vendredi 1 février 2008

Les paillettes et la vérité #5/10.

Après l'intervention de la police, le 5 février, dernier avatar.

5. La vulgarité.

Revenons à notre mouton journaliste. Vous reprochez à l’article de reprocher à un président de la République de soigner une forme plutôt qu’une autre, et dans le cas qui nous occupe de faire preuve du mauvais goût d’un nouveau riche pour flatter le bas peuple ; c’est ainsi que j’ai compris votre attaque, basée sur l’idée que le mauvais goût est relatif et qu’il est honorable dès lors qu’il plaît au peuple. Pour qui se prend-il, ce journaliste, pour se permettre de juger du haut de sa petitesse de journaleux ce qui est vulgaire et ce qui ne l’est pas ? N’est-ce pas bien la question que vous posez ? Fausse question, nous savons bien ce que nous voulons dire quand nous posons la question mais pour qui se prend-il.

Je ne critique pas l’usage de la fausse question, c’est un procédé d’écriture courant qui permet de polémiquer joliment. Je m’interroge sur la pertinence de votre reproche. Pour être précis, existe-t-il une vulgarité absolue à laquelle nous apprendrions à échapper, et une vulgarité relative croissante au fur et à mesure que l’on descend l’échelle sociale.

Descendre l’échelle sociale, encore un poncif, non ?

Il n’y a pas de vulgarité relative, il y a une seule sorte de vulgarité, et celle-ci traverse tous les milieux et tous les niveaux de richesse. Sans prétendre la définir ici de façon savante et arrogante, je suis assez grand et assez vieux pour être capable de la repérer, y compris chez moi quand soudain elle survient, dans mes gestes brusques et mes actes manqués, dans les tentatives d’évasion de mon inconscient ou de mon cerveau reptilien. J’en révèle alors plus sur moi-même que n’importe quand, et je suis furieux contre le serpent qui a sévi un bref instant.

Vous n’avez jamais employé l’expression méprisante de bas-peuple. Je la devine pourtant dans votre diatribe, en embuscade aussi chez le serpent qui vous hante, et cela me choque. Nous y reviendrons certainement quand j’évoquerai les intellos que vous haïssez, le populaire, le vulgaire, et tout ce qui s’en suit. Relisez-vous : vous emboîtez le pas au journaliste, vous le suivez dans sa logique et ce n’est pas sa logique que vous lui reprochez, mais les choix qu’il pratique à l’intérieur.

Vous lui reprochez de faire sa mijaurée d’intello parisien qui méprise le vulgum, en lui opposant bien entendu votre ami président qui se montre homme comme tout le monde. Homme comme tout le monde implique que vulgarité est comme tout le monde et que critiquer cette vulgarité revient derechef à critiquer monsieur le tout le monde, le ci-devant peuple. On ne saurait mieux montrer comme vous faites que vulgaire est ainsi directement associé à peuple.

Je vous l’écrivais, vous procédez de cette même logique, en contre-champ certes, mais exactement de cette même logique, en glorifiant le vulgaire au motif que c’est populaire quand votre adversaire mépriserait le populaire, c’est vous qui le dites, en le taxant de vulgaire.

Il faut échapper à cette fausse opposition, il faut échapper au schéma contraignant et contrariant de l’association entre vulgaire et populaire, il faut sortir de cette logique. Bien entendu, il me faudrait disserter sur la différence entre vulgaire et populaire. Et si le piège était justement cette dissertation, cette tentation de lier les deux notions, et du coup de les associer, association malfaisante sinon de malfaiteurs ? Et si la seule échappatoire était de proclamer qu’il n’y a rien à voir entre l’une et l’autre, et chacune existe dans un univers qui n’est pas celui de l’autre ? Et s’il fallait d’abord crier cela, au lieu de tergiverser ?

Vous n’avez pas voulu le faire et votre journaliste non plus. Sachez que je trouve infiniment plus de vulgarité dans les comportements des messieurs qui nous gouvernent aujourd’hui, de Devedjian à Fillon, de Copé à Hortefaux. Exactement cette vulgarité que je vois chaque jour chez les élites de nos belles entreprises qu’on nous vante, ces fameux grands dirigeants plus soucieux de leurs parachutes dorés que du développement du commerce et de la recherche.

Et ces grands dirigeants eux-mêmes ont une armée de petits chefs à leurs basques qui en rajoutent, qui se vantent de leur ignorance et qui font profession de mépriser le savoir et surtout la volonté de savoir, l’envie, le désir de savoir, la souffrance de ne savoir pas. Un seul exemple : cette admiration mille fois répétée de ceux qui ont réussi, comme ils disent, sans avoir le bac. Réussir signifie dans leur langue être cousu d’or. Je ne vais pas disserter sur toute la construction mentale qui soutient cette attitude, vous êtes assez grande pour le faire vous-même, qui gagnez vos diplômes à la sueur de votre cerveau en cela vous n'êtes pas des leurs.

Leur petit pouvoir de riches face aux hommes qui triment, et dont ils abusent. Je ne vous parle pas ici des artisans, des petites entreprises qui représentent en vérité l’élite de notre société, la véritable élite, mais ces Maîtres de Forges et leurs sbires qui aujourd’hui encore dirigent le pays et ont fait de ce président leur valet de chambre en lui donnant des hochets brillants.

Je vous fais un discours à la Zola, ringard et vieillot à mon tour. Oui chère Alliolie, la misère est ringarde et vieillotte et je la côtoie chaque jour sans en faire partie heureusement, ce n’est pas moi qui me plains ici. Je comprends qu’elle encombre et qu’on cherche à la mettre derrière le mur de l’ignorance, pour débattre entre nous bien au chaud de ce qui est bien et de ce qui est mal. Votre président a remis le discours façon Zola à la mode, en contre champ, et chaque jour on l’entend un peu plus fort. Votre, notre président à tous.

Voilà ce qui est vulgaire et ce qui ne l’est pas, Alliolie, la vulgarité n’est pas compatible avec la misère. Je sens que vous préfèreriez que je modérasse mon langage, et que je n'utilisasse point le mot de misère, trop chaumière et compagnie n'est-ce pas. Sans parler du subjonctif dont je sens qu'il traîne, employé ici, comme un relent de vulgarité, lui-aussi. Je reprends ma phrase et je n’écris donc pas misère, à vous qui croyez qu’elle n’existe pas chez nous : la vulgarité n’est pas compatible avec la pauvreté, celle-là existe bel et bien, comme vous savez.

Je sais, pour la voir chaque matin s’étaler avec suffisance sur la moquette des étages prestigieux, où elle se trouve, la vulgarité.

Ces gens là, dont vous êtes persuadée que je les caricature, ce sont aussi des intellectuels, et eux aussi prennent des airs suffisants devant un ouvrier qui ne comprend pas son licenciement, une secrétaire enceinte qui se voit reprocher son enfant, un cadre âgé qui se voit placardisé pour cause de vieillerie. N’oubliez pas au passage la grande hypocrisie générale qui prétend mettre au travail les vieux en leur reprochant de ne pas courir comme des lapins, de coûter cher, de dépenser gros.

Voilà ce qu’est pour moi la vulgarité. La bassesse. La grossièreté. L’ignominie. Tout ce dans quoi aujourd’hui cinquante-trois pourcents de mes compatriotes sont très satisfaits de se vautrer. Je suis démocrate et je respecte les lois votées par des élus que je n’ai pas élus. Mais je suis démocrate et je garde mon droit à m’en plaindre, haut et fort. Je ne suis plus au stade du procès d’intention comme vous me le reprochiez pendant la campagne, je regarde et je vois, et ce que je vois est pire que ce que j’imaginais dans mes pires cauchemars.

Je garde le droit de juger comme je veux ceux qui pourchassent les enfants un peu trop typés en leur tendant des pièges. Ceux-là, je les appelle des ordures, démocratiquement élues.

lundi 28 janvier 2008

Les paillettes et la vérité #4/10.

4. La forme et le fond.

Je n’ai jamais voulu distinguer l’un de l’autre, sinon parfois pour quelque commodité subalterne mais non sans danger. Ils sont étroitement liés, et une forme mal soignée trahit ou traduit un fond délétère, un laisser-aller de la pensée. Ainsi je n’aime pas les prestations publiques de ce président, son agitation, ses ricanements, son air de roquet arrogant, qui sont la claire signature de ses lois, décrets et décisions dont peu me conviennent si j’en reste aux euphémismes.

