jeudi 27 avril 2006

Le Tableau

Le petit jeu de RACONTARS.


La photo a été sortie de son cadre douillet, où depuis le 23 septembre 2005 elle se montrait à tous les passants passant chez
Alain Bachellier

Le jeu consiste à raconter un racontar à partir de cette photo. L’auteur de la photo a un blogue dont l’adresse est précisée, j’espère que mes liens fonctionnent, je ne sais jamais quand ils fonctionnent et quand ils ne fonctionnent pas.


Décidément, je ne comprends rien à ce qui m’arrive. Asseyez-vous là, m’ont-ils dit, vous avez une heure pour prendre votre décision. Une heure. Comme si une heure suffisait pour une décision pareille. On la prend en trois secondes ou on ne la prend jamais, cette décision. Et comme ne rien décider est un des deux côtés de la décision, il va falloir que je décide si je décide ou si je ne décide pas.

Une heure n’a aucun sens. Mais je le sais, dans une heure ils vont venir et me demander ce que j’aurai décidé. Et je devrai répondre. Va pour une heure, les mains crispées sur le coton bleu, à attendre.

Le médecin n’avait pas été long à établir le diagnostic. Il m’avait allongée comme d’habitude, comme d’habitude il s’était penché son observatoire à la main, il avait un peu palpé, il m’avait fait relever. Il était sûr de lui, hormis peut-être cette lueur d’incrédulité dans son regard. Mais je sais déjà malgré ma jeunesse, ils disent tous que je suis jeune alors que je me sens déjà Mathusalem, je sais déjà qu’on ne voit dans le regard des autres que ce qu’on y met, non ce qui y est.

Il m’a demandé : vous avez rencontré quelqu’un ? J’ai été agacée, ma mère m’avait posé la question le matin même. J’ai répondu comme à ma mère, non personne. A la différence de ma mère, ma réponse ne l’a pas autrement surpris. Je finis par me demander si ce n’est pas son diagnostic qui l’étonne, bien qu’il ait l’air sûr de ne pas se tromper.

J’ai seize ans, je ne suis pas idiote, je sais bien ce qu’on veut dire quand on demande si j’ai rencontré quelqu’un, je sais bien ce qu’on me demande, en réalité. C’est pourquoi je réponds non à cette question, parce que je n’ai jamais couché. De cela aussi je suis sûre, comme l’est le médecin de son diagnostic. Je ne vais pas raconter ce qui m’est arrivé il y a huit semaines, personne ne me croirait, et j’entends déjà les ricanement étouffés ou les airs dubitatifs qui suivraient. Quand je me le raconte à moi-même, je n’y crois pas non plus.

J’étais sur la terrase comme souvent. J’aime y traîner, sur cette terrasse, à l’abri du portique en pierres aux doux arrondis voûtés. Ma mère le supporte mal et fait s’effondrer mes rêves en me criant de finir la vaisselle ou la poussière ou tout ce qui lui passe par la tête. Elle était à Sienne pour les courses, ce jour là, je pouvais à loisir contempler le paysage de collines et de crêtes, ponctué de vignes et d’arbustes selon un savant hasard qui le faisait ressembler à un tableau de Léonard de Vinci.

Soudain il était là devant moi, le beau jeune homme. Il m’a saluée, il m’a dit gracieuse. Mais je vous le jure, il n’a pas franchi le seuil du portique, il est resté dans le jardin à me regarder de ses yeux transparents et moi je suis restée dans ma chaise longue posée sur le carrelage. En dire plus serait de l’invention pure et simple et je n’ai aucune imagination. Ma mère me le dit toujours, à quoi rêves-tu, toi qui n’as aucune imagination ? Si pourtant. Un petit rien, un rien du tout, mais que je ne comprends toujours pas.

Une étrange impression de flottement, sans savoir qui flottait. Moi, déjà séduite par ces yeux de cristal, ma chaise, qui pourrait s’être décollée du sol mais je n’ai pas vérifié, ou alors tout ce qui était devant moi juste au delà de la ligne du portique, bien matérialisée par le bord du carrelage. Même que ma mère s’était fâchée pour toujours avec le carreleur qui ne voulait pas refaire l’alignement parfait qu’il avait raté ; du coup on ne l’a jamais payé. Etait-ce tout le paysage là devant qui flottait, qui contenait Sienne au fond, les vignes du seigneur, les cyprès éloignés, le jardin des délices et le jeune homme avec son lys à la main ? De Sienne à lui, de Sienne au lys, tout semblait dans le même plan, torturé par une perspective irrationnelle.

Comment pourrais-je vous raconter cette paix qui pendant les quelques minutes que dura la rencontre m’avait envahie, et dont je sais que je ne la retrouverai plus jamais ?

Le médecin avait constaté que j’étais enceinte de huit semaines. Il m’a demandé si je souhaitais avorter ou non. Il m’a dit qu’il serait obligé de me dépuceler lors de l’opération, mais que la naissance le ferait d’elle-même si je n’avortais pas. C’est pourquoi il s’attendait à ma réponse quand il m’avait demandé si j’avais rencontré quelqu’un. L’infirmière m’a fait asseoir ici et m’a conseillé de me détendre pour prendre ma décision. Relâchez vos mains, m’a-t’elle dit. Une heure pour prendre une décision pareille, et elle voudrait que je me calme ! De qui se moque-t’on ?

Le plan de charge de l’hôpital est complet pour les neuf semaines et demi qui viennent sauf justement dans une heure où une défection soudaine permettait d’intervenir dans les délais légaux. On a vérifié vos parents sont d’accord et ils vous laissent choisir, m’a-t’elle précisé. Ponce-Pilate avant l’heure, ceux-là.

Pour gagner du temps, ils m’ont habillée avec la tenue réglementaire. Il me reste dix minutes.

J’aimerais bien le garder, ce petit. Avec mon ami le fils du fabriquant de vérandas mon voisin, nous nous en occuperions bien, et il lui apprendrait son métier de charpentier alu. Je l’aime, le fils du voisin, nous nous marierons un jour, je sais qu’il acceptera le petit comme sien même un peu surpris car il m’aime aussi. Nous n’avons jamais dépassé le stade du baiser chaste ; la violence de nos désirs et j’euphémise, s’est toujours rompue sur notre pacte d’amour. Ne me regardez pas avec ces yeux de mérou, je sais que tous les gens du voisinage s’en étonnent et que tous les godelureaux du coin se gaussent. Nous sommes d’un autre temps, peut-être du temps du tableau que j’ai cru voir il y a huit semaines.

Un pacte est un pacte, mon ami a seize ans comme moi et il devient doucement un homme parce qu’il respecte ce pacte. Attention, ne mélangez pas tout : ce pacte là n’est pas pour autant obligatoire pour devenir homme ou femme, entendons-nous bien. A chacun le sien librement consenti, l’important est de ne pas faillir.

L’infirmière est entrée. Enfin je desserre les mains. J’avorte, dis-je d’un ton serein. Je ne vais pas imposer à l’humanité une nouvelle fois deux mille ans de christianisme.

lundi 24 avril 2006

Je me souviens.

