2008

Propos ...#4 - Parlons peu parlons moëlle.

Parlons peu parlons moëlle.

Tu nous interpelles au sujet de la dépression. Je dis nous, non par majesté mais par sentiment de ne pas être seul interpelé ici ; ce n’est peut-être qu’une impression. Impression, dépression, juste une affaire de bars et de barres, après tout. Allez, respire.

La dépression serait, dis-tu, une sorte de fausse maladie de création récente pour pays riche et gens oisifs, qui s’abattrait sur les faibles, les paresseux et les mijaurés, mis au masculin parce que je ne vois pas pourquoi seules les femmes auraient ce privilège de l’être, mijaurées, allez respire, respire ! Sur ces gens de basse-cour, cette maladie aurait pour effet principal de leur permettre de pratiquer l’absentéisme, la dé-responsabilité, le nombrilisme, et tu trouveras d’autres mots à ajouter à la liste.

En poursuivant ton idée, cette maladie remplit les poches de ceux qui l’ont inventée et qui nous l’inoculent à coup d’émissions de télévision, c’est le plus sûr vecteur de l’épidémie, et vide celles de la Sécu, parce que naturellement toutes les consultations, médications, hospitalisations, analyses et autres divans sont remboursés. Tout le monde est content.

Pendant ce temps-là, les courageux travailleurs, les hommes de bonne volonté, les battants dynamiques, et les cerveaux musclés, sont obligés de mettre les bouchées doubles pour faire avancer le pétrolier et nourrir les vieilles mères, pour entretenir la basse-cour des faibles, des paresseux et des mijaurés. Tu nous contemples avec une moue de mépris, et moi je revendique mon appartenance pleine et entière à cette basse-cour, en tant que poulet grassouillet prêt à cuire.

Ai-je bien extrait ta moelle ? Ai-je bien exprimé ta pensée ? Moi j’ai compris ce que j’ai compris ; et pour ce que j’ai compris, maintenant j’écris. Le lecteur ne se trompe jamais sur ce qu’écrit un écriveur ; le lecteur mêle sa moelle à celle de l’écriveur, qui à son tour doit accepter le mélange. Et c’est bien plus qu’une acceptation : le travail de l’écriveur n’a de sens que si ce mélange se produit. Sinon, pas d’écriveur, pas d’écrivant, pas d’écrivain.

Il reste une alternative à l’écriveur : ou bien il accepte que son lecteur invente une moelle qui ne soit pas la sienne, d’écriveur, et le lecteur en devient alors seul responsable, ou bien il reprend sur le métier son ouvrage, cent fois s’il le faut, pour enfermer le lecteur dans sa moëlle d’écriveur. Je choisis la case numéro 1 de l’alternative. J’aime la liberté du lecteur, j’aime qu’un écrit se construise à deux. Tu vois, tu es libre de comprendre ce que tu veux à ce que j’écris, même ce qui t’arrange. Tu n’y manqueras pas d’ailleurs.

C’était juste une petite digression pour respirer. Si tu permets, je souffle moi aussi, je pars vite et je reviens (plus) tard. C’est l’heure de la pub. Attends-moi au bar de Tony, nous n’avons même pas commencé les choses sérieuses.

Envoi 1 à 4 confirmés chez TRA le 24/04/2004 à 09h44.

#5 à suivre

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mardi 12 août 2008

Propos...#3. Je crains d'être un peu long, Hank.


Je vais faire brûler un cierge aux dieux concision et sobriété, sans grand espoir, ces dieux ne m’aiment pas. Mais vient le moment où il faut renoncer aux métaphores, aux digressions, aux fantaisies, aux billevesées. Pour autant, il ne faut pas compter sur moi pour répondre point par point à tes réponses point par point. Je connais ce genre de méthode, où l’on s’attache, phrase après phrase, à réfuter chacune en trois mots énergiques, façon je te cloue le bec.

A force de mettre point par point des points sur tous les points, on finit par se retrouver avec une vraie suspension. Je ne suis pas un thuriféraire de ce genre de macramé. Une phrase n’a de sens qu’avec toutes les phrases qui la précèdent et toutes celles qui la suivent. Je t’accorde deux exceptions, la première phrase du texte qui n’a pas de précédente, et la dernière, je te laisse le soin de deviner pourquoi, tu es grand.