Vous allez me répondre que j’évite ainsi les sujets de fond en m’intéressant aux formes, en critiquant le visuel, et que je pratique le détournement de la pensée en prétendant dénoncer cette même manœuvre chez l’autre. Il n’en est rien, chère Alliolie, et de faire cette critique sur la forme est le premier pas vers les critiques dont je ne me sens pas dispensé mais qui en font résolument partie, les critiques des lois, décrets et décisions, les critiques de la pensée et l’action de ce monsieur et de son scribe, sans parler même du pillage éhonté d’autrui et des détournements scandaleux ; critiquer ce que vous tentez de minimiser en le nommant forme est déjà en soi une attaque sur le fond, quand même on voudrait séparer ces deux notions. Et l’homme lui-même en est conscient qui utilise l’une pour faire avaler l’autre.

Tous les pouvoirs l’ont compris depuis la tribu primitive et ses sorciers accoutrés jusqu’aux fastes lourdingues des empires communistes. Les derniers rois de France ont construit Versailles pour clouer le bec aux petits hobereaux et aux grands ducs, les empereurs de Chine la cité interdite pour se rendre inaccessible et divins, et les républiques ne sont pas en reste qui ont construit une maison blanche là-bas ou qui dans nos parages ont installé leurs pompes dans les anciens palais aristocratiques. Le pouvoir n’existe que dans l’apparat et la manière, et un changement de manière est en premier lieu un changement de politique, un changement de fond.

Ne me parlez pas de rupture j’ai les lèvres gercées et le rire m’est douloureux. Je crains que ce ne soit pas que les gerçures.

Les gesticulations de notre agité ne sont pas indifférentes ; leur mettre un cache-sexe dénommé vie privée est une façon indirecte de reconnaître que la forme n’est pas satisfaisante, et donc une façon de tomber d’accord avec moi que cette présidence démarre sur de mauvais auspices politiques. Il y a à mon sens une cohérence absolue entre les gesticulations médiatiques de l’individu et les mesures qu’il prend en leur donnant le nom de réformes, encore un mot comme écran de fumée. Je lui reconnais bien cette cohérence, tout comme la cohérence avec ses discours de campagne. Pour une fois qu’un président confirme les engagements qu’il avait pris, voilà que je m’en plains ; c’est logique que je m’en plaigne n’ayant pas voté pour lui mais alors pas du tout, mais je reconnais qu’il tient ses annonces, que je ne qualifierai pas de promesses.

Rien que par l’image qu’il nous donne de lui, n’oubliez jamais que cette image est soigneusement construite et n’est due à aucune malveillance médiatique du genre tous contre lui, bien au contraire, ses conseillers y travaillent d’arrache-pied et suivent ses consignes féroces sous peine de jeté à la rue, rien que par cette image voulue, il me donne toutes les bonnes raisons de le rabaisser dans mon échelle à moi et d’avoir honte de sa présence dans le monde, d’avoir honte pour mon pays. Honte.

Laissons là ce point de vue, il est ici seulement pour illustrer mon propos de fond et de forme ; je ne vais pas défendre plus avant mais je ne perds rien pour attendre, la honte j’en traite ailleurs et longuement. Ce n’est pas le sujet qui nous intéresse ici, même si tôt ou tard nous devrons en débattre, y compris dans le présent discours. Si par hasard la façon d’être et de paraître de notre pouvoir actuel devait vous embarrasser, la forme pourrait-on prétendre, une supposition que je vous demande ni d’infirmer ni de confirmer, soyez en sûre : quelque chose vous embarrasse dans les décisions qu’il prend qui engagent votre avenir, bien davantage que le mien au demeurant, le fond en quelque sorte.

#5/10 à suivre

.

vendredi 25 janvier 2008

Les paillettes et la vérité #3/10

3. Le coup de pied de l’âne.

Je ne suis pas dupe, et votre façon de viser la complaisance pipeaulisante des journalistes a visiblement voulu atteindre Ségolène Royal. Ce que j’appelle votre coup de pied de l’âne à Ségolène. Des nombreuses déceptions que j’ai ressenties en vous lisant, celle-ci est la plus désolante. Vous auriez pu au moins avoir la prudence de noter qu’en matière de pipeau, l’un comme l’autre des deux anciens adversaires ont fait très fort, et que aucun des deux n’a de leçon à recevoir de l’autre. Ce serait une sorte de minimum entre nous.

En supposant que j’aie la conviction contraire, nous ferons chacun un effort, et nous observerons qu’ils ont tous deux largement utilisé cet artifice lors de leur campagne.

Nous observerons aussi que Monsieur Sarkozy a mieux réussi son coup que Madame Royal, et que le plan pipeaule a probablement nettement moins joué dans la réussite de l’une que le plan pipeau pour l’autre. En cette matière je reconnais à Monsieur Sarkozy une bien plus grande compétence que Madame Royal. Depuis belle lurette, les journalistes et surtout les bien pensants de service et de toutes obédiences, s’en donnent à cœur joie sur la pipeaulisation de Ségolène qui en vérité ne se plaint pas du phénomène et va parfois au devant, je le déplore sincèrement comme, je le suppose, vous.

Il y a plus inquiétant. Il n’y a pas de réciprocité, même sur ce sujet, et les journalistes, je veux dire les plus bruyants et les plus envahissants, ont largement choisi leur camp. Bien avant le résultat final, peu me chaud en vérité qu’il y ait complot ou non, ils ont déroulé le tapis rouge pour l’un et les peaux de banane pour l’autre, et que l’une ait eu une rare faculté à glisser dessus quand l’autre savait très bien descendre l’escalier d’honneur n’y change rien.

La Royal, ils n’en attendaient que les mots étranges pour les transformer avec allégresse en bourdes puisque mots incongrus et inattendus, les journalistes ne savent que faire des mots incongrus ; en bourdes aussi puisque parfois incompréhensibles sans un minimum de réflexion ce dont les journalistes sont dépourvus non par manque d’intelligence mais par soumission à l’audience et peu importe le support, écrit, entendu, vu ; en bourdes puisque parfois vraiment incompréhensibles et en cela Ségolène Royal est fautive en effet.

Oui, même pour les journalistes, il faut bien vivre parfois.

Vous avez affirmé que les journaux auraient tu le goût pipeaule de Ségolène quand ils en rajoutaient pour Nicolas, et vous laissez croire que ce serait par soumission à la dame blanche ; c’est évidemment Ségolène que vous visiez ainsi, non les journaux et leurs plumes, leurs voix. Emportée par votre envie de dégommer, vous n’avez pas songé que la sévérité avec les journalistes étaient bien plus opportune que celle à l’encontre de la dame. D’autant que votre affirmation est parfaitement fausse pour ce qui est du passé récent, ou alors vous avez tellement eu envie de le croire que vous l’avez cru. Et prétendre que la pipeaulisation d’aujourd’hui serait moins envahissante si Madame Royal l’avait emporté hier relève de la pure fiction que rien n’étaie, sinon pour sous-entendre et c’est le sous-entendu que je vous reproche, que Madame Royal serait plus manipulatrice que Monsieur Sarkozy.

En tous cas, j'aurais espéré en effet qu'elle eût moins fait de pipeaulisation, mais je n'en suis pas certain du tout. Le coup de pied est malséant et mal venu, car personne ne pourra jamais dire ce qui aurait tété si. Malséant car trop facile, indémontrable, irréfutable, et inutile.

Ségolène victorieuse, la mangeoire n’aurait pas changé de camp, et les patrons des journaux seraient restés les amis de ceux dont ils sont les amis. Ils auraient fait semblant de soigner la forme, en feignant de croire que c’est suffisant alors que c'est impossible. Je précise que j’ai tenté de rester simpliste en amalgamant les journalistes en une sorte d’engeance détestable. Je restais ainsi sur le terrain que vous aviez choisi, vous. J’aurais pu me lancer dans des précautions oratoires permettant de distinguer les bons de l’ivraie, les caméras des plumes, les soignés et les négligents, les paillettes et les réflecteurs.

