lundi 27 février 2006

EUROPE 5 - Qu’allons nous faire le 30 mai 2005 #2.

2 - Le plan B.
Les nons bombent le torse, nous en étions là. Vous voyez bien qu’ils ont un plan B, vous voyez bien qu’on nous mentait, vous voyez bien que tout est prévu et qu’on va renégocier. Les apocalypses ridicules qu’on nous agite pour nous traîner dans la boue ne sont que simagrées et sansonnet. Voilà ce qu’ils disent tout content d’eux, les nons. Tout est en place, la table est mise, yapuka voter NON.
Puis Fabius va prendre son petit cartable et son petit air supérieur, et on va voir ce qu’on va voir. Sûr que le Président du jour et son successeur inévitable vont le nommer plénipotentiaire de la renégo, sûr et certain.
De qui vous moquez-vous, les NONs ? Je ne sais pas par quel autre miracle il pourrait, lui le grand Laurent, aller renégocier quoi que ce soit dans ce merveilleux plan B qu’on nous cachait ; il ne faut pas être un funambule de la politologie pour deviner que nous ne sommes pas près de voir des socialistes gouverner quelque chose d’ici une sacrée lurette.
Bravo et merci, nous étions au bord du gouffre et devinez ce que vous avez fait ?

Première mise en ligne le 16 mai 2005 à 17h22

jeudi 23 février 2006

CECI N'EST PAS UNE RECREATION

Si je le tenais, le petit con qui a dégoûté Clopine.

lundi 20 février 2006

EUROPE 5 - Qu’allons-nous faire le 30 mai 2005 #1.

1 - La bourde.

Il paraît que le vieux sage aurait fait une bourde. C’est le mot qu’ils emploient dans les gazettes, une bourde. Les nons en font des gorges chaudes. Triomphants, ils arpentent les estrades et stigmatisent les ci-devant hypocrites qui prétendaient que la constitution serait celle-ci ou ne serait pas. Les nons bombent le torse : il y avait bien un plan B.

On se croirait dans un film d’espionnage, avec un planta et un plan B. Ils s’y voient, les nons, héros de la guerre mondiale, à croire qu’ils la souhaitent. Certains la souhaitent, pas tous, pas la majorité, mais tous y vont, les conséquents et les inconséquents. Non, ce ne sera pas demain, ni après-demain, ni même dans dix ans enfin je l’espère, mais un jour viendra où elle aura lieu. Plus personne d’entre nous ne sera là pour dire qu’elle est l’arrière petite-fille du non qui triomphe, et ceux qui s’y risqueront seront cloués au pilori.
Ce ne sera que justice, ils auront dit la vérité.
Ni vous ni moi ne pourront le vivre et le vérifier, mais nous allons tous voter et vous voterez NON comme autrefois ils ont applaudi le traité de Versailles et la conférence de Munich. Souvenez-vous de Daladier accueilli comme un empereur romain, souvenez-vous de Clemenceau qui a voulu faire payer les Boches. Mais bien sûr, vous les nons, vous me direz que Keynes n’est qu’un gros nul qui voulait favoriser la reconstruction harmonieuse de l’Allemagne.
Il ne s'agit pas ici de traiter les uns de revanchards et les autres de collabos. Il s'agit seulement de rappeler quelques bons souvenirs en matière d'aveuglement politique. Mais n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Et petit malin sera celui qui me répondra tout faraud céssuikidikié. Il y aura bien un petit malin.
Que chacun essaie d'y voir clair, et surtout tente de rester honnête avec lui-même, avec les autres je m'en fous. Ce n'est qu'ainsi que nous aurons une petite chance d'y voir un peu mieux.
Ne l’oublions jamais, la paix et la prospérité en Europe ne dépendront que de la bonne entente entre ces deux énergumènes, le franc et le germain. Non que nous soyons forcément amis, qui nous demande d’être amis ? Non que nous soyons semblables, qui nous demande de l’être ? Mais nous devons être loyaux et cohérents sans quoi aucune confiance ne peut exister. Et en votant NON, comme visiblement ce sera, nous allons faire très fort en matière de destruction de la confiance.


jeudi 16 février 2006

Europe #4.4 - Le futur antérieur.

Pas besoin de directives, de constitution, de traité, de tout ce fourbis et du Saint-frusquin que glorieusement nous avons jeté aux orties ; tous seuls comme des grands nous allons finir de démanteler nos beaux Services à la française, façon Lenôtre avec vasques et bassins, par les diligences de notre pouvoir de droite mieux assis que jamais. Une occasion pareille, une fois tous les mille ans, on ne la laisse pas échapper.

Bolkesten n’aura même pas besoin de lever un sourcil.

Qui parle d’apocalypse ? Nous sommes juste dans la France de maintenant, qui continue exactement comme avant. Finalement, les nons se sont trompés de NON, ils ont dit NON à ce qui existe déjà et restera de toutes façons, à ce qu’on ne changera pas, à ce qu’on ne changera plus. Voilà tout. Ce n’était d’ailleurs pas la question qui était posée.

Bon, au passage, avec le placenta, un bébé est parti dans la fosse. Ce n’est pas grave. Il était trop fragile, le bébé. Un autre bébé est possible, qu’ils disent, les nons.

Fin du chapitre 4 ; à suivre.

Envoyé le 13 mai 2005 à 15h14. Le pire n’était pas encore sûr.

lundi 13 février 2006

Europe #4.3 - Le futur antérieur.

3 - Ce soir on démantèle.

Raffarin a été remplacé par Michèle Alliot-Marie, ou par Villepin, ou par Sarkozy, ou par n’importe qui d’autre et d’ailleurs on s’en moque. Le mot moquer n’est pas exactement le mot, d’ailleurs. Ce qui importe est que, évidemment, tout sera toujours comme avant. Tiens, pourquoi pas Borloo ? J’ai entendu le message, a dit le président dans un très discours digne, si si c’est le bon ordre, et je nomme Borloo.

Et je reste. De toutes façons, je reste, dit le président.

Le Président ne le dit pas mais il le pense si fort que je l’entends, il a encore deux ans pour continuer le démantèlement des Services Publics. Bien tranquillement, comme il le fait depuis qu’il est là, et de surcroît protégé par l’écran de fumée du parti socialiste en flammes. Il aura certes un peu plus de mal à dire que c’est la faute à l’Europe, d’abord parce que ce n’est pas conforme à la grammaire, ensuite parce que l’Europe désormais c’est non.

Mais démantèlement toujours tu feras.

J’amalgame et je mélange, à ce qu’il paraît. Une autre Europe est possible, qu’ils disent. A partir de dorénavant et jusqu’à désormais, yauraka s’occuper de cette Europe là. Je vous jure que je l’ai vue il y a un instant, cette Europe, je l’avais posée là sur le coin du meuble, elle n’a pas pu disparaître si vite, on va la retrouver, yaka chercher. Allez le chien, trouve, trouve, mais si vous savez bien, celle qu’on va renégocier.

En attendant qu’on la retrouve derrière l’armoire ou sous le tapis, le Président a deux années pour finir son travail, l’achever, comme on achève les chevaux.

Envoyé le 12 mai 2005 à 18h10 - à suivre.

lundi 30 janvier 2006

LES 35 INTERMEDES

Il faut bien s’amuser un peu entre deux mâchonnements de déception. Comme toujours, c’est Racontars qui m’agite ses jeux et cadavres exquis, et comme un bovidé mal dégrossi je me rue sur le chiffon rouge. Un joli jeu de dupes. Trente cinq phrases qui commencent comme on veut qu’elles commencent, à moi de trouver la fin. Alors, voilà mes fins du fin. Vous l’aurez bien cherché. Les débuts de phrase sont gras et moi je suis maigre.

1. Une fois ma mère
a voulu mourir en marchant droit devant elle. Elle n’a même pas réussi, elle en était pourtant à son deuxième essai à 70 ans d’intervalle. Elle est morte autre part et autrement.