Démanteler chaque phrase une à une n’a jamais réussi à démanteler un texte, sa logique, sa substantifique moelle, disait-on au XVIIème siècle. Il serait utile que tu t’intéressasses à la substantifique moelle, Hank, sans te figer sur mes plaisanteries faciles éparpillées ici ou là, et qui ne sont que soupirs et respirations de la pensée. Peut-être la mienne fait-elle du rase motte, mais elle n’a pas de gros sabots.

Je n’ai pas fini, je reviens.
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lundi 11 août 2008

Propos d’un poulet de basse-cour #1&2.



1. De ma façon de penser.

Il était une fois un monsieur prénommé Hank. Ne me demandez pas pourquoi il se prénommait ainsi, ce serait une histoire sans aucun lien avec mon affaire, et peu importe qui il est en réalité. Je vais dire assez de mal de lui pour ne pas me permettre de gloser sur le nom. Il peut entrouvrir la porte de chez moi et me répondre vertement, tant qu’on reste dans la limite de la décence je valide les réponses. Parfois mes pires contradicteurs sont ceux que je me régale à publier.

Il était donc une fois un contradicteur prénommé Hank qui sévissait sur un de ces forums de la toile où chacun peut allègrement dégoiser et plastronner, bombant le torse et les aphorismes. J’en fais partie. En réalité, je serais curieux de savoir s’il existe des forums où ces pratiques n’existent pas et où chacun se lit et se respecte, sans pour autant sombrer dans la flagornerie et l’amitié de façade, dans le seul but de devenir soi-même un blogueur lu, ce que j’aimerais être soit dit en passant, mais bon je dois être aussi mauvais dans le bombage de torse que dans la flagornerie liquéfiante.

Il y fut question, un jour, dans ce forum, du pourquoi du comment des psys et de leur rôle, du comment du pourquoi de la dépression et des névroses, des psychoses et des troubles de cet acabit. Pour en avoir approchés des verts et des pas mûrs, de ces troubles, je me suis risqué à valider l’existence de cette corporation, son utilité, sa nécessité parfois immédiate, et ses bienfaits. Sans nier qu’il puisse exister là comme ailleurs des charlatans, des profiteurs, des incompétents, des fautifs. Maître Eolas nous a donné dans un billet récent de charmants exemples d’erreurs de médecins de la vraie médecine pour de vrai, comme quoi ce n’est pas l’apanage de ces métiers du mental que certains décrivent comme relevant de la secte et non de la science.

2. La dépression est-elle une maladie?

C’était exactement l’objet de la dispute : la dépression est-elle une maladie ? Il n’est pas question ici d’y revenir, je l’évoque pour que la suite ait un sens. D’un côté était moi, qui donnait leur chance à ces malades, affirmant qu’ils souffrent, qu’ils sont écrasés de douleur sans la moindre atteinte physique, et que pourtant ils peuvent parfois guérir ou au moins s’en remettre. Je prétendais que devions les accompagner dans leur chemin tout en laissant le psy faire son travail souterrain, celui d’écouter, parfois de provoquer, et de temps à autre de piquer parce qu’il n’y a plus d’autre solution pour franchir la crise, sans garantie de résultat mais avec garantie de moyens, présence, confiance, réactivité, expérience.

En face était Hank. J’hésite à caricaturer, pour tenter de décrire le débat, ce serait trop facile en son absence. Pourtant, comment faire autrement ? Il était sa propre caricature. J’ai décrit ce que je soutenais, prends donc exactement le contre-pied de tout et te voici devenu Hank.

Ce qui me choquais et me choque dans les écrits de Hank, au-delà du principe asséné que les psys n’étaient que des escrocs pratiquant dans le champ d’une vaste fumisterie inventée par Freud, était l’idée que les troublés mentaux étaient des mauviettes incapables de se tenir. Il prétendait qu’un coup de pied au Q leur aurait été beaucoup plus profitable qu’une écoute et un soutien, des béquilles médicamenteuses et des présences constantes ; dans son savoir proclamé et sa lucidité courageuse et impitoyable, il était certain que ces ectoplasmes de la vie jouissaient et profitaient de notre compassion et que, bien entendu, ils faisaient durer à plaisir leur plaisir. Sans prétendre que ce genre d’assistés n’existe pas, j'aimais de près un de ces malades depuis trop longtemps pour que le mot de mauviette et ses synonymes plus dépréciants ne me fasse tourner le sang. Le débat s’est envenimé, et j’ai pratiqué la plaisanterie foireuse, le calembour laid et la réponse pirouette cacahuète pour éviter de tomber dans la méchanceté.