Nous savons, vous et moi, qui est concerné dans l’affaire et nous ne chercherons pas des disputes collatérales, qui seront savoureuses aussi, je n’en doute pas. Nous savons, vous et moi, que l’engeance journalistique est précieuse et qu’il vaut mieux avoir de l’ivraie dans son jardin que des barreaux à sa fenêtre.

Suffisant est le mot. J’observe que la complaisance des journaux est à l’unisson de la complaisance affichée de l’homme pitre en question. Que parfois il interrompe brutalement cette complaisance en cassant le bras d’un photographe n’enlève rien à cette complaisance, et prouve seulement le mépris qui l’habite pour l'engeance, toujours elle, photographes, paparasoirs, journalistes. Il les veut à sa botte, il veut surtout que rien ne dépasse. Je réprouve cette forme d’apparence de complicité entre pouvoir et relayeurs, dont la seule victime est finalement la liberté d’information.

Brutalement. Vous avez su comme moi la mésaventure arrivée à ce photographe en Égypte, qui pourtant ne faisait rien de plus que ses collègues. Mais il est vrai qu’à ce moment là le petit chef ne faisait pas le pitre avec la belle mais avec ce Kouchner et qu’il s’agissait là d’info et non plus d’intox. Alors, évidemment, casser le bras. Exprès. L’intox est salutaire à ce monsieur, mais l’info est dangereuse.

Certes, je n’aime pas davantage lorsque Madame Royal s’exhibe chez Ruquier ou Fogiel en y prenant des airs de la Sainte-Nitouche qu’elle n’est pas et que je ne veux pas qu’elle soit, mais ces minauderies ne sont rien en comparaison du battage insupportable et ridicule dont nous affuble notre pitre de service manifestement très satisfait, devant qui nos journalistes sont comme caniches en manque. Et si nous l’écoutions un peu, la Sainte-Nitouche avec son air de n’y touche pas, nous verrions qu’elle a bien des questions à nous poser, des pistes à nous faire explorer, des révolutions invraisemblables à nous proposer. Peut-être ce sont ces révolutions qui nous font peur, et le fait est que parfois elles me font peur. Alors on donne le change, on n’écoute pas et on ricane sur son ton pincé et son air madonné.

Oui je sais le mot pitre n’est pas élégant. Il fait tache dans mon monde d’intellectuel précieux et snob. Je ne fais pas dans l’élégance et j’appelle un chat un chat. Je reviendrai sur ces sujets plus loin, la liste me permettra même d’y revenir plusieurs fois pour préciser la violence de mes idées, du moins la violence qu’elles ont prise depuis ces quelques mois. C’est incroyable comment ce qui pouvait passer pour un simple procès d’intention à l’époque est devenu plus grave que toutes les fictions que je me construisais en n’osant pas me croire moi-même. Car si j’écoute l’une, j’écoute aussi l’autre, et j’ai froid soudain. C’est pourquoi il n’aime pas trop qu’on écoute et décortique, c’est pourquoi les paillettes lui sont si nécessaires.

Que monsieur Sarkozy se répande et se mette en scène n’est en rien le fruit du hasard mais une politique de communication soigneusement organisée. Je mets des guillemettes à communication, tant ce mot me déplaît. Mais je dois bien l’utiliser dans ce cas, vous m’y contraignez. S’il y avait foule de caméra et de micro à Disney l’autre jour et plus récemment à Luxor, ce n’était pas un hasard et me le faire croire serait me prendre pour un imbécile. Après tout pourquoi pas.

Ce n’est pas parce que l’air du temps le veut ainsi qu’un président se doit de courir après une image, un Président dispose d’un pet majuscule, et si j’emploie à son sujet des mots trop, comment dites vous déjà, vulgaires, on ne manquera pas de me traîner devant les juges. En contrepartie, il pourrait éviter que les seuls mots qui me viennent à son sujet soient justement des mots vulgaires, et je les pèse.

Voilà, j’ai toutes les transitions qu’il me faut pour poursuivre, un peu trop même.

#4/10 à suivre

.

jeudi 24 janvier 2008

Les paillettes et la vérité #2/10

Bonjour Alliolie.

C’est moi qui écris, désormais.

Vous avez dû soupçonner que je me réveillerais à ce billet et que je suis en désaccord avec vous. Vous avez deviné juste.

Votre billet traite simultanément de plusieurs sujets qui mériteraient de longs détours chaque, je vais donc faire dans le succinct et le simpliste. Tant pis pour vous, ce sera la punition de Noël.

Entendons-nous bien sur le domaine de mon intervention. Je n’ai pas lu l’article que vous stigmatisez, je ne connais pas le journaliste qui l’a écrit, ni en tant que journaliste de signature familière, ni en tant que personne en chair et en os. Je me fie donc entièrement à ce que vous en décrivez, sans suspicion d’aucune sorte sur une éventuelle incompréhension de votre part en l’ayant lu.

Vous avez ce talent de savoir transmettre l’essentiel de ce qui vous motive dans vos arguments, donc de me permettre de comprendre à quoi vous vous opposez. Le sujet de mon irruption ne consiste pas à défendre l’article incriminé, mais à exprimer mes propres idées et à me plaindre de votre façon d’attaquer et de l’usage que vous faites de ces armes de destruction massive que sont les poncifs et les lieux communs, rejoignant dans un même tourbillon les facilités que vous vouliez combattre.

Je vous avais cru d’une autre trempe.

Alors voyons quels sont les points qui me chagrinent dans votre texte. Un rapide aperçu servira de vade mecum dans le fouillis de mes idées, et m’évitera peut-être les emmêlements de pinceaux qui rendent ma tâche si lente à sortir.

  • La forme et le fond.
  • Ce qui est vulgaire (poncif n°1).
  • Ce qui est populaire (poncif n°2).
  • Les intellos et le café de Flore (poncif n°3).
  • Ce que doit être un président de la République.
  • Ce que n’est pas un chef d’Entreprise.
  • Le coup de pied de l’âne à Ségolène.

Certains sujets vont rebondir sur d’autres, j’espère éviter les redites inutiles, et j’espère échapper à la contradiction, ce qui ne manquerait pas de réveiller votre ironie. Tant pis pour moi, et votre ironie serait alors précieuse pour m’obliger à creuser davantage.

Il m’en faudrait, des pages à répondre. J’ai évoqué le succinct et le simpliste, je vais tenter d’y échapper au prix de la longueur et de l’ennui, de la dilution. Mais la compréhension est à ce prix, je veux dire la préhension, par moi, des thématiques que vous abordez. Vous avez ce mérite de savoir condenser en quelques paragraphes de quoi écrire un grand livre de colère inventive. Ici n’est pas fait pour un grand livre, et je commencerai par là où vous avez fini.

#3 à suivre.

mardi 22 janvier 2008

Les paillettes et la vérité #1/10

Janvier 2008. Présentation et introduction: l'objet de mon ressentiment.

Origine : un billet d’Alliolie, qui va me lancer dans une longue improvisation libre, du genre je tourne sur moi-même comme un derviche possédé.

Parfois des polémiques m'opposent, chez elle, avec Mademoiselle Alliolie. Tu ne connais pas mademoiselle Alliolie, vas-tu me dire. L'important n'est pas de la connaître, mais de la lire. Bien entendu, tu qui erres par chez moi, tu ne seras pas obligé d'aimer ce qu'elle écrit, ni d'approuver. Mais il con,vient de lire doucement et de sentir souffler le vent contraire.

A quoi bon réfléchir si aucun miroir ne nous renvoie la balle ?

Autant choisir le bon miroir. De ceux qui peuvent renvoyer des balles tordues, des balles limées, des balles traçantes. Tant pis pour moi si elle renâcle, ou si elle répond vertement, ou si elle ne répond pas. Je me lance dans un long discours sur un billet d'Alliolie, après beaucoup d'hésitation et de cogitations, car tel le lièvre en mon gîte je songeai. Car quy faire d'autre ?

