jeudi 1 juin 2006

Histoire de Théodore - 4. SEXTET

SEXTET.

A l’heure parisienne exacte, c’est-à-dire avec un quart d’heure de retard, il fallait bien calmer le vent et le pollen, les lumières se sont éteintes avec les téléphones portables. Des silhouettes hésitantes dans l’obscure clarté des salles en apnée ont doucement trébuché sur les fils, les retours, les trépieds, et les escabeaux éparpillés sur scène et ont pris place derrière leurs postes de travail.

On devine une guitare, une basse électrique, une batterie, une série de congas et de casseroles bavardes, et un escogriffe entrombonné. Ils se taisent tous les cinq, et règlent leur outil sans bruit, paradoxe du musicien.

Sorti tout droit d’un bas relief de Persépolis, Goliath jouait déjà sur le devant de la scène. Tu ne l’as pas vu arriver, ni entendu. Les cris d’accueil ont couvert son souffle mais qu’importe, toi tu le sais avant tout le monde qu’il n’a jamais cessé de jouer depuis sa naissance il y a soixante seize ans. Tu l’entendais bien avant la salle ; tu es toujours méfiant avant ces rendez-vous : l’entendrai-je, et saurai-je le mériter? Serai-je à la hauteur? Ou, pire que tout, n’allons nous pas nous fâcher pour toujours et détruire cette longue lune de miel?

Voilà les questions que tu te poses chaque fois et qui te font craindre ce premier souffle que la salle t’a épargné. Il est ainsi le public parisien, il se croit conquis d’avance et il rate son entrée, tout juste s’il remarque l’homme qu’il fête bruyamment. Il applaudit avant la fin, il se lève pour un oui pour un non, toi tu dis qu’il se lève pour un nom, et le frisson qui te gagnait devient tremblote.

La salle s’est tue et maintenant tu entends ; tes craintes ne sont plus de saison. Ton rendez-vous n’est pas un lapin et tu te cales dans le fauteuil, le voyage peut reprendre. Il en faudrait davantage à Goliath pour lui clouer le bec. Parisien ou non, le public finit noyé dans le flot. Le carnaval ne s’est pas arrêté, et tu ne pouvais plus partir à supposer que tu l’aies voulu ce dont tu étais loin.

Tu as vite oublié le lieu la date, le bas-relief de Persépolis t’a raconté ta vie à toi comme si tu y étais, comme si tu étais seul assis dans l’Olympia. Tu sentais bien que soixante-seize ans sont plus vieux que trente-six, de petits détails qui ne trompent pas sur la courbure du dos, la longueur des notes, l’économie des suraigus et les graves en pente douce, enfin si les mots d’économie et de pente douce sont applicables ici, nombreux sont les fous furieux qui ne tiendraient pas le quart d’un grave et le début d’un aigu du vieux Goliath ; le chef apache avait plus d’un tour dans son sac pour brouiller ta vue et tes souvenirs, c’est lui qui connaissait ta musique. Le vieux noir valait toutes tes nuits blanches.

Tu te souvenais maintenant de la neige à Lyon, et bien avant cette neige de ton premier disque acheté avec tes économies de six mois, centime après centime, rognant sur la monnaie des courses, juste le compte pour acheter le grand carré de carton avec une galette noire à l’intérieur qui trônait dans la vitrine du magasin près de la mairie au milieu de l’école est finie et j’entends siffler le train. Les coins brillants de Goliath et du Moine together. Ton premier disque sous le regard effaré du disquaire. Tu n’as jamais su pourquoi ce disquaire-ci avait ce disque-là, ni pourquoi il l’avait gardé si longtemps en devanture, six mois d’économies. Tu en as acheté des disques ensuite, jamais chez lui, il en était resté à la fin de l’école et des trains qui sifflent : à la Feunaque du boulevard de Sébastopol, l’historique aujourd’hui disparue, au marché Malik à Saint-Ouen, et partout où des pochettes rafistolées annonçaient le vécu et l’abandonné, où tu trouvais des trésors au risque de quelques bouses rares.

Tu appris plus tard que tes maigres économies avalées par le monsieur en échange de la galette t’avaient permis d’acquérir un chef d’œuvre de l’histoire du jazz que tu ne le savais même pas, et de surcroît introuvable au dire des experts qui causent dans les journaux spécialisés, le Chaud et le Mag. Il a cessé d’être introuvable, il existe en petite galette brillante comme le corner du titre, mais la grande galette noire est celle que tu écoutes encore sur ta Dual à entraînement direct avec craquements d’usure et rayure prévisible à la reprise du thème de balues bolivar balues are juste après les timbales du Matheux. Bolivar Blues façon Brillant Corners.

C’est lui, Goliath, qui te raconte ta vie, ce n’est pas toi qui te souviens. Sa trompe mugissante te dit tes vagabondages autour de Persépolis, au milieu de ces montagnes où la mort est si belle, où tu rencontres Zoroastre au détour d’un mausolée perdu, où un sourire nomade d’une Ghashghaï derrière ses voiles valent toutes les soifs d’été, tu ne dis pas le voile mais bien les voiles, légèreté multicolore qui flotte autour d’elle laissant libre et nu le visage inoubliable. Ce pays éternel, où pour se trouver il faut se perdre, que tu as fui il y a si longtemps, te retrouve enfin par la grâce du chant de Goliath l’américain.

Il n’a pas fini de te raconter : toutes ces années où tu as tenté de conquérir un titre que tu n’atteindras jamais, combat où les échecs suivant les échecs n’ont jamais entamé ton désir, poussé par les musiques prodigieuses : God Bless The Child. L’enfant qui ne te regarde pas, titre inaccessible devenu ru amer, mais fleuve de musique qui un jour t’aidera à ceci : renoncer.

Voilà ce que te raconte Goliath, et bien d’autres choses encore, fulgurantes à ne pas t’en souvenir ici. Il est planté sur le haut plateau qui te domine, autour de lui ses compagnons canalisent ses tempêtes, il en faut bien quatre pour remplacer le Matheux.

N’avais tu pas dit qu’ils étaient cinq ? Ils sont cinq en effet mais quatre à canaliser. Le cinquième est David le fidèle entre tous. Sa basse électrique sature un peu trop, quelle idée de refaire à l’identique cette salle malcommode, mais il est toujours là, indestructible, le David décrié par les écriveurs cul-de-poulés. Tu l’avais dit, jamais David sans son Goliath, jamais Goliath sans son David. Ce n’est pas diminuer Goliath de le comprendre, car seule la volonté du colosse a fait que David est resté. Goliath meurt s’il tue David, ou simplement essaie.

Tu es rentré en métro, main dans la main avec ta femme. Il faisait doux, c’était le printemps et on devinait que les jours allaient se refroidir. Ce soir là, la météo est restée polie, quelque chose était suspendu, entre deux airs, entre deux eaux, entre deux chansons, ta vie peut-être.

Si Goliath revient, tu n’iras pas l’écouter, ni dans deux ans ni dans cinq ans ni dans cinquante ans. Il ne faut pas abuser des rendez-vous. Le dernier est toujours le rendez-vous de trop qui détruit tous les autres.

Galettes ou pas galettes, Il est maintenant installé chez toi pour toujours,
Théodore Walter Sonny Rollins.

FIN – Ecrit le 19 mai 2006.

mercredi 31 mai 2006

Histoire de Théodore - 3. Printemps

Printemps.


Tu sors de la station Auber, sur le trottoir de la rue des Mathurins. Le soleil t’éclabousse les yeux, tu n’as pas tes lunettes noires et tu as mal. Quarante ans et trois mois ont passé, et ta vue s’en est aperçue qui te rend la vie difficile. L’air est doux mais déjà le bout des saints de glace commence à poindre et tu frissonnes. Tu as encore un petit répit, il fera froid demain, tu presses le pas car tu as rendez-vous. Six mois que tu l’as pris, ce rendez-vous, il ne faudrait pas le manquer, lui poser un lapin. Rue des Mathurins, qui sont-ils ces Mathurins là, rue Scribe et ses klaxons furibards de ta traversée en aveugle, rue Caumartin.


Tu as une heure d’avance. Tu avais prévu trois bons quarts d’heure de RER, plus les changements, les attentes, les pannes, les grèves, les suicides, soit une heure. Rien n’arriva et te voilà avec cette heure à tuer. Pourquoi te dépêches-tu, toi qui vantes la lenteur à longueur de traînasseries ? Tu ne sais pas, tu ne répondras pas. Un vague souvenir de rue en pente glissante, souvenir du fond des âges, tu pourrais y penser, tu n’y penses pas, tu penses seulement à ton rendez-vous, crois-tu, ton rendez-vous d’il y a six mois, toi qui ne sais jamais ce que tu feras le lendemain, l’heure qui suit, et qui lorsque tu le sais fais autre chose, tu as pris ce rendez-vous six mois à l’avance. Tu m’étonneras toujours.