2. Je n’ai jamais appris
à danser le tango. Alors quand je l’entends avec son bandonéon sournois, mon cerveau se tord sans que je puisse bouger, et j’ai des crampes.

3. Quand j’avais cinq ans,
je m’ai perdu. Je m’ai jamais retrouvé.

4. Le collège c’était
une immense usine à intellos avec un grand parc. Il y eut la première mixité de l’histoire de l’instruction laïque et obligatoire, et j’ai découvert que les filles étaient des trucs dont on pouvait tomber amoureux.

5. Je n’oublierai jamais
que je dois 15 000 euros à mon meilleur copain, qui ne l’est plus.

6. Une fois, j’ai rencontré un mec une fille
qui m’a exposé la théorie de la relativité. Je n’ai rien compris, et pourtant elle tournait.

7. Il y a ce type que je connais
depuis si longtemps que je crois bien qu’il n’est jamais né. Une sorte d’immortel qui a toujours été présent, sauf la fois où il a eu envie de me faire une blague : il est mort sans prévenir, mon père.

8. Une fois, dans un bar,
j’ai mangé un palmier à l’ombre d’une orange. Etrange, étrange, étrange.

9. A midi, en général,
c’est cantine pour tout le monde, et moi je blogue.

10. La nuit dernière,
j’ai dormi.

11. Si seulement
je pouvais bavarder avec Héraklite.

12. La prochaine fois que j’irai à l’église,
je fracturerai un tronc pour le donner à un cul de jatte.

13. J’aime bien
rouler sur les trottoirs avec mon catxcat.

14. Quand je tourne ma tête à gauche,
je vois Fabius et des boutons me poussent sur le nez.

15. Quand je tourne ma tête à droite,
je vois Sarkozy et les boutons coulent leur pus.

16. Tu sais que je mens
quand je blogue.

17. À la fac,
ya des petites fleurs ya des petites fleurs, enfin il paraît parce que je n’y ai jamais mis un bouton.

18. Si j’étais un personnage de série télé,
avec mon gros flingue en vrai j’anéantirais toute l’équipe de tournage et toutes les équipes de tournage de toutes les séries télé et tous les producteurs de toutes les équipes de tournage de toutes les séries télé, il n’y aurait plus de série télé à la télé et je pourrais dormir avec ma femme.

19. Le même jour l’an prochain,
j’espère être en train de bloguer à midi. Sinon vous irez cracher sur ma tombe.

20. Le pseudo qui m’irait le mieux
est le nom que me donnera ma fille le jour où enfin elle se décidera à m’appeler par le nom que j’aimerais entendre.

21. J’ai du mal à comprendre
les femmes qui se réjouissent de voir leur fils réussir un attentat suicide.

22. Si je retourne à l’école demain matin,
vu ma tête et mon âge on va m’accuser de pédophilie.

23. Tu sais que je t’aime bien,
et tu fais semblant de ne pas me connaître quand je te croises dans la rue.

24. Si je gagne un prix
ce ne sera que justice, et pas trop tôt.

25. J’espère que 2006
ne sera pas une année bissextile. Je hais le mois de février presque autant que le mois de décembre.

26. Suivez mon conseil,
ne suivez aucun conseil.

27. Le meilleur des petits déj
est celui qu’on prend le matin d’une journée de catastrophes mais on ne le sait pas encore.

28. La chanson que j’adore mais que je n’ai pas
est la chanson du maçon que Claude chante avoir chantée devant ses volets verts mais qui ne nous a jamais chantée à nous, et il est mort un trois mars en nous laissant sa fin sur notre faim.

29. Si vous visitez ma ville natale,
vous irez fracturer un tronc de la cathédrale Saint-André et vous ferez un don à un cul de jatte.

30. Pourquoi personne ne dit
que je suis beau.

31. Si vous passez la nuit chez moi,
n’oubliez pas votre équipement de survie.

32. Le monde peut très bien se passer
de moi, mais moi je ne peux pas me passer du monde.

33. Je préfère torcher le cul d’un éléphant
que traverser un pont de singe, surtout si l’éléphant me suit.

34. Le mieux
est l’ennemi du bien. Trop facile.

35. Eh, au fait,
on gagne quoi à ce jeu ?

Voilà, c’est fini, j’envoie puis je vais faire un tour chez Labosonic et Lewis. Il me retournera son Clarke.

jeudi 26 janvier 2006

Europe #4.2 - Le fantôme du cataclysme.

2. C'est la fête.

Ainsi, l’apocalypse dont les nons se plaignaient d’être menacés n’a pas eu lieu. Tout va bien, aucun char à l’horizon, aucune déroute, aucun Blücher. Le ciel n’est pas tombé sur les gaulois, la terre ne s’est pas arrêtée de tourner. Les allemands hochent la tête même pas surpris, les américains ne comprennent rien mais ce n’est pas neuf, les polonais se frottent les mains, les turcs repartent dans leur pays du moins ceux qui y sont déjà les autres restent ils ont d’autres sœurs à fouetter, les marocains immigrent et les cerveaux fuient. La routine, tout sera désormais comme avant.

Les nons ricanent : alors, votre cataclysme, c’est pour quand ?

Laurent Fabius met François Hollande à la porte, et toute sa clique d’incapables, Aubry, Lang, Strauss Muche, Delanoix et hop je le renomme pour un calembour à la noix, enfin tous, tous ces ouiouinéolib comme ils disent sans savoir ; enfin seul. Il conclut une alliance électorale avec la Buffet et le facteur et un pacte de non agression avec Emmanuelli. Mais c’est que c’est un grand manœuvrier, Laurent le mirifique, n'est-il pas ?

Raffarin est parti. Tout le monde savait qu’il partirait, tout le monde avait remarqué qu’il était déjà parti depuis longtemps ; ce qui n’aura pas empêché les nons de proclamer qu’ils ont eu sa peau. Trop fort, les nons. Tout le monde savait que les nons ne voteraient pas pour des raisons de politique intérieure, mais quand même c’est si bon de dire qu’on a eu sa peau. C’est si bon, chantait Louis Armstrong.

Envoyé le 12 mai 2005 à 13h45 - à suivre

vendredi 20 janvier 2006

Europe #4.1 - Le futur antérieur



Lundi 30 mai 2005. La nuit a été claire. Premier quartier de lune descendante, pas un nuage à l’horizon. La petite chaleur de fin de journée la veille au soir a fait place à la fraîcheur d’un joli matin de printemps. Les derniers fêtards un peu étourdis rentrent chez eux et les machines vertes à nettoyer les caniveaux commencent à ronronner. Il est cinq heures, mais je ne dirai pas que Paris s’éveille, Paris n’a pas dormi de la nuit ; on connaît la chanson et je n’ai pas sommeil. Aucune apocalypse ne s’est abattue sinon peut-être dans ma tête, mais tout le monde s’en fout et tout le monde a raison.

Un tréteau tricolore était installé place des Pyramides et toute la nuit le heavy metal a fait trembler les Tuileries. Heavy metal ou chants militaires ou n’importe quoi d’autre ou tout ce que vous voudrez, je n’étais pas dans les parages et je ne sais pas ce qu’ils ont joué et dansé, les nons.

Un tréteau rouge et rose était installé place de la République et toute la nuit a tourné sur le tango, le jazz et la java, le rock, le rap, et tout ce que l’univers connaît de créativité musicale. Vous en savez plus long que moi sur la question. Il y a même eu du heavy metal, mais je ne crois pas qu’il y ait eu des chants militaires. Je n’étais pas dans les parages mais je sais ce qu’ils ont joué et dansé, les nons.

Cinquante-trois virgule dix-sept. Qu’il est beau ce nombre rationnel, celui sur lequel se lève le joyeux soleil de mai.


lundi 16 janvier 2006

Europe #3 - Il y a des guillemets partout.