J'avais étalé le billet ici même, depuis quelques jours. En réalité, il est plus juste de te contraindre à l'aller lire. Chez elle, dans son terrier, dans sa forteresse restée ouverte. Ensuite, tu pourra revenir ici pour me désapprouver, pour me compléter, pour m'applaudir ou me siffler. Tu auras peut-être un peu de mal, tant de choses sont dites qui s'entremêlent, s'entrimêlent, où le clair chemin du tenant vers l'aboutissant est embroussaillé, et où chacun puisera à sa guise l'eau et le sable du fond du puits, ou seulement la mousse qui donne un drôle de goût, juste en surface.

Alors j'ai effacé le texte de la belle, et je l'ai remplacé par son lien. Voilà le lien lié.

Un titre et un nom de blogue?

Vagues tentatives d'anticonformisme

DATE DU BILLET D'ALLIOLIE: Samedi 22 Décembre 2007

Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit


Réponse suit.

lundi 7 janvier 2008

Relayer une lettre d 'honneur

Relayer une lettre d’honneur

Une amie de toile m’a donné à lire cette lettre. Je n’ai rien écrit et je souscris tant à tout ce qu’elle porte que je ne peux que la mettre en billet de bloghumeur. Et je reste silencieux, que dire de plus et que dire mieux, dans cette honte qui nous accable, dans cette boue où patauge ce pays que nous aimions, et que peut-être nous continuons à aimer puisque justement, nous avons honte de la boue qui le souille.

Lettre ouverte de Danièle Dugelay adressée à Nicolas Sarkozy à la suite de l’allocution du Président de la République dans la basilique Saint-Jean de Latran, le jeudi 20 décembre 2007 (sur le site de la Ligue des droits de l'homme de Toulon).

Le 30 décembre 2007.

Monsieur le Président de la République,

C’est avec beaucoup d’attention que j’ai lu votre discours du 20 décembre 2007 à Rome. Je ne peux m’empêcher de vous écrire combien il m’a indignée et blessée, sans doute comme beaucoup de Français.

Votre perception parcellaire de notre Histoire et de notre culture est surprenante. Il semble, selon vous, que le monde a commencé à exister avec la chrétienté. Avant, c’était le néant et là seulement apparaissent les origines de notre culture. J’ai dû avoir de bien mauvais maîtres pour qu’ils m’aient enseigné l’existence des cultures antiques européennes ou d’autres continents. Ils ont même eu l’audace de me parler de mythologies ou de croyances païennes dont on trouverait encore des traces dans nos provinces. Il est exact que la religion catholique nous a imposé pendant plusieurs siècles son carcan culturel, sa confiscation des sciences et le pouvoir politique de droit divin, avec tous les malheurs, les guerres et les violences qui les ont accompagnés.

Toutefois, vous, Monsieur le Président, qui aimez les ruptures, vous ne pouvez oublier que nos ancêtres ont rompu avec le Divin, malgré plusieurs soubresauts, entre 1789 et 1905. Ces racines-là, avec celles issues de la Commune et de l’histoire du Mouvement Ouvrier, sont chères à beaucoup d’entre nous. Quant à nos grands écrivains, eux qui ont su faire la gloire de notre belle langue, vous n’en citez que quelques uns, oubliant peut-être les plus importants. Je n’ose croire que ce sont des lacunes, ce qui serait grave pour un Chef d’Etat ; je suppose qu’il s’agit plutôt d’une mémoire sélective et n’est-ce pas encore plus inquiétant ?

Les Françaises, les Français ne supportent pas qu’on touche à l’intégrité de leur territoire, de leur Histoire, de leur culture. C’est ce qui fait notre identité nationale et c’est aussi pour la défendre que la Résistance s’est dressée pour s’opposer au nazisme.

D’autre part, vous ignorez, certainement volontairement, la définition simple et précise de la laïcité donnée par tous les dictionnaires, notamment celui de l’Académie Française. Vous préférez en donner un concept, plus malléable, et qui finalement vous est personnel. La laïcité, Monsieur le Président, est ou n’est pas. Tout qualificatif, tout complément, serait réducteur et une laïcité réduite n’est plus la laïcité. C’est encore une spécificité française, inscrite dans notre Constitution qui ne peut être modifiée que par un référendum ou par un vote du Congrès. Tout artifice, toute ruse en la matière, constitue une atteinte à nos institutions dont vous êtes garant.

Par ailleurs, Monsieur le Président, je trouve surprenant votre classement des citoyens en deux catégories de valeurs inégales : les bons citoyens, croyants et donc aptes à connaître la morale, et les autres qui ne peuvent accéder à aucune éthique parce qu’ils n’ont pas l’Espérance. Juger ainsi une partie importante des Français, le faire en pays étranger, blesser ainsi des hommes et des femmes que vous êtes censé représenter, est-ce que cela fait partie de vos attributions ? Personnellement, j’ai été très choquée. D’ailleurs, est-il nécessaire de craindre le jugement de Dieu ou de vouloir mériter le Paradis, d’acheter des indulgences en allant à Lourdes lors de la visite papale, d’espérer un pardon en confessant ses fautes, pour distinguer le bien et le mal ? Vous refusez de reconnaître tout souci de la morale aux agnostiques et aux athées qui sont souvent des humanistes. Ceux-là sont seuls face à leur conscience, à leurs interrogations. Ils doivent affronter regrets et remords, réparer leurs erreurs éventuelles. Leurs efforts pour améliorer la condition humaine, les choix rationnels qu’ils font dans ce but en donnant ainsi un sens à leur existence, n’ont-ils pas autant de valeur qu’une morale imposée par un dogme et uniquement fondée sur l’Espérance ?

Il est vrai que la morale n’est pas la même pour tous les individus :

- Etablir des privilèges fiscaux et juridiques pour les plus fortunés d’une part , et d’autre part organiser la paupérisation des classes moyennes et des plus défavorisés,

- Risquer la désespérance dans nos ghettos de banlieue où le chômage des jeunes bat tous les records et n’y répondre que par l’envoi de la force publique,

- Etaler un luxe tapageur et, dans le même temps, diminuer le pouvoir d’achat des retraités et augmenter les dépenses des malades les plus atteints,

- Mettre en place la concurrence entre les salariés, les diviser à propos de prétendus privilèges, leur faire miroiter une amélioration « au mérite » et leur faire accepter ainsi le harcèlement au travail, l’idée de la nécessité d’un zèle qui en conduit certains à la dépression et parfois au suicide,

- Installer un tel climat de terreur que des adultes et des enfants se jettent par la fenêtre à l’arrivée de la police,

- Ecarter du domaine de la loi subrepticement des éléments essentiels de notre Code du Travail pour pouvoir les modifier plus facilement,

- Faire condamner la France, à son grand déshonneur, par l’ONU et par l’Union Européenne pour la manière dont y sont traités les demandeurs d’asile et les personnes incarcérées…

... et ceci n’est pas une liste exhaustive, mais des exemples.

Faire ces choix, c’est peut-être conforme à votre morale, Monsieur le Président de la République, mais certainement pas à la mienne. Il est vrai que je suis une pauvre athée, citoyenne de deuxième zone. Pourtant, je pense que suggérer que cela pourrait être inspiré par une éthique religieuse serait faire injure aux croyants.

Vous aimez, paraît-il, le « parler vrai », aussi je vous ai écrit ce que j’avais sur le cœur.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de mon respect pour votre fonction et de mon profond attachement à notre République.

Danièle Dugelay, citoyenne française, Saclay.



Je n’ai rien rédigé de tout cela mais pourtant je signe cette lettre aussi, des deux mains. Passant qui passe, prend la à ton tour dans ta besace et porte la au monde extérieur, où ne sont aujourd’hui que pleurs et grincements de dents.

vendredi 28 décembre 2007

Des cultures mélangées #5.


5. Le désert et le tissu.



Tu vois, je n’ai pas oublié. Les quatre épisodes ont fait un petit cinquième. Je ne me referai jamais. Habiba n’a pas terminé son histoire et nous en saurons un peu plus bientôt. Mais ce qui est écrit est écrit, et ce qui lui arrivera ne change rien à ce que j’ai dit.

