vendredi 7 septembre 2007

#5/7 - Faites des liens, fête des liens, défaite des liens.


Où suis-je ? Tarquine, Akynou, Moukmouk, Vinvin, Luciole, Chiboum, Kozlika, Sophil, voilà c’est fait. J’ai été parfaitement détestable pour Oxygène que je ne cite pas, j’y passe pourtant souvent pour un petit bol d’air, j’ai dû être un peu cavalier avec Anna Fedorovna. Un nom à devenir instantanément héroïne de Tolstoï, personnage de Tchékhov, arrière petite fille de Michel Strogoff et de toutes les Russies, un nom à ne pas rester coi. On ne peut pas se contenter de quelques ricochets malhabiles qui font floc tôt ou tard ; je me suis arrêté au dixième an, terrifié par le trou noir de mon adolescence, mais nombreux sont les aventureux qui s’y risquent. Anne, ne m’en veux pas je te prie, je ne suis qu’un vieux qu’on, oublie vite.

Il y a des virgules qui se perdent comme les balles.

Anna Fedorovna a eu l’idée invraisemblable des ricochets. Aventure démesurée, prométhéenne, aventure divine. L’humanité tout entière à se construire sous nos yeux en forme de mots et de phrases simples et gaies, ou tristes, ou tâtonnantes. Des souvenirs reconstruits, comme ils sont tous, parfois un peu repeints pour devenir présentables, parfois bruts de décoffrage, béton tout chaud de sa prise toute neuve et sa mise en forme étrange contemplée par le maçon étonné de son travail, sorti de sa nuit des temps. Et tous les maçons qui s’activent comme les enfants sur la plage de la marée montante à faire des barrages contre la mer, combat qu’ils finissent par gagner car tôt ou tard la mer redescend.

Anna, comment fais-tu pour tenir cet univers entre tes longs doigts sans qu’il s’effrite, sans qu’il s’effiloche, où l’on découvre tant de monde, on ne peut pas aimer tout le monde et parfois on en aurait envie, Otir, Thomas, Sicaliptic, Samantdi, Albertine, et Mathias, et tous ceux que je vais oublier et qui vont me haïr pour cela, pourquoi ces noms me sont-ils venus et pourquoi d’autres non, hier aurait été différent, la Toulousaine serait repartie dans le Gers, et la Niçoise émigrée à Paris, la Marseillaise en Guyane et le Périgourdin au Chili.

Oui monsieur le correcteur orthographique, la phrase est longue et je t’emmerde.

De floc en floc, les ricochets finiront bien par remplir le lac, et nous pourrons à loisir, dans trois millions d’années, tout relire ensemble assis parmi les chênes aux feuilles jaunes à l’ombre des cèpes géants radioactifs. Nous referons notre monde défait.

Moukmouk de Pohénégamouk a envoyé de l’air frais dans mes bronches méridionales ; De l’air polaire, comme je n’aurais jamais cru que je pourrais en respirer depuis que j’ai abandonné ces contrées après les avoir parcourues par romans d’enfance interposés. Il a su faire renaître à le lire cette magie ancienne de l’imaginaire. Je sais bien que je n’irai jamais au Canada en hiver, comme je ne vais jamais en Montagne à cette saison. La Norvège en Mai a largement suffit à mon expérience et je ne suis pas prêt de recommencer. Mais justement, il ouvre une fenêtre et je regarde son paysage avec envie, curiosité, et plaisir. Certains voyageaient autour de leur chambre et nous emmenaient vers d’incroyables rivages. Pourquoi ne devrait-on pas, de temps à autre, juste regarder par la fenêtre des amis et voir ce qu’ils nous donnent envie de voir ? Je ne vais pas passer mon temps à imposer mes vues et mes photos aux indifférents qui passent, je peux aussi voler les yeux des autres.

Pour faire bonne mesure, il me faut un petit mot sur Cyrille, le Vinvin rigolo à ce qu’on dit. Je reviendrai à mes dames pour en finir, puisque tel est mon destin. Rigolo, le mot lui colle à l’appeau, il l’a bien cherché. Pourtant, ce qui me plaît chez lui sont justement les peurs et les violences que cache la rigolade, la poilade tant charcutée par les milliards de commentaires qui suivent chacun de ses billets. Je hais Vinvin car ma nature violemment jalouse ne peut supporter son succès, oui quoi à la fin cé pô juste. Et cet imbécile de correcteur Word qui ne connaît même pas le mot poilade.

Peur et violence, à son tour il va se tordre de rire. Je le vois déjà sur son scooteur, après avoir écrasé deux vieilles dames, qui se rue sur moi caméra au poing et au point. Même pas peur. Je n’ai pas assez d’importance pour qu’il seulement jette un œil dans une apparence de direction vers moi.

« Temps voulu », « un mot par jour », « le tiers livre », sont aussi des sites de passage un peu masculins, histoire de remonter la statistique ; retour aux dames.

# 6/7 à suivre.


jeudi 6 septembre 2007

#4/7 - Faites des liens, fête des liens, défaite des liens

4. La statistique fait mauvais genre.

Les sœurs d’Akynou. En vérité, longtemps je m’y suis perdu. D’ailleurs, je ne connais même pas l’ordre exact. L, puis A, puis A, puis A, puis L. En gros. La similitude des initiales me sauve la face. J’ai longtemps mélangé avec la souris verte, puis avec la Fedorovna. Quand on est sœur Anne, on ne voit jamais rien venir. Ben oui, vous voyez à quel point je me perds facilement dans les dédales. Il faudra que je parle d’elles aussi, d’ailleurs, les non-sœurs quoique presque. La plus récente découverte est Chiboum, chez qui je passe vite de peur d’être trop accroché. Il arrive un moment il faut faire exprès de faire semblant d’être indifférent, sinon on meurt avant d’avoir écrit.

Et pour cause, on dit LA Fedorovna comme on dirait La Callas. Non point diva mais divine.

Je m’interroge depuis quelque temps sur le genre des blogues où je traînasse. Et la statistique est impitoyable, rien que lire ce qui précède le dit déjà, rien que des blogues de filles à trois exceptions près. Le pourquoi de comment, je suis incapable de vous le dire. Je me sens bien chez vous toutes, et chez les messieurs c’est plus difficile. Trois exceptions en effet : Vinvin-Cyrille fait dans le philosophique l’air de rien, Maître Eolas est enrobé, et Moukmouk de Pohénégamouk a vendu la peau de l’Ours. Voyez, même dans ce cas il y a une robe. Ces gars là ont donc un alibi et je vais leur rendre visite aussi avec plaisir. Pourtant, ils sont nombreux, les gars de la blarine (légende : blog+marine, OK ?). Je ferais mieux de passer mon chemin, finalement c’est louche.

Luciole attend son tour. Elle ne s’ennuie pas, elle écrit des pièces de théâtre. D’autres marcheraient de long en large, regarderaient leur montre, partiraient ostensiblement à mon approche, Luciole écrit des pièces de théâtre en n’attendant même pas que je parle d’elle. C’est Louise qui m’a mis sur le chemin de Luciole, tome deux. Cette manière de se faire prier pour venir, attendre le dernier moment pour tomber sur Noël et le rater d’un jour, , refuser le Sagittaire avant de sen servir, si évident pourtant, et me voici propulsé à Nice juste le temps de comprendre que nous sommes à Paris désormais. Enfin, ce que moi j’ai cru comprendre, parce que allez savoir.

Il ne me restera plus qu’à aller voir au théâtre ce qui a été écrit, et seule une bataille farouche va devoir transformer en mise en scène sur de vraies planches avec de vrais acteurs et de vrais billets payés de ma fausse poche. Du coup, je n’ose plus tutoyer l’artiste, dont j’espère bien qu’elle va faire de l’ombre à l’autre folle de Yasmina qu’elle me gonfle grave en ce moment la Reza.

Et Sophil, je l’oublierais presque. Sophil de l’eau, voyage au long cours, cartons et découvertes, nature et déménageurs. Belém et Setubal. Tejo et Cascais. Il faudrait tout dire des méli-mélo d’Elodie, et du Maximal Maxence, de l’Olivier serein et du Chili con Carne. Du Portugal déjà loin. D’Austin (Texas) et de Boston (Machachuchète). Nous irons tous à Valparaiso, avec Hugo (le Frais).