« NON à la constitution européenne ».

La constitution a tous les défauts qu'on lui attribue. Elle proclame la loi du Marché, elle propose la privatisation des Services Publics, elle libère la circulation des hommes et des biens mais est-ce un péché, d'ailleurs, de libérer la circulation des hommes et des biens, elle se vautre dans le capitalisme débridé que nous haïssons tous (ou presque), ou que nous prétendons haïr tous (ou presque).

C'est grave docteur ?

Ce n'est pas grave, mon enfant, car l'ensemble des traités que cette constitution vient remplacer a exactement les mêmes défauts, en un peu plus pire, depuis le traité de Rome jusqu'au maltraité de Nice.

Voter NON revient donc à refuser au Parlement européen les quelques pouvoirs qu'il y récupère au détriment de la Commission et du Conseil, dont personne ne viendra me dire qu'ils sont dangereusement gauchistes. On me dit, a la sinistra, que le Parlement non plus n’est pas franchement de gôchhh, d'accord ; la isquierda répond que c'est NOTRE affaire de le voter ce parlement là et d’en faire ce qu’on veut, au lieu de nous abstenir comme des manches sous prétexte que les élections européennes c’est de la roupie de même pas dix sonnets.

Voter NON revient à rejeter la charte des droits fondamentaux, qui ainsi grâce à ce NON révolutionnaire va rester un recueil de voeux pieux alors qu’elle pourrait devenir CONSTITUTIONNELLE, ce qui signifie que toi ou moi pourront saisir le juge de tout manquement à cette charte. Ce parapluie est bien plus résistant que les nons font mine de croire.

Voter NON revient à refuser l'idée que le Marché puisse avoir une dimension "Sociale", d'accord le mot Social est un gros mot mais au moins il est écrit, alors qu'il n'existe pas même à l'état d'embryon dans les traités antérieurs où le NON va nous faire retomber. Depuis quand écrire quelque part à gôchhh le mot Social serait-il anodin, depuis quand serait-il suspect ici et légitime là ?

Il est indubitable et certain ce n’est pas tout à fait un pléonasme, qu’elle est ouvertement capitaliste la société dans laquelle se situe explicitement cette constitution : les pays qui constituent notre Europe le sont tous et le combat n’aura pas de fin, ce n’est d’ailleurs qu’un début n’est-ce pas ? Je garde les mots capitaliste et constitution pour simplifier, tout en sachant qu’il a capitalisme et capitalisme, constitution et traité, et toutes les nuances si commodes pour noyer la cigale.

Voter NON ne changera rien à cet état de choses et nous enlève toutes chance d'en changer. La constitution donne à ceux qui veulent vraiment changer plus d'armes qu'ils n'en avaient sans cette constitution, la première d'entre ces armes étant un pouvoir accru du Parlement Européen. Nous y sommes, dans cette société, plongés jusqu'au cou, qu'on s'en réjouisse ou qu'on le déplore. Je soupçonne certains nons de ne pas vouloir changer, c’est tellement confortable un bon adversaire bien épais pour hurler à la mort contre lui.

Ainsi, le oui nous donne des moyens de poursuivre par exemple en élisant un parlement européen à notre image, qui aura les armes pour freiner les ardeurs de nos ultras (oui, je leur place le mot ultra, sinon ils ne comprendraient pas, il leur faut toujours un ultra quelque part). Le non nous laisse dans l’état hébété où nous sommes aujourd’hui, pour longtemps.

Moi, si j'étais un bon vieux réac des familles, assez soucieux des profits de ma petite entreprise pour jeter aux orties les droits de tous ceux qui viendraient rogner mes prérogatives et empocher mes petits sous, je n'hésiterais pas une seconde, je voterais NON.

C'est peut-être ce que je suis, d'ailleurs, allez savoir, un vieux réac des familles.

Alors nous devons savoir choisir. Si nous n'avons pas peur d'une proximité, d'une intimité même, avec nos voisins, de la Finlande au Portugal, de l'Ecosse à la Crête, si nous sommes assez fiers de nous-mêmes pour nous estimer insolubles dans le grand méchant melting pot, si nous pensons que la construction de l'Europe est la grande aventure de notre génération et des suivantes, par laquelle notre propre culture sera renforcée, oublions les craintes catégorielles et les calculs politiciens, oublions Chirac et Fabius, l'extrême droite polonaise et les subventions grecques, le christianisme messianique et l'islam rampant, et votons OUI.

Oui je sais, Chirac aussi vote OUI. C'est bien la raison pour laquelle il faut l'oublier avant d'aller voter OUI.

Et si vous avez peur de tout cela, votez non.

Envoyé (en vain) le 6 mai 2005

vendredi 6 janvier 2006

Europe #2 - Langue de bois.

2. Langue de bois.

J'aime bien Romano Prodi. Il a un cheveu sur la langue et il parle italien comme parlent les italiens dans Tintin lorsqu’ils parlent wallon, sauf que Romano Prodi parle ainsi même quand il parle italien. Mais ce n’est pas seulement une question de particularité langagière.

Il quittait à l’époque la présidence de la commission européenne, vous savez, cette assemblée de gnomes qui viennent nous chatouiller les orteils quand nous dormons, et qui nous font sans cesse le coup de l’ultra-catastrophe. Vous les connaissez tous, ces valeureux combattants qui sans cesse stigmatisent l’ultra-machin, à vous de poser ce que vous voulez à la place de machin, et qui se croient ainsi dispensés de tout autre argument. Il faut toujours poser ultra devant ce qu’on veut noyer. Alors, pour faire comme tout le monde, je parle d’ultra-catastrophe, en sachant parfaitement que je ne veux rien dire en le disant.

Il est devenu aujourd’hui sans tambour ni trompette le plus sûr combattant contre la perversion berlusconienne. Je ne sais pas s’il va gagner ce combat paisible, mais, comme un italien bien de chez lui, il arrange ses bidons sans faute depuis qu’il a abandonné nos choux de Bruxelles pour rejoindre ses brocolis.

Alors voici ce que j’écrivais à son propos l’an dernier.

Il n’y a qu’un cheveu sur la langue à Prodi, prodigieux cheveu, cheveu d’Europe en bois, qui ne tient que par lui, que par un cheveu. Un cheveu de forte constitution.

Solide déjà ce cheveu depuis l’antiquité, n’avait-il pas fallu qu’il résistât quand Jupiter s’en saisit pour entraîner à travers les mers Europe la belle libanaise brune au long cheveu, loin là-bas au-delà des colonnes, loin, un petit peu plus à l’ouest du Tournesol. Un petit air de Crête, peut-être.

Jupiter le roi des Italiens, des italiens de ce temps-là, des Romano de ce temps-là.

Nous le savons tous, à nous en arracher les cheveux sur la langue de bois, il vaut mieux un Jupiter lubrique qu’un grand Dieu et son train.

Il faudra bien un jour qu'on oublie l'Europe de sang, qu'on cesse de nous sculpter une Europe de bois, pour enfin caresser une Europe de chair, par exemple celle aux longs cheveux venue de l'Orient, qui nous attend quelque part entre la grande île et les colonnes d'Hercule, et de la source du Méandre à l’estuaire du Tage.

Ecrit le 4 mars 2004, revu le 25 octobre 2005.

jeudi 22 décembre 2005

Europe. Introduction.

1. Intro.

C’est drôle. La Pologne s’est offert un président populiste, issu du glorieux syndicat Solidarnosc qui fit l’admiration des foules, et l’on sait aujourd’hui les remugles qu’il cachait, ce syndicat glorieux. Attribut principal du populiste de base, la détestation de l’Europe, celle que nous aurions pu construire. Voilà les polonais qui viennent au secours des pourfendeurs d’Europe sous prétexte d’invasion par les polonais.

