jeudi 27 septembre 2007

Une demande

Non, je n'ai rien à dire en ce moment comme vous l'avez remarqué. Je promets le promets, je vole des textes soi-disant pour y travailler, et rien ne vient parce que je n'y travaille pas. Je me laisse aller encore à laisser des marques de pas dans les jolis salons au lieu de m'occuper de l'allée de mon jardin embroussaillé.

Je viens seulement vous poser une question, une demande publique et générale.

Son blogue semble devenu inaccessible, et silencieux. Sa boîte à courriel ne répond pas. Le dernier signal reçu était un signal de détresse pour cause de mort de chat.

Quelqu'un a-t-il des nouvelles de folie?

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vendredi 14 septembre 2007

Aveu d’impuissance.

C'est ici ma première tentative de me mêler des autres billets d’ailleurs. Plutôt que de commenter à l’improviste et en pleine improvisation chez les amis blogueurs, enfin ceux que je me suis décrété par un vote unanime de 1 voix sur 1 comme étant amis sans même leur demander leur avis d’ami ou pas, je regroupe et je décante avant d’écrire.

Première tentative et première difficulté. Je vais être obligé de récapatulir, répakituler, técaripaler, résumer ce que j’ai retenu de ce que j’ai lu et ce que j’ai cru lire, avant de commenter, au point que bien sûr mon seul résumé sera ipso facto un commentaire préalable au commentaire qui suivra, rendant le commentaire qui suivra redondant. Tant pis, je vais bien trouver une pirouette pour me débarrasse de ce dilemme.

Résumé des chapitres précédents :

Brice Hortefaux est un monsieur dont je tairai ici l’opinion que j’en ai de peur d’utiliser des mots qui traduiraient exactement ma pensée mais qui pourraient être passibles d’injures bien que ce soit un simple constat de ma part, et l’expression libre d’une libre opinion basée sur une concordance d’informations complaisamment étalées dans tous les média, sous forme de chiffres de quotas de remontrances et de rodomontades. La liberté dans ce pays comporte des limites de plus en plus étroites à ce qu’il paraît et à en croire la tendance marquée des journalistes indignes de ce nom et de plus en plus nombreux à pratiquer l’incontinence de frayeur. Pisser sous soi, en quelque sorte.

Quoi, il y a une faute d’orthographe ? Je ne vois pas où.

Le silence des journalistes caché derrière un insupportable bavardage de pacotille sur les résultats chiffrés, caché derrière d’interminables description des remontrances préfectorales, caché derrière des analyses savantes et prétentieuses sur la comparaisons des résultats de l'année passée, du semestre passé, des ralentissements récents et du laisser-aller général, ce silence horrible et frelaté qui ne les empêche pas de se regarder dans la glace avec complaisance chaque matin et chaque soir, selon l’heure de gloire de leur intervention parlée ou écrite, ce silence est la preuve de leur absolue complicité. Je ne doute pas qu’ils seront, à l’occasion, les premiers dénonciateurs si un de leurs enfants croise dans son école un enfant apeuré et un peu foncé de peau.

On me fait remarquer là-bas, oui la dame aux yeux étincelants du premier rang, qu’il y a aussi des enfants apeurés bien blanc, tout blonds, et bleutés d’yeux. Tu as raison de me le faire remarquer. Le journaliste délateur ne le remarquera pas, lui c'est la couleur qu’il voit. Pensez, s’il devait réfléchir au delà du sensoriel, il se suiciderait dans les dix-neuf secondes qui suivent.

Mais non, ils ne sont pas racistes, les journalistes indignes. D’ailleurs ils ont un copain rwandais. Ils ont tous un copain rwandais. Vous voulez la liste des noms de ces gens de peu, de ces déshonnorables? Je n’ai pas besoin de vous la faire, souvenez vous des journaux écrit et parlés depuis cinq ans, et comptez les journalistes qui ont parlé des êtres humains concernés par ces quotas, et leur vie de tous les jours, y compris ceux qui étaient en totale règle jusqu’au jour où un simple renouvèlement de ce qui était légitimement et durement acquis les a fait basculer dans le vide, comptez les bien, notez leur noms.

Tous les autres sont des ordures.

Comme le sont ceux qui ordonnent les quotas, les rétentions, les chasses à l’homme et de préférence à l’enfant c’est tellement plus rigolo chasser l’enfant, on fait d’une pierre plein de coups, comme le sont ceux qui votent pour eux, 53 pourceaux des français. Ils savaient, ils l’ont fait. Ne viens pas me parler de démocratie, s’il te plait, ma démocratie à moi comprend le droit de mépriser ceux qui ont voté pour ce qu’ils savaient, en parfaite connaissance de cause, en totale liberté de choix, et qui aurait dû, en tout honneur, suffire à leur faire renoncer à ce vote, aucun autre argument ne tient.

Le déshonneur, la honte, appartiennent démocratiquement à la France entière puisque sa majorité l’a voulu ainsi. Et tout aussi démocratiquement, j’ai le droit quant je serais le seul sur soixante millions et je ne le suis pas, de hurler à la lune ma honte et mon désespoir, mon impuissance et ma colère, et mes envies de meurtre.

Commentaires sur le résumé des chapitres précédents.

Vous croyez qu’il en faut, un commentaire ? Ecrire le résumé est pisser dans un violon, transpercer la mer d’un coup de sabre, et s’énerver pour rien. La colère me submerge et je ne sais pas trouver les mots qu’il faudrait trouver, ni le révolver dont j’ai parfois et brusquement envie de me servir, et tout ceci est bien mauvais conseiller. Alors je me tais en attendant que le cœur batte moins vite, en attendant qu’un peu de rigolade me vienne alléger tout cela, un calembour ridicule, une contrepèterie baveuse, un pouêt de chez camion.

Il y a des jours ainsi, où ils se font attendre, et où tu peux ne jamais les voir arriver, les pouêts.

PS. Remerciements à Chiboum, Racontars, Luciole, Vinvin, Tarquine, Eolas, entre autres, pour en avoir parlé avec le ton qui convenait. Remerciements à France-Culture ces derniers matins pour avoir évoqué l’humanité derrière la Chose et notamment Olivier Duhamel, remerciements aux Maires qui ont ostensiblement annoncé la couleur du désaccord, remerciements aux préfets peu zélés il en est, et aux juges attentifs il en est, qui enrayent la machine infernale.

mardi 11 septembre 2007

#7/7 - Faites des liens, fête des liens, défaite des liens.

La constance de Marie m’étonne. Je sais bien qu’elle va venir lire ici et qu’elle lira ce que j’en dis. Elle sera peut-être même, comme d’habitude, la seule lectrice de tout ce bavardage. Je devrais lui dédier ce discours par lequel je m’apprête à défaire les liens énumérés. Pourtant, je n’ai pas besoin qu’elle m’apporte la moindre explication. De la voir régulièrement passer, repasser, ici et ailleurs, sur cette archive ou sur ce nouveau billet, sur ce commentaire, et parfois sur mes interventions irrespectueuses chez les zôtres, me pousse au crime de récidive blogale, et la récidive est à la mode ces temps ci qui courent (à leur perte). Ainsi l’applaudissement du dernier spectateur de la montée du col pousse in extremis le dernier coureur à forcer sur la pédale en dépit de l’écrasante lassitude pour enfin atteindre le sommet avant la voiture balai.