#5/7 à suivre.


mercredi 5 septembre 2007

#3/7 - Faites des liens, fête des liens, défaite des liens




Il y a des voyages qui partent de la gare d’Austerlitz. Jadis étaient ainsi les départs vers Angoulême, Libourne, Bordeaux. Je me souviens du haut-parleur inaudible et tonitruant qui égrenait les gares qui nous attendaient au bout de l’interminable, ces noms étranges introuvables sur la carte : Lézaubrais, Saint Pierre Décors, écrits comme ils s’inscrivaient là-dedans. Ce que vient faire ici Angoulême ne relève pas du hasard mais bien de ces croisements furtifs qui apparaissent parfois. Je n’évoquerai ni la Guadeloupe ni la rue de Trévise, ce serait trop en rajouter. Mais c’est ainsi que très vite je suis devenu Akynou-mane. Nous n’avons pas pu nous « presque croiser » à tant de lieux sans qu’il y ait quelque lutin comploteur là-dessous. Jamais au bon moment mais toujours au bon endroit. Est-ce ma faute si elle a trente mille ans de moins que moi ? Mais il pouvait se partager une amitié, une complicité, une connivence, je ne sais pas, moi, un rien qui compte.

Que mon plus récent souvenir de Ma Campagne soit une odeur de vomi d’enfant à cause des ronds-points de la rocade du même nom n’y changera rien, même si ce souvenir n’a pas plus de quelques heures d’âge. Alors il faut bien que je m’habitue au silence un peu agacé. Ce monde que je fréquente est à l’image du monde de Tarquine, ils sont le même monde en fait, et ce n’est pas le mien. Tout au plus un petit passage silencieux, un petit mot bref à la rigueur, mes longs discours bassinent vite et tu ferais mieux de la fermer, l’Andrem. L’Andrem est dur de la feuille, c’est plus fort que lui, il DOIT se répandre. Comme ici, tiens, justement.

Le blogue est un exercice bien de ce temps, un exercice jetable, rien ne rime à rien sinon à une brève crampe nommée plaisir, prétendue plaisir, un clou chasse l’autre, un billet enterre le précédent pour quelques heures avant d’être enterré à son tour pour toujours. Chacun des miens hélas ne peut exister que par ses voisins, la pile au dessous et la pile en attente, tous ces billets en bouteille que le courant ballote encore quelque part dans les tourbillons glauques. Mes clous sont ceux qui devraient faire tenir la falaise à la fin de l’envoi, mes clous sont ceux qui parsèment la porte de la cathédrale de têtes dorées, un seul vient à manquer et la porte doit être jetée, porte de cathédrale ou de prison, je n’ai aucune prétention spéciale, porte de sortie, porte à porte, du moment qu’elle est cloutée. Je ne suis pas chez moi dans le blogue de passage et d’oubli.

« Pardonnez moi princes si je
Suis bougrement moyen-âgeux. »

A propos, j’ai dix cartons à jeter, et je cherche qui pourrait me rendre service en les prenant. Format carton de déménagement. C’est grand comme ça par comme ça par comme ça, pas plus.

Il en tourne du monde, autour des Racontars d’Akynou. Des sirènes et des étoiles, des airs sombres et des sourires éclatants, des colères et des éclats, tremblements de terre et déracinements de chênes, confitures et marionnettes, une famille de bruit et de fureur comme seule la vraie vie sait vous la concocter, qui épuise et qui lui donne sens, à la vie. Comment vivre sinon, comment donner sens si l’on n’est pas épuisé ? Pourtant, les soirs où les bras vous tombent et où la pluie n’a pas cessé de brouiller le toit d’en face, on aimerait bien qu’elle n’ait plus de sens la vie, si on pouvait une heure, une heure seulement, souffler.

Chez elle, il y a encore des Sophil et des Chiboum, des Oxygène et des Kozlika, des Fauvettes et des Ours polaires. Il paraît que c’est petit, chez elle, au point qu’elle va abandonner le nid pour se rapprocher de son neuvième d’autrefois. Petit ne signifie pas vite fait. La tournée des racontars demande, comme pour les chats, sept vies pour être accomplie. Sans même parler des sœurs.

#4/7 à suivre.


mardi 4 septembre 2007

#2/7 - Faites des liens, fête des liens, défaite des liens




Je vais commencer par qui j’ai commencé. Un jour de hasard, j’avais tenté de découvrir un site nommé « Bloglines », je ne sais quelle mouche m’avait piqué, alors que je radotais encore sur des forums d’hystériques. Un lien de hasard probablement, comme souvent dans cette planète. Comme tout le monde dans ce monde-ci, j’ai tâtonné et apprivoisé l’animal. J’ai laissé défiler des myriades de sites anglophones, et j’allais renoncer quand soudain un blogue francophone est apparu.

Il s’agissait d’un blogue pudiquement désigné « pour adultes ». Mâle ne saurait s’en satisfaire ; qui, sinon un menteur, aurait l’audace de prétendre qu’un texte érotique joliment troussé comme l’était le texte trouvé par hasard le laisserait indifférent ? Les harponneurs de tout poil le savent bien qui vous mettent sous le nez des tonnes de chairs rose à vomir car trop c’est trop ; Internet était ici à la hauteur de sa sulfureuse réputation, telle que je l’entends aujourd’hui encore répéter à l’envie.

Vous le lisez, avec vous je reste sincère malgré le masque. Ce petit moment de laisser-aller francophonique m’a incité à poursuivre mon défilé de blogues, tous plus anglo-saxons les uns que les autres. J’allais renoncer quand je suis arrivé sur une autre francofolie : en quelques instants, je suis passé de la lassitude émoustillée à l’étonnement émerveillé. Mille lieues au dessus des tentations tristes, dans l’air chatoyant de mots soignés, de phrases travaillées, où les douleurs devenaient universelles, où la joie devenait mienne, où la beauté rayonnait des paragraphes. Qu’elle me pardonne le détour qui m’a conduit jusqu’à elle, la maîtresse de céans, elle n’y rien gagné sinon un lecteur, mais pour moi un univers entier s’est entrouvert.

J’étais définitivement tombé dans la marmite magique, poussé par la plume de Veuve Tarquine.

Elle fut mon premier lien, ma première agrégation d’agrégateur. Quelques semaines plus tard, sous les coups de boutoir de ses retours de flammes, fameux mais que j’ignorais alors vous les connaissez tous, j’ai renoncé dans mes visites à me faire voir sinon ailleurs avec pertes et fracas, et que ce ne soit que dégâts collatéraux n’y changera rien. J’ai entrebâillé la porte de temps à autre, la pointe des pieds, tremblant et blême. Naturellement, on ne se lie pas vraiment avec un tel fantôme et Tarquine n’a pas le moindre commencement d’idée de ce qu’elle représente pour moi, je me garderais bien d’aller encore l’embarrasser de panégyriques en or et de broderies de dentelles.

Elle est chez elle, elle dit ce qu’elle veut, et que lui importe ce que j’en pense et ce que j’en ressens. Ses amies savent lui répondre en un joli chœur polyphonique et je ne saurais le dire mieux. Alors je referme doucement la porte en partant, la laissant face à ses douceurs et à ses frayeurs, dans la symphonie des démons et des copines. Ce que je sais ne pourrait rien lui apporter, je n’ai moi-même rien su en faire, alors j’écoute et j’aime ce qu’elle est, et toute sa petite bande étrusque. J’en ai juste perdu mon latin.

On ne peut pas traîner ses guêtres chez Tarquine sans croiser d’autres voix. Je nommerai Eolas, la grande contrebasse de la famille, savant et disert, éclairant et jubilatoire, souvent piquant et toujours attirant. Je ne connais pas le son de sa voix mais j’ai dit contrebasse, tant pis s’il a une voix de fausset il n’en a pas la tête. Je ne le suis pas partout où il va, ni en lecture ni en idées, mais je ne perds jamais mon temps avec lui, entendez moi bien, je ne perds jamais mon temps quand je suis avec lui.

Ne pas confondre une phrase et son contraire alors qu’elles sont semblables. Bel exercice de rhétorique, n’est-ce pas, ce qui va bien à leur profession à tous deux, Tarquine et Eolas.

#3/7 à suivre.

lundi 3 septembre 2007

#1/7 - Faites des liens, fête des liens, défaite des liens.

1. Le tour du propriétaire.

L’humeur n’est pas vagabonde. Papillonner, butiner, folâtrer, gambader, ne sont pas des verbes de saison, s’ils le furent, mais le furent-ils ? Insecte ne suis ni papillon ni guêpe, mulot ne puis même rat d’égout. On dit chez les bien intentionnés que le trente-et-un du mois d’août est le jour de la fête des liens. Ce sera donc le jour de les défaire.

Après quelques jours de calembredaines, je voulus reprendre pied dans le monde qui me sied. Il me fallut un tour complet de soleil, y compris des heures volées à errer. Vol au vent, vol à la tire, volatile, le temps qui m’est compté avait pris vingt-quatre heures dans les narines, étendues sur le sol derrière moi sans rien qui subsiste qu’une odeur d’irréparable. Ainsi devrais-je finir comme la Grèce éternelle, en grands lambeaux de fumée, faute des moyens de l’ambition.