J’ai encore laissé passer une commémoration. De celles qu’on n’a pas le droit de laisser passer. De celles qui n’intéressent personne parce qu’elle ne sont pas télégéniques, et que le commémoré n’intéresse que si peu de monde. Alors avec le retard de quelques semaines que je n’arriverai plus jamais à rattraper, voici celui dont je me souviens et qui fut mon ami.

Le jeudi 8 avril 2004.

Jean Berthier est mort ce matin.

Homme de Méditerranée, métis et fier de l’être, il se proclamait juif, nègre, kabyle et arabe. Son regard pétillant reflétait en effet toute l’histoire de la mer primordiale. Même affaibli par les contingences cruelles, ce regard est resté intact jusqu’au bout et quand la parole ne pouvait plus passer, il nous déversait sa joie de vivre encore, son amour torrentiel et provocateur.

Il est peintre. Il a croisé toute sa vie ce que le vingtième siècle a fait de bien en musique et en peinture.

Je ne sais si ce qu’il a peint, abstractions et rêves, rythmes et couleurs, se rattache à une école ou à une théorie ; les exégètes sauront mieux que moi en parler, ils le compareront à Dubuffet ou à Duchamp, par exemple, ou à Duchnock, pardon pour mon incompétence. Il n’aimait pas parler de ses tableaux. Il les montrait, il aimait qu’on les aime, et j’aime ses tableaux, les Black and Blue, les Early Autumn, les Misterioso, et tant d’autres. Il travaillait ainsi par séries, et je crois bien qu’il est le seul homme que je connaisse qui ait pu voir le jazz en peinture.

Il a d’ailleurs été connu pour ce qu’il appelait ses performances, qui consistaient à peindre en public devant un orchestre de jazz, un quartet en général, la toile devant être terminée à la fin du morceau. Je peux témoigner qu’il ne s’agissait pas d’une fantaisie superficielle, mais d’une tentative surhumaine de faire voir la musique et entendre la peinture, d’un effort physique et mental démesuré, qui lui demandait du temps avant et pas question de l’approcher alors, et du temps après où il avait besoin de nous.

Jean parfois était surhumain.

Son dernier grand œuvre est une série (encore) de collages extraordinaires, le matériau de base étant constitué des couvertures de revues de Jazz. Les fragments de titres et de visages, les regards, les télescopages, les apparentements terribles, vous font vivre un siècle de musiques improvisées, et c’est tout juste si on ne les entend pas jouer, tous ceux qui sont venus là se coller dans le cadre. Une chose est sûre : ils jouent dans sa tête, ils jouent pour lui.

Il est mort. Un passant distrait qui nous aurait croisé dans la rue l’aurait vu plus vieux que moi, mais l’enfance et l’innocence étaient de son côté et il me manque. Je ne peux rien faire d’autre que l’honorer ici et vous dire que j’aimais cet homme étonnant, rien faire d’autre qu’être avec sa femme et sa fille, et, sachant ce qu’elles doivent porter, leur faire savoir que je le sais.

vendredi 7 avril 2006

EUROPE 9. I Hate sundays.

Il y a des dimanches pires que d'autres, qui donnent envie de disparaître, des dimanches où l'on a même plus envie de disparaître, car on a déjà disparu.

Comme tout ce qui est mort depuis longtemps et qu'on croyait encore vivant.

Au soir de ces longs dimanches là, soudain on admet ce qu'on se refusait à admettre: il n'y a jamais eu de rêve, jamais eu d'ambition, jamais eu de projet, jamais eu d'avenir.

Qui veut partager quoi avec qui? Personne ne veut jamais rien partager. Il n'en coûte rien d'habiller la grille qui entoure le pré carré de banderoles aussi grandiloquentes qu'hétéroclites. La seule vérité est que personne ne veut rien partager avec personne.

Il faut un long dimanche pour le comprendre. Les banderoles ne révèlent que le mensonge de ceusses qui les écrivent et la bêtise de ceusses qui les croient. Un jour, tôt ou tard, il suffit juste d'attendre, "on" viendra, vous savez, "on", tous ces "on" avec qui vous ne voulez surtout rien partager, et "on" essaiera d'entrer dans le pré carré, et il faudra livrer bataille.

Ce sera la faute de "on", ce ne sera pas la faute du pré carré, tous les gens du pré carré vous le diront. Tous les gens du pré carré vous diront qu'ils n'ont pas voulu de cette bataille là. Nous n'avons pas voulu cela, diront-ils. Et le pire est qu'ils croiront à ce qu'ils diront.

Mais pour l'instant ils font la fête. Il paraît qu'il existe des lendemains qui déchantent. Ils existent en effet.

Il est des fêtes où rien ne permet d'imaginer la catastrophe à venir. Un raz-de-marée qui vient engloutir le beau mariage est de ces lendemains là. C'est un exemple.

Il est aussi des lendemains qui déchantent que tout annonçait, et qu'on a provoqués en toute connaissance de cause. Mais on a cru que les grilles autour du pré suffiraient.

Juste un pré carré où l'on peut à loisir sodomiser les diptères.

Première mise en ligne faite le 30/05/2005.
Puis j’ai rejoins mon buisson, par les chemins du bois mouillé.

Soyez heureux, j'en ai fini avec le référendoume, et ma colère n'est pas guérie.
Qu'il crève, direz-vous, et vous aurez raison. Il n'y aura pas de revoyure.

mercredi 5 avril 2006

Europe 8. Le premier boulevard à droite après le feu.


Il était question de renégocier, si j’ai bien compris. Mais quelle gauche va pouvoir renégocier et renégocier quoi, à partir du 30 mai 2005, quand le non l'aura emporté ? Tout le monde sait que le non va l'emporter et nous emporter avec.

Quelle gauche va renégocier? Et qui donc grands Dieux le fera ? Hollande, Jospin, ces gros nuls qui ne font rien que de la politique de droite comme ils disent tous, de la politique ultra-machin, c'est plus chic quand on est un gros non de poser ultra devant machin chaque fois qu’on ouvre la bouche.

Sera-ce Fabius, son petit cartable et sa bouche en cul de poule, lui la risée du monde entier plus fort que Chirac ?

Qui va lui donner le pouvoir de négocier? Dans l'urgence de mon énervement, j'avais tapé pourboire au lieu de pouvoir, et ce sont mes doigts qui avaient raison, là.

Le pouvoir dans la rue. Les Cégétistes vont défiler pour faire pression, c'est ce qu'ils disent et je les connais bien, en oubliant qu'aucun syndicat européen ne va suivre, eux qui votent oui. Je les connais aussi, les syndicats européens, les espagnols et les allemands en particulier, ils ne sont pas près de nous faire la courte échelle. Hombre, ach, damned !

Restent ceux que le non de tous ces coléreux de nons va laisser en place, par exemple dans leurs meubles élyséens, Chirac, Sarko, leurs amis ou qui se le prétendent. Ils commenceront par un grand merci à tous les nons pour ce fabuleux service qui dépasse leurs espérances, une élection dans un fauteuil pour l'un ou l'autre en 2007.