Merci Marie de ta constance. Adieu Akynou, Luciole, Tarquine, et tous les autres, Moukmouk, Oxy, 20x20, Monsieur Granger, Monsieur Bon, Alliolie partie, les cités et les incités, les grands et les dépités, et François Mitterrand soi-même qui s’il n’était lui, l’était. Le masque n’est pas ce qui cache mais ce qui est caché.

J’ai gagné beaucoup de temps à le perdre avec vous. Mais, moi qui me prétendais le roi du silence, voici qu’il me fait mal et que je ne veux plus l’écouter. J’en appelle à mon indécrottable égoïsme, et à mon gigantesque ego que Sarko à côté c’est de la roupie de sansonnet. Je sais que ne plus commenter signifie aggraver le silence, quelques curieux de chez vous parfois venait chez moi. Mais je n’ai plus le temps de lire, plus le temps de divaguer, plus le temps de baguenauder, plus le temps de badiner et de toutes façons je vois bien que je vous énerve.

Après tout, personne ne vous interdit de venir voir chez moi si j’y suis. J’y suis.

À Marie.


lundi 10 septembre 2007

#6/7 - Faites des liens, fête des liens, défaite des liens.

L’une est blonde l’autre pas. Brune donc. Je me garderai de te parler de leur âge, ce n’est pas galamment correct à ce qu’on dit bien que l’une comme l’autre seraient plutôt du genre à se méfier devant des courbettes galantes. Et quand je dis méfier, j’euphémise, le coup est peut-être déjà parti. Mais la somme des âges pourrait bien ne pas atteindre mon total déjà dépassé, ou de si peu.

L’une est du Nord l’autre est du Sud, oui tu as deviné Sud. Trop facile. Mais la nordique est née bien plus au sud que la sudette, et son œil bleu cache un continent noir entier derrière le beurre de même teinte à cause d’un coin de placard dans une trajectoire hasardeuse et nocturne. Guéri depuis longtemps le nœil, oui, mais le bleu à l’âme crois-tu qu’il guérit si bien, lui ? Et le continent, crois-tu qu’on l’oublie si facilement ?

La sudette aussi a su naître à grand spectacle. Je la vois nue un soir de sirocco, quand la vague sèche et noircie vient balayer le rivage de ses frissons brûlants, quand le sable cache la lune dans son dernier quartier, ce sable que nous apporte le vent du continent sauvage. Elle n’a pas besoin de coquille comme Aphrodite maniérée façon Botticelli, elle marche sur l’eau nerveuse, nerveuse aussi, elle ressemble à un Caravage. La blonde serait plutôt Rembrandt avec un zeste de Van Gogh, absinthe comprise. Ne vas pas croire, j’aime beaucoup Botticelli en général et son Aphrodite en particulier, mais il n’est pas à l’ordre du jour chez nos dames. Deux peintres flamands dont un fou pour la belle belge, un seul mais criminel récidiviste pour la sudette. Vous vous êtes reconnues, mes filles, Folie et Miss. Non, Miss, tu protestes je sais, tu n’es pas Breughel mais Rembrandt. Ce n’est pas une question de gabarit tu n’y es pas, c’est une histoire de nœil, un secret entre nous, un regard, un intérieur, un silence. Tu es assez grande pour aller à la Kermesse sans moi. Privée de Breughel et de Botticelli, c’est ta vie de Rembrandt.

Et puisque j’écris privée, voici Folie. Tout le monde connaît Folie, sauf ceux qui ne la connaissent pas. J’aime Folie. Voilà, cette fille qui entre deux insultes et trois hurlements vous déchire le cœur que vous ne savez même plus pourquoi vous êtes là et comment vous vous appelez, qui franchit sur un fil malingre les précipices entre les montagnes, et qui revient sur ses pas par le même chemin et que rien que regarder ses yeux vous flanque le vertige, même si vous ne les voyez pas. Les yeux de Folie. Allez chez elle, elle ne viendra pas à vous, elle a tant de chats à fouetter, et Dieu qui n’existe pas devait se créer en vitesse rien que pour elle. J’ai dit en vitesse, nom de Dieu. Si encore il se dépêchait quand c’est vraiment important.

C’est Vinvin qui m’a amené chez elle.

Pour avant-finir, car avant la fin il y a une avant-fin, je vous emmène en Belgique chez les Ouallons visiter mon Rembrandt préféré. J’ai dit Rembrandt, avec un zeste de Van Gogh, inutile de râler dans ton coin, je t’ai définitivement privée de Breughel. Elle est blonde et elle est Belge et il est interdit de rigoler, enfin moi je vous l’interdis, non mais ho, blonde et belge on ne l’invente pas et Missy’V ne s’invente pas. Ne crois pas que tu resteras planté dans un pays d’Ardennes, de Schistes houillers et de Sambre et Meuse, avec elle tu iras aussi en Namérique, au Congo des ancêtres, à Rhodes la Kolossale, et en Nimaginaire des mille collines. Tu vois bien, elle ne s’invente pas, elle est. Comme est la brune du Sud, elle est, et qu’importe que tu aies des idées, elles sont. Les idées tu te les gardes, elles n’en veulent pas, ni des tiennes ni des miennes, et tu ne sauras jamais respirer l’air quelles brassent, qu’elle soit bière d’abbaye ou vin de syrah et grenache, qu’elle soit plat pays ou chute d’Estérel.

Parfois une stupide envie de les protéger me prend, là, en lisant, que je ne le leur dirai jamais sous peine de les mettre en rage, et les rages de Missy’V ne sont pas à mettre entre toutes les mains ni toutes les oreilles, les rages de Folies sont pires encore. Je connais ces rages dans des ailleurs qui ne m’ont pas laissé indemne, ces ailleurs qui ressemblent aux mondes étranges, c’est pour cela que parfois je me prends pour de bon pour ce que je ne suis pas, comme je m’étais pris trop tard dans les ailleurs pour ce que je devais être.

Ainsi je sais qu’un sourire fera oublier en un instant la tornade comme le soleil surgit de derrière les cumulo-nimbus une fois qu’ils ont fini de se vider de leurs foudres.

Je terminerai un de ces quatre par le lien fidèle. Celui par lequel j’ai gardé l’impression que parfois j’avais de quoi dire, sans comprendre ce qui ainsi a pu survivre sans lasser, de mon écriture ou de mes idées, de mes chroniques anachroniques et des mes divagations insensées. Ce qui me fait croire que le silence de toutes celles que je lis, et des quelques ceux que je lis aussi, n’est qu’un silence de manque de temps, de manque d’énergie, et non une bouderie ronchonne, non un rejet informulé, non une indifférence lasse.

#7/7 à suivre.

Post-Scriptum. Je profite de ma lecture des blogues du lundi matin pour souhaiter un bon quatrième anniversaire au blogue qui se reconnaîtra d'être né le 3 septembre 2003.


vendredi 7 septembre 2007

#5/7 - Faites des liens, fête des liens, défaite des liens.


Où suis-je ? Tarquine, Akynou, Moukmouk, Vinvin, Luciole, Chiboum, Kozlika, Sophil, voilà c’est fait. J’ai été parfaitement détestable pour Oxygène que je ne cite pas, j’y passe pourtant souvent pour un petit bol d’air, j’ai dû être un peu cavalier avec Anna Fedorovna. Un nom à devenir instantanément héroïne de Tolstoï, personnage de Tchékhov, arrière petite fille de Michel Strogoff et de toutes les Russies, un nom à ne pas rester coi. On ne peut pas se contenter de quelques ricochets malhabiles qui font floc tôt ou tard ; je me suis arrêté au dixième an, terrifié par le trou noir de mon adolescence, mais nombreux sont les aventureux qui s’y risquent. Anne, ne m’en veux pas je te prie, je ne suis qu’un vieux qu’on, oublie vite.