L’emmêlement des pinceaux atteindrait ici son comble, n’était l’étrange ressemblance des arguments populistes à travers le continent, n’était cette nouvelle forme d’internationalisme qu’est la réciproque xénophobie. Je te hais, tu me hais, nous sommes bien d’accord haïssons nous les uns les autres. Ne venez pas prétendre que vous n’êtes pas xénophobe et allier le mensonge au rejet. Vous le savez très bien, bande de nons, que la xénophobie vous emboîte le pas et que votre vague est celle qui la porte le mieux.

Ne me prétendez pas pour faire diversion chantre béat de l’aimons nous les uns les autres, ni béat ni pas béat je ne crois plus depuis longtemps à cette sornette.

Je suis parti fouiller dans mes armoires poussiéreuses et j’y ai retrouvé des textes que j’avais cru devoir écrire à l’occasion de la préparation au référendoume. J’y ai apporté quelques retouches, il faut bien se mettre au goût du jour si tant est que le jour ait un goût, que le jour ait du goût. Je les renvoie, ils sont ma bloghumeur de maintenant comme ils étaient ma forumeur d’alors. A peu de choses près. Voici.

Enfin, je dirais plutôt voilà, parce que ce sera pour l’année prochaine, bande d’impatients, la suite.

jeudi 8 décembre 2005

Lettre à une jeune suicidée #5/5.


21/07/2004 à 14h29.

Pendant six heures, six jours, six mois, six ans, tu as vécu une folle passion. C’est ce que disent les gens, c’est ce qu’ils disent que tu leur disais ; une folle passion, cet écran de fumée qui cachait ton délabrement intérieur. Un midi ensoleillé, l’écran s’est dissipé et le délabrement est apparu. L’amour n’a rien à voir dans cette histoire ; il faudrait savoir pourquoi ce délabrement, d’où il vient. On n’avancera pas d’un centimètre, parce qu’on est proche d’un de ces mystères vertigineux dont la seule pensée donne le frisson, quand bien même on pourrait le percer. Ne crains rien, personne ne peut le percer, puisque tu ne l’as pu. Encore ce monstre secret, n’est-ce pas, le monstre sacré.

Je n’avais pas fini ma liste à rebours. Sur cette liste il reste tes parents. Tes parents, hébétés. Ils sont bien incapables de comprendre quoi que ce soit, maintenant. Ils sont là, deux vieux cons qui se tiennent la main au milieu du carrefour, et la circulation hurlante qui tournoie. Parfois ils croisent le regard d’un conducteur, plus tranchant qu’une guillotine. Tu les as laissés là, sur le rond-point, ils y sont pour le restant de leurs jours.

A l’instant même où d’une pichenette tu as fait basculer le tabouret, tes yeux ont eu ce petit pli que je connais bien : tu as pensé à eux et à ce qui leur resterait à vivre, à cet instant même. Je ne sais pas ce que tu as fait de cette pensée ; est-ce qu’elle t’a poussée, est-ce qu’elle t’a retenue mais trop tard ? Une seule chose est sûre, tu ne souffres plus maintenant, et ce qu’on peut en dire ou ne pas en dire t’indiffère totalement. Te plaindre n’a plus de sens, percer ton secret n’a plus de sens, comprendre n’a plus de sens ; tu es sortie du champ des tords et des raisons.

Il y a une urgence autrement plus violente. Peut-être bien que tes chefs vont trouver une secrète jouissance à ce qui est arrivé, comme une justification à leur existence insensée, peut-être, il faut bien dire du mal de quelqu’un, au risque pourtant de commettre une erreur judiciaire, que savons nous des secrets des petits chefs odieux ; mais les chefs ne m’intéressent pas. Ils sont là, tous les autres qui m’intéressent, ils m’entourent, et personne ne vient m’aider : que dois-je faire, et que vais-je bien pouvoir leur dire du poids à porter, du boulet à traîner, que tu leur as légués, à toutes ces ombres errantes, à tes amis, amants, maris, frères, sœurs ? Et que dire de ce que portent et traînent tes parents maintenant, pour le restant de leurs jours ? Alors que toi, c’est fini.

Je t’aime, ma belle inconnue, ma belle perdue. Je te berce doucement en te chantant cette chanson que tu aimais quand tu étais petite. Tu le sais bien, tu me connais, il n’est pas question que je te juge, et j’interdis à qui que ce soit de te juger. Il n’y a pas de place ici pour la double peine, faut-il qu’on soit sourd pour le répéter ! Mais je t’en veux, ma vieille, désolé, je t’en veux, tu ne peux savoir à quel point je t’en veux. Tu permets que je t’appelle ma vieille, toi qui ne le seras jamais.

Désolé de te le dire, moi, il y a bien longtemps, cette pensée là qui t’a traversée trop tard au moment de l’instant même, cette pensée là trop tard de ceux qui restent dans le carrefour, est celle-là même qui m’avait arrêté. A temps.

C’est fini.

mercredi 7 décembre 2005

Lettre à une jeune suicidée #4/5.

4. 20/07/2004 à 11h30.

Tes parents. Tes maris. Tes amants. Tes frères et tes sœurs. Tes amis. Tes patrons. Moi.

Moi. Je ne te connais pas. C’est réciproque. Je n’arrive pas à me faire au passé imparfait ; c’était réciproque. Mais qui te dit que je n’avais pas besoin de toi, moi aussi, de ton battement de cil qui m’aurait évité l’accident de voiture qui va peut-être me foudroyer demain ?

Tes patrons. Tu étais peut-être au chômage, reléguée de stages bidons en entretiens absurdes, 30 ans d’expérience requise pour 25 ans d’âge, pour décrocher ce foutu poste mal payé. Alors tu avais au moins du temps à partager. Mais il te fallait tout garder pour toi toute seule, pour ta copine solitude, y compris ta souffrance. Tu n’étais peut-être pas au chômage, avec un patron peut-être épouvantable, ils existent ces patrons là ; mais alors tu savais bien quels collègues se seraient démenés pour te protéger, et tu savais que parfois il existe ces choses nommées syndicats. Il est de bon ton de les dénigrer, les syndicats, ce collectivisme rampant, mais voilà, parfois ils servent. Là aussi, il t’aurait fallu partager.

Tes amis. Ils ne demandaient qu’à t’entraîner dans leur fête, l’autre vendredi, mais ils n’étaient pas digne de toi, n’est-ce pas, de ton orgueil démesuré.

Tes frères et sœurs. Il faut se les farcir, les frères et les sœurs, parfois. Mais peut-être que fille unique, tu ne connais même pas ces mots, frère et sœur. Alors tu avais six milliards de frères et de sœurs qui n’attendaient que toi. La formule est facile, pardonne moi, je ne recommencerai plus, à quoi bon. Tu as simplement détruit l’humanité entière, le sais-tu ? Tu le sais. L’humanité haïssable dont nous sommes, pourtant.

Tes maris, tes amants. Je ne vais pas entrer dans ton lit, un petit 90 tout glacé. Le chagrin d’amour, la solitude du corps, la peur du plaisir, de l’abandon. Alors les hommes se sauvent en courant, avant, pendant, après, match de foot ou cigarettes. Les hommes sont veules, inconstants, égoïstes, impatients, toutes les femmes te le diront. Toutes les femmes ne se suicident pas. Pire, il leur arrive de s’abandonner, et les hommes les trouvent belles à ce moment-là. Pire encore, parfois elles ne le regrettent pas. S’abandonner, quelle horreur, pour toi si digne devant ta glace, tu ne t’aimes pas, mais tu t’admires. Ou plutôt, tu admires l’image à laquelle obstinée tu t’accroches. Juste une image dans un miroir.

Ce n’est pas une affaire de sévérité ni de jugement, il n’y a pas de place ici pour la double peine. De quel droit te jugerait-on ? Je pense seulement, et très fort, aux survivants, voilà tout. La seule chose que j'aurais aimé t'avoir dite quand il en était temps, est que le monde extérieur n'est pour rien dans ce qui t'est arrivé, que ce fut l'aboutissement d'un long processus en toi, souterrain, silencieux, terrifiant, que nul n'est fautif dans l'histoire. Ni toi ni les autres. Mais le résultat est là : ce sont les autres qui payent comptant, et tout de suite, puis qui vont payer à crédit trois cent soixante-cinq jours par an des cent années qui viennent.