Je connais une Habiba voisine. Je la vois, doucement, à son rythme, presque à son insu, ne serait-ce qu’en remarquant chaque jour son voile un peu plus accroché autour d’elle, de plus en plus serré jusqu’à se plaquer à la forme du crâne à en écraser les cheveux, comme une dernière racine à laquelle s’agrippe celui qui va tomber dans la cataracte. Inévitablement, il lui échappe, son voile, il s’envole et ses cheveux trouvent le chemin de la lumière. Elle sait qu’ils dépassent et n’en resserre que plus fort le nœud ; son mari aurait pu se nommer Aziz, mari normal et c’est là le plus terrifiant, normal, ni bourreau ni fanatique, normal. Ainsi je devine qu’elle s’interroge.

Elle ne me dit rien, pensez donc, je suis un extra-terrestre pour elle et je n’ai là aucune espèce d’importance. Elle seule face à elle importe, elle doit faire seule ce chemin, dans son corps et dans son âme, et ce chemin est douloureux. Je n’y peux rien, sans regarder je le vois, je la vois qui s’y engage, en avançant un pied puis l’autre, entre rempart et précipice.

Son voile, bout de tissu si peu anodin, n’est pas un accessoire vestimentaire secondaire, mais n’est pas non plus la cible honnie à viser et arracher, le seul sujet de nos conversations civilisées. C’est bien ainsi que nous sommes, n’est-ce pas, quand nous conversons de voile.

Au bout du compte, il ne cache rien, bien au contraire, il dévoile ce qui se passe.

Je suis sûr seulement d’une chose, dans l’histoire d’Habiba, avant d’en connaître la fin. Elle est entrée dans notre monde, Habiba, elle devenue partie de notre monde, elle l’a enrichi de sa présence et de sa vie, ni plus ni moins que moi, ni plus ni moins que toi. Elle a déjà fait une bonne part du chemin parcouru par sa fille qui la guide.

Elle n’est plus fille de douar.

FIN.

jeudi 27 décembre 2007

Des cultures mélangées #4.

4. L'histoire de Malika.

Malika est partie. Elle est partie pour construire un couple, ce n'est pas un hasard quand j'écrivais qu'un couple est une décision et je savais que nous y viendrions ; qui pourra nier qu’il y a eu décision de Malika, rien qu'à imaginer tous les liens qu’elle a dû détruire en elle et hors d'elle, pour partir construire sa vie. Malika est de ce monde-ci, nommons-le comme nous pouvons, notre monde, le nôtre, l’occident, donnons lui des airs plus libres, le monde de la république et de la citoyenneté, le monde où Dieu nous laisse en paix. Ce monde est nôtre. Il n’est pas supérieur au monde sarahoui, il n’est pas du même climat et c’est celui-ci où nous sommes. C’est celui-ci où a grandi Malika. Nous sommes ni meilleurs ni pire qu’elle, nous avons la même tête qu’elle, à l’intérieur. Notre sœur.

Que savons-nous du bonheur de Malika et de ses tristesses, du voile de poussière impalpable qui lentement recouvre un monde perdu, moins qu’on croit mais plus qu’il faut : le douar vit en elle, même si elle n’en est pas et n’en a jamais été, il l’aide face aux défis quotidiens comme la parole de mère le fait aussi, à elle comme à chacun. Le douar est la parole de sa mère. Malika contient en elle toutes les batailles, gardons ce mot de culturel bien qu'un peu trop simple, batailles culturelles qu’un couple doit livrer à deux, entre eux et face aux autres.

Au lieu de l’aider, son père l’a contrainte à choisir, comme si un tel choix était nécessaire à supposer qu’il soit possible, en lui interdisant le choix. Son père a plus sûrement détruit sa propre culture ainsi que par les ravages du feu et du sang.

Il y a toujours là-bas des oasis où la vie est précautionneuse. La culture y reste vivace et forte pour qui s’y attache et s’y tient. Et s’il faut penser à d’autres voies de la raison quand le ciel se couvre et que la nuit tombe sans même qu’on le remarque, elle ne disparaîtra pas dans le changement des formes et des habitudes. Elle se mettra en boule dans un recoin de l’âme, et le moment venu saura apporter à ceux qui l’auront protégée le réconfort à des fatigues qu’on ne peut encore prédire, et parfois la réponse à des défis qu’on ignore aujourd’hui.

Les traditions et la culture sont le fruit d’une société, elle-même le fruit d’un climat, soyons simplistes. Tu changes de société, tu changes de climat, et la tradition devient prison. Mais bon, je sais, ne me le dis pas je le sais, que je suis blanc, homme, chrétien de culture mais athée de décision, et vieux, trop vieux sans doute, et qu'il m’est facile de faire le malin.

Et pourtant nous aussi, nous aurions besoin de sarahoui. La ceinture d’Aziz et nos ceintures de chasteté resteront celles qui interdisent cet ensemencement.

#5 à suivre. Je ne tiens jamais mes promesses, il y aura un cinquième billet.

.

mercredi 26 décembre 2007

Des cultures mélangées #3.

3. L'histoire d'Habiba.


C’est sur Habiba que je veux écrire, et à qui ce billet très incertain est dédié. L’histoire d’Habiba est chez Marie-Laure, et là je mets un lien hypertexte, sinon comment lire ce que j’écris si l’histoire est inconnue. Vingt-quatre billets à lire à ce jour, un de plus chaque matin, comme la décision du couple vous-vous souvenez ? L’histoire d’une fillette qui grandit et découvre le monde depuis son village aux portes du désert, loin des grandes villes et des agitations du monde, mais qui autant par curiosité que soumission va partir à la conquête d’autres pays et d’autres vies.

Comment savoir s’il s’agit de conquête, vraiment, malgré toute son intelligence et sa curiosité.

En tous cas, c’est bien une histoire de différence culturelle, de traditions, d’usages, de pratiques, et c’est pour elle que je me penche sur ce destin inachevé. Je pourrais l’intituler : comment les traditions qui permettent la vie dans un monde donné deviennent prison quand on change de monde.

Mais l’intitulé est déjà une réponse à la question que je me pose, et en cela il est malhonnête puisqu’il crée dans votre tête du cerceau disponible pour vous fourguer mes idées. Allez donc faire connaissance avec Habiba Chez Trassagère. Histoire d’Habiba, décembre 2007.

Quelque chose commence à m’embarrasser dans cette histoire. Le poids des traditions, le poids de la culture, et parfois la nécessité de ces traditions et de cette culture pour vivre dans un monde donné, par exemple la limite du désert, cet espace qui me fascine tant mais impose sa loi. Mais une fois changé de monde, tout se détraque, comme le montre l’histoire, dont je suppose qu’elle n’est pas finie.

Habiba qui dispose de toutes les armes pour comprendre, n’entrevoit même pas que certaines chaînes n’ont plus lieu d’être. Mais je vais peut-être plus vite que la musique, et les filles à leur tour ont peut-être leur rôle à jouer. Au vingt-et-unième épisode de l’histoire, je ne savais pas que Malika allait entrer en scène, comme pour venir m’encourager dans mes fictions. Pour son pire, mais en sommes nous si sûrs ?

Habiba ne connaît pas ses petits enfants. Elle attend, boule de tristesse infinie et boule d’espoir infini. Elle comprend en son tréfonds que Malika ne l’a pas trahie, et que sa vie à elle, qui fut fille de douar, n’a pas été vécue en vain, et continue d’être nécessaire. Malgré sa fuite, ou grâce à elle vas savoir, le lien reste indéfectible, Malika sait et Habiba sait que de rester en attente l’une de l’autre vaincra un jour le poids de la tradition mortelle, le poids du mari qui lui, n’a pas compris, le mari Aziz, le cher Aziz puisque tel est le prénom qu’il porte, Aziz le fautif.

Il est toujours rassurant de se trouver un fautif idéal, alors je me rassure comme je peux. Pourtant je sais qu’il faudra se pencher sur lui aussi et sur sa difficulté d’être dans ce monde où il est venu, sa difficulté de savoir qui il est, sa peur de se perdre qu’il a cru conjurer à coups de ceinture sur sa fille, parce que le dragon est caché dans cette peur, celle de n’être plus, celle de se dissoudre dans le monde du climat pluvieux et noir. On ne peut pas prétendre que notre monde s’est décarcassé pour lui faire sa place.

à suivre.

.

lundi 24 décembre 2007

Des cultures mélangées #2.