Dès aujourd'hui, sans même faire de plans sur la comète, on parle de Sarko comme premier ministre si le non l'emporte. Ce n'est pas une apocalypse ni un chantage, c'est une analyse politique. Les nons de Gauche feraient bien d'apprendre ce qu'est une analyse politique.

Et même si ce n'est pas Sarko, ce sera un bon petit soldat de la droite qui va s y coller, sachant la gauche en totale implosion, mettre les bouchées doubles en matière de démantèlement de notre société pour le plus grand bien de la compétitivité, une telle occasion offerte par la seule ambition de ce grand homme de gauche qu'est Fabius, et de tous ces grands combattants héroïques de la gauche que sont les nons de Gauche qui se croient encore au lendemain de la libération, face à ces sociaux traîtres du oui béni-oui-oui. Je sais bien que je fais partie de cette catégorie méprisable et qu'à ce titre vous n'allez pas tarder à m'envoyer en Chine apprendre à vivre. Vous avez l’entraînement, vous les noms de gauche, depuis les lendemains de la libération. Il y a des haines très claires à ce sujet sur la toile qui en disent long sur les nons.

Voilà, mon dernier coup de gueule, et je pars, je n'en peux plus de vos conneries, et de votre bullet in the foot. Il faut que j'arrange le fourré où je vais remâcher mon cataclysme intérieur que vous m'avez programmé pour dimanche. C'est le seul qui se produira tout de suite. Les autres seront plus lents et plus inexorables. Vous aurez tout le temps de trouver le moyen de dire que vous n'y êtes pour rien.

Première rédaction et première mise en ligne faites le 26/05/2005.

vendredi 31 mars 2006

EUROPE 7 - Le vent du large.

Il paraît que la charte des droits fondamentaux est du vent, un catalogue de bonnes intentions pour rouler le gogo dans la farine de l’ultra machin. Ils le disent tous, ceux qui veulent noyer leur chien. Et la déclaration des droits de l'homme et du citoyen en 1789, c'était du vent aussi peut-être, une déclaration d'une page, pensez donc ma pauv' dame, juste une petite page d’écriture faite sur un bout de papier un soir de juillet.

Ce n'était ni une constitution, ni une directive, ni une partie I II ou III de quoi que ce soit, même pas une loi, juste une déclaration d’une page. Je n’invente rien, c’est son titre, déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Ni foi ni loi, ni constitution, ni paperasse pesante.

C'était du vent. La charte que nos beaux nons de cafards méprisent la bave aux lèvres, ils vont la jeter au panier comme en 1789 ils auraient méprisé la déclaration de droits de l'homme et du citoyen au motif qu'elle évoque le droit de propriété (art.17, si j'ai bonne mémoire), par exemple, au motif que ce n’est qu’une page, au motif que c’est juste du déclamatoire, pas du trébuchant, à n’importe quel motif car finalement qu’importe le motif pourvu qu’on ait l’ivresse.

Il en a balayé, des cafards, ce vent là, depuis deux siècles. Alors vite, faisons le taire, et fermons portes et fenêtres, il pourrait y avoir des courants d'air.

Europe 8 à suivre
Envoyé le 26/05/2005.

mercredi 29 mars 2006

Europe #6.3 - Où le oui ...

Où le oui se nourrit du moins pire que le plus mal, et le non du plus pire que le moins mal (suite)


3°) LE MONDE D’APRES.

Comment allons nous, une fois cet outil nouveau jeté à la poubelle dans la joie et la bonne humeur, pouvoir changer l'outil actuel rouillé et émoussé, comment pouvons nous prétendre une énormité pareille? Ils sont nombreux les pays qui ont dû accepter avec grimace le projet qu'on nous propose, qui ne l'ont accepté que pour des raisons historiques aujourd'hui révolues, et qui considèrent en réalité que l'état actuel de l'Europe molle leur est bien plus profitable qu'une Europe démocratique qui se serait construite pas à pas.

Je pense que la vérité est que l'Europe actuelle telle qu'elle est paralysée convient à tous les nons, quels qu'ils soient, et quels que soient les oripeaux dont ils s'affublent. C'est leur droit mais qu'ils le disent.

Chaque fois que nous tenterons de revenir et d'améliorer cette Europe à laquelle les nons nous condamnent, il suffira d'un veto pour tout bloquer et tout conserver en l'état. Le plus extraordinaire d'incohérence est que les nons nous expliquent d'un air pincé qu'on ne pourra jamais changer la constitution à cause des divergences entre Etats membres, et que ces divergences sont soudainement oubliées dès lors qu'il s'agirait de renégocier. Alors que grâce au non et parce que c’est la situation actuelle, tout veto est possible sur tout, ou presque. Y compris sur le seul fait de renégocier.

Vous avez dit plan B ? Dans 50 ans, nos petits-enfants seront peut-être un peu moins nons si entre temps aucune guerre n'est venue mettre un peu d'animation dans ce monde qui s'ennuie.

FIN

6.1 à 6.3 envoyés le 18/05/2005.

lundi 27 mars 2006

Europe #6.2 - Où le oui ...

Où le oui se nourrit du moins pire que le plus mal, et le non du plus pire que le moins mal (suite)

2°) LE MONDE D’AVANT.

Nous aurions un outil avec cette constitution, canif mal fagoté mais déjà plus aiguisé que l'outil actuel; gros coutelas rouillé ; en y regardant de près, elle comporte des règles de contrôle, des limites aux pouvoirs de la commission et aux pouvoirs du conseil, elle donne la parole à ceux qui nous représentent et qui sont muets aujourd’hui sinon parfois pour quelque baroud d’honneur vite enterré ; je vous remercie d’avance de nous priver de ce canif approximatif, de cette constitution lourdingue, sous prétexte que les limites qu’elle construit ne sont pas encore assez limitantes à vos yeux militants, sous prétexte qu'elle constate et confirme que nous vivons dans un monde capitaliste. Et alors, vous le découvrez juste maintenant, et vous croyez que le non va être le grand soir ?

Comme si une constitution pouvait faire abstraction du monde dans lequel elle existe. Les nons font mine d'ignorer que cette prise en compte là a précisément pour objet de donner les moyens aux institutions européennes à commencer par le parlement, de combattre les excès d'un monde mercantile sans règles. Je rappelle que l'Europe d'aujourd'hui est exactement un monde mercantile presque sans règles, et que c'est ce monde-ci que les nons vont garder en votant non, plus sûrement que par tout autre moyen.

#6.3 à suivre.

6.1 à 6.3 envoyés le 18/05/2005

jeudi 23 mars 2006

Europe #6.1 - Où le oui ...

Où le oui se nourrit du moins pire que le plus mal, et le non du plus pire que le moins mal.

1°) CANIF.