Je vais faire le tour du terrain, une sorte de chemin de ronde de remparts qui ne m’appartiennent pas dont j’aurais seulement voulu être une des pierres ; ne me dites pas que c’est le tour du propriétaire, ce n’est même pas un tour de main, à peine un tour de manège. Personne ne me voit passer et qui pourrait le regretter ? Qui m’accorde un regard le regrette aussitôt et me le fait savoir.

Vous ne m’empêcherez pas d’écrire, pourtant. Je le sais d’avance. Ce qui me pousse est plus fort que moi et plus obstiné que vous, et mon incompétence ne suffira pas à me faire taire, au contraire : ignorer à ce point à quel point on échoue relèverait presque du talent. N’y voyez aucune coquetterie et ne vous croyez pas obligés de vous récrier tous à la fois, le risque en est faible d’ailleurs, il n’y a pas de perche à saisir et je poursuivrai ma route quoiqu’il arrive. J’en serais même vexé, au fond.

Le tour de mon terrain de jeux est ma seule récompense. Les liens que je me suis tissés seul, à l’insu de vos cachotteries, les amitiés que je me suis inventées face à ma glace sans tin comme si elles me répondaient derrière, sous forme de fous rires étouffés, ou de grimaces agacées trop voyantes, ou de politesses aimables et indifférentes. Je ne comprends jamais assez vite que je ne suis pas d’ici ou de là, que j’intruse, et mes charentaises de feutre n’étouffent pas assez mes pas et bien trop l’ambiance où je surviens. Je ne me retire jamais sur la pointe des pieds, et jamais avant d’avoir fait le tour.


#2/3 à suivre.



lundi 13 août 2007

Propos ultra-glaciaires

Propos ultra-glaciaires

Il serait un peu trop long d’expliquer à ceux qui n’ont pas suivi tout le chemin comment soudain ce texte m’est venu sous les doigts. Je ne peux pas, pourtant, les laisser ainsi à la porte en leur interdisant d’entrer. Je leur dirai que mes voyages dans le grand nord canadien sont peuplés d’ours, et que n’est pas une raison de n’y avoir jamais mis les pieds ni rencontré de plantigrade melliphage pour ne pas prétendre que j’y fus. Le mérite en revient à Moukmouk de Pohénégamouk, natif de là haut, en équilibre sur le dessus de mon globe qui se met à tourner quand j’appuie sur le bouton avec la lumière dedans.

Vous aussi vous méritez de faire ce voyage, ne serait-ce qu’un petit tour, qu’un petit ours.

Ne croyez pas que j’aime forcément les ours ; je ne tiens pas sincèrement à en croiser un sur mon chemin. Il y a longtemps, là-haut dans la montagne, ma légende dit que mon père Concordance, en avance de quelques pas sur notre chemin de promenade, vit ce que l’homme dit avoir vu, et qu’il nous rejoignit en nous demandant de son ton calme et indifférent de faire demi-tour, alors que la promenade avait commencé depuis peu.

Lorsqu’il parlait avec cet air spécial indifférence et calme trop calme, Verbehaud la mère rétive d’habitude filait doux ; elle revint sur ses pas avec moi. Ce n’est qu’arrivés au refuge que Concordance nous dit qu’il venait de voir l’Ours. Attention, ne dis jamais un ours mais l’Ours. Dans les Pyrénées, on voit l’Ours. Il y a plus de cinquante ans, parfois dans les Pyrénées on voyait l’Ours et peu nombreux étaient ceux qui pouvaient le raconter.

Mais nous sommes beaucoup plus à l’Ouest, beaucoup plus au Nord, et beaucoup plus froid que cet été de Gabas. Moukmouk l’Ours a parlé, et je lui réponds.

Je souscris complètement au texte de Moukmouk. Les ours ont parfois raison, à condition de bien regarder avant de traverser les routes.

Pour tenter de réduire la dérive climatique dans laquelle nous sommes lancés, et même si les petits gestes quotidiens dérisoires restent utiles, ne serait-ce qu'en tant que rappel à l'ordre permanent, il faut avant tout compter sur la Politique, et j'y mets un pet majuscule.

Il est de bon ton de dénigrer la Politique et les politiciens, il est de bon ton de les traiter de pourris-d'où-qu'ils-viennent ; il n'empêche que ce sont eux, c'est-à-dire tous ces hommes qui aspirent à nous diriger, à s'occuper des affaires du monde, qu'ils soient compétents ou non, cyniques ou non, intéressés ou non, qui vont devoir passer par la case décision difficile, mesures de rétorsion, interdictions suivies d'effet, et application musclée de texte régulateurs. Tôt ou tard il faudra y venir, et le plus tôt sera le mieux.

L'Amérique, grande accusée devant l'opinion mondiale, rend les choses très difficiles, elle est montrée du doigt de partout, et les doigts qui la montrent ne sont pas tous innocents, il est si facile de trouver un coupable idéal. Oui, l'américain consomme 10 fois, 100 fois, 1000 fois ce que consomment d'autres. Mais l'américain moyen est tout aussi embarqué que nous dans les mécanismes affolants mis en place depuis Adam Smith, et que nul n'a su contrer à ce jour.

Alors notre travail à nous, ours des Pyrénées ou de Pohénégamouk, vulgum pecus de la rue parisienne ou passante du sans-souci, Pékin de Chine ou roupie de sansonnet, est de choisir les hommes qui se chargeront de ce travail, de motiver ceux qui s'en chargent, de les rappeler à l'ordre par nos gestes quotidiens, dont l'un n'est pas le moindre d'écrire en blogue, et surtout de ne pas s'en laisser conter par une gesticulation médiatique mais éphémère.

Ici, sur ce lieu de frimas nordique, nous servons à cela. J'ai jugé utile d'y passer un peu de temps malgré le temps qui presse, le temps presse toujours pour tout, pour écrire quelques briques de plus à l'édifice, le temps presse encore plus à le construire.

Etrangement, le réchauffement de la planète sera le refroidissement de l'Europe de l'ouest, les modèles le disent tous, du fait de la disparition de ce vieil ami sous-marin, le Courant du Golfe. Ne comptez plus sur Paris Plage, mais ne rêvez pas à des pistes enneigées à Montmartre ; prévoyez plutôt force parapluies imperméables et bottes de sept lieues, bien étanches car pour patauger, nous pataugerons, et ceux qui vivent à la cote 35 niveau général de la France seront installés au bord de la mer dans cent ans. En dessous, ce sera scaphandre à tous les étages.

La Politique est le seul moyen de s'en sortir. Mais il faudra être patients, et se préparer déjà à cette nouvelle vie à laquelle nous n’échapperons pas. Ni nos enfants. Ni nos petits-enfants. Il est trop tard pour tout le monde, mais après les dégâts collatéraux d’usage, l'espèce humaine s'en sortira. Le tout est de limiter cette casse.

Et si quelque chose peut consoler quelqu'un, bien que moi elle ne me console pas, il suffira de penser que les premiers à tomber sous les coups de la nature déchaînée seront ceux qui croient s'en être affranchis avec leur petit matériel, l'américain moyen justement, devenu trop dépendant.

Rendez-vous dans cinquante ans, messieurs les politiques. Tant que je le pourrai, je voterai pour qui de droit et j'écrirai ce que je veux écrire. Et je trierai mes poubelles. Je roulerai au sans plomb, et plus tard à l'hydrogène. Et j'achèterai ce qui n'a pas beaucoup voyagé, quand je peux le savoir. Et si je pars visiter mes lointains amis d'autres continents, je le ferai avec modération en restant sur place le plus longtemps possible. En mangeant les fruits de saison et la viande du coin. Et quand je fumerai une cigarette, j'avalerai la fumée pour éviter l'effet de serre.

Non, je crains que le dernier exemple ne soit un mauvais exemple. Mais il me fallait une bonne raison de me taire.


Ecrit chez Moukmouk, le 10 août 2007.


mercredi 8 août 2007

Lettre à mademoiselle le quart de siècle.


Ainsi va l’idée. Elle franchit la rivière de pierre en pierre, gaie dans le gué. Une pierre blanche pour Pierre, un caillou dans le jardin de Jean, un hibou un chou et un genou, poupoupidou. Un mot un matin vient animer mon écran, et l’idée soudain saute sur la rive et décide de me dérider, décidée cette idée. Une clochette primesautière, le crochet en bataille et la poudre d’escampette en tête, m’oblige dans mon blogue. Alors comme hier je me penche sur mes touches et je laisse l’idée se répandre sur la page électrique, avec ses puces, ses transistors, ses serveurs et ses anagrammes anonymes.