2. Un couple mixte.


Le blogue de toi. Tu avais abordé joliment la question de la différence culturelle par le truchement du couple. La différence culturelle vécue dans un couple. On dit parfois couple mixte. J’aime cette expression dont l’allure pléonastique dissimule une réalité compliquée ; on pourrait dire que tout couple même non mixte, est mixte, il a toujours des différences culturelles pour peu qu’on donne au mot culture un sens large. Mais sans aller chercher l’universel de principe, diluant de la pensée, je peux rester accroché à ces différences quotidiennes sources de différends, à cet exotisme de l’un pour l’autre qu’il faut savoir partager, comme on partage un paradoxe.


Ne fuyons pas ta vérité racontée, ton quotidien décrit sous couvert d’odeurs d’aliments, fruit inconnu et fromage du Nord. Bien au-delà de la différence qui attire, il est des unions de cultures fortes qui imposent une exploration quotidienne pour pouvoir durer. Durer dans le Durian.

Ouais.

Durer est une décision sans cesse renouvelée ; un couple est une décision, décision du matin et décision du soir, et même la nuit d’après si affinités. Un couple n’est pas le résultat d’une rencontre d’un soir et tout qui s’enchaîne de source, ce n’est que l’apparence du couple. Un couple est une décision, prise après réflexion ou sans, avec le temps ou dans le précipité, mais il n’y a pas de couple naturel, spontané, que seul l’amour avec un grand tas aurait construit de ses petites mains déjà encombrées de l’arc et des flèches.

De multiples fils se sont entremêlés pour amener la décision, des fils identifiés et d’autres plus mystérieux, remontant au-delà des utérus jusqu’à Mathusalem ; aucune décision en aucune matière quelle qu’elle soit n’est indemne de ces secrètes pulsions. La décision n’en est pas moins fondatrice, et personne n’aurait pu interdire de la prendre ou de ne pas la prendre, ou obliger.

Blogue de toi, tu as écrit bien mieux que moi là-dessus. Je n’ajouterai rien à tes mots jolis, et au combat féroce du Durian et du Maroilles, la terre entière retient son souffle et je compte bien qu’il n’y ait ni vainqueur ni vaincu. Je ne suis pas venu pour écrire sur un couple, sur le couple, sur le général et le particulier, même si tu le crois en me lisant. Je suis venu pour écrire autre chose et mon clavier m’entraîne loin du but. Il croît m’entraîner, il se trompe, je sais très bien ce que je fais, mes sinusoïdes balayent le territoire que j’explore.

Le moment est venu d’aller dans ce lieu du bout de ma route, ce lieu pluvieux de pluie noire et glacée, un petit pavillon de banlieue et d’exil, mais est-ce bien l’exil, le pavillon d’Habiba.

#3 à suivre.

.

vendredi 21 décembre 2007

Des cultures mélangées.

1. Mes promenades à moi.


Je me promène chaque jour, trop souvent peut-être, dans les territoires peuplés des blogues. J’ai mes allées préférées, mes bancs favoris, mes points d’eau assurés. Je me désaltère au son des idées nouvelles, et des sujets imprévus. Parfois se sont des sujets rebattus qui prennent un tour nouveau, et des idées anciennes qui se colorent en nouveau siècle. Ici et là une porte est ouverte, j’entre, et je passe entre les sièges et la cheminée, personne ne me voit, j’entends de l’inouï, et des odeurs m’assaillent, un lait d’ânesse, un maroilles, que sais-je encore. Des odeurs fortes venues de loin, qui froncent et qui demeurent, longtemps après que les pouêts ont disparu. Pardon, je ne pouvais y résister.

Je ne ferai pas de lien avec ces amis blogues. Vous en êtes puisque vous êtes ici. Chacun saura ou ne saura pas, chacun cherchera s’il veut et s’il ne sait pas. Je suis le premier à me réjouir des liens qui me permettent de sauter d’allée en allée, de banc en banc, dans mes promenades, mais aussi parfois le prémâché m’ennuie, et le point d’eau n’a de sens que si l’on a soif. Un lien est une sorte d’impératif et je n’aime pas l’impératif, si commode soit-il.

Et si j’énumère, qui vais-je oublier qui va m’arracher les yeux ? C’est juste une idée à moi, je me fais les silhouettes que je veux sur les pixels qui me regardent. Un nom en passant pourtant. Je m’inquiète de la disparition du blogue de Folie et ses vents rugissants d’Antarctique. Si encore elle donnait de ses nouvelles, juste un soupir de début d’imêle, juste un œil, juste un clin. Si tu me lis, Folie soit raison une fois.

Des chemins de traverse parfois viennent changer mes habitudes, un lieu favori disparaît, un nouveau s’installe. Quelques uns sont là depuis longtemps, et si je passe peu j’en reviens content chaque fois que je fais le détour. Les fantômes bougent encore.

Pourquoi donc suis-je ici à convoquer tout ce monde, sans parler des oubliés qui me haïssent désormais ? Quelle mouche me pique ? Moi qui voulais seulement disserter sur les différences culturelles poussé par le vent d’un blogue de par chez vous, le blogue de toi, je parle de tout le monde et j’oublie mon sujet.

Monsieur le censeur, sachez que je n’oublie pas mon sujet. J’y suis, en plein dedans, dans le mille, dans la marmite même, dans le bouillonnement des différences, différence d’âge, de genre, de lieu, de couleur, de langues nous écrivons tous le français mais est-ce la même langue, il y a ceux qui sont nés à Bordeaux et ceux qui sont nés à Floirac, ceux de Boulogne et ceux de Billancourt, ceux d’Issy et ceux des Moulineaux, la plaine et la colline, le marais et la terrasse alluviale, la rue des francs-bourgeois et la rue de Turenne, le Vietnam et le Maroilles, l’Amérique de l’Est et de l’Ouest, du Nord et du Sud, Canada et Chili, et la bonne Habiba face à la France.

Voilà pourquoi j’écris sur vous. Ma besace chaque jour se remplit de ce que j’ignore, ou de ce que je crois savoir et qui soudain me semble étrange, secrets de femmes, regards d’autistes, parfum d’orient, voile virtuel parfois pire que le réel, voile mental, neige de Montréal et fleuve d’Amazonie, retour au pays et angoisse de Noël. Il me faudrait disserter savamment avec mes airs péripathétiques, mais pour être pédant il me faudrait beaucoup de temps et vos pieds légers me dépassent, ma besace déborde et les idées s’enfuient dans le caniveau.

#2 à suivre.

jeudi 13 décembre 2007

Billie, Cathie, Edie (2).


_________________


Les terriennes ne permettent pas que l'on se taise. Mes chanteuses sont des terriennes.

Les chanteuses. Toutes les chanteuses. De Suzy Delair à Elizabeth Kontomanou. De Bessie Smith à Axelle Red. De Cora Vauquaire à Céline Dion.

Non. Pas Céline Dion.

_________________________

Pouf pouf. Je recommence.

De Cora Vauquaire à Émilie Loizeau. Toutes les chanteuses ou presque. La dernière en date qui est tombée dans mon escarcelle est Stacey Kent.

Deux mots nécessaires qui chaque fois me mettent au pied du mur, lorsqu’elles me chantent à l’oreille : sensualité et précision. De Rose Murphy à Marilyn, en passant par la Lorraine (Patricia Kaas) et par l'Égypte (Natacha Atlas). Par l'Azerbaïdjan (Aziza Mustapha Zadeh). En veux-tu en voilà, des noms des noms des noms.


♥♥♥♥

Une marée de chanteuses sensuelles et précises, autour de moi, qui me soulèvent et m'emportent, dans tous mes états. Lesquelles pourrais-je sans honte oublier de citer, lesquelles ne pas choisir. Juliette la Greco, Juliette tout court, Marianne James, Aretha, Callas, Berganza, il ne faut pas les oublier les grandes voix de l'Opéra, non, pas Stich-Randall ni la Tête Noire, il faut bien en écarter quelques unes au risque de défriser Kozlika, mais je garde Reri Grist et Crespin, bien au chaud contre moi, je garde Barbara et la Thebaldi, Ella Fitzgerald dois-je même le dire, la Vaughan, Vaune pour qui l'aime, bon j'arrête.