Tu dépasses tout le monde dans ta marche. Tu y vois mieux, la rue Caumartin est à l’ombre soir et matin, c’est juste une question d’orientation. Un couple âgé marche paisiblement main dans la main et te barre le trottoir étroit, tu les connais mais oui, c’est Monsieur et Madame Delors. Ton rendez-vous serait-il une veillée funèbre sur l’Europe défunte, un enterrement de première classe ? Non, l’Europe n’a rien à voir, elle est morte on nous l’a tuée, il est de bon ton de cracher sur sa tombe, et Monsieur Jacques Delors est plus voûté que jamais.

Il y a de plus en plus de monde et te voici obligé de ralentir ; marcher dans la rue étroite est trop dangereux. Ta femme aimée est déjà là, en avance aussi. Elle ne sais rien de la rue en pente, mais elle voulait elle aussi tuer son heure. Vous êtes synchrones.

Vous avez le temps d’avaler un sandwich suédois et vous entrez dans le long tunnel qui conduit à la salle de concert. Sous prétexte de nostalgie, ils l’ont refaite à l’identique d’avant, donc exactement aussi malcommode et inadaptée que du temps de la nostalgie. C’est malin. En prenant rendez-vous avec six mois d’avance, tu as limité les dégâts, tu vois et tu entendras. Monsieur et Madame Delors entrent juste devant vous et présentent leurs billets, personne ne les remarque. Le tumulte n’en a que pour quelques sous-pipaules minaudant leur air blasé ; ils sont partis, voûtés et main dans la main, du côté pair. Ils ont aussi leur rendez-vous.

Ta femme et toi vous êtes du côté impair, loin des tambours. C’est mieux. Un vent de pollen faisait éternuer un peu partout, du balcon aux travées, de la cour au jardin. C’est le printemps.


mardi 30 mai 2006

Histoire de Théodore - 2. TRIO

Une heure de retard. Il n’y a aucune raison que la neige soit tombée sur toi seul. Noir ou blanc, elle refroidit tout le monde. Les lumières baissent très légèrement et le premier fait son entrée. Tu l’appelles David le bassiste. Ce n’est pas son nom diront les puristes tu le sais bien ma foi, pas besoin de puristes pour le savoir. A tout Goliath son David, que serait Goliath sans lui ? Il ne serait que ce qu’il est. Tu n’as pas inventé la formule mais pour une fois qu’elle s’applique, tu en profites avec gourmandise. Notre Goliath l’a compris avant tout le monde qui ne s’en est jamais séparé.

David le bassiste n’est pas Mingus pourtant ni Scott La Faro, ni aucun de ces géants de l’instrument géant, et les puristes font la moue sur lui. Tu n’en démordras pas, Goliath avait raison de se le garder pour lui afin de le rester, Goliath.

Les lumières diminuent un peu plus. Baguettes à la main, droit comme un I, est entré le professeur, le gardien du rythme, l’incarnation du temps, la folie sur rails, Monsieur Max lui-même. Les initiales trompeuses auraient pu faire croire que tu attendais Marcel Ringard, mais tu en savais assez pour ne pas te faire prendre : c’était bien Max le Matheux qui vint s’asseoir derrière les tambours et les cymbales, qui en retiennent leur respiration résonnante. On devine que sa veste est mouillée de neige fondue jusqu’à la doublure de soie vermeille, mais impossible d’être plus élégant l’eau n’y pourra jamais rien. Une élégance waterproof.

Il n’y a plus de lumière. Une poursuite se braque sur un coin de coulisse du côté jardin. La silhouette de deux mètres de haut entre du côté cour. Tu ne l’as pas vue mais entendue, il jouait en entrant, comme s’il n’avait cessé de jouer depuis trente-six ans qu’il était né, en supposant qu’il ne jouait pas avant déjà. Goliath et sa trompe. Des sons d’outre tombe et des sons de stratosphère, des sons de souffle et des sons insondables, un torrent de sons déferle et il faut ce Matheux de Max pour les endiguer, les auréoler et nous les livrer en un delta de fleuve impétueux parmi les roseaux et les crocodiles.

Ne croyez pas Goliath brouillon. Il les connaît bien, son Max et son David, c’est leur talent qui lui donne les libertés qu’il prend avec les règles, avec les harmonies, avec le temps. Rien ne s’en va. Il connaît tous les pièges du marigot, tous les recoins des petits bras et des grands, il fait mine de s’y jeter comme un forcené et la baguette le tient en lévitation au dessus des sauriens dépités, et la basse ambulante le ramène au rivage. Goliath à la tête d’Apache en sourit dans sa trompe hallucinée et repart pour de nouvelles aventures. Te voici parti dans tes rêves, tu les suis dans leurs acrobaties et la terre a cessé de tourner.

La nuit a des milliers d’yeux, Dieu bénisse l’enfant, Thomas le Saint, le pont, Nigeria, parler ensemble, le septième bleu, et pourquoi énumérer seulement les chansons que tu as cru reconnaître parmi les chemins, les lagunes, les lacs, la mangrove ? Tu as honte de celles que tu connaissais par cœur mais impossible d’y poser un titre, tu n’es plus certain d’avoir reconnu celles que tu as cru reconnaître.

Tout finit par se mélanger, toutes ces rivières lentes, ces rapides, ces cascades, de calypso en blues, de ballades en valses, du binaire au ternaire, du catxcat au sissuite, alimentent le fleuve puissant à rendre le Rhône proche filet mignon. Tu es du côté ensoleillé du delta, contemplant le dauphin vert et le couteau de Mackie, tu as oublié ce qu’était l’amour, tu as oublié le temps qui passe. Il est une heure du matin, mon gars, le concert est fini, le grand chef indien a fait hugh et les gens râlent qu’il n’y ait pas de bis. Qui ose parler de bis à un grand chef Apache, à Goliath ? Est-ce qu’on se baigne deux fois dans le même fleuve?

Tu es désormais au paradis et tu ne te souviens pas du retour. As-tu finalement retrouvé tes copains furieux mais bon on te ramène quand même, as-tu croisé de justesse d’autres copains qui étaient aussi descendus de la ville noire mais tu ne le savais pas, as-tu demandé à un villanègre qui passait par là et qui t’a chargé, tu ne sais plus. Neigeait-il encore, est-ce que la route glissait, combien de temps pour cinquante kilomètres de montée périlleuse ? Faut-il vraiment se pencher sur ces questions, quelle importance puisque tu te souviens du fleuve !

Quarante ans et trois mois plus tard, tu te souviens encore du fleuve comme si c’était hier, et si tu ne sais pas comment tu en es revenu, tu sais que tu n’en es pas encore revenu.

à suivre.

lundi 29 mai 2006

Histoire de Théodore - 1. Hiver



La météo l’avait promis : temps glacial toute la journée et chutes de neige abondantes dès la tombée de la nuit pendant plusieurs heures sur tout l’est de la France, de Valence à Valenciennes. Tu ne te souviens plus du nom du monsieur météo de ce temps là, mais il a tenu parole de sa voix chantante. Il neigeait plus que dans un poème de Victor Hugo. Tu avais pourtant bien décidé d’en être, de cette soirée à la grande ville du confluent, depuis des mois que tu t’y préparais. Trois flocons n’allaient pas te rebuter.

Quoique. Tes copains t’avaient gardé une place dans leur poubelle roulante, ce qu’alors on appelait une automobile, un tas de tôles avec des roues, un dégivrage qui ne fonctionnait qu’au dessus de cinquante à l’heure, un moteur à essence qui explosait à partir de soixante à l’heure, il fallait bien viser, plastique et skaï à l’intérieur, rouille à l’extérieur, douze litres au cent dans les descentes pour trente cinq chevaux plus très neufs. Justement, c’était descente jusqu’à la grande ville, cinquante kilomètres de descente.

Mais tu t’étais promis cette soirée, plus question de reculer, d’autant que ta place réservée avait fait des jaloux. Vous partîtes cinq et n’eurent aucun prompt renfort. Vous fonçâtes en aveugle à plus de cinquante dans le mur blanc d’où tombaient le silence et la nuit. Tu étais encore plus tassé que les autres au milieu de la banquette arrière entre deux malabars, airbags avant leur invention, en te répétant que tu ne pouvais vraiment pas renoncer à y aller.