Ma chère Mademoiselle le quart de Siècle, ton mot ne peut rester dans un tiroir à se morfondre, ou dans un recoin de disque dur au milieu de tous ces octets qui le regardent comme autant d'yeux noirs. Prends garde à toi. Il faut que prenne le plaisir d'y répondre.

Bien sûr, deux sujets d'importance s'imposent à te lire tant ils transpirent de tes phrases. Le premier est ton départ annoncé, embarquement immédiat ou différé, je ne sais trop, mais départ à coup sûr, je sentais bien que cette Île-de-France n'accrochait pas tes basques avec assez d'énergie. Tu as invoqué le Jura et ses mystères d’assomption ; est-ce lui qui t'appelle de ses plis géologiques, de ses cluses et de ses plateaux glacés, ou n'est-il qu'un passage de miaou, de mi-août ?

Le Jura ne sera pas sur mon chemin cette fois-ci, je n'ai pas de projet italien pour l'instant.

Oui, tu l'as lu sans doute, j'aime traverser le Jura pour aller à Vérone ou à Côme ou à Venise. Mais je pourrais, tu le penses si fort que je l'entends avant même que la lecture te le fasse penser, je pourrais sans aucun prétexte d’Italie rester dans les plis calcaires, à Baume-les-Dames, près d'Arc-en-Senans dans quelque saline solennelle, à Treffort près du chapeau de gendarme, à Pupillin boire à ta santé du vin jaune et du vin de paille. Je le fis, mais ce n'est pas la tentation du jour. Il serait plus facile de se croiser devant la Grand Poste de notre village ou dans quelque passage bien famé non loin d’ici.

La voilà, la véritable tentation, celle qu’il faut examiner, le deuxième sujet, l'accroc à reprendre.

Es-tu encore ici, à contempler de ton balcon la rue qui somnole, et ton ordinateur est-il ouvert ? Va-t-il s'ouvrir, va-t-il souffrir, pour que ma réponse t'arrive en état de lisible et de risible ? Je les ai vues tes plantations qui s'étiolent. Je l'ai bien vu, que tu as d'autres chats et d'autres chants en tête à tue-tête, et que si les tiges et les feuilles penchent dans le vide du deuxième étage, ton regard penche ailleurs, vers des cieux bleus et des herbes vertes, vers ce qu'il faut construire, en n'oubliant pas de laisser derrière soi ce qui entrave. Je suis passé sous ton balcon mais sobre et je chante mal.

Tu es dans le vrai, oublie la fraise, la capucine, la valse musette et l'accordéon, la chorale de Sainte-Thérèse (j'y connais des voix de plus de soixante ans), oublie ton baobab de balcon et ton arbre à pain de bonsaï, oublie la forêt vierge et les singes à lianes.

Tu vas bien, je le devine, mais la ville t'encombre, non d'Issy mais d'ici, comme disait Médicis qui aimait les calembours laids. Tu vas aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs, parfois elle l'est, parfois non. Nouvelle vie ? Nenni. Seulement et pleinement la suite des aventures du capitaine dont désormais je connais l'âge, le capitaine de quart de siècle, et tous les crocodiles qui l'encerclent dont aujourd'hui elle se rit. Et j'en ris aussi avec toi.

Mais nouvelle vie, pourtant. Tu as l'âge des nouvelles vies. Pense à bien les attraper toutes au passage. Ou à essayer au moins. Celles qui t'échapperont n'étaient pas tiennes, les autres t'auraient manquée si tu les avais laissé fuir. Joyeuses chasses aux papillons, aux boutons, aux fleurons, fée clochette, la vérité est que plus aucun crocodile ne tourne en attendant le capitaine qui dort en toi.

Voilà. Resterait à en dire davantage derrière mon masque de fer. Nous vivons à trois cents mètres de distance depuis quelques temps; pourtant, il n'existe rien de plus que parfois un nimêle, qui existerait pareillement si nous étions à quinze mille kilomètres. Tu te demandes la tête et la voix que j'ai, tu me le demandes. Comment ne pas te décevoir, pour autant que ma suffisance me fasse croire que ce soit une déception si je ne dis rien ?

J'ai bien failli, mille fois, frapper à ta porte. Je n'ai jamais franchi le pas d'icelle. Au nom de quoi et à quel titre ? Nous sommes des constructions d'écran, des marionnettes que nos avons construites au fil des mots, décomposées en pixels tremblants, et je ne sais pas comment j’ai fini par t'apparaître en image, comme tu ignores la tête que tu as sous mes yeux.

Aujourd'hui je m'interroge sur cette sorte de barrière insurmontable qui me fait reculer à chaque envie de franchir la limite du virtuel et du réel. Tu n'es pas en cause, tu es même une des très rares personnes qui serait capable de me pousser à cette folie. Cinq en tout sont-elles. Quatre du virtuel vers le réel, une en sens inverse. Mais le faut-il ? Ne serait-ce pas enfreindre une loi d'airain, une loi inconnue mais absolue, comme celle qui interdit de faire s'approcher la matière de l'antimatière sous peine de les voir se volatiliser en un milliardième de seconde dans un jet de chaleur inconcevable ?

Je le crois, je le crains.

Il est fou de laisser le virtuel s'emparer du réel, et contrairement à ce que tu crois, le son de ma voix n'a rien pour aider la ligne de mes lettres, les lignes de mes mots. Les sons me restent dans le crâne et y résonnent quand je déraisonne, personne n'entend rien. Un jour viendra où un beau parleur, une belle chanteuse, mettra sa voix dans mes pas, dans mes mots, qui prendront alors leur envol tant attendu. Ou ne viendra jamais, ce jour. Longue attente nécessaire et probablement vaine, mais si je n'écris pas et si je n'attends pas, tout sera plus vain encore. Ecrit, vain, non écrit, plus vain que vin.

Et maligne et rusée, tu laisses planer l'annonce de ton proche départ pour aggraver l'envie. Alors j'esquisse un pas de travers, un pas de danse gauche et fragile, un petit aveu qui coûte puisqu'il met en scène celle qui ne m'a rien demandé, celle qui ne me demande jamais rien. Il faut que je te dise pourquoi, au delà du talent, au delà de la jolie spontanéité, au delà de tes loopings de fée clochette, que je dise pourquoi parmi les TRAmeur d'autrefois et les blogueurs d'aujourd'hui, tu restes un écriture que je lis parmi quelques-unes. Tu en penseras ce que tu veux, et peut-être ce que tu as pu lire sur mes blogues te le fait deviner, te l'a fait deviner depuis longtemps.

Je ne demande qu'à continuer de te voir passer sur mes lignes. Je ne peux pas connaître le nom des visiteurs s'ils ne laissent pas de traces en passant, mais tu fais peut-être partie de ces passants, passante sans souci, qui passent et partent sans bruit, après avoir puisé un peu de ma musique silencieuse, et je rêve, après en avoir retiré un peu du sel qui fait leur vie. Ta parole ne peux le compenser bien sûr, mais au moins elle m’aide à cacher le silence de ma fille ; ta parole me fait croire qu'un jour elle aussi reparlera, un jour, le jour que j'attends depuis vingt-cinq ans qu'elle a cessé de me parler, cette année là où tu naissais, et peut-être ce même jour. Voilà ce qui te rend si précieuse, tu lui ressembles tant, même si tu ne lui ressembles pas du tout.

Attention, ne te méprends pas. Tu n’es ni substitution ni transfert, ni écran de fumée. Tu es même plutôt de la génération suivante, mademoiselle quart de siècle. Oui, je suis assez vieux pour que ma fille te paraisse vieille elle aussi, ce que seule l'arithmétique me dit mais ce que je reste incapable de comprendre. Tu es la fée clochette qui tourne autour de ma tête et l'empêche de penser à ce à quoi elle ne doit pas penser pour pouvoir penser à autre chose, tu es le capitaine crochet des soirs d'orage quand le vent se lève et qu'il faut réduire la voilure.

Tu traverses des lieux où j'étais passé dans les temps si lointains qu'ils en sont devenus des rêves flous comme cette maison de pierre fantôme, tu réveilles les Pyrénées qui sommeillent, le Forez enneigé, et la ville du confluent et des collines rousses que j'ai observée du haut des mines de là-haut, du haut de l'autre ville, la noire. Aucun de ces lieux ne me sont natals ni maternels ni ancestraux, quoique les Pyrénées si, tout le monde sait que les sarrasins les ont un peu traversées il y a belle lurette, et mes parents à leur tour dans tous les sens et pour leur plaisir. Mais par ces lieux j'ai pu exister ma vie, affronter les déserts et la philosophie qui va avec.