La révision de ce nouveau traité espéré, que vous les nons allez détruire en rigolant, n'est pas indispensable pour faire fonctionner les 25 pays en harmonie sans que chacun renie ses valeurs, elle n'est même pas indispensable pour faire évoluer les pratiques et les comportements, y compris dans un sens plus social, services publics et compagnie. La difficulté imaginaire de le réviser, s’il apparaissait qu’elle n’est pas imaginaire, et un argument d’estrade, vous le savez aussi bien que moi, un outil fait ce qu’on en fait et pas ce pourquoi certains croient qu’il est fait.

Vous n’avez jamais revissé une vis baladeuse avec un canif, vous ?

Si vous ne vous déchaîniez pas pour des raisons profondes inavouables, le parlement aurait plus de pouvoirs, il y gagnerait le contrôle de la commission, vous savez, cette commission qui vous met la bave aux commissures, et il saurait bien gêner aux entournures les délibérations du conseil. S’il le voulait, bien sûr, et si nous en lui donnions le pouvoir.

Rappelez-moi qui vote pour le parlement. C’est nous, rien que nous, les 450 millions. Evidemment, si l'Europe vote massivement à droite, elle aura la même politique que nous, braves petits français, nous avons obtenue pour avoir massivement voté à droite en 2002, et pas seulement pour Chirac ce qui était inévitable j’ai fait comme vous ce triste jour là, mais aussi pour le parlement qui a suivi, ce dont on aurait pu se passer. Il n'y a jamais de fatalité, alors ne nous en prenons qu'à nous mêmes des raffarinades que nous subissons, l'Europe et son traité n’y est pour rien mais nous seuls. Combien êtes-vous, vous autres les nons frétillants qui vous prétendez à gauche, combien êtes-vous qui n’avez pas levé votre cul pour voter à gauche aux législatives d’après Chirac ?

J’y suis allé, moi. J’ai voté à gauche, moi, j’aurais voté communiste si au deuxième tour était resté un communiste. Il n’y avait personne au deuxième tour des législatives de juin 2002, la droite satisfaite avait gagné le pompon du premier coup. Je n’espérais plus rien ce soir là, l’abstention massive des régions ouvrières dès le milieu de la journée m’avait fait savoir que votre vote ne serait pas présent ce jour si nécessaire. Vous ne vous êtes pas dérangés. Vous allez préférer vous précipiter quand ce mois de mai soufflera son avant dernière bougie pour une petite éjaculation tardive et destructrice.

#6.2 à suivre.

6.1 à 6.3 envoyés le 18/05/2005

mercredi 15 mars 2006

EUROPE 5 - Qu'allons nous faire le 30 mai 2005 #4

4. Le beau bateau.

Ainsi, le grand transatlantique souverain des mers quitte le port sous les vivats et les acclamations, les bateaux-pompes et les feux d’artifices, et chacun peut remarquer la petite embarcation qu’il tire par la queue sur laquelle est inscrite la révélation du siècle et le scoop de l’année, je suis le plan B.

Fabius l’avait bien dit : un autre transatlantique est possible. Lorsque, après le naufrage, il est finalement monté dans l’embarcation avant tout le monde avec quatre ou cinq de ses hommes, seuls survivants, il l’a répété dans le vent marin et la mer déchaînée, en avançant les lèvres comme il fait si bien comme un cœur sur la main : un autre transatlantique est possible.

Il a raison le grand Laurent. Il est merdique, ce transatlantique tout en paillettes, avec son équipage qui tire à hue et à dia et ses vingt langues entrecroisées. Il n’a que ce qu’il mérite, on a eu raison de le couler corps et biens. Il y avait des riches et des pauvres, sur le transat, on est sûr d’avoir noyé les riches. On a juste oublié que nous aussi nous étions dedans.

Un autre transatlantique est possible, a dit Fabius sur sa chaloupe juste avant que la dernière vague ne la retourne.

Fin de #4 - Envoyé le 17 mai 2005 à 13h47.

lundi 6 mars 2006

DE LA LECTURE PARTOUT

Avant de continuer de vous assommer d'Europe, voici un prologue de voyage en Italie, pour les curieux et les oisifs.

Si par hasard il vous plaisait, il se pourrait bien qu'une suite vienne. en ligne. Au rythme qu'ils voudront, je leur ai tout donné en vrac.

Aimez le texte, et faites-en la pub à ceux que vous aimez. Pour reprendre la formule célèbre de Romain Bouteille, si vous n'aimez pas, faites en la pub à ceux que vous n'aimez pas.

Il y a aussi d'autres lectures à faire chez "encritudes.com" qui a bien voulu m'accueillir, un site de publication en ligne tout jeune et tout ébouriffé, n'hésitez pas à vous y perdre. Ils ont besoin de vous comme moi j'ai besoin d'eux.



A bientôt, pour une suite à mon Europe détruite.

vendredi 3 mars 2006

EUROPE 5 - Qu'allons nous faire le 30 mai 2005 #3.

3. Les martyrs.

Il ne fallait pas non plus être grand politologue pour savoir qu’un plan B existait. Ceux qui font semblant de le découvrir ne trompent qu’eux-mêmes, n’importe quel homme politique digne de ce nom et habitué à l’incertitude de la démocratie a toujours un plan B dans sa poche qu’il sortira si l’élection à venir se passe mal (pour lui). Il n’y a guère que dans les dictatures que les dictateurs n’ont pas de solution de rechange, en dehors du choix entre le M16 et la Kalachnikov.

Malgré les grimaces de martyrs que nous font les nons, l’Europe est une démocratie, bringuebalante d’accord mais quand même un peu, avec des hommes politiques dignes de ce nom du moins ailleurs que chez nous. Ces hommes politiques là ont donc pensé à une solution de secours en cas de crevaison, la moindre des choses. Heureux l’automobiliste qui roule exprès dans un champ de clous sous prétexte qu’il a une roue de secours.

Il en a, ailleurs en Europe, des hommes politiques dignes de ce nom, nom avec une aime bien sûr. Chez nous, j’ai beaucoup de mal à les apercevoir. En matière de nullité, il y avait longtemps que nous n’avions pas fait aussi remarquable. Notre tartarien de cauteleux et sa bile, notre agité du bocal et ses dents qui rayent, notre dégingandé de Président et ses casseroles, ces trois là et quelques autres, tout comme son opposition de roquets, forment la plus comique des bandes de clowns que nous avons pu offrir au monde depuis longtemps, peut-être depuis Jean le Bon.

J’ai choisi Jean le Bon mais je ne suis peut-être pas encore allé assez loin dans le passé pour trouver pire. Mais Jean le Bon n’est déjà pas si mal dans le genre. On l’avait appelé le Bon pour ne pas écorcher les prudes oreilles de nos professeurs de collège. Ce serait tellement facile de vous proposer Jean le Non que je le fais, au point où j’en suis. Mais vous aurez peut-être une autre lettre à proposer.

Il y avait bien un plan B, ou un plan C pour rester dans le ton, un plan de secours, un plan galette, bien caché dans le coffre. Sûr que l’Europe va tourner rond avec la galette à Fabius, les espagnols furieux et les polonais morts de rire. Vous n’avez pas remarqué comme ils sont rigolards en ce moment, les polonais, eux qui avaient dû renoncer à la mention de Dieu dans la constitution, et voilà que nous allons la leur porter sur un plateau au motif de renégocier. Bravo les nons.