Après diverses glissades artistiquement involontaires, quelques slaloms parmi les camions en perdition, et un arrêt dégivrage obligatoire pour cause d’essuie riens tombés en panne, vous voici deux heures plus tard debout sur un sol incertain. Sains et saufs. Derrière vous, s’étend la presqu’île, vous le savez sans la voir, mais vous voyez bien le raidillon devant qui reste, dernière côte avant la soirée.

Tous les lyonnais vous le diront, surtout les Roussicruciens, ne vous aventurez jamais un soir de neige dans les ruelles au-delà des terreaux un soir de neige. Tu l’as dit à tes copains qui ont ricané, alors tu as fini à pied, tant pis pour la trempe, mais d’abord être à l’heure. Quelque part dans cette colline existait une salle vieillotte où parfois s’y donnaient d’invraisemblables concerts. Tu ne te souviens ni du nom ni du lieu ni de la rue, et il se pourrait même que ce ne fût pas la Croix Rousse. Tu es sûr des ruelles, des pavés, des glissades et des pentes, de la neige dont la fonte te coulait directement maintenant dans les socquettes après avoir traversé tout le reste, et tu as trop de jolis souvenirs dans cette colline-ci pour ne pas lui accorder le bénéfice du doute ; tu ne diras rien des carillons.

Tes copains vont batailler toute la nuit pour sortir la voiture du travers où ils l’ont fourrée avec leur obstination, et ils t’en voudront tellement que tu ne raconteras même pas le concert. A quoi bon, est-ce qu’on peut raconter un concert ? Toi, tu es arrivé à l’heure. Enfin, moins en retard que la musique. Tout enneigé du cerveau, tu t’es installé dans la salle oubliée qui s’appelait qui s’appelait, à croire qu’elle faisait aussi bal perdu. Sans parler des socquettes.

à suivre.

jeudi 18 mai 2006

Néanderthal #2.


Le chef l’avait écouté sans rien dire. Mais j’ai vu dans son regard une vague lueur d’intérêt. Je savais ce que signifiait cette lueur. Il y a très longtemps mais j’étais déjà né, un long combat avait opposé l’homme qui allait devenir notre chef à un autre guerrier, lui aussi au front bas. La lutte avait été incertaine. L’un appelait les esprits à la rescousse, qui dressaient des épines empoisonnées sur la route de son ennemi. L’autre manigançait des stratégies emberlificotées qui enserraient le premier dans les filets de l’incompréhension.

La tribu était coupée en deux, et nombreux furent les morts qui nourrirent les loups du Mercantour et les ours Slovènes.

A bout de forces, la tribu décida qu’il était temps de survivre et partagea les tâches. L’homme qui parlait aux esprits sera celui qui parlera aux esprits et on l’appellera Grand Sorcier. L’homme qui élaborait des plans sur la comète nous conduira vers le bout du tunnel et s’appellera Grand Chef. Chacun fit mine de se satisfaire de son sort et, depuis, la tribu tant bien que mal, survit.

La petite lueur dans le regard du chef signifiait que l’heure de la revanche avait sonné. Il allait prendre le feu, interdire à quiconque d’en approcher, il avait déjà inventé les fils de fer barbelés qui l’entoureraient. Il se saisit du panier et proclama sa loi. Pour montrer sa grandeur, il incendia la forêt voisine, le ciel fut noir pendant sept jours et douze nuits et personne ne remarqua l’anomalie.

Alors Grand Sorcier parut, et rouge était sa colère. Il parla. Vous n’êtes que des apprentis sorciers s’écria-t’il, vous croyez avoir maîtrisé l’énergie du feu, pauvres fous que vous êtes, vous ne saurez que faire s’il vous échappe, vous ne saurez que faire de ce qu’il laisse derrière lui, ces poussières brûlantes qui ne s’éteignent plus et qui nous étouffent quand elles volent, vous ne saurez que faire quand l’air que vous respirez aura été englouti dans les flammes. Et les grands principes de nos pères, vous les avez déjà oubliés, à commencer par le principe de précaution ?

Pour une viande plus digeste dont on ne sait pas si elle ne risque pas de devenir poison, avec toutes ces graisses brûlées les pires maladies vous guettent ; pour une protection nocturne dérisoire, il faudra toujours un guetteur et des broussailles craquantes à l’entrée de la grotte ; pour un meilleur confort les nuits d’hiver alors que vous savez bien que les grands froids ne sont qu’un vague souvenir de nos vieux sans mémoire, il fait chaud toute l’année par ici ; pour ces petitesses ridicules dignes de peuples ramollis, vous brûlez des forêts, et bientôt vous vous brûlerez vous-mêmes ! Une femelle verra son petit grésiller sur la braise, il ne nous restera que nos yeux pour pleurer et un peu de chair tendre pour améliorer l’ordinaire. Un jour, le feu prendra devant l’entrée et vous ne pourrez plus respirer ; vous le savez bien ce qui se passe alors, vous qui avez couru devant les flammes les années de grande sécheresse, malheur à qui ne court pas assez vite !

Il était lancé, rien ne semblait l’arrêter. Il continua longtemps ses imprécations et sa voix couvrait le tonnerre. La tribu, apeurée, tassée dans un recoin éloigné du panier magique, se mit à grogner ; sourdement au début, puis une clameur s’est élevée et le guerrier à front bas, le grand chef et le panier furent déchiquetés par la foule en furie.

Grand Sorcier avait gagné la bataille.

Quelque temps plus tard, l’homme de Néanderthal avait disparu de la planète.

Fin. En attente de réactions hostiles.
Chercher les deux réponses.

mercredi 17 mai 2006

Néanderthal #1.

1. Où il est encore question d’hommes préhistoriques.


La fable qui suit n'est pas de moi ni dans son idée ni dans son développement. Ne m'appartiennent que l'écriture, les digressions et les errances. Mais elle m'a inspiré, c'est pourquoi j'ai voulu y ajouter un peu de moi. Elle a été écrite par un journaliste dans un journal, et je ne me souviens ni du journal ni du journaliste. Je m'en voudrais qu'on me reproche un vol, alors qui se reconnaîtrait et qui le reconnaîtrait sera bienvenu ici pour que cite ma source, dont ne demeure aujourd'hui que le ru. Elle a été publiée dans un quotidien quelque part vers la fin de l'année 2005, je crois. Bonne lecture.
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Depuis des millénaires, des milliers de millénaires, en ce temps là où l’on avait pas encore inventé les millions, la tribu survivait tant bien que mal dans son recoin des Alpes. Les anciens racontaient qu’on avait vu les glaciers recouvrir tout le pays et qu’il avait fallu partir vers le sud trouver d’autres montagnes et se cacher des hommes savants. Ils racontaient aussi que les glaciers avaient fondu jusqu’en haut des montagnes et qu’il avait fallu s’établir sur les pentes pour échapper à la mer qui envahissait la vallée et aux hommes savants qui remontaient du sud.

On les connaît, les anciens : il faut toujours qu’ils exagèrent.

Un jour, un guerrier était arrivé tout essoufflé. Il courait depuis quarante-deux kilomètres, enfin pas tout à fait mais je ne me souviens jamais de la distance exacte. Il n’avait rien mangé, mais bu parfois un peu d’eau sucrée. C’est ainsi qu’il l’appelait, sa boisson : de l’eau sucrée ; ses collègues prenaient un air entendu et disaient pot belge toi même. Rien d’étonnant qu’il fût essoufflé. Il venait nous annoncer une grande victoire et portait un petit panier à la main d’où sortait une fumée qui piquait les yeux. A l’intérieur scintillaient des cailloux rouges qui semblaient vivre.

Je l’ai volé aux hommes savants, s’écria le guerrier au front bas dès qu’il put crier. Toutes les femelles lui tournaient autour, avoir le front bas était chez nous signe d’un grand guerrier. Le chef s’approcha et ricana. C’est du feu, ton truc d’homme savant, dit-il, que veux-tu qu’on en fasse ?

Le guerrier se lança dans une longue explication technocratique et incompréhensible, l’un n’allant pas sans l’autre, mais c’était un grand guerrier. Pendant trois lunes il avait guetté les hommes savants et observé leur manège. Il avait repéré les quatre olibrius qui partaient chaque matin avec un drôle de bâton et du fil presque invisible et qui rentraient le soir avec du poisson. C’était du temps où la mer avait remplacé la rivière, il faisait si chaud alors. Il n’avait jamais réussi à les suivre dans leur course erratique derrière le grand maigre qui en gestes désordonnées leur montrait des routes sans cesse différentes. Il en perdait sa filature. Il était finalement resté dans sa cachette imprenable avec vue, à regarder ces grandes femmes laides. Oui, c’est ce mot qu’ils emploient pour leurs femelles, le mot femmes.