Il y a des virgules qui se perdent comme les balles.

Anna Fedorovna a eu l’idée invraisemblable des ricochets. Aventure démesurée, prométhéenne, aventure divine. L’humanité tout entière à se construire sous nos yeux en forme de mots et de phrases simples et gaies, ou tristes, ou tâtonnantes. Des souvenirs reconstruits, comme ils sont tous, parfois un peu repeints pour devenir présentables, parfois bruts de décoffrage, béton tout chaud de sa prise toute neuve et sa mise en forme étrange contemplée par le maçon étonné de son travail, sorti de sa nuit des temps. Et tous les maçons qui s’activent comme les enfants sur la plage de la marée montante à faire des barrages contre la mer, combat qu’ils finissent par gagner car tôt ou tard la mer redescend.

Anna, comment fais-tu pour tenir cet univers entre tes longs doigts sans qu’il s’effrite, sans qu’il s’effiloche, où l’on découvre tant de monde, on ne peut pas aimer tout le monde et parfois on en aurait envie, Otir, Thomas, Sicaliptic, Samantdi, Albertine, et Mathias, et tous ceux que je vais oublier et qui vont me haïr pour cela, pourquoi ces noms me sont-ils venus et pourquoi d’autres non, hier aurait été différent, la Toulousaine serait repartie dans le Gers, et la Niçoise émigrée à Paris, la Marseillaise en Guyane et le Périgourdin au Chili.

Oui monsieur le correcteur orthographique, la phrase est longue et je t’emmerde.

De floc en floc, les ricochets finiront bien par remplir le lac, et nous pourrons à loisir, dans trois millions d’années, tout relire ensemble assis parmi les chênes aux feuilles jaunes à l’ombre des cèpes géants radioactifs. Nous referons notre monde défait.

Moukmouk de Pohénégamouk a envoyé de l’air frais dans mes bronches méridionales ; De l’air polaire, comme je n’aurais jamais cru que je pourrais en respirer depuis que j’ai abandonné ces contrées après les avoir parcourues par romans d’enfance interposés. Il a su faire renaître à le lire cette magie ancienne de l’imaginaire. Je sais bien que je n’irai jamais au Canada en hiver, comme je ne vais jamais en Montagne à cette saison. La Norvège en Mai a largement suffit à mon expérience et je ne suis pas prêt de recommencer. Mais justement, il ouvre une fenêtre et je regarde son paysage avec envie, curiosité, et plaisir. Certains voyageaient autour de leur chambre et nous emmenaient vers d’incroyables rivages. Pourquoi ne devrait-on pas, de temps à autre, juste regarder par la fenêtre des amis et voir ce qu’ils nous donnent envie de voir ? Je ne vais pas passer mon temps à imposer mes vues et mes photos aux indifférents qui passent, je peux aussi voler les yeux des autres.

Pour faire bonne mesure, il me faut un petit mot sur Cyrille, le Vinvin rigolo à ce qu’on dit. Je reviendrai à mes dames pour en finir, puisque tel est mon destin. Rigolo, le mot lui colle à l’appeau, il l’a bien cherché. Pourtant, ce qui me plaît chez lui sont justement les peurs et les violences que cache la rigolade, la poilade tant charcutée par les milliards de commentaires qui suivent chacun de ses billets. Je hais Vinvin car ma nature violemment jalouse ne peut supporter son succès, oui quoi à la fin cé pô juste. Et cet imbécile de correcteur Word qui ne connaît même pas le mot poilade.

Peur et violence, à son tour il va se tordre de rire. Je le vois déjà sur son scooteur, après avoir écrasé deux vieilles dames, qui se rue sur moi caméra au poing et au point. Même pas peur. Je n’ai pas assez d’importance pour qu’il seulement jette un œil dans une apparence de direction vers moi.

« Temps voulu », « un mot par jour », « le tiers livre », sont aussi des sites de passage un peu masculins, histoire de remonter la statistique ; retour aux dames.

# 6/7 à suivre.


jeudi 6 septembre 2007

#4/7 - Faites des liens, fête des liens, défaite des liens

4. La statistique fait mauvais genre.

Les sœurs d’Akynou. En vérité, longtemps je m’y suis perdu. D’ailleurs, je ne connais même pas l’ordre exact. L, puis A, puis A, puis A, puis L. En gros. La similitude des initiales me sauve la face. J’ai longtemps mélangé avec la souris verte, puis avec la Fedorovna. Quand on est sœur Anne, on ne voit jamais rien venir. Ben oui, vous voyez à quel point je me perds facilement dans les dédales. Il faudra que je parle d’elles aussi, d’ailleurs, les non-sœurs quoique presque. La plus récente découverte est Chiboum, chez qui je passe vite de peur d’être trop accroché. Il arrive un moment il faut faire exprès de faire semblant d’être indifférent, sinon on meurt avant d’avoir écrit.

Et pour cause, on dit LA Fedorovna comme on dirait La Callas. Non point diva mais divine.

Je m’interroge depuis quelque temps sur le genre des blogues où je traînasse. Et la statistique est impitoyable, rien que lire ce qui précède le dit déjà, rien que des blogues de filles à trois exceptions près. Le pourquoi de comment, je suis incapable de vous le dire. Je me sens bien chez vous toutes, et chez les messieurs c’est plus difficile. Trois exceptions en effet : Vinvin-Cyrille fait dans le philosophique l’air de rien, Maître Eolas est enrobé, et Moukmouk de Pohénégamouk a vendu la peau de l’Ours. Voyez, même dans ce cas il y a une robe. Ces gars là ont donc un alibi et je vais leur rendre visite aussi avec plaisir. Pourtant, ils sont nombreux, les gars de la blarine (légende : blog+marine, OK ?). Je ferais mieux de passer mon chemin, finalement c’est louche.

Luciole attend son tour. Elle ne s’ennuie pas, elle écrit des pièces de théâtre. D’autres marcheraient de long en large, regarderaient leur montre, partiraient ostensiblement à mon approche, Luciole écrit des pièces de théâtre en n’attendant même pas que je parle d’elle. C’est Louise qui m’a mis sur le chemin de Luciole, tome deux. Cette manière de se faire prier pour venir, attendre le dernier moment pour tomber sur Noël et le rater d’un jour, , refuser le Sagittaire avant de sen servir, si évident pourtant, et me voici propulsé à Nice juste le temps de comprendre que nous sommes à Paris désormais. Enfin, ce que moi j’ai cru comprendre, parce que allez savoir.

Il ne me restera plus qu’à aller voir au théâtre ce qui a été écrit, et seule une bataille farouche va devoir transformer en mise en scène sur de vraies planches avec de vrais acteurs et de vrais billets payés de ma fausse poche. Du coup, je n’ose plus tutoyer l’artiste, dont j’espère bien qu’elle va faire de l’ombre à l’autre folle de Yasmina qu’elle me gonfle grave en ce moment la Reza.

Et Sophil, je l’oublierais presque. Sophil de l’eau, voyage au long cours, cartons et découvertes, nature et déménageurs. Belém et Setubal. Tejo et Cascais. Il faudrait tout dire des méli-mélo d’Elodie, et du Maximal Maxence, de l’Olivier serein et du Chili con Carne. Du Portugal déjà loin. D’Austin (Texas) et de Boston (Machachuchète). Nous irons tous à Valparaiso, avec Hugo (le Frais).