Mais il va y avoir des beaux esprits pour prétendre qu’ils ne profiteront pas de la situation, mais non, sûr qu’ils n’en profiteront pas. Quiconque a participé un tout petit peu à une toute petite négociation sait bien qu’on ne profite jamais d’une fenêtre de tir quand elle s’ouvre, ben voyons.

Surtout quand c’est la partie d’en face elle-même qui l’ouvre.

Publié le 17 mai 2005 à 13h47

lundi 27 février 2006

EUROPE 5 - Qu’allons nous faire le 30 mai 2005 #2.

2 - Le plan B.
Les nons bombent le torse, nous en étions là. Vous voyez bien qu’ils ont un plan B, vous voyez bien qu’on nous mentait, vous voyez bien que tout est prévu et qu’on va renégocier. Les apocalypses ridicules qu’on nous agite pour nous traîner dans la boue ne sont que simagrées et sansonnet. Voilà ce qu’ils disent tout content d’eux, les nons. Tout est en place, la table est mise, yapuka voter NON.
Puis Fabius va prendre son petit cartable et son petit air supérieur, et on va voir ce qu’on va voir. Sûr que le Président du jour et son successeur inévitable vont le nommer plénipotentiaire de la renégo, sûr et certain.
De qui vous moquez-vous, les NONs ? Je ne sais pas par quel autre miracle il pourrait, lui le grand Laurent, aller renégocier quoi que ce soit dans ce merveilleux plan B qu’on nous cachait ; il ne faut pas être un funambule de la politologie pour deviner que nous ne sommes pas près de voir des socialistes gouverner quelque chose d’ici une sacrée lurette.
Bravo et merci, nous étions au bord du gouffre et devinez ce que vous avez fait ?

Première mise en ligne le 16 mai 2005 à 17h22

jeudi 23 février 2006

CECI N'EST PAS UNE RECREATION

Si je le tenais, le petit con qui a dégoûté Clopine.

lundi 20 février 2006

EUROPE 5 - Qu’allons-nous faire le 30 mai 2005 #1.

1 - La bourde.

Il paraît que le vieux sage aurait fait une bourde. C’est le mot qu’ils emploient dans les gazettes, une bourde. Les nons en font des gorges chaudes. Triomphants, ils arpentent les estrades et stigmatisent les ci-devant hypocrites qui prétendaient que la constitution serait celle-ci ou ne serait pas. Les nons bombent le torse : il y avait bien un plan B.

On se croirait dans un film d’espionnage, avec un planta et un plan B. Ils s’y voient, les nons, héros de la guerre mondiale, à croire qu’ils la souhaitent. Certains la souhaitent, pas tous, pas la majorité, mais tous y vont, les conséquents et les inconséquents. Non, ce ne sera pas demain, ni après-demain, ni même dans dix ans enfin je l’espère, mais un jour viendra où elle aura lieu. Plus personne d’entre nous ne sera là pour dire qu’elle est l’arrière petite-fille du non qui triomphe, et ceux qui s’y risqueront seront cloués au pilori.
Ce ne sera que justice, ils auront dit la vérité.
Ni vous ni moi ne pourront le vivre et le vérifier, mais nous allons tous voter et vous voterez NON comme autrefois ils ont applaudi le traité de Versailles et la conférence de Munich. Souvenez-vous de Daladier accueilli comme un empereur romain, souvenez-vous de Clemenceau qui a voulu faire payer les Boches. Mais bien sûr, vous les nons, vous me direz que Keynes n’est qu’un gros nul qui voulait favoriser la reconstruction harmonieuse de l’Allemagne.
Il ne s'agit pas ici de traiter les uns de revanchards et les autres de collabos. Il s'agit seulement de rappeler quelques bons souvenirs en matière d'aveuglement politique. Mais n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Et petit malin sera celui qui me répondra tout faraud céssuikidikié. Il y aura bien un petit malin.
Que chacun essaie d'y voir clair, et surtout tente de rester honnête avec lui-même, avec les autres je m'en fous. Ce n'est qu'ainsi que nous aurons une petite chance d'y voir un peu mieux.
Ne l’oublions jamais, la paix et la prospérité en Europe ne dépendront que de la bonne entente entre ces deux énergumènes, le franc et le germain. Non que nous soyons forcément amis, qui nous demande d’être amis ? Non que nous soyons semblables, qui nous demande de l’être ? Mais nous devons être loyaux et cohérents sans quoi aucune confiance ne peut exister. Et en votant NON, comme visiblement ce sera, nous allons faire très fort en matière de destruction de la confiance.


jeudi 16 février 2006

Europe #4.4 - Le futur antérieur.

Pas besoin de directives, de constitution, de traité, de tout ce fourbis et du Saint-frusquin que glorieusement nous avons jeté aux orties ; tous seuls comme des grands nous allons finir de démanteler nos beaux Services à la française, façon Lenôtre avec vasques et bassins, par les diligences de notre pouvoir de droite mieux assis que jamais. Une occasion pareille, une fois tous les mille ans, on ne la laisse pas échapper.

Bolkesten n’aura même pas besoin de lever un sourcil.

Qui parle d’apocalypse ? Nous sommes juste dans la France de maintenant, qui continue exactement comme avant. Finalement, les nons se sont trompés de NON, ils ont dit NON à ce qui existe déjà et restera de toutes façons, à ce qu’on ne changera pas, à ce qu’on ne changera plus. Voilà tout. Ce n’était d’ailleurs pas la question qui était posée.

Bon, au passage, avec le placenta, un bébé est parti dans la fosse. Ce n’est pas grave. Il était trop fragile, le bébé. Un autre bébé est possible, qu’ils disent, les nons.

Fin du chapitre 4 ; à suivre.

Envoyé le 13 mai 2005 à 15h14. Le pire n’était pas encore sûr.

lundi 13 février 2006

Europe #4.3 - Le futur antérieur.

3 - Ce soir on démantèle.

Raffarin a été remplacé par Michèle Alliot-Marie, ou par Villepin, ou par Sarkozy, ou par n’importe qui d’autre et d’ailleurs on s’en moque. Le mot moquer n’est pas exactement le mot, d’ailleurs. Ce qui importe est que, évidemment, tout sera toujours comme avant. Tiens, pourquoi pas Borloo ? J’ai entendu le message, a dit le président dans un très discours digne, si si c’est le bon ordre, et je nomme Borloo.

Et je reste. De toutes façons, je reste, dit le président.

Le Président ne le dit pas mais il le pense si fort que je l’entends, il a encore deux ans pour continuer le démantèlement des Services Publics. Bien tranquillement, comme il le fait depuis qu’il est là, et de surcroît protégé par l’écran de fumée du parti socialiste en flammes. Il aura certes un peu plus de mal à dire que c’est la faute à l’Europe, d’abord parce que ce n’est pas conforme à la grammaire, ensuite parce que l’Europe désormais c’est non.

Mais démantèlement toujours tu feras.