Je ne peux plus te le dire, alors je le dis aux autres ; je veux qu'ils sachent que si rien ne pourra les consoler, personne ne peut leur reprocher quoi que ce soit, et surtout pas eux-mêmes.

Il va falloir conclure.

A suivre

mardi 6 décembre 2005

Lettre à une jeune suicidée #3/5.


3. 19/07/2004 à 19h26.

Tous ces gens là t’aimaient. L’affaire est entendue, ils t’aimaient mal, ils t’aimaient à côté de la plaque, ils ne l’avaient même pas dit, pas su te le dire. Tu parles ! Tu savais parfaitement qu’ils t’aimaient, ne viens pas me raconter autre chose. Dis-moi plutôt que leur amour n’atténuait pas ta souffrance, dis-moi mieux encore, si tu permets cette nuance de taille, que leur amour n’empêchait pas que tu souffres, que tu souffrisses si tu préfères. Que serait ta souffrance s’ils ne t’avaient pas aimée, la question n’a aucun sens, ni hier puisqu’ils t’aimaient, ni aujourd’hui évidemment.

Et puis tu l’aimais bien, ta souffrance.

Tu vas te retourner vers les bonnes âmes qui affirment que personne ne t’aimait. Allons donc. Il y a au moins celui par qui nous savons ce qui est arrivé, et un seul suffit, lui seul suffirait. Un seul regard croisé, et je sais bien que tu as vu qu’il te voyait. Tu n’as aucun échappatoire : personne ne peut prétendre n’être aimé de personne.

Nous sommes ainsi, tous petits humains minables, incapables de vivre autrement qu’à plus d’un. Libres parce que seuls, disent certains, la belle escroquerie. Ce disant, ils t’ont plus sûrement aidée à attacher le nylon à la poutre ou au crochet qu’en venant te donner la main, comme on dit.

Parmi tous les liens que nous devons tisser entre nous pour survivre, il en est un nommé amour. Avec un tout petit a. L’interaction faible. Il en est d’autres. Il y a quelqu’un, au moins une personne, quelque part par ici, qui avait besoin de toi, et tu l’as trahi. Et je m’en tiens là au minimum syndical, il y avait probablement beaucoup de monde, et tu les as tous trahis.

Seulement voilà, tu l’aimais trop, ta souffrance.

jeudi 1 décembre 2005

Lettre à une jeune suicidée #2/5.

2. 19/07/2005 à 12h31.

Ils ont la plus ancienne clé, les parents, celle des limbes et du tréfonds. Ils t’ont donné naissance, bercée, portée, choyée, ils t’ont aimée, ils t’aiment ; il faut employer l’imparfait désormais, ils t’aimaient. Ils t’aimaient mal ; la clé des limbes et du tréfonds, comme tous les parents, ils ne savaient pas s’en servir. Trop présents tu étouffes, trop absents tu erres.

C’est toujours la faute des parents. Sus aux parents.

C’est la faute du mari, de l’amant, du copain, qu’importe le nom de l’homme qui traversait ta vie. Il aime mal, il n’aime pas, mais tu fais semblant de comme si. Il va il vient, éros compris, il pense à autre chose, il va et vient ailleurs, il oublie l’anniversaire ou il se trompe de cadeau ; il boit sa bière devant son foot, il va chercher des cigarettes et ne revient pas. Il avait peut-être aussi peur de ton silence buté, las de se faire rabrouer à chaque approche.

C’est la faute du mari. Sus au mari.

C’est la faute du chef. Il donne des ordres, le chef. Il demande qu’on arrive à l’heure, le chef. Il fait des plaisanteries graveleuses, le chef. Parfois il fait pire. Il faut bien un peu caricaturer le chef sinon je n’y arriverai pas. Certains chefs ressemblent à leur caricature ; d’autres peuvent être indulgents, qui savent faire tourner l’équipe sans mains aux fesses ni menaces. Il avait peut-être même remarqué que tu ne tournais pas rond ces derniers temps et avait réparti la charge ailleurs.
Peu importe, sus au chef.

Et sus aux amis, qui ont croisé ton regard triste derrière tes lunettes sans rien dire ; l’auraient-ils pu ? Ils connaissent d’avance ton haussement d’épaule s’ils te regardent plus de trois dixièmes de secondes : tu veux ma photo ?

Et sus aux frères et sœurs, qui sont les préférés de papa maman, qui font fortune en Amérique, qui font du cinéma, qui ont le prix Nobel de tout, et toi rien.

mardi 29 novembre 2005

Lettre à une jeune suicidée #1/5.


1. 19/07/2004 à 9h39.

Tu es montée sur le tabouret. Tu as glissé le nylon avec ce joli hochement de tête familier comme pour un de tes colliers. Dehors, le temps était couvert, un peu lourd, mais on n’annonçait pas de pluie. Tes yeux ont pris un petit pli amer, tu as donné une pichenette au tabouret, et ta vie est allée voir ailleurs si tu y étais.

Tu souffrais. Bien malin qui sait de quoi, mais le savais-tu vraiment ? Nous connaissons tous une litanie de causes, ce que les braves gens appellent des causes. Tu sais bien que ce ne sont qu’écrans de fumée, tu peux me la réciter par cœur, ta litanie d’écrans de fumée. Chagrin d’amour. Licenciement. Humiliations. Elles commencent toujours ainsi, les litanies. Elles ne sont pas pires que celles vécues par d’autres, et les autres pourtant ne se suicident pas. Pas tous.

C’est bien qu’il y a autre chose, plus caché, plus secret, plus monstrueux. Le chagrin, l’échec, la rudesse de la vie qui râpe, ne sont que les apparences ; on a tellement peur des monstres qu’on traîne tous, qu’on va en faire tout un plat, des apparences. Ce sera plus confortable. On va montrer du doigt le mari volage, l’amant désinvolte, le patron-canapé, les parents.

Tiens, les parents, justement. On va commencer par les parents.

lundi 28 novembre 2005

La boulangerie des grands boulevards.

La boulangerie des Grands Boulevards

Je vais la continuer, ma lettre. Mais par moment j’y étouffe et j’ai besoin d’air frais. Alors je joue avec Racontars, je la rejoins dans le bac à sable du diptyque. On y rigole bien. Tant pis pour le temps qui reste et pour les urgences, il y a des urgences qui deviennent des trop tard et qui de toutes façons l’auraient été, des urgences de carnaval. Quant au temps qui reste, il se perd mieux dans un bac à sable qu’à tirer plus vite que son ombre sur des moulins à vent. Alors, place au jeu.

J’étais assis à la terrasse d’une brasserie des Grands Boulevards. Il y a tant de choses à voir. Ainsi, ces deux messieurs très animés qui parlaient fort surtout le plus gros, à la table voisine. Ne croyez pas que je les écoutais, je ne me serais jamais permis, mais je les ai entendus, l’un devant son mandarin citron et l’autre devant un Perrier rondelle. Le stentor était imposant, grave et accentué. Le Perrier était fluet et basané. Pour la commodité, on appellera le basané Monsieur Brun, ou B comme Brun, droit comme un I, et le stentor Monsieur Jules, ou G comme Jules, l’air penché.

G – « Une boulangerie, quelle idée de nous fourguer une boulangerie ! Moi je n’ai rien à raconter sur une boulangerie.

B – « Ca ne mange pas de pain, une boulangerie, monsieur Jules. Vous devriez nous trouver quelque chose, vous et votre imaginaire, comme vous dites. Sinon, Akynou va ricaner.