Vous n’imaginez pas à quel point elles sont laides, les femmes des hommes savants. : des cheveux interminables blonds ou bruns, rouges parfois, ou noirs comme la nuit, sans parler des mèches, et aucun autre poil ailleurs, la taille toute étroite serrée dans un pagne volé au léopard du coin, de petits pieds à se demander comment elles peuvent se tenir debout si droites, et des jambes à n’en plus finir encore plus fines que des girafes. Laides, je vous dis. D’ailleurs il faut voir comme ils les traitent.

Elles s’affairent avec un petit panier de fumée, elles en sortent un caillou rouge qu’elles posent sur des feuilles dans un trou et en jaillit une flamme comme on en voit les nuits de sécheresse sur les pentes des montagnes, mais en tout petit. Elles posent le poisson dessus ; alors s’élève vers le ciel une odeur qui me donne faim alors que j’ai encore la bouche pleine des plumes du canard que je viens de dévorer tout palpitant. Magie de la flamme sur la chair. Je ne connaissais pas cette magie là, et je ne vous ai pas encore tout raconté.

Une fois elles ont été attaquées par une famille d’ours. Le seul homme présent s’est sauvé dans la grotte. Il passe sa vie à faire les cents pas en déclamant, celui là, un omelet très laid. Elles ont pris un petit morceau de flamme au bout d’un bâton et se sont approchées sans hésiter des assaillants ; vous n’allez pas me croire, il y avait encore trente pas entre elles et les ours, ils se sont enfuis comme des lapins. Je l’ai vu comme je vous vois. Puis, comme si de rien n’était, elles ont retiré le poisson tout grésillant de dessus le trou à flammes qu’elles ont recouvert de poussière, et remis quelques cailloux à fumée dans le panier magique.

Profitant d’un moment d’inattention, j’ai volé le panier et me voici. Finies la viande indigeste et la peur des fauves, finis le guet de la nuit et le froid mordant, nous allons domestiquer le feu.

à suivre.

jeudi 27 avril 2006

Le Tableau

Le petit jeu de RACONTARS.


La photo a été sortie de son cadre douillet, où depuis le 23 septembre 2005 elle se montrait à tous les passants passant chez
Alain Bachellier

Le jeu consiste à raconter un racontar à partir de cette photo. L’auteur de la photo a un blogue dont l’adresse est précisée, j’espère que mes liens fonctionnent, je ne sais jamais quand ils fonctionnent et quand ils ne fonctionnent pas.


Décidément, je ne comprends rien à ce qui m’arrive. Asseyez-vous là, m’ont-ils dit, vous avez une heure pour prendre votre décision. Une heure. Comme si une heure suffisait pour une décision pareille. On la prend en trois secondes ou on ne la prend jamais, cette décision. Et comme ne rien décider est un des deux côtés de la décision, il va falloir que je décide si je décide ou si je ne décide pas.

Une heure n’a aucun sens. Mais je le sais, dans une heure ils vont venir et me demander ce que j’aurai décidé. Et je devrai répondre. Va pour une heure, les mains crispées sur le coton bleu, à attendre.

Le médecin n’avait pas été long à établir le diagnostic. Il m’avait allongée comme d’habitude, comme d’habitude il s’était penché son observatoire à la main, il avait un peu palpé, il m’avait fait relever. Il était sûr de lui, hormis peut-être cette lueur d’incrédulité dans son regard. Mais je sais déjà malgré ma jeunesse, ils disent tous que je suis jeune alors que je me sens déjà Mathusalem, je sais déjà qu’on ne voit dans le regard des autres que ce qu’on y met, non ce qui y est.

Il m’a demandé : vous avez rencontré quelqu’un ? J’ai été agacée, ma mère m’avait posé la question le matin même. J’ai répondu comme à ma mère, non personne. A la différence de ma mère, ma réponse ne l’a pas autrement surpris. Je finis par me demander si ce n’est pas son diagnostic qui l’étonne, bien qu’il ait l’air sûr de ne pas se tromper.

J’ai seize ans, je ne suis pas idiote, je sais bien ce qu’on veut dire quand on demande si j’ai rencontré quelqu’un, je sais bien ce qu’on me demande, en réalité. C’est pourquoi je réponds non à cette question, parce que je n’ai jamais couché. De cela aussi je suis sûre, comme l’est le médecin de son diagnostic. Je ne vais pas raconter ce qui m’est arrivé il y a huit semaines, personne ne me croirait, et j’entends déjà les ricanement étouffés ou les airs dubitatifs qui suivraient. Quand je me le raconte à moi-même, je n’y crois pas non plus.

J’étais sur la terrase comme souvent. J’aime y traîner, sur cette terrasse, à l’abri du portique en pierres aux doux arrondis voûtés. Ma mère le supporte mal et fait s’effondrer mes rêves en me criant de finir la vaisselle ou la poussière ou tout ce qui lui passe par la tête. Elle était à Sienne pour les courses, ce jour là, je pouvais à loisir contempler le paysage de collines et de crêtes, ponctué de vignes et d’arbustes selon un savant hasard qui le faisait ressembler à un tableau de Léonard de Vinci.

Soudain il était là devant moi, le beau jeune homme. Il m’a saluée, il m’a dit gracieuse. Mais je vous le jure, il n’a pas franchi le seuil du portique, il est resté dans le jardin à me regarder de ses yeux transparents et moi je suis restée dans ma chaise longue posée sur le carrelage. En dire plus serait de l’invention pure et simple et je n’ai aucune imagination. Ma mère me le dit toujours, à quoi rêves-tu, toi qui n’as aucune imagination ? Si pourtant. Un petit rien, un rien du tout, mais que je ne comprends toujours pas.

Une étrange impression de flottement, sans savoir qui flottait. Moi, déjà séduite par ces yeux de cristal, ma chaise, qui pourrait s’être décollée du sol mais je n’ai pas vérifié, ou alors tout ce qui était devant moi juste au delà de la ligne du portique, bien matérialisée par le bord du carrelage. Même que ma mère s’était fâchée pour toujours avec le carreleur qui ne voulait pas refaire l’alignement parfait qu’il avait raté ; du coup on ne l’a jamais payé. Etait-ce tout le paysage là devant qui flottait, qui contenait Sienne au fond, les vignes du seigneur, les cyprès éloignés, le jardin des délices et le jeune homme avec son lys à la main ? De Sienne à lui, de Sienne au lys, tout semblait dans le même plan, torturé par une perspective irrationnelle.

Comment pourrais-je vous raconter cette paix qui pendant les quelques minutes que dura la rencontre m’avait envahie, et dont je sais que je ne la retrouverai plus jamais ?

Le médecin avait constaté que j’étais enceinte de huit semaines. Il m’a demandé si je souhaitais avorter ou non. Il m’a dit qu’il serait obligé de me dépuceler lors de l’opération, mais que la naissance le ferait d’elle-même si je n’avortais pas. C’est pourquoi il s’attendait à ma réponse quand il m’avait demandé si j’avais rencontré quelqu’un. L’infirmière m’a fait asseoir ici et m’a conseillé de me détendre pour prendre ma décision. Relâchez vos mains, m’a-t’elle dit. Une heure pour prendre une décision pareille, et elle voudrait que je me calme ! De qui se moque-t’on ?

Le plan de charge de l’hôpital est complet pour les neuf semaines et demi qui viennent sauf justement dans une heure où une défection soudaine permettait d’intervenir dans les délais légaux. On a vérifié vos parents sont d’accord et ils vous laissent choisir, m’a-t’elle précisé. Ponce-Pilate avant l’heure, ceux-là.

Pour gagner du temps, ils m’ont habillée avec la tenue réglementaire. Il me reste dix minutes.

J’aimerais bien le garder, ce petit. Avec mon ami le fils du fabriquant de vérandas mon voisin, nous nous en occuperions bien, et il lui apprendrait son métier de charpentier alu. Je l’aime, le fils du voisin, nous nous marierons un jour, je sais qu’il acceptera le petit comme sien même un peu surpris car il m’aime aussi. Nous n’avons jamais dépassé le stade du baiser chaste ; la violence de nos désirs et j’euphémise, s’est toujours rompue sur notre pacte d’amour. Ne me regardez pas avec ces yeux de mérou, je sais que tous les gens du voisinage s’en étonnent et que tous les godelureaux du coin se gaussent. Nous sommes d’un autre temps, peut-être du temps du tableau que j’ai cru voir il y a huit semaines.