#5/7 à suivre.


mercredi 5 septembre 2007

#3/7 - Faites des liens, fête des liens, défaite des liens




Il y a des voyages qui partent de la gare d’Austerlitz. Jadis étaient ainsi les départs vers Angoulême, Libourne, Bordeaux. Je me souviens du haut-parleur inaudible et tonitruant qui égrenait les gares qui nous attendaient au bout de l’interminable, ces noms étranges introuvables sur la carte : Lézaubrais, Saint Pierre Décors, écrits comme ils s’inscrivaient là-dedans. Ce que vient faire ici Angoulême ne relève pas du hasard mais bien de ces croisements furtifs qui apparaissent parfois. Je n’évoquerai ni la Guadeloupe ni la rue de Trévise, ce serait trop en rajouter. Mais c’est ainsi que très vite je suis devenu Akynou-mane. Nous n’avons pas pu nous « presque croiser » à tant de lieux sans qu’il y ait quelque lutin comploteur là-dessous. Jamais au bon moment mais toujours au bon endroit. Est-ce ma faute si elle a trente mille ans de moins que moi ? Mais il pouvait se partager une amitié, une complicité, une connivence, je ne sais pas, moi, un rien qui compte.

Que mon plus récent souvenir de Ma Campagne soit une odeur de vomi d’enfant à cause des ronds-points de la rocade du même nom n’y changera rien, même si ce souvenir n’a pas plus de quelques heures d’âge. Alors il faut bien que je m’habitue au silence un peu agacé. Ce monde que je fréquente est à l’image du monde de Tarquine, ils sont le même monde en fait, et ce n’est pas le mien. Tout au plus un petit passage silencieux, un petit mot bref à la rigueur, mes longs discours bassinent vite et tu ferais mieux de la fermer, l’Andrem. L’Andrem est dur de la feuille, c’est plus fort que lui, il DOIT se répandre. Comme ici, tiens, justement.

Le blogue est un exercice bien de ce temps, un exercice jetable, rien ne rime à rien sinon à une brève crampe nommée plaisir, prétendue plaisir, un clou chasse l’autre, un billet enterre le précédent pour quelques heures avant d’être enterré à son tour pour toujours. Chacun des miens hélas ne peut exister que par ses voisins, la pile au dessous et la pile en attente, tous ces billets en bouteille que le courant ballote encore quelque part dans les tourbillons glauques. Mes clous sont ceux qui devraient faire tenir la falaise à la fin de l’envoi, mes clous sont ceux qui parsèment la porte de la cathédrale de têtes dorées, un seul vient à manquer et la porte doit être jetée, porte de cathédrale ou de prison, je n’ai aucune prétention spéciale, porte de sortie, porte à porte, du moment qu’elle est cloutée. Je ne suis pas chez moi dans le blogue de passage et d’oubli.

« Pardonnez moi princes si je
Suis bougrement moyen-âgeux. »

A propos, j’ai dix cartons à jeter, et je cherche qui pourrait me rendre service en les prenant. Format carton de déménagement. C’est grand comme ça par comme ça par comme ça, pas plus.

Il en tourne du monde, autour des Racontars d’Akynou. Des sirènes et des étoiles, des airs sombres et des sourires éclatants, des colères et des éclats, tremblements de terre et déracinements de chênes, confitures et marionnettes, une famille de bruit et de fureur comme seule la vraie vie sait vous la concocter, qui épuise et qui lui donne sens, à la vie. Comment vivre sinon, comment donner sens si l’on n’est pas épuisé ? Pourtant, les soirs où les bras vous tombent et où la pluie n’a pas cessé de brouiller le toit d’en face, on aimerait bien qu’elle n’ait plus de sens la vie, si on pouvait une heure, une heure seulement, souffler.

Chez elle, il y a encore des Sophil et des Chiboum, des Oxygène et des Kozlika, des Fauvettes et des Ours polaires. Il paraît que c’est petit, chez elle, au point qu’elle va abandonner le nid pour se rapprocher de son neuvième d’autrefois. Petit ne signifie pas vite fait. La tournée des racontars demande, comme pour les chats, sept vies pour être accomplie. Sans même parler des sœurs.

#4/7 à suivre.


mardi 4 septembre 2007

#2/7 - Faites des liens, fête des liens, défaite des liens




Je vais commencer par qui j’ai commencé. Un jour de hasard, j’avais tenté de découvrir un site nommé « Bloglines », je ne sais quelle mouche m’avait piqué, alors que je radotais encore sur des forums d’hystériques. Un lien de hasard probablement, comme souvent dans cette planète. Comme tout le monde dans ce monde-ci, j’ai tâtonné et apprivoisé l’animal. J’ai laissé défiler des myriades de sites anglophones, et j’allais renoncer quand soudain un blogue francophone est apparu.

Il s’agissait d’un blogue pudiquement désigné « pour adultes ». Mâle ne saurait s’en satisfaire ; qui, sinon un menteur, aurait l’audace de prétendre qu’un texte érotique joliment troussé comme l’était le texte trouvé par hasard le laisserait indifférent ? Les harponneurs de tout poil le savent bien qui vous mettent sous le nez des tonnes de chairs rose à vomir car trop c’est trop ; Internet était ici à la hauteur de sa sulfureuse réputation, telle que je l’entends aujourd’hui encore répéter à l’envie.

Vous le lisez, avec vous je reste sincère malgré le masque. Ce petit moment de laisser-aller francophonique m’a incité à poursuivre mon défilé de blogues, tous plus anglo-saxons les uns que les autres. J’allais renoncer quand je suis arrivé sur une autre francofolie : en quelques instants, je suis passé de la lassitude émoustillée à l’étonnement émerveillé. Mille lieues au dessus des tentations tristes, dans l’air chatoyant de mots soignés, de phrases travaillées, où les douleurs devenaient universelles, où la joie devenait mienne, où la beauté rayonnait des paragraphes. Qu’elle me pardonne le détour qui m’a conduit jusqu’à elle, la maîtresse de céans, elle n’y rien gagné sinon un lecteur, mais pour moi un univers entier s’est entrouvert.

J’étais définitivement tombé dans la marmite magique, poussé par la plume de Veuve Tarquine.

Elle fut mon premier lien, ma première agrégation d’agrégateur. Quelques semaines plus tard, sous les coups de boutoir de ses retours de flammes, fameux mais que j’ignorais alors vous les connaissez tous, j’ai renoncé dans mes visites à me faire voir sinon ailleurs avec pertes et fracas, et que ce ne soit que dégâts collatéraux n’y changera rien. J’ai entrebâillé la porte de temps à autre, la pointe des pieds, tremblant et blême. Naturellement, on ne se lie pas vraiment avec un tel fantôme et Tarquine n’a pas le moindre commencement d’idée de ce qu’elle représente pour moi, je me garderais bien d’aller encore l’embarrasser de panégyriques en or et de broderies de dentelles.

Elle est chez elle, elle dit ce qu’elle veut, et que lui importe ce que j’en pense et ce que j’en ressens. Ses amies savent lui répondre en un joli chœur polyphonique et je ne saurais le dire mieux. Alors je referme doucement la porte en partant, la laissant face à ses douceurs et à ses frayeurs, dans la symphonie des démons et des copines. Ce que je sais ne pourrait rien lui apporter, je n’ai moi-même rien su en faire, alors j’écoute et j’aime ce qu’elle est, et toute sa petite bande étrusque. J’en ai juste perdu mon latin.