G – « Mais qu’est-ce que tu veux que j’y mette, dans ta boulangerie ? Déjà qu’elle a un petit côté 1900 avec ses carreaux, je ne vais quand même pas y placer Anatole France ! C’aurait l’air de quoi, un barbichu à lorgnon dans la boulangerie ?

B – « Vous avez tord, Monsieur Jules. Anatole France que plus personne ne lit n’avait pas son pareil pour décrire son monde et, tous comptes faits, pour décrire le nôtre. On devrait relire Anatole France.

G – « J’en veux pas de ton Anatole. Je n’ai aucune idée, d’ailleurs je n’ai jamais eu d’imagination. Tout au plus je vais pouvoir te caser un boulanger dans ta boulangerie. Voilà. Je case. On dirait qu’il ferait du pain, qu’il serait dans le pétrin celle là elle est drôle,
** (il rit) **,
sa femme les vendrait aux gens de 4 heures du mat à 10 heures du soir. Voilà c’est tout.

B – « C’est mieux que rien.

G – « Quand on bosse de 4 heures du mat à 10 heures du soir on n’a pas le temps de vivre des monts et des merveilles, alors maintenant je sèche. Je sais pas, moi, si la femme se tire, il va faire quoi, le boulanger ?

B – « Des brioches ?

G – « C’est un coup à se faire couper le cou. Non non. Il va arrêter de travailler parce qu’on ne peut pas être à la fois au four et au moulin. Voilà, il arrête de travailler.

B – « Je ne vous suis pas, Monsieur Jules. Si le boulanger arrête de travailler, il ne se passe plus rien et votre histoire est morte.

G – « Pas du tout. Elle devient longue, au contraire, longue comme un jour sans pain.

B – « Les villageois vont s’émouvoir, de ne plus avoir de pain.

G – « Voilà une idée qu’elle est bonne ! Il y aura des manifs, des banderoles, des slogans, Villepin du pain, Villepin du pain, on va dire que le boulanger s’appelle Villepin pour la rime. Puis on va faire intervenir les pouvoirs publics. Le maire avec son écharpe tricolore va faire un discours sur la place avec les platanes et la fontaine au milieu. Le sous-préfet va chanter...

B – « Chanter ?

G ** (il commence à s’agiter et à transpirer) **
– « Ben oui, le sous-préfet au chant. Et le préfet va décréter l’état d’urgence, et les jeunes vont brûler des voitures et un ministre enverra ses polices.

B – « Oh, monsieur Jules, pas le ministre, pas la police. Il ne va pas déranger ses sbires chaque fois qu’il a un cocu dans les parages. C’est une histoire convenable ici.

G – « Bon d’accord. Je raye le nain. Mais alors il faut que je case la commission européenne aussi.

B – « Non plus, monsieur Jules. Les nons ont dit non à l’Europe, il n’y a plus d’Europe, elle ne va pas se mêler de nos histoires de boulangers. Il n’y a plus qu’un ventre mou où l’on peut s’affairer sans entraves.

G – « Pas du tout. Non à l’Europe signifiait, si j’ai bien écouté, qu’on ne voulait plus de ce monde d’affairistes.

B – « Vous avez peut-être bien écouté mais vous avez mal entendu. Je ne sais pas ce que voulaient ou ne voulaient pas les nons, mais je vois parfaitement ce qu’ils ont obtenus : la disparition pour longtemps des entraves aux affairistes. Longue vie au ventre mou, et notre pays sur un strapontin de plus en plus étroit. Et puisque votre boulanger a fermé boutique, vos villageois n’auront qu’à faire les quarante kilomètres qui les séparent de la ville la plus proche pour y acheter leur pain au supermarché. Personne ne les oblige, personne ne l’interdit, c’est la liberté selon ces messieurs.

G – « Allons allons, je vois que tu t’énerves, et on s’écarte du sujet, là. Donc pas d’Europe dans ma boulangerie. Un plombier polonais, peut-être, ou un gnome du Poitou ?

B – « Qu’allez-vous chercher là, Monsieur Jules. Non, c’est très bien ainsi, le maire, le sous-préfet, le préfet.

G – « Et c’est tout ? Je fais quoi maintenant ? Je la finis comment ton histoire ? Le boulanger retrouve sa femme et la tue, mais le ministre lui pardonne parce qu’il sait. Et voilà le travail.

B – D’abord ce n’est pas Mon histoire. Ensuite on a dit pas de ministre. Enfin, on ne tue personne dans les bacs à sable. Vous devez trouver mieux. Par exemple, la dame revient et il pardonne.

G – « Bof ! On va sentir l’artifice, le happiande hollivodien. Et comment je fais pour qu’il se libère de sa colère, le boulanger ? Elle est trop jolie, sa femme, rondelette et frisée, on dirait Valérie Mairesse, impossible de l’engueuler.

B – « Je ne sais pas, moi, c’est vous l’inventeur et moi le liseur. Il n’avait pas un petit chat, le boulanger ?

G – « C’était une chatte. On dirait qu’elle aurait disparu depuis trois jours comme font tous les chats et toutes les chattes depuis l’invention des chats, par les chemins du bois mouillé, et qu’elle pourrait reviendre au même moment. Alors le boulanger l’engueulerait comme du poisson pourri avec un long discours très émouvant, même que ce serait une des plus belles déclarations d’amour jamais écrites dans l’histoire de la littérature et du théâtre.

B ** (ému, une larme à l’œil) **
– « Il ne vous reste plus qu’à l’écrire, et je sais que ce sera une formalité.

G – « Une chose me tracasse encore. Akynou va dire qu’on a mélangé sa photo pour histoire avec son histoire pour photo, et qu’on a triché.
** (Après un instant de réflexion) ** :
– « Elle peut toujours causer, elle saura comment j’m’appelle !
** (Et l’on sentait le nuage noir de menaces planer au dessus de l’ordinateur d’Akynou) **.

B – « Que voulez-vous dire, Monsieur Jules ? Elle le sait bien, comment vous vous appelez.

G – « Tu parles ! Je vais te poser une devinette. Connais-tu la différence entre les portugais et les espagnols ?

B – « J’en connais beaucoup, des différences, et des ressemblances aussi, mais ce n’est pas la bonne réponse, hein ?

G – « Les portugais sont gais et les espagnols sont gnols.

B ** (Il a l’air catastrophé, il se tait un instant) **
– « Vous me fendez le cœur, Monsieur Jules, et je déteste les devinettes et leurs calembours miteux. Votre devinette est nulle et n’a aucun rapport avec notre affaire. J’espère que vous n’oserez pas la colporter chez Akynou.

G – « Si, justement, pour la signature. Parce que vois-tu, moi c’est exactement le contraire.

B – « Le contraire de quoi ?

G – « Moi je ne suis pagaie et je ne suis Pagnol. »

Que voulez-vous, ce n’est pas tous les jours qu’on est assis à la terrasse d’une brasserie des Grands Boulevards avec tant de choses à voir, et d’entendre à la table à côté discuter Marcel Brun et Jules César.


mardi 22 novembre 2005

Histoire de Michel de Montaigne.


Il en est qui se prennent pour Michel Sardou. Tout arrive, même qu’on se prenne pour Michel Sardou. Ce n’est du ressort ni de l’Hôpital ni de la Charité ni de la Prison, et la société n’est pas en danger. Michel Sardou lui-même est plutôt inoffensif. A fortiori les clones.

D’autres se prennent pour Michel Houellebecq. C’est déjà plus grave, mais bon, on ne va pas brûler des voitures pour autant. D’autres encore pour Michel Drucker, Michel Debré, Michel Gorbatchev, Michel Piccoli. N’y voyez aucune progression, les mots viennent comme ils viennent, et Piccoli a débarqué comme je ne m’y attendais plus. Chacun jugera comme il l’entend de la gravité du cas. Mais ni l’Hôpital ni la Charité ne devront se mobiliser, et encore moins la Prison ni la case départ. Le monde pourrait tourner en paix s’il n’y avait que cette douce folie pour nous faire l’article.