Je me suis ainsi rendu coupable d’attaques ad hominem. Il faut dire pour ma défense qu’une fois échangées les explications détaillées de ce que je savais du quotidien de ces personnes, lire que je n’étais pas convainquant et que faute d'une "démonstration" Hank restait "sur ses positions sans rien changer" m’avait irrité. Je pouvais n’être pas convainquant. Il pouvait rester sur ses positions. Puisqu’il avait engagé le débat, il se devait au moins d’expliquer en quoi un vécu bien décrit ne le faisait même pas vouloir réfléchir, je ne rêve jamais de convaincre qui que ce soit, encore moins de démontrer, même s’il pensait probablement que mon vécu ait été inventé. D'autres pourtant avaient donné aussi leurs témoignage autrement plus difficiles que le mien : ceux qui ont côtoyé de tels malades en jugeront, s’ils veulent. Hank était dans l’ignorance et souhaitait visiblement y rester, et avec cette attitude du « je sais rien et j’en suis fier » j’ai un peu de mal à rester calme.

Voici quel fut mon dernier tir groupé vers Hank avant mon départ du champ de bataille.

vendredi 1 août 2008

Je vais décevoir

J'écris peu. Peu de temps, peu d'idées, peu d'énergie. Des mauvaises raisons qui ont raison de moi et de mes bonnes raisons, de mes bonnes résolutions. Je vais écrire ici et là chez les amis, mais rien ne vaut un rendez-vous chez soi, où vient qui veut pourvu qu'il apporte sa pierre à la construction, pourvu qu'il m'aide à construire, puisque après tout un blogue est une lente construction, billet après billet, de ce qu'aucun architecte n'a pu mettre en maquette.

On ne sait ce qu'est un blogue que le jour où il meurt.

Nous sommes le premier août. Loin de mes habitudes à préparer des textes, à les moudre, à les remâcher, avant de me jeter dans le bain en les recopiant dans le cadre prévu à cet effet, aujourd'hui j'écris directement dans ce cadre comme si je commentais ailleurs, pour commenter par voie affirmative ce qui me tourne dans la tête depuis quelques jours, pour te dire quel camp j'ai choisi.

J'ai choisi mon camp. Oui.

Il m'arrive de choisir mon camp. Y compris dans des débats sans queue ni tête, sans arguments ni analyse, sans mise en profondeur en perspective, sans examen soigné du point de vue adverse. Débat? Non, mais combats de chefs et cheftaines, combat de poulettes et de coquelets, ergots sans thérapeutes, egos sans somme, boulets sans chaînes qui dévalent leur pente naturelle pour finir en ronds dans l'eau. J'ai donc choisi.

Sonnez tocsin, j'ai choisi le camp de Philippe Val contre celui de Siné. J'ai choisi le méchant patron contre le malheureux prolétaire. J'ai choisi sans hésiter dès le premier jour, et je n'ai pas changé d'avis malgré le vacarme et la force des adversaires. Et malgré leurs anathèmes, je ne suis pas sûr, ainsi, d'être du côté des bien-pensants. Peu importe d'ailleurs, on est toujours le bien-pensant du voisin.

Un jour j'aurai peut-être envie de m'expliquer, mais aujourd'hui non. La poussière et la boue de la basse-cour me rebutent et je n'irai pas combattre les coqs ni défendre les poules. J'attendrai que de belles plumes fassent le ménage dans ce tohu-bohu d'invectives et de préjugés, de slogans et de faux procès, de certitudes et de lapalissades.

Petit détail: je vais partir pour quelque temps, sans pouvoir ouvrir la fenêtre. Alors déchaînez vos appétits sommaires, rien ne paraîtra avant mon retour, et alors la censure sera sourcilleuse. Non point contre des avis de désaccord, il me va bien qu'on conteste. Mais contre ce qui pour l'instant remplace la pensée. Oui, vient qui veut chez moi, mais c'est chez moi quand même. Et je tiens à la propreté de ma terre battue et de mes tomettes.

Les pierres qu'on y apporte sont des matériaux de construction, pas d'intifada.

fin
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