♥♥♥♥

Autant dire de qui je ne veux pas. Piaf par exemple. Ce n'est pas la même galère, mais rien n'y fait, rien de rien non je ne regrette rien. Sylvie Vartan. La poupée de cire. La plupart des poupées de cire qui passent et partent, et les gonflettes du jour, ou de la veille. Gros seins et voix d'anorexique, ou voix tonitruante de pacotille. Pas de précision et pas de sensualité. De la pornographie musicale. Je ne nommerai pas davantage.


♥♥♥♥

Je ne les mets pas dans le même panier, celles qui ne me font rien. Mais elles ne me font rien, voilà tout. Et je garde toutes les autres, de Françoise Hardy à Victoria de Los Angeles.

Un jour, je vous parlerai des chanteurs. Aussi.

Posté en commentaire de Clopine le 11 décembre 2007 à 00:00

mercredi 12 décembre 2007

De l’amitié de Bouteflika et de la compromission avec Khadafi.


Sur son blogue, mon amie Oxygène la plus méditerranéenne des guyanaises a déploré, au sens fort du terme, les attentats d’Alger. Elle a notamment remarqué que nombre de victimes étaient des étudiants ce qui n’est pas dû à la fatalité du hasard aveugle.

Si tu veux lire Oxygène, tu vas voir ...là-bas... si j’y suis.

Leeloolene ajoute ce commentaire:
« Quelle tristesse que cet attentat... Quelle horreur surtout. Rien de tel pour déstabiliser un pays qui retrouvait peu à peu un peu de calme. Je viens de lire quelques articles dessus. Comme tu le dis, ils savent exactement qui cibler pour en plus du drame humain, détruire aussi une certaine élite comme une sorte de mise en garde. Atroce. Chez nous... heureusement ça ne se passe pas comme ça hein... on sort juste le tapis rouge à un ancien terroriste... à L'Élysée et tout et tout. Ah qu'il est beau ce monde ! »
Fin du commentaire.
Le commentaire me souffle ce billet qui apparaît aussi sur le blogue d’Oxygène

____________________

L'Algérie ne retrouvait pas le calme. Elle n'a jamais "retrouvé peu à peu un peu de calme" ; tout au plus nous l'a-t'ont fait croire en encensant Monsieur Bouteflika. La vérité est qu'une chape de plomb a été posée pour faire croire que c'était en train de devenir calme, et qu'aucun journal d'ici ne s'est avisé de nous révéler la supercherie. l'Algérie n'a jamais été calme, et les violences qui y règnent ressortiront au grand jour, le soir d'un matin calme.

La vérité est que quelques investisseurs se sont précipités chez Monsieur Bouteflika pour faire de bonnes affaires, au risque de la vie des "volontaires" qui travaillent là-bas pour ces affaires. Pas la vie des investisseurs bien au chaud sur les Champs-Élysées, mais la vie des "volontaires", qui travaillent encerclés de barbelés et de milice armée jusqu'aux dents pour leur sécurité (encore heureux, mais bonjour l'ambiance).

On ne sait jamais qui est dans la milice.

Et les premiers visés, naturellement, sont ceux qui apprennent à penser, et qui pourraient bien se mettre à penser de travers, comme le remarque Oxygène, les étudiants algériens.

Bon. Ceci dit, ne mélangeons pas l'Algérie et la Lybie. Oublions un peu le vilain Monsieur Kadhafi. Il n'est pas productif de crier à la compromission, qui me semble en outre bien moins manifeste qu'avec Monsieur Bouteflika. Je n'aime pas du tout notre équipe aux manettes, ses spadassins, ses menteurs, ses sabreurs ; ce ne m'est pas une bonne raison pour hurler au loup à chaque poignée de main un peu suspecte. Et je garde ma liberté de rester silencieux devant la venue de Monsieur Kadhafi sans me donner une bonne conscience de facilité en me souvenant ostensiblement du passé récent.

J'évite la pose. Ce qui n'empêche pas chacun de devoir lui dire son fait et de le fuir ostensiblement à l'Assemblée. Une bonne leçon aurait été un hémicycle désert. Il ne faudrait pas, sous ce prétexte de la bonne conscience et de la posture de commandeur, tomber dans le piège où est tombée l'Amérique à vouloir faire la guerre à Saddam Hussein.

Seuls les peuples opprimés sont habilités à chasser leurs tyrans, et nos leçons de droits de l'homme leur font une belle jambe. Notre rôle, s'il existe, est au mieux de les aider dans leur combat s'ils nous le demandent et seulement dans ce cas, et s'ils sont assez organisés pour nous le demander et pour que l'aide soit vraiment utile; à défaut, jamais nous devons nous mêler de ce qu'ils font et peuvent faire.

Nous ne sommes pas les grands libérateurs extérieurs que notre arrogance s'imagine être, nous ne sommes pas Zorro, et chaque fois que nous l'avons cru nous avons laissé derrière nous plus de champs de ruines que de champs de blé. Les peuples opprimés n'ont jamais gagné à voir leurs dictateurs mis à l'index, bien au contraire. Il faut malgré tout, obstinément, y compris pendant les rencontres "amicales" avec ces dirigeants honnis, rester lucide sur ce qu'ils sont, et sur ce que peut-être ils peuvent devenir. Un des arts de la politique internationale est aussi de réussir à faire changer certains états, à travers ses représentants même les plus inquiétants.

Voyons Arafat en son temps.

L'Histoire et l'actualité en montre, de temps à autre, un exemple. Evitons simultanément de nous gargariser de leur amitié trop vite, et là je pense en effet à Monsieur Bouteflika, trop encensé par chez nous au point que l'on en arrive à croire qu'il a fait la paix en Algérie, ou à Monsieur Ben Ali, ou quelques autres dont la liste est malheureusement trop longue.


Rédigé le 12/12/2007

.

mardi 4 décembre 2007

Billie, Cathie, Edie (1).

Commentaire chez Clopine (chanteuses)

Bonjour.

Ma Clopine a sévi. Tu la connais, ma Clopine, je n’ai pas besoin de te la présenter. Elle énerve, elle titille, elle agace, c’est pourquoi je fonds en la lisant. Je n’ai pas envie de la contredire même lorsque je ne suis pas sur son fil de rasoir, en sens inverse, il qu’il devient nécessaire de se croiser, de croiser le fer. Alors je ruse, je m’use, et j’accrobatise le croisement pour me retrouver de l’autre côté sans trop déranger la belle ordonnance de son discours, car il le vaut bien.

Elle a décidé de mettre dans son panier, en osier garanti pur bio entièrement fait à la main, trois chanteuses que je n’aurais jamais pensé regrouper. Pour me parler de Catherine Ringer qui a bien du mal à cacher son chagrin. Alors tu fais ce que tu veux, tu peux aller voir chez elle, et ne pas revenir chez moi, tu peux rester ici sans savoir ce qu’elle a raconté qui me fait raconter, tu peux te sauver à toutes jambes pour échapper aux fous que nous sommes.

Voilà, sauve-toi, Lola.


♥♥♥♥

Diantre. Vous mettez dans le même panier Catherine Ringer, Billie Holiday, Édith Piaf. Je n'aurais jamais osé ce truc. Avec vous je m'attends à tout et je ne suis jamais déçu, même si parfois je trépigne. Mais là, non. Tout va bien, et pour saugrenue qu'elle paraisse, elle est riche de possibilités. Vous en avez extrait tout un billet où je me reconnais bien.

Je vous dois quelques nuances cependant, et un préalable absolu indispensable pour me comprendre : je n'aime pas Édith Piaf, mais alors vraiment pas. Le surjoué que vous évoquez me vrille, le pathos dégoulinant m'englue, et je ne parviens pas à trouver le moindre commencement de second degré dans sa présence, il n'y a pas de second degré. Je n'aime pas la voix tonitruante, sans nuances, sans ces amortis et glissandos à glisser dans le dos, et je m'ennuie en l'écoutant, ce qui est encore pire que le reste. Le péché mortel est d’ennuyer, ce qui est ma spécialité, mais ne devrait pas être celle d’une chanteuse.

Certains airs sont pourtant beaux, et de les entendre chanter par d'autres me les fait enfin découvrir (exemple : la foule, par Édith Lefel). Encore Édith, mais Madame Lefel était une fervente de Piaf, et ignorait à quel point elle la surpasse.