Un pacte est un pacte, mon ami a seize ans comme moi et il devient doucement un homme parce qu’il respecte ce pacte. Attention, ne mélangez pas tout : ce pacte là n’est pas pour autant obligatoire pour devenir homme ou femme, entendons-nous bien. A chacun le sien librement consenti, l’important est de ne pas faillir.

L’infirmière est entrée. Enfin je desserre les mains. J’avorte, dis-je d’un ton serein. Je ne vais pas imposer à l’humanité une nouvelle fois deux mille ans de christianisme.

lundi 24 avril 2006

Je me souviens.

J’ai encore laissé passer une commémoration. De celles qu’on n’a pas le droit de laisser passer. De celles qui n’intéressent personne parce qu’elle ne sont pas télégéniques, et que le commémoré n’intéresse que si peu de monde. Alors avec le retard de quelques semaines que je n’arriverai plus jamais à rattraper, voici celui dont je me souviens et qui fut mon ami.

Le jeudi 8 avril 2004.

Jean Berthier est mort ce matin.

Homme de Méditerranée, métis et fier de l’être, il se proclamait juif, nègre, kabyle et arabe. Son regard pétillant reflétait en effet toute l’histoire de la mer primordiale. Même affaibli par les contingences cruelles, ce regard est resté intact jusqu’au bout et quand la parole ne pouvait plus passer, il nous déversait sa joie de vivre encore, son amour torrentiel et provocateur.

Il est peintre. Il a croisé toute sa vie ce que le vingtième siècle a fait de bien en musique et en peinture.

Je ne sais si ce qu’il a peint, abstractions et rêves, rythmes et couleurs, se rattache à une école ou à une théorie ; les exégètes sauront mieux que moi en parler, ils le compareront à Dubuffet ou à Duchamp, par exemple, ou à Duchnock, pardon pour mon incompétence. Il n’aimait pas parler de ses tableaux. Il les montrait, il aimait qu’on les aime, et j’aime ses tableaux, les Black and Blue, les Early Autumn, les Misterioso, et tant d’autres. Il travaillait ainsi par séries, et je crois bien qu’il est le seul homme que je connaisse qui ait pu voir le jazz en peinture.

Il a d’ailleurs été connu pour ce qu’il appelait ses performances, qui consistaient à peindre en public devant un orchestre de jazz, un quartet en général, la toile devant être terminée à la fin du morceau. Je peux témoigner qu’il ne s’agissait pas d’une fantaisie superficielle, mais d’une tentative surhumaine de faire voir la musique et entendre la peinture, d’un effort physique et mental démesuré, qui lui demandait du temps avant et pas question de l’approcher alors, et du temps après où il avait besoin de nous.

Jean parfois était surhumain.

Son dernier grand œuvre est une série (encore) de collages extraordinaires, le matériau de base étant constitué des couvertures de revues de Jazz. Les fragments de titres et de visages, les regards, les télescopages, les apparentements terribles, vous font vivre un siècle de musiques improvisées, et c’est tout juste si on ne les entend pas jouer, tous ceux qui sont venus là se coller dans le cadre. Une chose est sûre : ils jouent dans sa tête, ils jouent pour lui.

Il est mort. Un passant distrait qui nous aurait croisé dans la rue l’aurait vu plus vieux que moi, mais l’enfance et l’innocence étaient de son côté et il me manque. Je ne peux rien faire d’autre que l’honorer ici et vous dire que j’aimais cet homme étonnant, rien faire d’autre qu’être avec sa femme et sa fille, et, sachant ce qu’elles doivent porter, leur faire savoir que je le sais.

vendredi 7 avril 2006

EUROPE 9. I Hate sundays.

Il y a des dimanches pires que d'autres, qui donnent envie de disparaître, des dimanches où l'on a même plus envie de disparaître, car on a déjà disparu.

Comme tout ce qui est mort depuis longtemps et qu'on croyait encore vivant.

Au soir de ces longs dimanches là, soudain on admet ce qu'on se refusait à admettre: il n'y a jamais eu de rêve, jamais eu d'ambition, jamais eu de projet, jamais eu d'avenir.

Qui veut partager quoi avec qui? Personne ne veut jamais rien partager. Il n'en coûte rien d'habiller la grille qui entoure le pré carré de banderoles aussi grandiloquentes qu'hétéroclites. La seule vérité est que personne ne veut rien partager avec personne.

Il faut un long dimanche pour le comprendre. Les banderoles ne révèlent que le mensonge de ceusses qui les écrivent et la bêtise de ceusses qui les croient. Un jour, tôt ou tard, il suffit juste d'attendre, "on" viendra, vous savez, "on", tous ces "on" avec qui vous ne voulez surtout rien partager, et "on" essaiera d'entrer dans le pré carré, et il faudra livrer bataille.

Ce sera la faute de "on", ce ne sera pas la faute du pré carré, tous les gens du pré carré vous le diront. Tous les gens du pré carré vous diront qu'ils n'ont pas voulu de cette bataille là. Nous n'avons pas voulu cela, diront-ils. Et le pire est qu'ils croiront à ce qu'ils diront.

Mais pour l'instant ils font la fête. Il paraît qu'il existe des lendemains qui déchantent. Ils existent en effet.

Il est des fêtes où rien ne permet d'imaginer la catastrophe à venir. Un raz-de-marée qui vient engloutir le beau mariage est de ces lendemains là. C'est un exemple.

Il est aussi des lendemains qui déchantent que tout annonçait, et qu'on a provoqués en toute connaissance de cause. Mais on a cru que les grilles autour du pré suffiraient.

Juste un pré carré où l'on peut à loisir sodomiser les diptères.

Première mise en ligne faite le 30/05/2005.
Puis j’ai rejoins mon buisson, par les chemins du bois mouillé.

Soyez heureux, j'en ai fini avec le référendoume, et ma colère n'est pas guérie.
Qu'il crève, direz-vous, et vous aurez raison. Il n'y aura pas de revoyure.

mercredi 5 avril 2006

Europe 8. Le premier boulevard à droite après le feu.


Il était question de renégocier, si j’ai bien compris. Mais quelle gauche va pouvoir renégocier et renégocier quoi, à partir du 30 mai 2005, quand le non l'aura emporté ? Tout le monde sait que le non va l'emporter et nous emporter avec.

Quelle gauche va renégocier? Et qui donc grands Dieux le fera ? Hollande, Jospin, ces gros nuls qui ne font rien que de la politique de droite comme ils disent tous, de la politique ultra-machin, c'est plus chic quand on est un gros non de poser ultra devant machin chaque fois qu’on ouvre la bouche.

Sera-ce Fabius, son petit cartable et sa bouche en cul de poule, lui la risée du monde entier plus fort que Chirac ?

Qui va lui donner le pouvoir de négocier? Dans l'urgence de mon énervement, j'avais tapé pourboire au lieu de pouvoir, et ce sont mes doigts qui avaient raison, là.

Le pouvoir dans la rue. Les Cégétistes vont défiler pour faire pression, c'est ce qu'ils disent et je les connais bien, en oubliant qu'aucun syndicat européen ne va suivre, eux qui votent oui. Je les connais aussi, les syndicats européens, les espagnols et les allemands en particulier, ils ne sont pas près de nous faire la courte échelle. Hombre, ach, damned !

Restent ceux que le non de tous ces coléreux de nons va laisser en place, par exemple dans leurs meubles élyséens, Chirac, Sarko, leurs amis ou qui se le prétendent. Ils commenceront par un grand merci à tous les nons pour ce fabuleux service qui dépasse leurs espérances, une élection dans un fauteuil pour l'un ou l'autre en 2007.

Dès aujourd'hui, sans même faire de plans sur la comète, on parle de Sarko comme premier ministre si le non l'emporte. Ce n'est pas une apocalypse ni un chantage, c'est une analyse politique. Les nons de Gauche feraient bien d'apprendre ce qu'est une analyse politique.

Et même si ce n'est pas Sarko, ce sera un bon petit soldat de la droite qui va s y coller, sachant la gauche en totale implosion, mettre les bouchées doubles en matière de démantèlement de notre société pour le plus grand bien de la compétitivité, une telle occasion offerte par la seule ambition de ce grand homme de gauche qu'est Fabius, et de tous ces grands combattants héroïques de la gauche que sont les nons de Gauche qui se croient encore au lendemain de la libération, face à ces sociaux traîtres du oui béni-oui-oui. Je sais bien que je fais partie de cette catégorie méprisable et qu'à ce titre vous n'allez pas tarder à m'envoyer en Chine apprendre à vivre. Vous avez l’entraînement, vous les noms de gauche, depuis les lendemains de la libération. Il y a des haines très claires à ce sujet sur la toile qui en disent long sur les nons.