Il fallait bien que je dise ce genre d'incongruité, puisque tu pars. S'il te reste du temps à perdre, vas de l'autre côté de la place ronde au métro, non loin dans le boulevard diamétral de ton avenue, il se trouve un passage, ce n'est pas une rue, ce n'est pas une impasse (moi une impasse non mais ho), ce n'est pas un chemin, juste un passage qui permet d'éviter la place encombrée pour les malins qui le connaissent, et un jardin abandonné au fouillis du lierre. Regarde et surtout ne dis rien.

Parfois j'y passe. Parfois je m'y terre. Parfois je m'en passe. Parfois je m'enterre.

Je ne peux franchir le pas des mondes parallèles; trop de dangers me guettent, trop de dangers guettent ceux que j'aime si j'enfreins la règle d'airain.

A bientôt sur ces écritures et sur ces écrans joyeux, ma demoiselle. N'oublie jamais que des antipodes les messageries et les blogues vivent aussi, et que te lire est important, en commentaire comme en nimêle. A tout hasard, bon anniversaire, puisqu'il semble ne pas être loin. N'oublie pas de ne pas trop m'oublier.


Ecrit le 5 juillet 2007 pour un quart de siècle, au moins.

mardi 24 juillet 2007

La tentation de l'anonymat, réplique sismique

Il est difficile de se contenter de lancer un billet d’humeur en écho à un billet d’ailleurs. J’ai déjà tenté l’exercice, par la simple copie du modèle suivie ou précédée de mes élucubrances. Alors voilà, il est question de l’anonymat et du pseudonyme, il est question du masque et de la plume, le masque sur la figure et la plume où l’on voudra, il est question de théâtre et d’exhibition, il est question de moi et de l’autre, de celui que je suis et de celui que je représente, qui est parfois autre et parfois moi, mais toutefois pas tout à fait moi.

Le blogue est un exercice qui ressemble à ce que ferait un acteur qui mettrait en scène sa vie, ou qui jouerait sa vie mise en scène par un autre, par une Luce avisée, par exemple. C’est encore elle qui me plonge dans ces abîmes verticaux, et qui m’oblige à remonter à la surface sans avoir l’air de manquer d’air. Elle a écrit un texte de la tentation de l’anonymat, et j’y réponds. Si tu veux lire Luce, va-z-y voir toi-même.

Quelle bonne idée, ce texte, Luce Iole. J'en suis tout joyeux. Tu tritures une question qui me tourne autour depuis longtemps, depuis toujours.

Je t'avais écrit une fois que pour me sortir de ma série des zoms, il me faudrait parler du théâtre, parler théâtre, parler au théâtre. Je ne l'ai pas fait et ma série des zoms est arrivée à son terme. Ou plutôt je suis, moi l’écriveur, arrivé à mon terme d’écriture de zom. Il y avait comme un trou noir, j’ai reculé pour éviter l’attraction définitive.

Tu as répondu à ce billet sur les zoms et le théâtre, à ce billet qui n'existe pas mais que tu m’as soutiré en douce, en m'objectant tout ce que j'avais envie d'avancer, en me donnant les réponses à des questions que je n'avais pas su formuler. Et surtout, tu as trouvé les mots qui conviennent pour expliquer mon incapacité vertigineuse à sortir de ce virtuel, plus enfermant que libérateur.

Et, étrangement, pour légitimer cette incapacité.

Il faut partir de soi seule matière première dont nous disposons, pour parvenir à l'universel seul produit fini qui mérite qu'on se décarcasse, ambition démesurée mais obligée, nul n'écrit s'il n'est pas saisi de cette folie là, et tous ceux qui écrivent en sont saisis quand même ils diraient le contraire, folie des grandeurs, désir prométhéen, nous n'atteindrons jamais ce but ultime encore heureux mais nous y tendons nos forces. C'est pourquoi parfois nous cessons d'écrire, effrayés par nous-mêmes; et c'est pourquoi nous ne cessons jamais très longtemps, impossible d'échapper à l'appel de la forêt.

Mais partir de soi sans abîmer les proches, et en sachant qu'ils savent, qu'ils connaissent le dessous des cartes, et qu'ils sont parfois eux-mêmes une des cartes, jouets entre nos mots et nos phrases; alors un peu de voile de fumée, un faux masque ricanant, avec ce qu'il faut de jeu de piste pour trouver la chair et l'os, mais assez peu pour que ne trouve que celui qui veut vraiment.

Ainsi tu es Luciole pour nous, et Luce est la grande lumière dont nous ne voyons que le reflet dans le buisson.

Ainsi je suis Andrem et Rivière, dont remonter le flux permettrait à qui chercherait longtemps de trouver la source de vrai. Comme avec toi en plus caché, ici et là traînent des traces et des signes, en une sorte de jeu interdit, une mise en danger de même pas peur où je défie le virtuel d'accéder au réel.

Bon, je m'attarde. Je repars vite. Quelque chose me dit que ce fil de commentaire va devenir un billet chez moi. Décidément, c'est ici que s'éveillent mes meilleures idées. Derrière mon masque et ma plume, je continuerai à fréquenter ton salon, Luce.

Iole.

Je sais que je n’y suis pas seul et que certains m’y reconnaissent.

Dédié à Marie Delaine, à Luciole de Nice-en-Île, à Crochet de Lyon-sur-Seine.

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mardi 10 juillet 2007

Encore du pillage

Le billet de Luciole. J’écris mal et peu et je continue à piller sans vergogne les riches salons de causerie. Après Sylviane, voici Luciole. Si vous n’aimez pas les vilains copieurs, passez votre chemin, et allez voir directement chez elle, vous ne serez pas déçus.

Ouvrons les gais yeumets.

(Avertissements, ce texte peut blesser certaines sensibilités, il entre dans la catégorie je touche au tabou de ma mère.)

Deux soeurs et leurs familles respectives décident de se retrouver pour un samedi. Elles ont prévu de se faire une après midi fifille avec soin capillaire et autres, pendant que les hommes et les enfants s'occuperont réciproquement d'eux. Mais la mère des deux soeurs harcèle l'aînée d'entre elle pour qu'elle vienne lui rendre visite ce week-end là précisément. Avec les arguments classiques des mères insupportables qu'on retrouvent toujours dans ce genre de série. " Je me sens si seule, le Week-end d'après il y a un tel qui vient et après c'est machin, j'ai tellement envie de te voir, ça fait si longtemps, je n'ai que ce week-end là de libre, je me sens si seule" etc, dans le désordre et en boucle. Le personnage de la mère a plusieurs caractéristiques, genre vieille ex bourgeoise alcoolique ou vieille ex alcoolique bourgeoise, ça marche dans les deux sens.

Les deux soeurs conviennent d'un compromis. Elles iront ensemble chez leur mère et se prendront quand même leur petit temps de fifille pour soin capillaire et autres coquetteries. L'une d'elle, la plus jeune décide d'y aller sans sa famille, ne pas imposer à son homme cette visite qu'elle sait ennuyeuse, laisser son bébé de quelques mois tranquillement à la maison pendant que les dents font leur sérénade, et se prendre une journée au vert, un peu tranquille (il lui reste quelques illusions sur la tranquillité d'une telle journée).

Le fameux week-end arrive. La mère accueille ses deux filles, s'approche de sa plus jeune et lui dit la réplique qui en général attire les applaudissements et les fous rires du publique dans les sitcoms américains. Cette réplique caricaturale mais savoureuse : " Dis donc, ma chérie, tu n'est plus enceinte, faudrait que tu fasses attention maintenant" le tout accompagné d'un geste condescendant, petit tapotement du ventre encore flasque de la encore récente accouchée.

S'en suit quelques répliques bien acide de part et d'autres, quelques excuses insincères : " oh, excuses moi, ça va!" de la mère avec justification de sa méchanceté à cause de son grand age " c'est l'age tu sais je ne me rend plus bien compte" et des "mais bien sur" de la fille qui finira dans le jardin pour se calmer et ne pas céder à la tentation de la gifler comme on giflerai un mufle, un goujat du même acabit.

L'ambiance est plantée pour la journée.

On parsèmera le tout d'autres odieusetés du même genre de la part de la mère et d'autres répliques bien senties de la part de la plus jeune fille.

On finira sur les confidences, à part, dans la cuisine, entre l'aînée des deux filles et la mère, afin que cette dernière puisse justifier ses paroles par un mensonge énorme qui achèvera de caricaturer le personnage. Un mensonge du style : " Tu sais ma chérie, c'est vrai que j'ai été maladroite, mais si je lui ai dit c'est parce que la dernière fois qu'elle est venue avec son homme, il m'a demandé de lui en parler parce que c'est un problème. Surtout ne lui répète pas hein..." évidemment l'aînée s'empressera de le répéter à la seconde qui finira par en rire n'ayant évidement pas le moindre doute sur son homme et se trouvant finalement fort démuni face à l'incroyable culot d'un tel mensonge.