On ne peut pas traîner ses guêtres chez Tarquine sans croiser d’autres voix. Je nommerai Eolas, la grande contrebasse de la famille, savant et disert, éclairant et jubilatoire, souvent piquant et toujours attirant. Je ne connais pas le son de sa voix mais j’ai dit contrebasse, tant pis s’il a une voix de fausset il n’en a pas la tête. Je ne le suis pas partout où il va, ni en lecture ni en idées, mais je ne perds jamais mon temps avec lui, entendez moi bien, je ne perds jamais mon temps quand je suis avec lui.

Ne pas confondre une phrase et son contraire alors qu’elles sont semblables. Bel exercice de rhétorique, n’est-ce pas, ce qui va bien à leur profession à tous deux, Tarquine et Eolas.

#3/7 à suivre.

lundi 3 septembre 2007

#1/7 - Faites des liens, fête des liens, défaite des liens.

1. Le tour du propriétaire.

L’humeur n’est pas vagabonde. Papillonner, butiner, folâtrer, gambader, ne sont pas des verbes de saison, s’ils le furent, mais le furent-ils ? Insecte ne suis ni papillon ni guêpe, mulot ne puis même rat d’égout. On dit chez les bien intentionnés que le trente-et-un du mois d’août est le jour de la fête des liens. Ce sera donc le jour de les défaire.

Après quelques jours de calembredaines, je voulus reprendre pied dans le monde qui me sied. Il me fallut un tour complet de soleil, y compris des heures volées à errer. Vol au vent, vol à la tire, volatile, le temps qui m’est compté avait pris vingt-quatre heures dans les narines, étendues sur le sol derrière moi sans rien qui subsiste qu’une odeur d’irréparable. Ainsi devrais-je finir comme la Grèce éternelle, en grands lambeaux de fumée, faute des moyens de l’ambition.

Je vais faire le tour du terrain, une sorte de chemin de ronde de remparts qui ne m’appartiennent pas dont j’aurais seulement voulu être une des pierres ; ne me dites pas que c’est le tour du propriétaire, ce n’est même pas un tour de main, à peine un tour de manège. Personne ne me voit passer et qui pourrait le regretter ? Qui m’accorde un regard le regrette aussitôt et me le fait savoir.

Vous ne m’empêcherez pas d’écrire, pourtant. Je le sais d’avance. Ce qui me pousse est plus fort que moi et plus obstiné que vous, et mon incompétence ne suffira pas à me faire taire, au contraire : ignorer à ce point à quel point on échoue relèverait presque du talent. N’y voyez aucune coquetterie et ne vous croyez pas obligés de vous récrier tous à la fois, le risque en est faible d’ailleurs, il n’y a pas de perche à saisir et je poursuivrai ma route quoiqu’il arrive. J’en serais même vexé, au fond.

Le tour de mon terrain de jeux est ma seule récompense. Les liens que je me suis tissés seul, à l’insu de vos cachotteries, les amitiés que je me suis inventées face à ma glace sans tin comme si elles me répondaient derrière, sous forme de fous rires étouffés, ou de grimaces agacées trop voyantes, ou de politesses aimables et indifférentes. Je ne comprends jamais assez vite que je ne suis pas d’ici ou de là, que j’intruse, et mes charentaises de feutre n’étouffent pas assez mes pas et bien trop l’ambiance où je surviens. Je ne me retire jamais sur la pointe des pieds, et jamais avant d’avoir fait le tour.


#2/3 à suivre.



lundi 13 août 2007

Propos ultra-glaciaires

Propos ultra-glaciaires

Il serait un peu trop long d’expliquer à ceux qui n’ont pas suivi tout le chemin comment soudain ce texte m’est venu sous les doigts. Je ne peux pas, pourtant, les laisser ainsi à la porte en leur interdisant d’entrer. Je leur dirai que mes voyages dans le grand nord canadien sont peuplés d’ours, et que n’est pas une raison de n’y avoir jamais mis les pieds ni rencontré de plantigrade melliphage pour ne pas prétendre que j’y fus. Le mérite en revient à Moukmouk de Pohénégamouk, natif de là haut, en équilibre sur le dessus de mon globe qui se met à tourner quand j’appuie sur le bouton avec la lumière dedans.

Vous aussi vous méritez de faire ce voyage, ne serait-ce qu’un petit tour, qu’un petit ours.

Ne croyez pas que j’aime forcément les ours ; je ne tiens pas sincèrement à en croiser un sur mon chemin. Il y a longtemps, là-haut dans la montagne, ma légende dit que mon père Concordance, en avance de quelques pas sur notre chemin de promenade, vit ce que l’homme dit avoir vu, et qu’il nous rejoignit en nous demandant de son ton calme et indifférent de faire demi-tour, alors que la promenade avait commencé depuis peu.

Lorsqu’il parlait avec cet air spécial indifférence et calme trop calme, Verbehaud la mère rétive d’habitude filait doux ; elle revint sur ses pas avec moi. Ce n’est qu’arrivés au refuge que Concordance nous dit qu’il venait de voir l’Ours. Attention, ne dis jamais un ours mais l’Ours. Dans les Pyrénées, on voit l’Ours. Il y a plus de cinquante ans, parfois dans les Pyrénées on voyait l’Ours et peu nombreux étaient ceux qui pouvaient le raconter.

Mais nous sommes beaucoup plus à l’Ouest, beaucoup plus au Nord, et beaucoup plus froid que cet été de Gabas. Moukmouk l’Ours a parlé, et je lui réponds.

Je souscris complètement au texte de Moukmouk. Les ours ont parfois raison, à condition de bien regarder avant de traverser les routes.

Pour tenter de réduire la dérive climatique dans laquelle nous sommes lancés, et même si les petits gestes quotidiens dérisoires restent utiles, ne serait-ce qu'en tant que rappel à l'ordre permanent, il faut avant tout compter sur la Politique, et j'y mets un pet majuscule.

Il est de bon ton de dénigrer la Politique et les politiciens, il est de bon ton de les traiter de pourris-d'où-qu'ils-viennent ; il n'empêche que ce sont eux, c'est-à-dire tous ces hommes qui aspirent à nous diriger, à s'occuper des affaires du monde, qu'ils soient compétents ou non, cyniques ou non, intéressés ou non, qui vont devoir passer par la case décision difficile, mesures de rétorsion, interdictions suivies d'effet, et application musclée de texte régulateurs. Tôt ou tard il faudra y venir, et le plus tôt sera le mieux.

L'Amérique, grande accusée devant l'opinion mondiale, rend les choses très difficiles, elle est montrée du doigt de partout, et les doigts qui la montrent ne sont pas tous innocents, il est si facile de trouver un coupable idéal. Oui, l'américain consomme 10 fois, 100 fois, 1000 fois ce que consomment d'autres. Mais l'américain moyen est tout aussi embarqué que nous dans les mécanismes affolants mis en place depuis Adam Smith, et que nul n'a su contrer à ce jour.

Alors notre travail à nous, ours des Pyrénées ou de Pohénégamouk, vulgum pecus de la rue parisienne ou passante du sans-souci, Pékin de Chine ou roupie de sansonnet, est de choisir les hommes qui se chargeront de ce travail, de motiver ceux qui s'en chargent, de les rappeler à l'ordre par nos gestes quotidiens, dont l'un n'est pas le moindre d'écrire en blogue, et surtout de ne pas s'en laisser conter par une gesticulation médiatique mais éphémère.