Voilà, mon dernier coup de gueule, et je pars, je n'en peux plus de vos conneries, et de votre bullet in the foot. Il faut que j'arrange le fourré où je vais remâcher mon cataclysme intérieur que vous m'avez programmé pour dimanche. C'est le seul qui se produira tout de suite. Les autres seront plus lents et plus inexorables. Vous aurez tout le temps de trouver le moyen de dire que vous n'y êtes pour rien.

Première rédaction et première mise en ligne faites le 26/05/2005.

vendredi 31 mars 2006

EUROPE 7 - Le vent du large.

Il paraît que la charte des droits fondamentaux est du vent, un catalogue de bonnes intentions pour rouler le gogo dans la farine de l’ultra machin. Ils le disent tous, ceux qui veulent noyer leur chien. Et la déclaration des droits de l'homme et du citoyen en 1789, c'était du vent aussi peut-être, une déclaration d'une page, pensez donc ma pauv' dame, juste une petite page d’écriture faite sur un bout de papier un soir de juillet.

Ce n'était ni une constitution, ni une directive, ni une partie I II ou III de quoi que ce soit, même pas une loi, juste une déclaration d’une page. Je n’invente rien, c’est son titre, déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Ni foi ni loi, ni constitution, ni paperasse pesante.

C'était du vent. La charte que nos beaux nons de cafards méprisent la bave aux lèvres, ils vont la jeter au panier comme en 1789 ils auraient méprisé la déclaration de droits de l'homme et du citoyen au motif qu'elle évoque le droit de propriété (art.17, si j'ai bonne mémoire), par exemple, au motif que ce n’est qu’une page, au motif que c’est juste du déclamatoire, pas du trébuchant, à n’importe quel motif car finalement qu’importe le motif pourvu qu’on ait l’ivresse.

Il en a balayé, des cafards, ce vent là, depuis deux siècles. Alors vite, faisons le taire, et fermons portes et fenêtres, il pourrait y avoir des courants d'air.

Europe 8 à suivre
Envoyé le 26/05/2005.

mercredi 29 mars 2006

Europe #6.3 - Où le oui ...

Où le oui se nourrit du moins pire que le plus mal, et le non du plus pire que le moins mal (suite)


3°) LE MONDE D’APRES.

Comment allons nous, une fois cet outil nouveau jeté à la poubelle dans la joie et la bonne humeur, pouvoir changer l'outil actuel rouillé et émoussé, comment pouvons nous prétendre une énormité pareille? Ils sont nombreux les pays qui ont dû accepter avec grimace le projet qu'on nous propose, qui ne l'ont accepté que pour des raisons historiques aujourd'hui révolues, et qui considèrent en réalité que l'état actuel de l'Europe molle leur est bien plus profitable qu'une Europe démocratique qui se serait construite pas à pas.

Je pense que la vérité est que l'Europe actuelle telle qu'elle est paralysée convient à tous les nons, quels qu'ils soient, et quels que soient les oripeaux dont ils s'affublent. C'est leur droit mais qu'ils le disent.

Chaque fois que nous tenterons de revenir et d'améliorer cette Europe à laquelle les nons nous condamnent, il suffira d'un veto pour tout bloquer et tout conserver en l'état. Le plus extraordinaire d'incohérence est que les nons nous expliquent d'un air pincé qu'on ne pourra jamais changer la constitution à cause des divergences entre Etats membres, et que ces divergences sont soudainement oubliées dès lors qu'il s'agirait de renégocier. Alors que grâce au non et parce que c’est la situation actuelle, tout veto est possible sur tout, ou presque. Y compris sur le seul fait de renégocier.

Vous avez dit plan B ? Dans 50 ans, nos petits-enfants seront peut-être un peu moins nons si entre temps aucune guerre n'est venue mettre un peu d'animation dans ce monde qui s'ennuie.

FIN

6.1 à 6.3 envoyés le 18/05/2005.

lundi 27 mars 2006

Europe #6.2 - Où le oui ...

Où le oui se nourrit du moins pire que le plus mal, et le non du plus pire que le moins mal (suite)

2°) LE MONDE D’AVANT.

Nous aurions un outil avec cette constitution, canif mal fagoté mais déjà plus aiguisé que l'outil actuel; gros coutelas rouillé ; en y regardant de près, elle comporte des règles de contrôle, des limites aux pouvoirs de la commission et aux pouvoirs du conseil, elle donne la parole à ceux qui nous représentent et qui sont muets aujourd’hui sinon parfois pour quelque baroud d’honneur vite enterré ; je vous remercie d’avance de nous priver de ce canif approximatif, de cette constitution lourdingue, sous prétexte que les limites qu’elle construit ne sont pas encore assez limitantes à vos yeux militants, sous prétexte qu'elle constate et confirme que nous vivons dans un monde capitaliste. Et alors, vous le découvrez juste maintenant, et vous croyez que le non va être le grand soir ?

Comme si une constitution pouvait faire abstraction du monde dans lequel elle existe. Les nons font mine d'ignorer que cette prise en compte là a précisément pour objet de donner les moyens aux institutions européennes à commencer par le parlement, de combattre les excès d'un monde mercantile sans règles. Je rappelle que l'Europe d'aujourd'hui est exactement un monde mercantile presque sans règles, et que c'est ce monde-ci que les nons vont garder en votant non, plus sûrement que par tout autre moyen.

#6.3 à suivre.

6.1 à 6.3 envoyés le 18/05/2005

jeudi 23 mars 2006

Europe #6.1 - Où le oui ...

Où le oui se nourrit du moins pire que le plus mal, et le non du plus pire que le moins mal.

1°) CANIF.

La révision de ce nouveau traité espéré, que vous les nons allez détruire en rigolant, n'est pas indispensable pour faire fonctionner les 25 pays en harmonie sans que chacun renie ses valeurs, elle n'est même pas indispensable pour faire évoluer les pratiques et les comportements, y compris dans un sens plus social, services publics et compagnie. La difficulté imaginaire de le réviser, s’il apparaissait qu’elle n’est pas imaginaire, et un argument d’estrade, vous le savez aussi bien que moi, un outil fait ce qu’on en fait et pas ce pourquoi certains croient qu’il est fait.

Vous n’avez jamais revissé une vis baladeuse avec un canif, vous ?

Si vous ne vous déchaîniez pas pour des raisons profondes inavouables, le parlement aurait plus de pouvoirs, il y gagnerait le contrôle de la commission, vous savez, cette commission qui vous met la bave aux commissures, et il saurait bien gêner aux entournures les délibérations du conseil. S’il le voulait, bien sûr, et si nous en lui donnions le pouvoir.

Rappelez-moi qui vote pour le parlement. C’est nous, rien que nous, les 450 millions. Evidemment, si l'Europe vote massivement à droite, elle aura la même politique que nous, braves petits français, nous avons obtenue pour avoir massivement voté à droite en 2002, et pas seulement pour Chirac ce qui était inévitable j’ai fait comme vous ce triste jour là, mais aussi pour le parlement qui a suivi, ce dont on aurait pu se passer. Il n'y a jamais de fatalité, alors ne nous en prenons qu'à nous mêmes des raffarinades que nous subissons, l'Europe et son traité n’y est pour rien mais nous seuls. Combien êtes-vous, vous autres les nons frétillants qui vous prétendez à gauche, combien êtes-vous qui n’avez pas levé votre cul pour voter à gauche aux législatives d’après Chirac ?

J’y suis allé, moi. J’ai voté à gauche, moi, j’aurais voté communiste si au deuxième tour était resté un communiste. Il n’y avait personne au deuxième tour des législatives de juin 2002, la droite satisfaite avait gagné le pompon du premier coup. Je n’espérais plus rien ce soir là, l’abstention massive des régions ouvrières dès le milieu de la journée m’avait fait savoir que votre vote ne serait pas présent ce jour si nécessaire. Vous ne vous êtes pas dérangés. Vous allez préférer vous précipiter quand ce mois de mai soufflera son avant dernière bougie pour une petite éjaculation tardive et destructrice.

#6.2 à suivre.

6.1 à 6.3 envoyés le 18/05/2005

mercredi 15 mars 2006

EUROPE 5 - Qu'allons nous faire le 30 mai 2005 #4

4. Le beau bateau.

Ainsi, le grand transatlantique souverain des mers quitte le port sous les vivats et les acclamations, les bateaux-pompes et les feux d’artifices, et chacun peut remarquer la petite embarcation qu’il tire par la queue sur laquelle est inscrite la révélation du siècle et le scoop de l’année, je suis le plan B.