Ne trouvez vous pas que j'ai là un excellent épisode pilote d'une nouvelle sitcom à l'américaine ? Finalement je devrai aller plus souvent chez ma mère, j'arriverai sans doute à écrire une série entière ...

Fermons les gais yeumets.

Parfois j'ai envie de prendre le parti des parents. Puis je me dis, ne serait-ce qu'en lisant Luciole, ses mots de réconfort là-bas et d'humour ici, que chacun voit 14 heures à la porte de midi.

Puis je me dis qu'il y a le grave et le moins grave, et qu'on ne peut éternellement comparer l'incomparable. Les mères et les filles, vieux marronnier des magazines prétendus féminins, et fond de commerce des écrivaines en banalité de tout poil, se confrontent toujours et comme peuvent le faire de leur côté pères et fils, parfois en mode mineur, parfois en majeur sévère, et chacun doit savoir s'y résoudre, aimer malgré tout sa mère ou son père et leurs ruses éculées pour tenter de se croire encore en charge, encore en vie parfois.

Aimer malgré tout son fils ou sa fille et leur difficulté à s'affranchir du regard du vieux ou de la vieille.

On ne s'affranchit jamais du regard de ses parents, même devenus vieux et même s'ils sont morts. On ne peut jamais s'avouer vaincu par ses enfants, même devenus parents à leur tour, même devenus hostiles résolument et définitivement. Voilà.

L'humour devant ce mal d'humain reste la seule preuve qu'on est adulte, si tant est qu'être adulte est une bonne chose. J'avoue être incapable de l'humour de Luciole tant face à l'ascendance que face à la descendance, et bizarrement en contradiction avec les idées reçues, face à celles du sexe opposé. La mère de moi, ma fille de son père. L'humour ravageur de mon père m'a sauvé de l'habituel conflit de mâles.

Je finis par ne plus trop savoir où je suis.

lundi 25 juin 2007

Un texte de Sylviane Agacinski

Je suis en panne d'écriture depuis déjà longtemps. L'évolution du monde qui m'entoure me décourage, et j'ai beau me fouetter tous les matins, rares sont les moments où j'ai l'impression d'être utile à autre que moi-même d'écrire. Alors je n'écris pas. Alors je meurs à petit feu.

Faute d'élan, je vais piller l'élan des autres. J'ai lu, dans le Monde en ligne de jeudi dernier, un article de Madame Agacinski. Vous savez tous qui est cette dame, soit que vous la connaissiez comme philosophe, soit que vous l'ayez repérée comme madame Jospin.

A ce titre, les commentateurs de son article en ligne se sont derechef acharnés contre le jospinisme rampant, le socialisme rétrograde, et toutes ces horreurs dont nos chers amis de la gauche de la gauche sont capable au nom d'idées courtes et de slogans raccourcis. Espérant éviter tout amalgame, espoir un peu vain, je précise que je suis moi-même très mécontent de ce que fit le Jospin en son temps. Mais l'anti-jospinisme est si commode pour éviter de réfléchir : alors peu importe que la philosophe n'aie rien à voir dans sa philosophie avec une forme quelconque de méthode et de pratique politique, on crie bien fort son anti-jospinisme et on s'imagine avoir tout dit, content de soi et roulant des mécaniques.

Et quand ce n'est pas l'anti-jospinisme qui se manifeste, c'est la moue dédaigneuse devant un texte soi-disant incompréhensible, c'est le hurlement à l'homophobie cachée sous prétexte de différence sexuée, comme si le constat de la différence sexuée était sui generis péché d'homophobie ; ainsi nous avons droit dans ce journal à une caricature de florilège des idées reçues soi-disant progressistes qui au final détruisent et disqualifient la cause pourtant juste des homosexuels.

Pour autant, je souscris totalement à l'analyse lisible, claire et compréhensible de Madame Agacinski, exercice pourtant difficile sur un sujet si complexe, si tabou et si subtil, exercice que je n'ai su faire sur ce blogue il y a quelque temps (voir les archives de 2005) qu'en une longue suite de billets (Alexia et Tarquine), en effet indigeste je n'ai pas son talent, sans compter les nombreuses fois où, sous prétexte d'autres questions (le nom du père par exemple), je reviens sur ces interrogations.

Bande de sloganneurs lamentables, si, au lieu de balancer des affirmations, vous appreniez un peu à vous poser des questions sans forcément y répondre, vous pourriez monter la première marche de l'intelligence.


Voici le texte intégral de l'article de Sylviane Agacinski. J'espère qu'elle ne me tiendra pas rigueur de le recopier ici, en dehors des commentaires polluants des commentateurs du monde.


Recopie ON.

L'homoparentalité en question, par Sylviane Agacinski
LE MONDE | 21.06.07 | 14h17 • Mis à jour le 21.06.07 | 14h17

e terme d'"homoparentalité" ne désigne pas le fait, pour une personne homosexuelle, d'avoir des enfants. Les homosexuels ont toujours eu des enfants, avec une personne d'un autre sexe, sans avoir besoin de se définir comme "homoparents".

Le mot-valise "homoparentalité" a été forgé pour instaurer le principe d'un couple parental homosexuel et promouvoir la possibilité juridique de donner à un enfant "deux parents du même sexe". Or c'est bien l'institution d'un couple parental homosexuel qui fait question, dans la mesure où il abolirait la distinction homme/ femme au profit de la distinction entre homosexuels et hétérosexuels. Cette dernière division est-elle en l'occurrence pertinente ?


On semble ne pas remarquer que la revendication du "mariage homosexuel" ou de l'"homoparentalité" n'a pu se formuler qu'à partir de la construction ou de la fiction de sujets de droit qui n'ont jamais existé : les "hétérosexuels". C'est en posant comme une donnée réelle cette classe illusoire de sujets que la question de l'égalité des droits entre "homosexuels et hétérosexuels" a pu se poser. Il s'agit cependant d'une fiction, car ce n'est pas la sexualité des individus qui a jamais fondé le mariage ni la parenté, mais d'abord le sexe, c'est-à-dire la distinction anthropologique des hommes et des femmes.

Dans une civilisation comme la nôtre, héritière du droit romain, le mariage a toujours été l'union légale d'un homme avec une femme, dont il fait la mère de ses enfants : le mot français matrimonial garde la trace du mariage latin, le matrimonium, qui a pour but de rendre une femme mère (mater). Et, si nous sommes heureusement fort éloignés du droit romain et de l'inégalité des sexes qu'il instituait, le mariage n'en repose pas moins encore sur l'union des deux sexes en raison de leur complémentarité dans la génération.

Il est fort difficile de séparer la question du mariage "homosexuel" de celui de l'"homoparentalité", car nul ne peut ignorer qu'un "mariage homosexuel" instaurerait symboliquement comme couple parental deux personnes du même sexe et mettrait en question la filiation bilatérale des enfants (un côté maternel et un côté paternel).

On invoque généralement un culturalisme intégral pour affirmer que le droit civil et particulièrement l'institution du mariage et de la filiation sont de pures constructions, étrangères à la sexuation et à la génération. Mais il n'en est rien, car le lien de filiation unissant un enfant à ses parents est universellement tenu pour bilatéral, et cette bilatéralité serait inintelligible si elle ne s'étayait directement sur la génération sexuée.

C'est, à l'évidence, le couple complémentaire et dissymétrique mâle-femelle qui donne son modèle à la distinction des côtés paternel et maternel de la filiation. Qu'il y ait ici deux côtés ne signifie pas, bien entendu, que les parents civils soient toujours les mêmes personnes que les géniteurs ou parents naturels. On sait bien que la parenté civile ne coïncide pas nécessairement avec la génération biologique, comme on dit. Mais cela n'empêche pas que, en général, on ait cherché à faire coïncider l'une et l'autre : la fidélité des épouses a toujours été exigée pour que les pères soient, autant que possible, les géniteurs.

N'oublions pas non plus que l'ordre civil n'efface pas tout lien "biologique" : l'inceste reste tabou entre parents et enfants naturels, et la responsabilité morale des géniteurs, lorsqu'ils sont connus, ne s'efface pas simplement derrière la parenté légale.

Quoi qu'il en soit, il est impossible de ne pas voir l'analogie entre la dissymétrie sexuelle qui préside à la génération et les deux côtés, masculin et féminin, de l'ascendance d'un individu. Il n'y a là aucune confusion entre la nature et le social, mais il y a une analogie, c'est-à-dire une identité de structure entre le couple géniteur, sexué, et la bilatéralité de la filiation. L'altérité sexuelle donne son modèle formel à la bilatéralité des ascendants (c'est pour cela, et pour cela seulement qu'ils sont deux, et non pas trois ou quatre).