Voilà pour l'une. Voici les deux autres.

♥♥♥♥

Je suis un amoureux de Billie Holiday depuis la première seconde où j'ai entendu sa voix. La première seconde, oui, j'avais fait très fort cette nuit là, j'avais posé le diamant sur la plage, en fermant un œil pour mieux viser, et la plage était "strange fruit", insu de moi mais fichu pour la vie. Clopine, tu reconnaîtras que les paroles de cette chanson vont au delà de la ritournelle.

J'aimais déjà le jazz à cette époque mais, très branché free jazz alors comme aujourd’hui, ce n'est pas le subtil balancement du middle qui m'a plu, mais vraiment et uniquement le timbre de ce son absolu, irremplaçable, inimitable, le placement de sa voix sur le (non) rythme, vous l’entendez Clopine cette erreur minuscule qui donne le frisson à chaque mesure dans le tréfond du tempo, et ses fins de phrases à déchirer la partition, comme Ella casse les verres.

Bien plus tard j'ai appris le jeu extraordinaire de ses complices, Lester en particulier, et l'amour a cru en force et en exclusivité.

Madame Catherine Ringer va avoir du mal à trouver sa place ici. L'atmosphère est plombée, et si j'ajoute que je n'aime pas les rythmes binaires, le "rock" et presque toute la bouillie qu'on empile sous ce nom, les guitares saturées et les mélodies limitées, la voilà mal partie pour passer l'arc de triomphe.

♥♥♥♥

Que nenni. Comme avec Billie, dès la prime écoute des Rita Mitsouko, j'ai aimé. Allez savoir le mystère, tout était réuni pour que non, eh bien oui. Les histoires d'amour finissent mal, qu'elle disait la dame qui chantait, et ce mélange d'affirmation péremptoire sur fond de moquerie a traversé les barrières mentales qui protègent mon cerveau de ce qu'entendent mes oreilles. Sur une musique pas si mécanique que d'habitude, ou plutôt tellement mécanique qu'elle en redevenait intéressante, une mécanique poussée à bout, et non une mécanique d'automatisme. Un V12 de formule 1 et non un V8 de voiture américaine.

Je l'ai guettée au virage suivant, le prochain morceau serait la soupe habituelle j’en étais sûr. Que nenni bis. Alors j’ai installé madame Ringer dans mes favorites. Et même si la compagnie choque ces messieurs sérieux de chez Assouline, vous avez le droit chère Clopine puisque je l'ai fait aussi, de l'asseoir à côte de Billie, d'Ella, de Madeleine, de Sarah et d'Abbey ? Ce sont mes grandes à moi, dans cette catégorie. J'en aime d'autres, mais ce sont les grandes, ici.

Je ne vous ai pas écrit sur Barbara ou Juliette G. ou Colette M. ou sur bien d'autres, qui ne sont pas de cette catégorie. Les chanteuses à texte, dirait-on avec un brin de négligence, et parmi lesquelles j'ai aussi mes grandes. Mais il ne faut pas tout mélanger, et nous sortirions des limites du comparable.

Bonne soirée, Clopine. Vous m'avez donné l'occasion d'un long commentaire, que je vais derechef mettre en billet chez moi.


- à suivre #2.

.

lundi 3 décembre 2007

De l’espoir dans les cataclysmes.


Texte d’un commentaire posé chez Oxygène au sujet des orpailleurs de Guyane.

Le 3 décembre 2007.

Il y a parfois, dans la description d'un naufrage, des infimes détails auxquels un infime espoir peut s'accrocher.

Je l'avais vaguement ressenti lors de mon périple américain, dont la relation n'est pas encore finie paresseux que je suis. Un récent voyage au Mexique, en terre indienne, l'intérieur du Yucatan, hors des autoroutes à autocars, et les écrits canadiens qui vont et qui viennent au gré des saisons, ajoutent encore des indices à ces détails.

Marie-Guyane nous en remet encore un peu, dans sa dénonciation d’un Etat indifférent sinon complice, qui doit probablement avoir une tendresse pour les mafias orpailleuses, qui chacun le sait travaillent plus pour gagner plus ; objection, elles FONT travailler plus, mais c'est la traduction usuelle du slogan gagnant n'est-ce pas ?

Je m'égare. Revenons à l'infime espoir. En tous ces territoires confisqués par les zépopées séculaires des européens des grandes découvertes et de la conquête de l'Ouest, qu'il soit Canadien, Zétazunien, Mexicain, plop plop plop jusqu'à descendre au sud du Chili, les indiens ont été les grands perdants. Leurs civilisations englouties, leurs hommes massacrés, leurs femmes emportées, leurs enfants confisqués.

Il est déjà extraordinaire que certains de ces peuples survivent encore, certains d'entre eux au moins, quelques uns ont bel et bien disparus. Là survient l'infime espoir. Après avoir été victimes des rapts, des viols, des massacres, des conversions forcées, de l'enseignement dominicain ou franciscain bien-pensant, de la destruction des fétiches sacrés et quotidiens, les voici victimes de l'oubli. Et cet oubli, ils commencent, lentement, mais tous ces signes que j'ai vus ne trompent pas, du Pérou au Nunavut, et des Sioux aux Mayas, en passant donc par les Wayanas et les Quechuas et les Shoshones, et tu me permettras de ne pas allonger la liste pour ne pas ennuyer (prétexte) et parce que j'ai dit tout ce que je savais (la honte), sauf Algonkin mais c'était la bonne bouche, ils commencent tous à en faire leur salut, ou plutôt, n'allons pas trop vite en espoir, leur début de commencement de tentative de renaissance.

L'Etat français les néglige et va fricoter avec les mafias ? Ils vont installer un péage pour leur compte ; l’Etat mexicain ne passe plus voir les pauvres mayas perdus et se moque de leur éducation, de leur santé, de leur confort, ni route ni électricité ni école ni hôpital ? Une hiérarchie renaît qui organise le village, le groupe de village et les dépendances, avec écoles à même le sol, dispensaires de fortune, chemin cahoteux, et paraboles à satellites, holà oui aussi la parabole, métaphore et réalité ; et les indiens du fleuve abandonnés des gendarmes peu à peu apprendront à se défendre contre les mafieux lourdement armés, ils s'armeront à leur tour et la forêt est leur alliée. Voilà l'espoir que je retire de ce que tu me racontes derrière ta colère, Marie-Guyane ci-devant Oxygène.

J'ai le droit de te nommer comme je veux. Non ? Oui ? Attention, je sais me battre en duel. L'arme sera l'écriture.

Je reviens au vent nouveau et aux mayas, par exemple. Leurs villages perdus dans la forêt étrange du Yucatan revivent comme si la main d'aucun espagnol n'avait pis le pied dans le coin, et les liens détruits entre villages semblent, doucement, se réanimer dans l'indifférence coupable mais bienvenue des investisseurs touristiques de la riviera Maya de Cancun et ses parages ; mais ils n’ont pas oublié, eux, le passage du conquistador, ils en savent la nuisance, ils en ont découvert les secrets. Alors ils construisent bien à l’écart et sous la parabole. Si les roulements de mécaniques des indiens du Chiapas et son sous-commandant se voient à la télé, la vraie renaissance viendra du silence de la forêt aux jaguars.

J'ai senti ce vent nouveau dans les baraques installées de Navajos en Arizona, dans les ondulations des herbes de Wounded Knee d'où me regardaient une jeune femme et son enfant aux yeux noirs brillant, dans la première victoire internationale que représente la création du Nunavut, peu célébrée dans le monde et si essentielle pour son devenir, au monde, dans l'arrivée au pouvoir d'un Evo Moralès, peut-être un peu trop instrumentalisé, mais pourtant porteur symboliquement de ce renouveau, même s'il peut arriver qu'il finisse par sombrer dans les entortillements de la politique des états inventés.

Les conquérants ont détruit les peuples indiens à trop s'intéresser à eux et à leurs terres. Qu'ils commencent à les oublier, et l'espoir revient. Il est trop tôt pour prédire, mais il est temps de frémir.
à Oxygène et à Moukmouk. Cadeau.