J’amalgame et je mélange, à ce qu’il paraît. Une autre Europe est possible, qu’ils disent. A partir de dorénavant et jusqu’à désormais, yauraka s’occuper de cette Europe là. Je vous jure que je l’ai vue il y a un instant, cette Europe, je l’avais posée là sur le coin du meuble, elle n’a pas pu disparaître si vite, on va la retrouver, yaka chercher. Allez le chien, trouve, trouve, mais si vous savez bien, celle qu’on va renégocier.

En attendant qu’on la retrouve derrière l’armoire ou sous le tapis, le Président a deux années pour finir son travail, l’achever, comme on achève les chevaux.

Envoyé le 12 mai 2005 à 18h10 - à suivre.

lundi 30 janvier 2006

LES 35 INTERMEDES

Il faut bien s’amuser un peu entre deux mâchonnements de déception. Comme toujours, c’est Racontars qui m’agite ses jeux et cadavres exquis, et comme un bovidé mal dégrossi je me rue sur le chiffon rouge. Un joli jeu de dupes. Trente cinq phrases qui commencent comme on veut qu’elles commencent, à moi de trouver la fin. Alors, voilà mes fins du fin. Vous l’aurez bien cherché. Les débuts de phrase sont gras et moi je suis maigre.

1. Une fois ma mère
a voulu mourir en marchant droit devant elle. Elle n’a même pas réussi, elle en était pourtant à son deuxième essai à 70 ans d’intervalle. Elle est morte autre part et autrement.

2. Je n’ai jamais appris
à danser le tango. Alors quand je l’entends avec son bandonéon sournois, mon cerveau se tord sans que je puisse bouger, et j’ai des crampes.

3. Quand j’avais cinq ans,
je m’ai perdu. Je m’ai jamais retrouvé.

4. Le collège c’était
une immense usine à intellos avec un grand parc. Il y eut la première mixité de l’histoire de l’instruction laïque et obligatoire, et j’ai découvert que les filles étaient des trucs dont on pouvait tomber amoureux.

5. Je n’oublierai jamais
que je dois 15 000 euros à mon meilleur copain, qui ne l’est plus.

6. Une fois, j’ai rencontré un mec une fille
qui m’a exposé la théorie de la relativité. Je n’ai rien compris, et pourtant elle tournait.

7. Il y a ce type que je connais
depuis si longtemps que je crois bien qu’il n’est jamais né. Une sorte d’immortel qui a toujours été présent, sauf la fois où il a eu envie de me faire une blague : il est mort sans prévenir, mon père.

8. Une fois, dans un bar,
j’ai mangé un palmier à l’ombre d’une orange. Etrange, étrange, étrange.

9. A midi, en général,
c’est cantine pour tout le monde, et moi je blogue.

10. La nuit dernière,
j’ai dormi.

11. Si seulement
je pouvais bavarder avec Héraklite.

12. La prochaine fois que j’irai à l’église,
je fracturerai un tronc pour le donner à un cul de jatte.

13. J’aime bien
rouler sur les trottoirs avec mon catxcat.

14. Quand je tourne ma tête à gauche,
je vois Fabius et des boutons me poussent sur le nez.

15. Quand je tourne ma tête à droite,
je vois Sarkozy et les boutons coulent leur pus.

16. Tu sais que je mens
quand je blogue.

17. À la fac,
ya des petites fleurs ya des petites fleurs, enfin il paraît parce que je n’y ai jamais mis un bouton.

18. Si j’étais un personnage de série télé,
avec mon gros flingue en vrai j’anéantirais toute l’équipe de tournage et toutes les équipes de tournage de toutes les séries télé et tous les producteurs de toutes les équipes de tournage de toutes les séries télé, il n’y aurait plus de série télé à la télé et je pourrais dormir avec ma femme.

19. Le même jour l’an prochain,
j’espère être en train de bloguer à midi. Sinon vous irez cracher sur ma tombe.

20. Le pseudo qui m’irait le mieux
est le nom que me donnera ma fille le jour où enfin elle se décidera à m’appeler par le nom que j’aimerais entendre.

21. J’ai du mal à comprendre
les femmes qui se réjouissent de voir leur fils réussir un attentat suicide.

22. Si je retourne à l’école demain matin,
vu ma tête et mon âge on va m’accuser de pédophilie.

23. Tu sais que je t’aime bien,
et tu fais semblant de ne pas me connaître quand je te croises dans la rue.

24. Si je gagne un prix
ce ne sera que justice, et pas trop tôt.

25. J’espère que 2006
ne sera pas une année bissextile. Je hais le mois de février presque autant que le mois de décembre.

26. Suivez mon conseil,
ne suivez aucun conseil.

27. Le meilleur des petits déj
est celui qu’on prend le matin d’une journée de catastrophes mais on ne le sait pas encore.

28. La chanson que j’adore mais que je n’ai pas
est la chanson du maçon que Claude chante avoir chantée devant ses volets verts mais qui ne nous a jamais chantée à nous, et il est mort un trois mars en nous laissant sa fin sur notre faim.

29. Si vous visitez ma ville natale,
vous irez fracturer un tronc de la cathédrale Saint-André et vous ferez un don à un cul de jatte.

30. Pourquoi personne ne dit
que je suis beau.

31. Si vous passez la nuit chez moi,
n’oubliez pas votre équipement de survie.

32. Le monde peut très bien se passer
de moi, mais moi je ne peux pas me passer du monde.

33. Je préfère torcher le cul d’un éléphant
que traverser un pont de singe, surtout si l’éléphant me suit.

34. Le mieux
est l’ennemi du bien. Trop facile.

35. Eh, au fait,
on gagne quoi à ce jeu ?

Voilà, c’est fini, j’envoie puis je vais faire un tour chez Labosonic et Lewis. Il me retournera son Clarke.

jeudi 26 janvier 2006

Europe #4.2 - Le fantôme du cataclysme.

2. C'est la fête.

Ainsi, l’apocalypse dont les nons se plaignaient d’être menacés n’a pas eu lieu. Tout va bien, aucun char à l’horizon, aucune déroute, aucun Blücher. Le ciel n’est pas tombé sur les gaulois, la terre ne s’est pas arrêtée de tourner. Les allemands hochent la tête même pas surpris, les américains ne comprennent rien mais ce n’est pas neuf, les polonais se frottent les mains, les turcs repartent dans leur pays du moins ceux qui y sont déjà les autres restent ils ont d’autres sœurs à fouetter, les marocains immigrent et les cerveaux fuient. La routine, tout sera désormais comme avant.

Les nons ricanent : alors, votre cataclysme, c’est pour quand ?

Laurent Fabius met François Hollande à la porte, et toute sa clique d’incapables, Aubry, Lang, Strauss Muche, Delanoix et hop je le renomme pour un calembour à la noix, enfin tous, tous ces ouiouinéolib comme ils disent sans savoir ; enfin seul. Il conclut une alliance électorale avec la Buffet et le facteur et un pacte de non agression avec Emmanuelli. Mais c’est que c’est un grand manœuvrier, Laurent le mirifique, n'est-il pas ?