En résumé, si l'ordre humain, social et symbolique, donne aux individus une filiation double, mâle et femelle, ce n'est pas en raison des sentiments qui peuvent lier les parents entre eux, des désirs qui les animent ou des plaisirs qu'ils se donnent, c'est en raison de la condition sexuée de l'existence humaine et de l'hétérogénéité de toute génération dont la culture a jusqu'ici voulu garder le modèle.

Il s'agit donc de savoir si l'institution du mariage et de la filiation doit continuer à inscrire chacun dans l'ordre d'une humanité elle-même sexuée, ou bien si l'on veut briser ce modèle dans lequel s'articulent la génération, la différence des sexes et celle des générations.

Ajoutons que, inévitablement, la reconnaissance du mariage entre deux personnes du même sexe leur ouvrirait un droit à l'adoption conjointe, voire à la procréation assistée. Dans ce cas, la société serait conduite à autoriser, voire à prendre en charge, les procréations médicalement assistées (PMA) pour des couples de femmes (insémination avec donneur), mais aussi pour des couples d'hommes, et alors la légalisation des "mères porteuses" tenterait de s'imposer au nom précisément de l'égalité des couples.

Cependant, il est conforme à l'égalité des droits entre les individus de reconnaître à chacun un droit à l'adoption, sans discrimination de sexe ni de sexualité. Aussi, si la personne adoptante, à titre individuel, vit avec un autre homme, ou une autre femme, l'intérêt de l'enfant est que cette personne puisse avoir un lien juridique avec lui (que l'enfant ait ou non, par ailleurs, un deuxième parent de l'autre sexe).

La fonction de beau-père, ou de belle-mère, assortie de droits et de devoirs, pourrait fournir le modèle d'une relation familiale nouvelle, comparable à celle d'une famille recomposée, sans qu'un père et son compagnon, ou une mère et sa compagne, soient confondus avec un couple parental.


Sylviane Agacinski, philosophe, est professeur agrégée à l'Ecole des hautes études en sciences sociales.

Article paru dans l'édition du 22.06.07


recopie OFF.

vendredi 22 juin 2007

Une simple question de dates

J'aurais voulu envoyer ce message à Marion, le vendredi 15 juin 2007. Je ne pouvais l'envoyer que ce jour là, ni avant ni après. Quelque chose de plus fort que moi, caché au fond de moi, au fond de mon clavier, au fond de mes doigts qui le frappent, m'a empêché de l'envoyer. J'en ai gros sur la patate mais je sais que désormais c'est trop tard. Alors je le garde au chaud ici, imprimé et archivé. Au cas où il finirait par arriver à destination. En attendant, j'ai envie de pleurer.

Message à Marion.

Vendredi dernier j'ai fait un petit calcul arithmétique. Le résultat est celui-ci:
8 ans, 1 mois et 25 jours.


C'est l'âge de ta fille ce jour là du vendredi 15 juin 2007, l'âge de ma fée.

C'est exactement le même âge au jour près que celui que tu avais le jour où je t'ai rencontrée la première fois. Le 13 juillet 1975 à 18 heures. Le soleil couchant éclairait ton visage.

Il faut que je retourne à mes dossiers.

Andrem.

...fin...

mardi 12 juin 2007

Marais et Jean

Clopine et les siens.

Clopine s'est lancée dans un sujet portant sur Daroussin d'une part et sur le Dialogue avec mon jardinier d'autre part, ces deux thèmes étant étroitement imbriqués quand on connaît Clopine. J'ai donc cru bon de mettre un grain de sable dans son tracteur, par un commentaire. Puis je me suis dit que je pourrais, à peu de frais, redorer mon bloghumeur poussif. Alors j'ai recopié mes propos de bon clopin sur mon blogue, et voici donc la suite de mon billet je hais les acteurs qui n'avait pas de suite.

Pouf pouf.


J'ai vu le dialogue hier dimanche afin d'échapper à la soirée électorale morose et rebattue annoncée, rebattue est le mot. J'ai été déçu, par le film, hein, pas par l'élection, quoique même en s'y attendant on est chagrin.

J'avais bien aimé les enfants du marais, de Jean Becker, et je m'y étais régalé, de la connivence absolue comme le décrit Clopine. Dans le dialogue, aucune connivence. Des propos très prévisibles du jardinier, l'archétype de la sagesse populaire, tout aussi prévisible chez Dupinceau archétype de l'artiste parisien en crise de cinquantaine à tendance retour au vert.

Non que je rejette l'idée d'archétyper les personnages, au contraire la démarche me convient parfaitement et ce qu'il m'est arrivé d'écrire récemment le montre. L'usage de l'archétype est riche de promesses.

Elles ne sont pas tenues, les promesses. En dehors d'une amitié qui renaît, on ne voit guère d'osmose se construire entre l'un et l'autre, chacun dans son univers, et si ces deux univers sympathisent, ils ne s'influencent pas, sinon par quelques répliques trop téléphonées pour vraiment convaincre. C'est ce qui a fait naître ma déception.

Sans parler de "la femme", dont le rôle trop effacé m'a laissé un goût de trop peu, personnage à la richesse devinée injustement traité par le film; splendide actrice, splendide personnage, laissées toutes les deux dans leur coin.

Sans parler de la caricature du monde parisien un peu trop facile pour être honnête. Si je vous disais, moi, que les tableaux façon bucoliques ne me plaisaient pas, et que les tableaux entrevus lors de l'exposition sobino-parigote, grandes bandes noires baladeuses, auraient pu me plaire si j'avais pu les voir un peu plus longtemps. Mais je ne suis pas sûr, évidemment. De vouloir faire exprès des tableaux ridicules à extase pour prétentieux, on peut arriver à réussir des peintures, non ? Serait-ce finalement là le secret du film ?

Mais je sais déjà ce que tu penses. Je suis un snobino-parigot, tête de veau toi-même.
Voilà pour moi.

Néanmoins, j'ai passé un bon moment dans le pays du Beaujolais avec Auteuil et Daroussin, et j'ai échappé aux pesanteurs politiques quelques heures. Il ne faudra pas jeter ce film au panier, mais dommage pour les acteurs, dommage pour leurs personnages, dommage les possibilités oubliées. Monsieur Jean Becker, à quoi pensez vous donc ?

Posté par andrem, 11 juin 2007 à 19:00

mercredi 6 juin 2007

Je hais les acteurs

Clopine, Brialy et Daroussin.



Je hais les acteurs : Pour les non comprenants, je précise qu'il s'agit du titre d'un film resté confidentiel, mais que j'avais apprécié en son temps. Chez Clopine ma copine, la mort de monsieur Brialy avait amené un billet d'icelle et quelques commentaires. J'avais pour ma part indiqué que Brialy est un personnage qui m'inspire plutôt de la sympathie, ce qui n'a pas plu à tout le monde, ma sympathie n'est probablement pas politiquement correcte aux yeux de certains penseurs. Alors ils m'ont inspiré ce billet.

Si vous voulez voir les prémisses, j'ai mis le lien de Clopine dans le titre. De rapprocher Daroussin de Brialy est un exercice auquel je n'aurais pas pensé, mais Clopine tire plus vite que son ombre, la Lucky Luke des comparaisons improbables et finalement, pertinentes.



Je reste très surpris de voir à quel point nos esprits s'enflamment pour mépriser (Brialy) ou déifier (Daroussin) les acteurs. Ce comportement relève de la pipolisation galopante que nous vivons et dont nous devenons ainsi nous-mêmes les acteurs, si j'ose dire.

Tant Daroussin que Brialy ont joué, et plutôt bien, dans de nombreux films, dont certains resteront des nanars et d'autre des bijoux. Aussi bien l'un que l'autre. Je n'évoque que ces deux là puisque c'est Clopine qui a commencé, nous pourrions en citer des milliards d'autres, mais c'est bien ainsi, ils sont tous deux assez archétypes pour me plaire.

Le jugement que nous portons contre eux, que je nommerais opinion plutôt que jugement, provient d'abord de ce qu'ils ont fait dans ces films : d'une part en tant que professionnels de la profession comme dit l'autre ; d'autre part en tant qu'interprète selon que les personnages aient été sympathiques ou insupportables, consciemment ou non l'acteur qui est le méchant récurrent n'aura pas la même lumière dans notre esprit que l'ange blanc sauveur de la pucelle menacée ; troisièmement suivant les déclarations variées que ces acteurs font en public lors des promotions et entrevues diverses avec journaux, radios, télos.