J’avoue que j’ai moi-même un faible pour Michel Rocard et pour Michel del Castillo. A chacun sa tentation, et la pente savonneuse nous guette tous qui va nous précipiter dans l’abîme.

C’est exactement ce qu’ils m’ont dit, à la Mairie. Ils m’ont dit, l’air navré, monsieur nous ne pouvons rien pour vous les trottoirs de Buenos-Aires sont déjà pris ; nous pouvons seulement vous proposer l’avenue Montaigne. Il faut vous dire que j’étais déçu. Pour être déçu j’étais déçu. Mais alors vraiment très déçu. Ce qui s’appelle, mais bon je ne vais pas en rajouter. J’avais révisé mes pas de tango d’arrache-pied au sens propre de terme, et c’est avec les deux genoux et les deux chevilles foulés que je m’étais présenté, arborant ma plus belle cravate, vous la connaissez, la rouge à pois rose et orange.

A-t’on idée de danser le tango avenue Montaigne ?

Mais voilà, j’ai trois femmes et quinze enfants à nourrir, sauf quand ils vont s’occuper de la voiture du petit Nicolas et qu’ils sont alors nourris par le grand chef. Le grand chef, ils l’appellent la princesse, je ne comprend pas pourquoi. On va manger aux frais de la princesse, qu’ils disent. C’est leur affaire, du moment que j’économise quelques repas. Alors, l’avenue Montaigne, il a bien fallu que je l’accepte.

Ne croyez pas que j’y suis allé à reculons, en rechignant, en tempêtant : je n’ai pas vraiment dû me forcer et je l’ai pris avec philosophie, bien que ce ne soit pas mon genre de graver sur le bâti aphorismes et maximes, exhortations et sentences, platonismes et aristotécies. Mon job consistait même plutôt à les effacer. Pas question de tanguer ni de valser. Agent temporaire de nettoyage et d’entretien de la voirie et de ses avoisinants, qu’ils m’ont dit que j’étais.
Temporaire. Ils doivent avoir du temps une notion qui m’échappe, voilà quarante-cinq ans que je suis temporaire, et encore je suis né un vingt-neuf septembre. Mon petit pois mental me souffle qu’en attendant encore un peu on verra bien que c’était temporaire.

Puisque mon petit pois l’a dit.

Si vous voulez me trouver c’est très simple : j’ai installé mes quartiers d’été devant le grand théâtre. N’y voyez aucune prétention à je ne sais quoi d’impossible. C’est juste que le bar est en face et que j’y tiens mes quartiers d’hiver. Le matin j’y bois mon dix-huitième pastis avant de prendre le poste. Je commence toujours par le dix-huitième ; ainsi, je ne dépasse jamais la dose, bien obligé d’arrêter un fois avalé le premier, et de me mettre au travail. Mon chef, qui me connaît, arrive juste à ce moment là pour me donner la liste des graffitis de la nuit à effacer.

Ce matin tu as trois platon, cinq aristote, deux plutarque, un averroès un petit nouveau paraît-il je ne sais pas qui c’est, une dizaine de cicéron et quatre Héraklite. Il me tutoie, le chef ; c’est un petit jeune bien blanc et bien bec, alors il me tutoie avec mes mains plus sombres au dessus qu’en dessous mais n’allez pas croire, il est gentil mon chef, et il me fait confiance. Je sais que deux choses l’agacent mais il n’a jamais osé m’en parler : ma manie d’écrire Héraklite avec un cas, et mon refus maladif d’effacer ses graffitis à lui. Pas les graffitis du chef, ceux d’Héraklite, vous bien comprendre, hein ?

Justement, c’est un cas l’Héraklite. D’où mon orthographe. Cette idée de philosophe au rabais de se guérir en se trempant dans de la bouse de vache turque ! Il ne s’appelait pourtant pas Alain F., et c’était pour le reste un vrai philosophe de vrai, si j’en crois ce qu’on dit qu’il a écrit. Parce qu’on n’est même pas sûr qu’il ait écrit ce qu’on dit qu’il a écrit, puisqu’on ne sait de ce qu’il a écrit que ce qu’on a dit qu’il avait écrit. Mon petit pois a du mal à suivre, mais du coup je n’arrive pas à effacer des murs de mon avenue ce qui est écrit dont on dit que c’est lui qui l’a écrit. Surtout que, je vous dit tout ici, je suis plutôt très d’accord avec lui sur bien des choses et nous ferions mieux d’y repenser et d’y revenir.

C’est un cas majuscule, mon Héraklite et je le garde ainsi. Mais j’efface aristote et platon et les autres, je gratte et j’efface. Christian Dior, Valentino et le Plaza-Athénée ne balayent jamais devant leur porte, c’est moi qui les balaie.

Et sous la paille de riz vole un nuage de poussière de diamant.
Ecrit le 22 novembre 2005.

lundi 21 novembre 2005

Une suite improbable

Une suite improbable

Finalement, je me suis rabiboché avec la vieille. Ne croyez surtout pas que je me suis mis à l’aimer. Les miracles n’existent que dans les histoires inventées. Seulement il fallait bien trouver la faille.

Un jour, en désespoir de cause, elle a été obligée de m’appeler au secours. Dimanche soir à 20heures, je ne sais pas pour vous, mais moi, et dans tout mon quartier, c’est très difficile de trouver un dépanneur électronicien. Et quand je dis très difficile, c’est parce que je fais volontiers dans l’euphémisme béat.

Pour que vous compreniez bien, je dois vous dire que je suis dans l’électronique. Le Hard. Evidemment, les imbéciles rigolent à chaque fois, avec ma petite gueule de pédé comme ils disent, m’entendre parler de hard les fait rigoler. N’importe quel humain digne de ce nom sait bien que c’est par opposition au Soft, mais les imbéciles n’ont pas besoin d’être humains pour pouffer.

Mes collègues m’appellent doigts de fée. Là aussi ils rigolent, mais ils sont braves mes collègues, et derrière la plaisanterie douteuse je sais qu’il y a la reconnaissance de mon talent. Personne ne sait mieux que moi repérer la soudure défaillante dans l’ordinateur qu’on m’apporte en catastrophe, d’ailleurs rien qu’à le regarder de loin, je sais ce qu’il a, une sorte de don, de magie. J’entre en symbiose avec la souffrance de la machine, et je vais direct au circuit défaillant, parmi les trois millions de circuits de l’appareil. On dit que je serais capable de réparer un transistor dans une puce d’un demi millimètre carré avec un chalumeau de chantier naval.

Alors, la vieille et sa télé en panne, il fallait bien qu’elle en passe par moi. Elle devait ronchonner depuis un long moment quand elle s’est enfin décidée à monter me voir, vous vous rendez compte, l’humiliation grave. Mais De Villiers devait passer à 20 heures, elle ne pouvait pas le rater. Il me restait cinq minutes pour remettre la vieille carne en route, parce que la télé était à l’image de sa propriétaire. Pleine de boutons, aucun programme. J’ai fait la réparation.

Alors depuis, on est copains. Elle le croit, du moins. Elle me fait des sourires quand je la croise, et elle n’hésite pas à me faire descendre chaque fois que l’image se brouille. A chaque intervention, mon Dieu que je suis délicat, je lui mets un petit plus. Une chaîne supplémentaire qu’elle ne pouvait régler, un signal plus fort, une netteté mieux réglée. Un jour, je lui ai suggéré d’acheter un magnétoscope, je lui promettais de l’installer et de le régler. Ce quelle fit, afin de pouvoir enregistrer et se passer en boucle les discours de Villiers et ceux qu petit Nicolas qu’elle venait de découvrir. Il ira loin, celui-là, qu’elle me disait la larme à l’œil.