Ici, sur ce lieu de frimas nordique, nous servons à cela. J'ai jugé utile d'y passer un peu de temps malgré le temps qui presse, le temps presse toujours pour tout, pour écrire quelques briques de plus à l'édifice, le temps presse encore plus à le construire.

Etrangement, le réchauffement de la planète sera le refroidissement de l'Europe de l'ouest, les modèles le disent tous, du fait de la disparition de ce vieil ami sous-marin, le Courant du Golfe. Ne comptez plus sur Paris Plage, mais ne rêvez pas à des pistes enneigées à Montmartre ; prévoyez plutôt force parapluies imperméables et bottes de sept lieues, bien étanches car pour patauger, nous pataugerons, et ceux qui vivent à la cote 35 niveau général de la France seront installés au bord de la mer dans cent ans. En dessous, ce sera scaphandre à tous les étages.

La Politique est le seul moyen de s'en sortir. Mais il faudra être patients, et se préparer déjà à cette nouvelle vie à laquelle nous n’échapperons pas. Ni nos enfants. Ni nos petits-enfants. Il est trop tard pour tout le monde, mais après les dégâts collatéraux d’usage, l'espèce humaine s'en sortira. Le tout est de limiter cette casse.

Et si quelque chose peut consoler quelqu'un, bien que moi elle ne me console pas, il suffira de penser que les premiers à tomber sous les coups de la nature déchaînée seront ceux qui croient s'en être affranchis avec leur petit matériel, l'américain moyen justement, devenu trop dépendant.

Rendez-vous dans cinquante ans, messieurs les politiques. Tant que je le pourrai, je voterai pour qui de droit et j'écrirai ce que je veux écrire. Et je trierai mes poubelles. Je roulerai au sans plomb, et plus tard à l'hydrogène. Et j'achèterai ce qui n'a pas beaucoup voyagé, quand je peux le savoir. Et si je pars visiter mes lointains amis d'autres continents, je le ferai avec modération en restant sur place le plus longtemps possible. En mangeant les fruits de saison et la viande du coin. Et quand je fumerai une cigarette, j'avalerai la fumée pour éviter l'effet de serre.

Non, je crains que le dernier exemple ne soit un mauvais exemple. Mais il me fallait une bonne raison de me taire.


Ecrit chez Moukmouk, le 10 août 2007.


mercredi 8 août 2007

Lettre à mademoiselle le quart de siècle.


Ainsi va l’idée. Elle franchit la rivière de pierre en pierre, gaie dans le gué. Une pierre blanche pour Pierre, un caillou dans le jardin de Jean, un hibou un chou et un genou, poupoupidou. Un mot un matin vient animer mon écran, et l’idée soudain saute sur la rive et décide de me dérider, décidée cette idée. Une clochette primesautière, le crochet en bataille et la poudre d’escampette en tête, m’oblige dans mon blogue. Alors comme hier je me penche sur mes touches et je laisse l’idée se répandre sur la page électrique, avec ses puces, ses transistors, ses serveurs et ses anagrammes anonymes.


Ma chère Mademoiselle le quart de Siècle, ton mot ne peut rester dans un tiroir à se morfondre, ou dans un recoin de disque dur au milieu de tous ces octets qui le regardent comme autant d'yeux noirs. Prends garde à toi. Il faut que prenne le plaisir d'y répondre.

Bien sûr, deux sujets d'importance s'imposent à te lire tant ils transpirent de tes phrases. Le premier est ton départ annoncé, embarquement immédiat ou différé, je ne sais trop, mais départ à coup sûr, je sentais bien que cette Île-de-France n'accrochait pas tes basques avec assez d'énergie. Tu as invoqué le Jura et ses mystères d’assomption ; est-ce lui qui t'appelle de ses plis géologiques, de ses cluses et de ses plateaux glacés, ou n'est-il qu'un passage de miaou, de mi-août ?

Le Jura ne sera pas sur mon chemin cette fois-ci, je n'ai pas de projet italien pour l'instant.

Oui, tu l'as lu sans doute, j'aime traverser le Jura pour aller à Vérone ou à Côme ou à Venise. Mais je pourrais, tu le penses si fort que je l'entends avant même que la lecture te le fasse penser, je pourrais sans aucun prétexte d’Italie rester dans les plis calcaires, à Baume-les-Dames, près d'Arc-en-Senans dans quelque saline solennelle, à Treffort près du chapeau de gendarme, à Pupillin boire à ta santé du vin jaune et du vin de paille. Je le fis, mais ce n'est pas la tentation du jour. Il serait plus facile de se croiser devant la Grand Poste de notre village ou dans quelque passage bien famé non loin d’ici.

La voilà, la véritable tentation, celle qu’il faut examiner, le deuxième sujet, l'accroc à reprendre.

Es-tu encore ici, à contempler de ton balcon la rue qui somnole, et ton ordinateur est-il ouvert ? Va-t-il s'ouvrir, va-t-il souffrir, pour que ma réponse t'arrive en état de lisible et de risible ? Je les ai vues tes plantations qui s'étiolent. Je l'ai bien vu, que tu as d'autres chats et d'autres chants en tête à tue-tête, et que si les tiges et les feuilles penchent dans le vide du deuxième étage, ton regard penche ailleurs, vers des cieux bleus et des herbes vertes, vers ce qu'il faut construire, en n'oubliant pas de laisser derrière soi ce qui entrave. Je suis passé sous ton balcon mais sobre et je chante mal.

Tu es dans le vrai, oublie la fraise, la capucine, la valse musette et l'accordéon, la chorale de Sainte-Thérèse (j'y connais des voix de plus de soixante ans), oublie ton baobab de balcon et ton arbre à pain de bonsaï, oublie la forêt vierge et les singes à lianes.

Tu vas bien, je le devine, mais la ville t'encombre, non d'Issy mais d'ici, comme disait Médicis qui aimait les calembours laids. Tu vas aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs, parfois elle l'est, parfois non. Nouvelle vie ? Nenni. Seulement et pleinement la suite des aventures du capitaine dont désormais je connais l'âge, le capitaine de quart de siècle, et tous les crocodiles qui l'encerclent dont aujourd'hui elle se rit. Et j'en ris aussi avec toi.

Mais nouvelle vie, pourtant. Tu as l'âge des nouvelles vies. Pense à bien les attraper toutes au passage. Ou à essayer au moins. Celles qui t'échapperont n'étaient pas tiennes, les autres t'auraient manquée si tu les avais laissé fuir. Joyeuses chasses aux papillons, aux boutons, aux fleurons, fée clochette, la vérité est que plus aucun crocodile ne tourne en attendant le capitaine qui dort en toi.

Voilà. Resterait à en dire davantage derrière mon masque de fer. Nous vivons à trois cents mètres de distance depuis quelques temps; pourtant, il n'existe rien de plus que parfois un nimêle, qui existerait pareillement si nous étions à quinze mille kilomètres. Tu te demandes la tête et la voix que j'ai, tu me le demandes. Comment ne pas te décevoir, pour autant que ma suffisance me fasse croire que ce soit une déception si je ne dis rien ?

J'ai bien failli, mille fois, frapper à ta porte. Je n'ai jamais franchi le pas d'icelle. Au nom de quoi et à quel titre ? Nous sommes des constructions d'écran, des marionnettes que nos avons construites au fil des mots, décomposées en pixels tremblants, et je ne sais pas comment j’ai fini par t'apparaître en image, comme tu ignores la tête que tu as sous mes yeux.