Fabius l’avait bien dit : un autre transatlantique est possible. Lorsque, après le naufrage, il est finalement monté dans l’embarcation avant tout le monde avec quatre ou cinq de ses hommes, seuls survivants, il l’a répété dans le vent marin et la mer déchaînée, en avançant les lèvres comme il fait si bien comme un cœur sur la main : un autre transatlantique est possible.

Il a raison le grand Laurent. Il est merdique, ce transatlantique tout en paillettes, avec son équipage qui tire à hue et à dia et ses vingt langues entrecroisées. Il n’a que ce qu’il mérite, on a eu raison de le couler corps et biens. Il y avait des riches et des pauvres, sur le transat, on est sûr d’avoir noyé les riches. On a juste oublié que nous aussi nous étions dedans.

Un autre transatlantique est possible, a dit Fabius sur sa chaloupe juste avant que la dernière vague ne la retourne.

Fin de #4 - Envoyé le 17 mai 2005 à 13h47.

lundi 6 mars 2006

DE LA LECTURE PARTOUT

Avant de continuer de vous assommer d'Europe, voici un prologue de voyage en Italie, pour les curieux et les oisifs.

Si par hasard il vous plaisait, il se pourrait bien qu'une suite vienne. en ligne. Au rythme qu'ils voudront, je leur ai tout donné en vrac.

Aimez le texte, et faites-en la pub à ceux que vous aimez. Pour reprendre la formule célèbre de Romain Bouteille, si vous n'aimez pas, faites en la pub à ceux que vous n'aimez pas.

Il y a aussi d'autres lectures à faire chez "encritudes.com" qui a bien voulu m'accueillir, un site de publication en ligne tout jeune et tout ébouriffé, n'hésitez pas à vous y perdre. Ils ont besoin de vous comme moi j'ai besoin d'eux.



A bientôt, pour une suite à mon Europe détruite.

vendredi 3 mars 2006

EUROPE 5 - Qu'allons nous faire le 30 mai 2005 #3.

3. Les martyrs.

Il ne fallait pas non plus être grand politologue pour savoir qu’un plan B existait. Ceux qui font semblant de le découvrir ne trompent qu’eux-mêmes, n’importe quel homme politique digne de ce nom et habitué à l’incertitude de la démocratie a toujours un plan B dans sa poche qu’il sortira si l’élection à venir se passe mal (pour lui). Il n’y a guère que dans les dictatures que les dictateurs n’ont pas de solution de rechange, en dehors du choix entre le M16 et la Kalachnikov.

Malgré les grimaces de martyrs que nous font les nons, l’Europe est une démocratie, bringuebalante d’accord mais quand même un peu, avec des hommes politiques dignes de ce nom du moins ailleurs que chez nous. Ces hommes politiques là ont donc pensé à une solution de secours en cas de crevaison, la moindre des choses. Heureux l’automobiliste qui roule exprès dans un champ de clous sous prétexte qu’il a une roue de secours.

Il en a, ailleurs en Europe, des hommes politiques dignes de ce nom, nom avec une aime bien sûr. Chez nous, j’ai beaucoup de mal à les apercevoir. En matière de nullité, il y avait longtemps que nous n’avions pas fait aussi remarquable. Notre tartarien de cauteleux et sa bile, notre agité du bocal et ses dents qui rayent, notre dégingandé de Président et ses casseroles, ces trois là et quelques autres, tout comme son opposition de roquets, forment la plus comique des bandes de clowns que nous avons pu offrir au monde depuis longtemps, peut-être depuis Jean le Bon.

J’ai choisi Jean le Bon mais je ne suis peut-être pas encore allé assez loin dans le passé pour trouver pire. Mais Jean le Bon n’est déjà pas si mal dans le genre. On l’avait appelé le Bon pour ne pas écorcher les prudes oreilles de nos professeurs de collège. Ce serait tellement facile de vous proposer Jean le Non que je le fais, au point où j’en suis. Mais vous aurez peut-être une autre lettre à proposer.

Il y avait bien un plan B, ou un plan C pour rester dans le ton, un plan de secours, un plan galette, bien caché dans le coffre. Sûr que l’Europe va tourner rond avec la galette à Fabius, les espagnols furieux et les polonais morts de rire. Vous n’avez pas remarqué comme ils sont rigolards en ce moment, les polonais, eux qui avaient dû renoncer à la mention de Dieu dans la constitution, et voilà que nous allons la leur porter sur un plateau au motif de renégocier. Bravo les nons.

Mais il va y avoir des beaux esprits pour prétendre qu’ils ne profiteront pas de la situation, mais non, sûr qu’ils n’en profiteront pas. Quiconque a participé un tout petit peu à une toute petite négociation sait bien qu’on ne profite jamais d’une fenêtre de tir quand elle s’ouvre, ben voyons.

Surtout quand c’est la partie d’en face elle-même qui l’ouvre.

Publié le 17 mai 2005 à 13h47

lundi 27 février 2006

EUROPE 5 - Qu’allons nous faire le 30 mai 2005 #2.

2 - Le plan B.
Les nons bombent le torse, nous en étions là. Vous voyez bien qu’ils ont un plan B, vous voyez bien qu’on nous mentait, vous voyez bien que tout est prévu et qu’on va renégocier. Les apocalypses ridicules qu’on nous agite pour nous traîner dans la boue ne sont que simagrées et sansonnet. Voilà ce qu’ils disent tout content d’eux, les nons. Tout est en place, la table est mise, yapuka voter NON.
Puis Fabius va prendre son petit cartable et son petit air supérieur, et on va voir ce qu’on va voir. Sûr que le Président du jour et son successeur inévitable vont le nommer plénipotentiaire de la renégo, sûr et certain.
De qui vous moquez-vous, les NONs ? Je ne sais pas par quel autre miracle il pourrait, lui le grand Laurent, aller renégocier quoi que ce soit dans ce merveilleux plan B qu’on nous cachait ; il ne faut pas être un funambule de la politologie pour deviner que nous ne sommes pas près de voir des socialistes gouverner quelque chose d’ici une sacrée lurette.
Bravo et merci, nous étions au bord du gouffre et devinez ce que vous avez fait ?

Première mise en ligne le 16 mai 2005 à 17h22

jeudi 23 février 2006

CECI N'EST PAS UNE RECREATION

Si je le tenais, le petit con qui a dégoûté Clopine.

lundi 20 février 2006

EUROPE 5 - Qu’allons-nous faire le 30 mai 2005 #1.

1 - La bourde.

Il paraît que le vieux sage aurait fait une bourde. C’est le mot qu’ils emploient dans les gazettes, une bourde. Les nons en font des gorges chaudes. Triomphants, ils arpentent les estrades et stigmatisent les ci-devant hypocrites qui prétendaient que la constitution serait celle-ci ou ne serait pas. Les nons bombent le torse : il y avait bien un plan B.

On se croirait dans un film d’espionnage, avec un planta et un plan B. Ils s’y voient, les nons, héros de la guerre mondiale, à croire qu’ils la souhaitent. Certains la souhaitent, pas tous, pas la majorité, mais tous y vont, les conséquents et les inconséquents. Non, ce ne sera pas demain, ni après-demain, ni même dans dix ans enfin je l’espère, mais un jour viendra où elle aura lieu. Plus personne d’entre nous ne sera là pour dire qu’elle est l’arrière petite-fille du non qui triomphe, et ceux qui s’y risqueront seront cloués au pilori.
Ce ne sera que justice, ils auront dit la vérité.
Ni vous ni moi ne pourront le vivre et le vérifier, mais nous allons tous voter et vous voterez NON comme autrefois ils ont applaudi le traité de Versailles et la conférence de Munich. Souvenez-vous de Daladier accueilli comme un empereur romain, souvenez-vous de Clemenceau qui a voulu faire payer les Boches. Mais bien sûr, vous les nons, vous me direz que Keynes n’est qu’un gros nul qui voulait favoriser la reconstruction harmonieuse de l’Allemagne.
Il ne s'agit pas ici de traiter les uns de revanchards et les autres de collabos. Il s'agit seulement de rappeler quelques bons souvenirs en matière d'aveuglement politique. Mais n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Et petit malin sera celui qui me répondra tout faraud céssuikidikié. Il y aura bien un petit malin.
Que chacun essaie d'y voir clair, et surtout tente de rester honnête avec lui-même, avec les autres je m'en fous. Ce n'est qu'ainsi que nous aurons une petite chance d'y voir un peu mieux.
Ne l’oublions jamais, la paix et la prospérité en Europe ne dépendront que de la bonne entente entre ces deux énergumènes, le franc et le germain. Non que nous soyons forcément amis, qui nous demande d’être amis ? Non que nous soyons semblables, qui nous demande de l’être ? Mais nous devons être loyaux et cohérents sans quoi aucune confiance ne peut exister. Et en votant NON, comme visiblement ce sera, nous allons faire très fort en matière de destruction de la confiance.


jeudi 16 février 2006

Europe #4.4 - Le futur antérieur.