Pendant ce temps, je continuais patiemment à explorer le trésor de ma cheminée. Ce que je dois vous dire ici de mes découvertes ne pourront être répétées par personne. Les historiens eux-mêmes seraient obligés de revoir leur copie de tous les événements marquants du XXème siècle. Ma grand-mère avait soigneusement filmé tous les passages dans son immeuble du temps de sa splendeur, et sans rien vous dire de plus, je peux vous dire que du beau monde il y en avait, et que tout ce beau monde s’y croisait, s’y saluait, et quel meilleur endroit qu’ici pour manigancer l’Histoire.

Ma grand-mère avait un associé très performant dans les techniques de l’époque, celui qui devint son mari, comme quoi les talents ne viennent pas de nulle part, et sous sa couverture de menuisier savait très bien installer les caméras et les microphones discrets au quatrième étage, justement dans mon appart. J’ai retrouvé des traces des anciens circuits, et je dois dire que mon grand-père, c’était un fortiche.

Vous avez compris que la fortune de ma grand-mère ne venait pas tant des activités de va-et-vient de l’immeuble que des activités postérieures. Elle a toujours promis de ne jamais rien divulguer et elle a toujours tenu parole. Mais, pas folle, tous les films ont été soigneusement encastrés dans le mur de mon trésor. Nul ne saura jamais la vraie histoire du XXème siècle, sauf si…

Je me suis amusé à faire un petit montage des séquences les plus affriolantes. Le transfert d’un 8mm hors d’âge mais en bon état sur une cassette vidéo ne présente aucune difficulté pour moi, même sans lecteur de 8mm. Je ne vous donnerai pas la recette, c’est mon gagne-pain. Comme tout bon monteur, entre chaque séquence j’ai placé une jolie transition : un gros plan da la page du livre de compte où sont répertoriés tous les versements effectués par l’acteur de la séquence précédente, avec l’enregistrement sonore de la négociation. Ma grand-mère est d’une méticulosité extraordinaire, tout y est, surtout les liens de cause à effet.

Alors, le jour où madame Arthur, ma grand-mère, m’a demandé de lui montrer comment marchait son magnétoscope tout neuf, je ne me suis pas fait prier et nous avons visionné ensemble la cassette. J’avais précisé juste avant que si le magnétoscope marchait mal et devait détruire la cassette, ce n’était pas grave, j’en avais une autre en lieu sûr, et ma grand-mère m’avait même félicité pour mon professionnalisme.

Depuis cette soirée, tout va bien. L’appartement du quatrième situé sur le même palier s’étant libéré, un petit vieux qui ne payait plus et qu’elle avait fait expulser en février, elle m’a spontanément proposé de le raccorder au mien, sans augmenter mon loyer.

Le plus grandiose est qu’elle me laisse garer ma voiture devant la porte, et que quiconque prendrait la place serait gratifié de la rayure du siècle, on le sait dans le quartier et on se demande pourquoi une Ferrari seule à le droit de rester stationnée là sans encombre.

Je n’ai plus trop le temps de vous parler de ma mère, et de comment tout s’est su à la fin. La jolie fille qui tient la réception de l’Hôtel juste derrière chez moi, Cité Bergère, à qui je n’ai pas tout raconté mais un peu quand même, nous sommes copines et quand elle me regarde avec gourmandise elle se reprend en me traitant de confiture aux cochons, a eu récemment l’occasion de parler longtemps avec elle, juste avant le drame.

Elle saura vous en parler bien mieux que moi.

jeudi 17 novembre 2005

De la beauté des femmes #9/9.

Avant de finir, je rattrappe un oubli inadmissible: insérer le lien vers l'article dont auquel je cause, et dont la lecture est recommandée, non seulement pour comprendre ce que j'cris à son sujet, mais aussi par ce qu'il contient d'intressant et de stimulant. Parce que tel est le cas, même si je fais la fine bouche. Voici le lien:
Si monsieur Blogue est gentil avec moi, et avec un peu de chance, il fonctionnera.
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Je reviens à mes moutons, billet #9/9, de la beauté des femmes.
Je n’ai toujours rien dit de la séduction. En passant, je laisse un petit mot à propos d’Ingres et de Delacroix que j’estime : ils ne sont pas mes peintres favoris.

Ah oui, j’ai aussi oublié de vous signaler que la soumission volontaire des femmes, dont l’Occident se serait fait une spécialité, est répandue en Orient à des degrés que l’Occident n’imaginerait même pas. Je n’aime pas les faux procès, et cet article m’a semblé en être un. De mauvaises raisons pour une juste cause.

Je vais finir avec une anecdote, qui peut-être n’a rien à voir. Une musulmane de ma connaissance voilée de pied en cap, entrant chez moi et s’étant alors découverte, à ma question sur le bien fondé de ses voiles, c’était plus fort que moi de la lui poser, m’a d’abord répondu que c’était la volonté de Dieu. Elle a senti le côté parfaitement inutile de sa réponse alors que je n’avais rien dit ; je le pensais si fort qu’elle avait dû entendre. Elle a donc ajouté qu’elle mettait les voiles pour cacher ses cheveux sinon les hommes devenaient fous. Ai-je dit qu’elle est plutôt jolie ?

Incorrigible, j’ai poursuivi en lui faisant remarquer que sa réponse signifiait qu’elle me tenait en bien petite estime, soit en tant qu’homme puisqu’elle me pensait capable de folie à la seule vue de ses cheveux, soit en tant que non homme puisqu’elle se dévoilait ainsi devant moi chez moi là tout de suite.

Ce n’est pas pareil, vous êtes chez vous, dit-elle.

J’ai fait semblant de comprendre et nous avons parlé d’autres choses. J’écrirais mille pages que je serais bien incapable de comprendre, en réalité, le sens de cette phrase. Et là réside peut-être le mystère que je voulais débusquer en écrivant sur cet article, et qui garde son opacité toute orientale.


Mille pages ne suffiraient pas à traiter de la beauté des femmes.

(FIN)

mardi 15 novembre 2005

De la beauté des femmes #8/9.


Ainsi, nous autres, hommes occidentaux parfois buveurs de bière pour les besoins de la cause, nous n’avons plus besoin d’ourdir des complots, ils s’ourdissent tout seuls. J’ai bien compris ce que l’article dénonce, n’est-ce pas ? Ce que cet article avance un peu étourdiment ma foi est-il certain, et ne pourrait-on pas retourner la veste pour remarquer que le futile et la fanfreluche sont aussi qualités masculines dont nous nous délectons, y compris avec une agrégée de philosophie comparée et de mathématique aléatoire réunies ?
Je ne sais si finalement je suis normal ou monstrueux. Je vais vous décevoir : un harem peuplé de femmes lascives et nues façon Ingres révisé Delacroix ne m’a jamais fait fantasmer. J’aurais plutôt tendance à me tirer vite fait si le hasard m’y égarait. Il se peut que quelque journaliste hébété de l’entourage de nos dames prenne l’œil égrillard à cette évocation et parte aux putes derechef.
Vous voyez, je sais faire la provoc moi aussi, me vautrer dans le limite, bien que je me force un peu j’avoue. Mais l’attitude de quelques journalistes rencontrés dans les couloirs des lieux où l’on rencontre des journalistes ne suffit pas à juger l’occident. C’est en réalité beaucoup plus compliqué. Je n'aime pas les déductions hâtives quand devant moi se pressent les exemples contraires. On va me faire le coup de la règle et de l'exception, le coup de la règle sur les doigts.
A l’inverse, un longue joute verbale dans un cénacle hostile face à une adversaire déterminée, qu’elle s’achève par une victoire, une défaite ou un compromis, m’entraîne dans les jours qui suivent dans une phase agitée où l’adversaire en question tient une place considérable, et je ne saurais même pas vous dire si elle est blonde ou brune. Ne dites rien à ‘Aliénor, c’est la championne du monde des joutes verbales, elle y a le dernier mot, ceux du genre missiles de missive.
(#9 à suivre, pour en finir)