Aujourd'hui je m'interroge sur cette sorte de barrière insurmontable qui me fait reculer à chaque envie de franchir la limite du virtuel et du réel. Tu n'es pas en cause, tu es même une des très rares personnes qui serait capable de me pousser à cette folie. Cinq en tout sont-elles. Quatre du virtuel vers le réel, une en sens inverse. Mais le faut-il ? Ne serait-ce pas enfreindre une loi d'airain, une loi inconnue mais absolue, comme celle qui interdit de faire s'approcher la matière de l'antimatière sous peine de les voir se volatiliser en un milliardième de seconde dans un jet de chaleur inconcevable ?

Je le crois, je le crains.

Il est fou de laisser le virtuel s'emparer du réel, et contrairement à ce que tu crois, le son de ma voix n'a rien pour aider la ligne de mes lettres, les lignes de mes mots. Les sons me restent dans le crâne et y résonnent quand je déraisonne, personne n'entend rien. Un jour viendra où un beau parleur, une belle chanteuse, mettra sa voix dans mes pas, dans mes mots, qui prendront alors leur envol tant attendu. Ou ne viendra jamais, ce jour. Longue attente nécessaire et probablement vaine, mais si je n'écris pas et si je n'attends pas, tout sera plus vain encore. Ecrit, vain, non écrit, plus vain que vin.

Et maligne et rusée, tu laisses planer l'annonce de ton proche départ pour aggraver l'envie. Alors j'esquisse un pas de travers, un pas de danse gauche et fragile, un petit aveu qui coûte puisqu'il met en scène celle qui ne m'a rien demandé, celle qui ne me demande jamais rien. Il faut que je te dise pourquoi, au delà du talent, au delà de la jolie spontanéité, au delà de tes loopings de fée clochette, que je dise pourquoi parmi les TRAmeur d'autrefois et les blogueurs d'aujourd'hui, tu restes un écriture que je lis parmi quelques-unes. Tu en penseras ce que tu veux, et peut-être ce que tu as pu lire sur mes blogues te le fait deviner, te l'a fait deviner depuis longtemps.

Je ne demande qu'à continuer de te voir passer sur mes lignes. Je ne peux pas connaître le nom des visiteurs s'ils ne laissent pas de traces en passant, mais tu fais peut-être partie de ces passants, passante sans souci, qui passent et partent sans bruit, après avoir puisé un peu de ma musique silencieuse, et je rêve, après en avoir retiré un peu du sel qui fait leur vie. Ta parole ne peux le compenser bien sûr, mais au moins elle m’aide à cacher le silence de ma fille ; ta parole me fait croire qu'un jour elle aussi reparlera, un jour, le jour que j'attends depuis vingt-cinq ans qu'elle a cessé de me parler, cette année là où tu naissais, et peut-être ce même jour. Voilà ce qui te rend si précieuse, tu lui ressembles tant, même si tu ne lui ressembles pas du tout.

Attention, ne te méprends pas. Tu n’es ni substitution ni transfert, ni écran de fumée. Tu es même plutôt de la génération suivante, mademoiselle quart de siècle. Oui, je suis assez vieux pour que ma fille te paraisse vieille elle aussi, ce que seule l'arithmétique me dit mais ce que je reste incapable de comprendre. Tu es la fée clochette qui tourne autour de ma tête et l'empêche de penser à ce à quoi elle ne doit pas penser pour pouvoir penser à autre chose, tu es le capitaine crochet des soirs d'orage quand le vent se lève et qu'il faut réduire la voilure.

Tu traverses des lieux où j'étais passé dans les temps si lointains qu'ils en sont devenus des rêves flous comme cette maison de pierre fantôme, tu réveilles les Pyrénées qui sommeillent, le Forez enneigé, et la ville du confluent et des collines rousses que j'ai observée du haut des mines de là-haut, du haut de l'autre ville, la noire. Aucun de ces lieux ne me sont natals ni maternels ni ancestraux, quoique les Pyrénées si, tout le monde sait que les sarrasins les ont un peu traversées il y a belle lurette, et mes parents à leur tour dans tous les sens et pour leur plaisir. Mais par ces lieux j'ai pu exister ma vie, affronter les déserts et la philosophie qui va avec.

Il fallait bien que je dise ce genre d'incongruité, puisque tu pars. S'il te reste du temps à perdre, vas de l'autre côté de la place ronde au métro, non loin dans le boulevard diamétral de ton avenue, il se trouve un passage, ce n'est pas une rue, ce n'est pas une impasse (moi une impasse non mais ho), ce n'est pas un chemin, juste un passage qui permet d'éviter la place encombrée pour les malins qui le connaissent, et un jardin abandonné au fouillis du lierre. Regarde et surtout ne dis rien.

Parfois j'y passe. Parfois je m'y terre. Parfois je m'en passe. Parfois je m'enterre.

Je ne peux franchir le pas des mondes parallèles; trop de dangers me guettent, trop de dangers guettent ceux que j'aime si j'enfreins la règle d'airain.

A bientôt sur ces écritures et sur ces écrans joyeux, ma demoiselle. N'oublie jamais que des antipodes les messageries et les blogues vivent aussi, et que te lire est important, en commentaire comme en nimêle. A tout hasard, bon anniversaire, puisqu'il semble ne pas être loin. N'oublie pas de ne pas trop m'oublier.


Ecrit le 5 juillet 2007 pour un quart de siècle, au moins.

mardi 24 juillet 2007

La tentation de l'anonymat, réplique sismique

Il est difficile de se contenter de lancer un billet d’humeur en écho à un billet d’ailleurs. J’ai déjà tenté l’exercice, par la simple copie du modèle suivie ou précédée de mes élucubrances. Alors voilà, il est question de l’anonymat et du pseudonyme, il est question du masque et de la plume, le masque sur la figure et la plume où l’on voudra, il est question de théâtre et d’exhibition, il est question de moi et de l’autre, de celui que je suis et de celui que je représente, qui est parfois autre et parfois moi, mais toutefois pas tout à fait moi.

Le blogue est un exercice qui ressemble à ce que ferait un acteur qui mettrait en scène sa vie, ou qui jouerait sa vie mise en scène par un autre, par une Luce avisée, par exemple. C’est encore elle qui me plonge dans ces abîmes verticaux, et qui m’oblige à remonter à la surface sans avoir l’air de manquer d’air. Elle a écrit un texte de la tentation de l’anonymat, et j’y réponds. Si tu veux lire Luce, va-z-y voir toi-même.

Quelle bonne idée, ce texte, Luce Iole. J'en suis tout joyeux. Tu tritures une question qui me tourne autour depuis longtemps, depuis toujours.

Je t'avais écrit une fois que pour me sortir de ma série des zoms, il me faudrait parler du théâtre, parler théâtre, parler au théâtre. Je ne l'ai pas fait et ma série des zoms est arrivée à son terme. Ou plutôt je suis, moi l’écriveur, arrivé à mon terme d’écriture de zom. Il y avait comme un trou noir, j’ai reculé pour éviter l’attraction définitive.

Tu as répondu à ce billet sur les zoms et le théâtre, à ce billet qui n'existe pas mais que tu m’as soutiré en douce, en m'objectant tout ce que j'avais envie d'avancer, en me donnant les réponses à des questions que je n'avais pas su formuler. Et surtout, tu as trouvé les mots qui conviennent pour expliquer mon incapacité vertigineuse à sortir de ce virtuel, plus enfermant que libérateur.

Et, étrangement, pour légitimer cette incapacité.