Raffarin est parti. Tout le monde savait qu’il partirait, tout le monde avait remarqué qu’il était déjà parti depuis longtemps ; ce qui n’aura pas empêché les nons de proclamer qu’ils ont eu sa peau. Trop fort, les nons. Tout le monde savait que les nons ne voteraient pas pour des raisons de politique intérieure, mais quand même c’est si bon de dire qu’on a eu sa peau. C’est si bon, chantait Louis Armstrong.

Envoyé le 12 mai 2005 à 13h45 - à suivre

vendredi 20 janvier 2006

Europe #4.1 - Le futur antérieur



Lundi 30 mai 2005. La nuit a été claire. Premier quartier de lune descendante, pas un nuage à l’horizon. La petite chaleur de fin de journée la veille au soir a fait place à la fraîcheur d’un joli matin de printemps. Les derniers fêtards un peu étourdis rentrent chez eux et les machines vertes à nettoyer les caniveaux commencent à ronronner. Il est cinq heures, mais je ne dirai pas que Paris s’éveille, Paris n’a pas dormi de la nuit ; on connaît la chanson et je n’ai pas sommeil. Aucune apocalypse ne s’est abattue sinon peut-être dans ma tête, mais tout le monde s’en fout et tout le monde a raison.

Un tréteau tricolore était installé place des Pyramides et toute la nuit le heavy metal a fait trembler les Tuileries. Heavy metal ou chants militaires ou n’importe quoi d’autre ou tout ce que vous voudrez, je n’étais pas dans les parages et je ne sais pas ce qu’ils ont joué et dansé, les nons.

Un tréteau rouge et rose était installé place de la République et toute la nuit a tourné sur le tango, le jazz et la java, le rock, le rap, et tout ce que l’univers connaît de créativité musicale. Vous en savez plus long que moi sur la question. Il y a même eu du heavy metal, mais je ne crois pas qu’il y ait eu des chants militaires. Je n’étais pas dans les parages mais je sais ce qu’ils ont joué et dansé, les nons.

Cinquante-trois virgule dix-sept. Qu’il est beau ce nombre rationnel, celui sur lequel se lève le joyeux soleil de mai.


lundi 16 janvier 2006

Europe #3 - Il y a des guillemets partout.

« NON à la constitution européenne ».

La constitution a tous les défauts qu'on lui attribue. Elle proclame la loi du Marché, elle propose la privatisation des Services Publics, elle libère la circulation des hommes et des biens mais est-ce un péché, d'ailleurs, de libérer la circulation des hommes et des biens, elle se vautre dans le capitalisme débridé que nous haïssons tous (ou presque), ou que nous prétendons haïr tous (ou presque).

C'est grave docteur ?

Ce n'est pas grave, mon enfant, car l'ensemble des traités que cette constitution vient remplacer a exactement les mêmes défauts, en un peu plus pire, depuis le traité de Rome jusqu'au maltraité de Nice.

Voter NON revient donc à refuser au Parlement européen les quelques pouvoirs qu'il y récupère au détriment de la Commission et du Conseil, dont personne ne viendra me dire qu'ils sont dangereusement gauchistes. On me dit, a la sinistra, que le Parlement non plus n’est pas franchement de gôchhh, d'accord ; la isquierda répond que c'est NOTRE affaire de le voter ce parlement là et d’en faire ce qu’on veut, au lieu de nous abstenir comme des manches sous prétexte que les élections européennes c’est de la roupie de même pas dix sonnets.

Voter NON revient à rejeter la charte des droits fondamentaux, qui ainsi grâce à ce NON révolutionnaire va rester un recueil de voeux pieux alors qu’elle pourrait devenir CONSTITUTIONNELLE, ce qui signifie que toi ou moi pourront saisir le juge de tout manquement à cette charte. Ce parapluie est bien plus résistant que les nons font mine de croire.

Voter NON revient à refuser l'idée que le Marché puisse avoir une dimension "Sociale", d'accord le mot Social est un gros mot mais au moins il est écrit, alors qu'il n'existe pas même à l'état d'embryon dans les traités antérieurs où le NON va nous faire retomber. Depuis quand écrire quelque part à gôchhh le mot Social serait-il anodin, depuis quand serait-il suspect ici et légitime là ?

Il est indubitable et certain ce n’est pas tout à fait un pléonasme, qu’elle est ouvertement capitaliste la société dans laquelle se situe explicitement cette constitution : les pays qui constituent notre Europe le sont tous et le combat n’aura pas de fin, ce n’est d’ailleurs qu’un début n’est-ce pas ? Je garde les mots capitaliste et constitution pour simplifier, tout en sachant qu’il a capitalisme et capitalisme, constitution et traité, et toutes les nuances si commodes pour noyer la cigale.

Voter NON ne changera rien à cet état de choses et nous enlève toutes chance d'en changer. La constitution donne à ceux qui veulent vraiment changer plus d'armes qu'ils n'en avaient sans cette constitution, la première d'entre ces armes étant un pouvoir accru du Parlement Européen. Nous y sommes, dans cette société, plongés jusqu'au cou, qu'on s'en réjouisse ou qu'on le déplore. Je soupçonne certains nons de ne pas vouloir changer, c’est tellement confortable un bon adversaire bien épais pour hurler à la mort contre lui.

Ainsi, le oui nous donne des moyens de poursuivre par exemple en élisant un parlement européen à notre image, qui aura les armes pour freiner les ardeurs de nos ultras (oui, je leur place le mot ultra, sinon ils ne comprendraient pas, il leur faut toujours un ultra quelque part). Le non nous laisse dans l’état hébété où nous sommes aujourd’hui, pour longtemps.

Moi, si j'étais un bon vieux réac des familles, assez soucieux des profits de ma petite entreprise pour jeter aux orties les droits de tous ceux qui viendraient rogner mes prérogatives et empocher mes petits sous, je n'hésiterais pas une seconde, je voterais NON.

C'est peut-être ce que je suis, d'ailleurs, allez savoir, un vieux réac des familles.

Alors nous devons savoir choisir. Si nous n'avons pas peur d'une proximité, d'une intimité même, avec nos voisins, de la Finlande au Portugal, de l'Ecosse à la Crête, si nous sommes assez fiers de nous-mêmes pour nous estimer insolubles dans le grand méchant melting pot, si nous pensons que la construction de l'Europe est la grande aventure de notre génération et des suivantes, par laquelle notre propre culture sera renforcée, oublions les craintes catégorielles et les calculs politiciens, oublions Chirac et Fabius, l'extrême droite polonaise et les subventions grecques, le christianisme messianique et l'islam rampant, et votons OUI.

Oui je sais, Chirac aussi vote OUI. C'est bien la raison pour laquelle il faut l'oublier avant d'aller voter OUI.

Et si vous avez peur de tout cela, votez non.

Envoyé (en vain) le 6 mai 2005

vendredi 6 janvier 2006

Europe #2 - Langue de bois.