Pas besoin de directives, de constitution, de traité, de tout ce fourbis et du Saint-frusquin que glorieusement nous avons jeté aux orties ; tous seuls comme des grands nous allons finir de démanteler nos beaux Services à la française, façon Lenôtre avec vasques et bassins, par les diligences de notre pouvoir de droite mieux assis que jamais. Une occasion pareille, une fois tous les mille ans, on ne la laisse pas échapper.

Bolkesten n’aura même pas besoin de lever un sourcil.

Qui parle d’apocalypse ? Nous sommes juste dans la France de maintenant, qui continue exactement comme avant. Finalement, les nons se sont trompés de NON, ils ont dit NON à ce qui existe déjà et restera de toutes façons, à ce qu’on ne changera pas, à ce qu’on ne changera plus. Voilà tout. Ce n’était d’ailleurs pas la question qui était posée.

Bon, au passage, avec le placenta, un bébé est parti dans la fosse. Ce n’est pas grave. Il était trop fragile, le bébé. Un autre bébé est possible, qu’ils disent, les nons.

Fin du chapitre 4 ; à suivre.

Envoyé le 13 mai 2005 à 15h14. Le pire n’était pas encore sûr.

lundi 13 février 2006

Europe #4.3 - Le futur antérieur.

3 - Ce soir on démantèle.

Raffarin a été remplacé par Michèle Alliot-Marie, ou par Villepin, ou par Sarkozy, ou par n’importe qui d’autre et d’ailleurs on s’en moque. Le mot moquer n’est pas exactement le mot, d’ailleurs. Ce qui importe est que, évidemment, tout sera toujours comme avant. Tiens, pourquoi pas Borloo ? J’ai entendu le message, a dit le président dans un très discours digne, si si c’est le bon ordre, et je nomme Borloo.

Et je reste. De toutes façons, je reste, dit le président.

Le Président ne le dit pas mais il le pense si fort que je l’entends, il a encore deux ans pour continuer le démantèlement des Services Publics. Bien tranquillement, comme il le fait depuis qu’il est là, et de surcroît protégé par l’écran de fumée du parti socialiste en flammes. Il aura certes un peu plus de mal à dire que c’est la faute à l’Europe, d’abord parce que ce n’est pas conforme à la grammaire, ensuite parce que l’Europe désormais c’est non.

Mais démantèlement toujours tu feras.

J’amalgame et je mélange, à ce qu’il paraît. Une autre Europe est possible, qu’ils disent. A partir de dorénavant et jusqu’à désormais, yauraka s’occuper de cette Europe là. Je vous jure que je l’ai vue il y a un instant, cette Europe, je l’avais posée là sur le coin du meuble, elle n’a pas pu disparaître si vite, on va la retrouver, yaka chercher. Allez le chien, trouve, trouve, mais si vous savez bien, celle qu’on va renégocier.

En attendant qu’on la retrouve derrière l’armoire ou sous le tapis, le Président a deux années pour finir son travail, l’achever, comme on achève les chevaux.

Envoyé le 12 mai 2005 à 18h10 - à suivre.

lundi 30 janvier 2006

LES 35 INTERMEDES

Il faut bien s’amuser un peu entre deux mâchonnements de déception. Comme toujours, c’est Racontars qui m’agite ses jeux et cadavres exquis, et comme un bovidé mal dégrossi je me rue sur le chiffon rouge. Un joli jeu de dupes. Trente cinq phrases qui commencent comme on veut qu’elles commencent, à moi de trouver la fin. Alors, voilà mes fins du fin. Vous l’aurez bien cherché. Les débuts de phrase sont gras et moi je suis maigre.

1. Une fois ma mère
a voulu mourir en marchant droit devant elle. Elle n’a même pas réussi, elle en était pourtant à son deuxième essai à 70 ans d’intervalle. Elle est morte autre part et autrement.

2. Je n’ai jamais appris
à danser le tango. Alors quand je l’entends avec son bandonéon sournois, mon cerveau se tord sans que je puisse bouger, et j’ai des crampes.

3. Quand j’avais cinq ans,
je m’ai perdu. Je m’ai jamais retrouvé.

4. Le collège c’était
une immense usine à intellos avec un grand parc. Il y eut la première mixité de l’histoire de l’instruction laïque et obligatoire, et j’ai découvert que les filles étaient des trucs dont on pouvait tomber amoureux.

5. Je n’oublierai jamais
que je dois 15 000 euros à mon meilleur copain, qui ne l’est plus.

6. Une fois, j’ai rencontré un mec une fille
qui m’a exposé la théorie de la relativité. Je n’ai rien compris, et pourtant elle tournait.

7. Il y a ce type que je connais
depuis si longtemps que je crois bien qu’il n’est jamais né. Une sorte d’immortel qui a toujours été présent, sauf la fois où il a eu envie de me faire une blague : il est mort sans prévenir, mon père.

8. Une fois, dans un bar,
j’ai mangé un palmier à l’ombre d’une orange. Etrange, étrange, étrange.

9. A midi, en général,
c’est cantine pour tout le monde, et moi je blogue.

10. La nuit dernière,
j’ai dormi.

11. Si seulement
je pouvais bavarder avec Héraklite.

12. La prochaine fois que j’irai à l’église,
je fracturerai un tronc pour le donner à un cul de jatte.

13. J’aime bien
rouler sur les trottoirs avec mon catxcat.

14. Quand je tourne ma tête à gauche,
je vois Fabius et des boutons me poussent sur le nez.

15. Quand je tourne ma tête à droite,
je vois Sarkozy et les boutons coulent leur pus.

16. Tu sais que je mens
quand je blogue.

17. À la fac,
ya des petites fleurs ya des petites fleurs, enfin il paraît parce que je n’y ai jamais mis un bouton.

18. Si j’étais un personnage de série télé,
avec mon gros flingue en vrai j’anéantirais toute l’équipe de tournage et toutes les équipes de tournage de toutes les séries télé et tous les producteurs de toutes les équipes de tournage de toutes les séries télé, il n’y aurait plus de série télé à la télé et je pourrais dormir avec ma femme.

19. Le même jour l’an prochain,
j’espère être en train de bloguer à midi. Sinon vous irez cracher sur ma tombe.

20. Le pseudo qui m’irait le mieux
est le nom que me donnera ma fille le jour où enfin elle se décidera à m’appeler par le nom que j’aimerais entendre.

21. J’ai du mal à comprendre
les femmes qui se réjouissent de voir leur fils réussir un attentat suicide.

22. Si je retourne à l’école demain matin,
vu ma tête et mon âge on va m’accuser de pédophilie.

23. Tu sais que je t’aime bien,
et tu fais semblant de ne pas me connaître quand je te croises dans la rue.

24. Si je gagne un prix
ce ne sera que justice, et pas trop tôt.

25. J’espère que 2006
ne sera pas une année bissextile. Je hais le mois de février presque autant que le mois de décembre.

26. Suivez mon conseil,
ne suivez aucun conseil.

27. Le meilleur des petits déj
est celui qu’on prend le matin d’une journée de catastrophes mais on ne le sait pas encore.

28. La chanson que j’adore mais que je n’ai pas
est la chanson du maçon que Claude chante avoir chantée devant ses volets verts mais qui ne nous a jamais chantée à nous, et il est mort un trois mars en nous laissant sa fin sur notre faim.

29. Si vous visitez ma ville natale,
vous irez fracturer un tronc de la cathédrale Saint-André et vous ferez un don à un cul de jatte.

30. Pourquoi personne ne dit
que je suis beau.

31. Si vous passez la nuit chez moi,
n’oubliez pas votre équipement de survie.

32. Le monde peut très bien se passer
de moi, mais moi je ne peux pas me passer du monde.

33. Je préfère torcher le cul d’un éléphant
que traverser un pont de singe, surtout si l’éléphant me suit.

34. Le mieux
est l’ennemi du bien. Trop facile.

35. Eh, au fait,
on gagne quoi à ce jeu ?

Voilà, c’est fini, j’envoie puis je vais faire un tour chez Labosonic et Lewis. Il me retournera son Clarke.