Il n'y a parfois aucun rapport entre cette opinion entièrement bâtie sur l'empilement d'images venues d'ailleurs et par définition menteuses, puisque justement le travail de l'acteur est de mentir le plus sincèrement possible, y compris dans ses prestations hors écran, et le monsieur dans la vraie vie avec ses aigreurs d’estomac et ses humeurs de lune, sa bonne compagnie possible et sa générosité éventuelle. La seule vérité que nous pouvons identifier dans ce festival de faux semblants, est la compétence de l'acteur à, justement, paraître sincère. Si rien ne dépasse, si tout est cru, alors l'acteur est bon. Sinon, non. Un point c'est tout.

A cette aune, Brialy est bon acteur, Daroussin est bon acteur, et peut-être un peu moins bon tant Daroussin est, de film en film, toujours le même personnage. J'ignore encore aujourd'hui s'il a d'autres cordes à son arc que le bourru boudeur à la secrète blessure. Mais il est vrai que j'ai toujours aimé ses rôles, et beaucoup des films où il joue.

Brialy a lui aussi pris des risques. Il a été un acteur très sollicité de la nouvelle vague, laquelle a parfois mal vieilli mais ce n'est pas sa faute à lui, mais a parfois laissé quelques chefs-d'oeuvre auxquels il a prêté son talent.

Alors pourquoi ce dédain, et pourquoi cette admiration ? L'un fut plus pipole que l'autre, l'un a beaucoup travaillé pour sa profession et pour la profession du théâtre, y compris en produisant à ses risques et périls des spectacles, parfois démago, parfois intello, souvent casse-gueules ; et que fait l'autre pendant ce temps ?

En vérité, peu me chaud ce qu'ils font ou ne font pas, ce qu’ils sont ou ne sont pas dans la vraie vie, mais je les considère aussi honorables l'un que l'autre, chacun dans son monde, car ils font bien leur métier ; et le fait pour l'un d'être ostensiblement de gôche ne va pas me le rendre plus précieux que s'il l'est nettement moins (ostensible).


De ce point de vue, tant qu'à préférer les uns aux autres, la discrétion de Brialy dont je ne suis pas certain des préférences politiques, me sied davantage que l'ostentation d'un Reno, d'un Clavier, d'un Johnny. Mais Reno, lui aussi au moins, est bon acteur.

FIN.

lundi 14 mai 2007

Préjugés et simplismes

Bonjour.

Voilà longtemps que je ne suis pas venu chez moi. Je suis ailleurs, l'esprit ailleurs, le corps ailleurs, et moi-même je ne me sens pas très bien. Pourtant, je vais vous faire un billet en total désaccord avec mes principes, quant à la forme. Pas de brouillon, pas de langue tournée sept fois, pas de métier cent fois, et le reste. Direct, du cerveau au clavier, primaire et sanguin.

Question de temps, question de paresse aussi. La forme et le fond sont inséparables et ce que je vais proférer sera donc aussi faible sur l'un et sur l'autre donc faible tout court. Le temps m'est court, de toutes façons, et puis je fais ce que je veux, argument ultime de parfaite mauvaise foi.

Il s'agit d'un sondage, encore un, dont les sondeurs insondables ont le secret, et aux termes duquel l'antisémitisme serait en pleine croissance en Europe.

Je veux bien le supposer, mon propos n'est pas de nier un phénomène possible et malheureusement vraisemblable, pour lequel je n'ai aucun instrument de mesure. Justement, me dit le sondeur, j'en ai un et je mesure la montée de l'antisémitisme. J'ai posé quatre questions à travers l'Europe, à savoir:

Ouvrez les guillemets:

"
Les auteurs de l'enquête ont retenu comme critères les réponses aux affirmations suivantes : que les Juifs sont plus loyaux envers Israël qu'envers leur propre pays; qu'ils ont trop de pouvoir dans le monde des affaires et sur les marchés financiers; qu'ils parlent trop de l'holocauste."

Fermez les guillemets.

Désolé monsieur le sondeur, mais vos questions ne sont pas pertinentes, et le comble, elles ne sont pas non plus impertinentes.

Première question:
La question des loyautés.

Le seul fait de la poser induit la possibilité d'un choix, induit que le juif devrait obligatoirement décider ici ou là-bas, tu aimes ou tu t'en vas pour reprendre un minable slogan récent et récurrent. On rend possible l'idée, rien qu'en posant la question, qu'un juif français (que personnellement je nommerais plutôt un français juif, comme il y a des français athées, cathos, musulmans ou animistes) serait plus "loyal" envers Israël qu'envers la France (et idem pour chaque autre pays bien sûr).

Avant d'interroger plus vite que ton ombre, ô sondeur imprudent, tu aurais dû te demander ce que signifie "loyal" et ce que signifie l'attachement à son pays? Sommes nous en guerre contre Israël qu'il faille choisir, et peut-on seulement comparer l'attachement à la nation à l'attachement à Israël, alors que ces deux attachements n'ont rien à voir entre eux et qu'aucun n'est exclusif de l'autre.

Ainsi, mettre ces deux notions en concurrence est une forme d'antisémitisme. Et que le commanditaire du sondage soit une organisation américaine juive ne change rien à ce que je dis ici. Il y a soit de l'incompétence, soit un préjugé non débusqué, soit de l'antisémitisme à rebours, dans la question.

Deuxième question:
Le pouvoir dans le monde des affaires.

Vieille rengaine. Vieux poncif. Même s'il y a aujourd'hui encore de grandes puissances financières que certains pourraient qualifier de "juives", le plus souvent à cause du patronyme devenu "marque" et c'est à leur crédit alors qu'il faut mettre cette réussite et non l'inverse, il y a infiniment plus de grandes puissances financières dont l'origine est totalement indifférente à "l'opinion publique européenne". Pourtant, le sondage, par le choix e sa question, montre bien que le sondeur et les théoriciens malfaisants ne regardent que ce qu'on a envie de regarder; qui aurait eu l'idée d'un sondage au sujet de grandes puissances financières catholiques (et pourtant il y aurait de quoi dire), ou bouddhiste, ou hétérosexuelle?

De tels sondages paraîtraient absurdes. Pourquoi alors poser la question, sinon pour pousser la réponse là où l'on veut la voir arriver? L'antisémitisme est là, caché dans la question: à question antisémite, tendance antisémite à la réponse.

Troisième question:
Ils parlent trop de l'holocauste.

Il est en effet des juifs qui, sitôt mis en cause sur quelque sujet que ce soit, tentent de fermer le bec à leur contradicteurs en leur balançant l'holocauste ans les gencives. C'est une grande spécialité, par exemple, du bon monsieur Finkielalain. C'est une spécialité que j'ai même rencontré pour de vrai chez des proches, relations, amis, collègues, enfin tous ces gens que la vie nous fait croiser pour notre meilleur apprentissage du monde.

J'ai réfuté cette forme de barrage mental. A plusieurs reprises, et ici même. L'holocauste est avant tout une épouvante qui concerne l'humanité toute entière, et les juifs n'en ont pas l'exclusivité. Ce qui ne diminue en rien l'horreur qu'ils ont subi et le traumatisme qu'il doivent résilier (de résilience). S'il a constitué la première jurisprudence du crime contre l'humanité, c'est bien que l'holocauste appartient à l'humanité entière et ne saurait être un instrument au service de qui que ce soit. Les juifs, très minoritaires à ce que j'en sais, qui tentent de la récupérer contre les non-juifs, commettent une erreur philosophique majeure, dont la plupart de leurs amis juifs sont parfaitement conscients et qu'ils combattent.

Ceci n'empêche pas, me répondra le sondeur, que le sentiment que l'opinion publique pense de plus en plus que les juif ont cette idée en tête de récupérer l'holocauste, est la preuve d'une montée de l'antisémitisme.

Non monsieur le sondeur. A vrai dire, vous m'auriez posé la question, j'aurais probablement répondu oui, "ils" parlent trop de l'holocauste, au moins dans un premier temps, parce que la question est ainsi posée que la réponse vient ainsi. Je récuse donc le résultat obtenu, une bonne réponse demande plus de temps pour réfléchir.

Par définition, un sondage est basé sur l'absence de réflexion.

Quatrième question:
Il n'y a pas de quatrième question, je m'a trompé au début.

Pour finir, ce n'est pas être antisémite que de considérer que Israël a aujourd'hui trahi les rêves des pères fondateurs, et que sa politique déséquilibrée est cause et non conséquence que ce qui se passe. Je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas penser pis que pendre des dirigeants actuels de ce pays, chacun sait que l'antisémitisme aura disparu le jour où je pourrai traiter un juif de bête et méchant s'il est bête et méchant sans me faire traiter d'antisémite.

Certains lobbies américains ne rêvent que de montrer l'Europe et les européens du doigt. Alors ils inventent des sondages truqués et ils concluent ce qu'il avaient décidé de conclure avant de commencer la moindre étude.


Ecrit sans filet. Bonsoir.