Il faut partir de soi seule matière première dont nous disposons, pour parvenir à l'universel seul produit fini qui mérite qu'on se décarcasse, ambition démesurée mais obligée, nul n'écrit s'il n'est pas saisi de cette folie là, et tous ceux qui écrivent en sont saisis quand même ils diraient le contraire, folie des grandeurs, désir prométhéen, nous n'atteindrons jamais ce but ultime encore heureux mais nous y tendons nos forces. C'est pourquoi parfois nous cessons d'écrire, effrayés par nous-mêmes; et c'est pourquoi nous ne cessons jamais très longtemps, impossible d'échapper à l'appel de la forêt.

Mais partir de soi sans abîmer les proches, et en sachant qu'ils savent, qu'ils connaissent le dessous des cartes, et qu'ils sont parfois eux-mêmes une des cartes, jouets entre nos mots et nos phrases; alors un peu de voile de fumée, un faux masque ricanant, avec ce qu'il faut de jeu de piste pour trouver la chair et l'os, mais assez peu pour que ne trouve que celui qui veut vraiment.

Ainsi tu es Luciole pour nous, et Luce est la grande lumière dont nous ne voyons que le reflet dans le buisson.

Ainsi je suis Andrem et Rivière, dont remonter le flux permettrait à qui chercherait longtemps de trouver la source de vrai. Comme avec toi en plus caché, ici et là traînent des traces et des signes, en une sorte de jeu interdit, une mise en danger de même pas peur où je défie le virtuel d'accéder au réel.

Bon, je m'attarde. Je repars vite. Quelque chose me dit que ce fil de commentaire va devenir un billet chez moi. Décidément, c'est ici que s'éveillent mes meilleures idées. Derrière mon masque et ma plume, je continuerai à fréquenter ton salon, Luce.

Iole.

Je sais que je n’y suis pas seul et que certains m’y reconnaissent.

Dédié à Marie Delaine, à Luciole de Nice-en-Île, à Crochet de Lyon-sur-Seine.

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mardi 10 juillet 2007

Encore du pillage

Le billet de Luciole. J’écris mal et peu et je continue à piller sans vergogne les riches salons de causerie. Après Sylviane, voici Luciole. Si vous n’aimez pas les vilains copieurs, passez votre chemin, et allez voir directement chez elle, vous ne serez pas déçus.

Ouvrons les gais yeumets.

(Avertissements, ce texte peut blesser certaines sensibilités, il entre dans la catégorie je touche au tabou de ma mère.)

Deux soeurs et leurs familles respectives décident de se retrouver pour un samedi. Elles ont prévu de se faire une après midi fifille avec soin capillaire et autres, pendant que les hommes et les enfants s'occuperont réciproquement d'eux. Mais la mère des deux soeurs harcèle l'aînée d'entre elle pour qu'elle vienne lui rendre visite ce week-end là précisément. Avec les arguments classiques des mères insupportables qu'on retrouvent toujours dans ce genre de série. " Je me sens si seule, le Week-end d'après il y a un tel qui vient et après c'est machin, j'ai tellement envie de te voir, ça fait si longtemps, je n'ai que ce week-end là de libre, je me sens si seule" etc, dans le désordre et en boucle. Le personnage de la mère a plusieurs caractéristiques, genre vieille ex bourgeoise alcoolique ou vieille ex alcoolique bourgeoise, ça marche dans les deux sens.

Les deux soeurs conviennent d'un compromis. Elles iront ensemble chez leur mère et se prendront quand même leur petit temps de fifille pour soin capillaire et autres coquetteries. L'une d'elle, la plus jeune décide d'y aller sans sa famille, ne pas imposer à son homme cette visite qu'elle sait ennuyeuse, laisser son bébé de quelques mois tranquillement à la maison pendant que les dents font leur sérénade, et se prendre une journée au vert, un peu tranquille (il lui reste quelques illusions sur la tranquillité d'une telle journée).

Le fameux week-end arrive. La mère accueille ses deux filles, s'approche de sa plus jeune et lui dit la réplique qui en général attire les applaudissements et les fous rires du publique dans les sitcoms américains. Cette réplique caricaturale mais savoureuse : " Dis donc, ma chérie, tu n'est plus enceinte, faudrait que tu fasses attention maintenant" le tout accompagné d'un geste condescendant, petit tapotement du ventre encore flasque de la encore récente accouchée.

S'en suit quelques répliques bien acide de part et d'autres, quelques excuses insincères : " oh, excuses moi, ça va!" de la mère avec justification de sa méchanceté à cause de son grand age " c'est l'age tu sais je ne me rend plus bien compte" et des "mais bien sur" de la fille qui finira dans le jardin pour se calmer et ne pas céder à la tentation de la gifler comme on giflerai un mufle, un goujat du même acabit.

L'ambiance est plantée pour la journée.

On parsèmera le tout d'autres odieusetés du même genre de la part de la mère et d'autres répliques bien senties de la part de la plus jeune fille.

On finira sur les confidences, à part, dans la cuisine, entre l'aînée des deux filles et la mère, afin que cette dernière puisse justifier ses paroles par un mensonge énorme qui achèvera de caricaturer le personnage. Un mensonge du style : " Tu sais ma chérie, c'est vrai que j'ai été maladroite, mais si je lui ai dit c'est parce que la dernière fois qu'elle est venue avec son homme, il m'a demandé de lui en parler parce que c'est un problème. Surtout ne lui répète pas hein..." évidemment l'aînée s'empressera de le répéter à la seconde qui finira par en rire n'ayant évidement pas le moindre doute sur son homme et se trouvant finalement fort démuni face à l'incroyable culot d'un tel mensonge.

Ne trouvez vous pas que j'ai là un excellent épisode pilote d'une nouvelle sitcom à l'américaine ? Finalement je devrai aller plus souvent chez ma mère, j'arriverai sans doute à écrire une série entière ...

Fermons les gais yeumets.

Parfois j'ai envie de prendre le parti des parents. Puis je me dis, ne serait-ce qu'en lisant Luciole, ses mots de réconfort là-bas et d'humour ici, que chacun voit 14 heures à la porte de midi.

Puis je me dis qu'il y a le grave et le moins grave, et qu'on ne peut éternellement comparer l'incomparable. Les mères et les filles, vieux marronnier des magazines prétendus féminins, et fond de commerce des écrivaines en banalité de tout poil, se confrontent toujours et comme peuvent le faire de leur côté pères et fils, parfois en mode mineur, parfois en majeur sévère, et chacun doit savoir s'y résoudre, aimer malgré tout sa mère ou son père et leurs ruses éculées pour tenter de se croire encore en charge, encore en vie parfois.

Aimer malgré tout son fils ou sa fille et leur difficulté à s'affranchir du regard du vieux ou de la vieille.

On ne s'affranchit jamais du regard de ses parents, même devenus vieux et même s'ils sont morts. On ne peut jamais s'avouer vaincu par ses enfants, même devenus parents à leur tour, même devenus hostiles résolument et définitivement. Voilà.

L'humour devant ce mal d'humain reste la seule preuve qu'on est adulte, si tant est qu'être adulte est une bonne chose. J'avoue être incapable de l'humour de Luciole tant face à l'ascendance que face à la descendance, et bizarrement en contradiction avec les idées reçues, face à celles du sexe opposé. La mère de moi, ma fille de son père. L'humour ravageur de mon père m'a sauvé de l'habituel conflit de mâles.

Je finis par ne plus trop savoir où je suis.