2. Langue de bois.

J'aime bien Romano Prodi. Il a un cheveu sur la langue et il parle italien comme parlent les italiens dans Tintin lorsqu’ils parlent wallon, sauf que Romano Prodi parle ainsi même quand il parle italien. Mais ce n’est pas seulement une question de particularité langagière.

Il quittait à l’époque la présidence de la commission européenne, vous savez, cette assemblée de gnomes qui viennent nous chatouiller les orteils quand nous dormons, et qui nous font sans cesse le coup de l’ultra-catastrophe. Vous les connaissez tous, ces valeureux combattants qui sans cesse stigmatisent l’ultra-machin, à vous de poser ce que vous voulez à la place de machin, et qui se croient ainsi dispensés de tout autre argument. Il faut toujours poser ultra devant ce qu’on veut noyer. Alors, pour faire comme tout le monde, je parle d’ultra-catastrophe, en sachant parfaitement que je ne veux rien dire en le disant.

Il est devenu aujourd’hui sans tambour ni trompette le plus sûr combattant contre la perversion berlusconienne. Je ne sais pas s’il va gagner ce combat paisible, mais, comme un italien bien de chez lui, il arrange ses bidons sans faute depuis qu’il a abandonné nos choux de Bruxelles pour rejoindre ses brocolis.

Alors voici ce que j’écrivais à son propos l’an dernier.

Il n’y a qu’un cheveu sur la langue à Prodi, prodigieux cheveu, cheveu d’Europe en bois, qui ne tient que par lui, que par un cheveu. Un cheveu de forte constitution.

Solide déjà ce cheveu depuis l’antiquité, n’avait-il pas fallu qu’il résistât quand Jupiter s’en saisit pour entraîner à travers les mers Europe la belle libanaise brune au long cheveu, loin là-bas au-delà des colonnes, loin, un petit peu plus à l’ouest du Tournesol. Un petit air de Crête, peut-être.

Jupiter le roi des Italiens, des italiens de ce temps-là, des Romano de ce temps-là.

Nous le savons tous, à nous en arracher les cheveux sur la langue de bois, il vaut mieux un Jupiter lubrique qu’un grand Dieu et son train.

Il faudra bien un jour qu'on oublie l'Europe de sang, qu'on cesse de nous sculpter une Europe de bois, pour enfin caresser une Europe de chair, par exemple celle aux longs cheveux venue de l'Orient, qui nous attend quelque part entre la grande île et les colonnes d'Hercule, et de la source du Méandre à l’estuaire du Tage.

Ecrit le 4 mars 2004, revu le 25 octobre 2005.

jeudi 22 décembre 2005

Europe. Introduction.

1. Intro.

C’est drôle. La Pologne s’est offert un président populiste, issu du glorieux syndicat Solidarnosc qui fit l’admiration des foules, et l’on sait aujourd’hui les remugles qu’il cachait, ce syndicat glorieux. Attribut principal du populiste de base, la détestation de l’Europe, celle que nous aurions pu construire. Voilà les polonais qui viennent au secours des pourfendeurs d’Europe sous prétexte d’invasion par les polonais.

L’emmêlement des pinceaux atteindrait ici son comble, n’était l’étrange ressemblance des arguments populistes à travers le continent, n’était cette nouvelle forme d’internationalisme qu’est la réciproque xénophobie. Je te hais, tu me hais, nous sommes bien d’accord haïssons nous les uns les autres. Ne venez pas prétendre que vous n’êtes pas xénophobe et allier le mensonge au rejet. Vous le savez très bien, bande de nons, que la xénophobie vous emboîte le pas et que votre vague est celle qui la porte le mieux.

Ne me prétendez pas pour faire diversion chantre béat de l’aimons nous les uns les autres, ni béat ni pas béat je ne crois plus depuis longtemps à cette sornette.

Je suis parti fouiller dans mes armoires poussiéreuses et j’y ai retrouvé des textes que j’avais cru devoir écrire à l’occasion de la préparation au référendoume. J’y ai apporté quelques retouches, il faut bien se mettre au goût du jour si tant est que le jour ait un goût, que le jour ait du goût. Je les renvoie, ils sont ma bloghumeur de maintenant comme ils étaient ma forumeur d’alors. A peu de choses près. Voici.

Enfin, je dirais plutôt voilà, parce que ce sera pour l’année prochaine, bande d’impatients, la suite.

jeudi 8 décembre 2005

Lettre à une jeune suicidée #5/5.


21/07/2004 à 14h29.

Pendant six heures, six jours, six mois, six ans, tu as vécu une folle passion. C’est ce que disent les gens, c’est ce qu’ils disent que tu leur disais ; une folle passion, cet écran de fumée qui cachait ton délabrement intérieur. Un midi ensoleillé, l’écran s’est dissipé et le délabrement est apparu. L’amour n’a rien à voir dans cette histoire ; il faudrait savoir pourquoi ce délabrement, d’où il vient. On n’avancera pas d’un centimètre, parce qu’on est proche d’un de ces mystères vertigineux dont la seule pensée donne le frisson, quand bien même on pourrait le percer. Ne crains rien, personne ne peut le percer, puisque tu ne l’as pu. Encore ce monstre secret, n’est-ce pas, le monstre sacré.

Je n’avais pas fini ma liste à rebours. Sur cette liste il reste tes parents. Tes parents, hébétés. Ils sont bien incapables de comprendre quoi que ce soit, maintenant. Ils sont là, deux vieux cons qui se tiennent la main au milieu du carrefour, et la circulation hurlante qui tournoie. Parfois ils croisent le regard d’un conducteur, plus tranchant qu’une guillotine. Tu les as laissés là, sur le rond-point, ils y sont pour le restant de leurs jours.

A l’instant même où d’une pichenette tu as fait basculer le tabouret, tes yeux ont eu ce petit pli que je connais bien : tu as pensé à eux et à ce qui leur resterait à vivre, à cet instant même. Je ne sais pas ce que tu as fait de cette pensée ; est-ce qu’elle t’a poussée, est-ce qu’elle t’a retenue mais trop tard ? Une seule chose est sûre, tu ne souffres plus maintenant, et ce qu’on peut en dire ou ne pas en dire t’indiffère totalement. Te plaindre n’a plus de sens, percer ton secret n’a plus de sens, comprendre n’a plus de sens ; tu es sortie du champ des tords et des raisons.

Il y a une urgence autrement plus violente. Peut-être bien que tes chefs vont trouver une secrète jouissance à ce qui est arrivé, comme une justification à leur existence insensée, peut-être, il faut bien dire du mal de quelqu’un, au risque pourtant de commettre une erreur judiciaire, que savons nous des secrets des petits chefs odieux ; mais les chefs ne m’intéressent pas. Ils sont là, tous les autres qui m’intéressent, ils m’entourent, et personne ne vient m’aider : que dois-je faire, et que vais-je bien pouvoir leur dire du poids à porter, du boulet à traîner, que tu leur as légués, à toutes ces ombres errantes, à tes amis, amants, maris, frères, sœurs ? Et que dire de ce que portent et traînent tes parents maintenant, pour le restant de leurs jours ? Alors que toi, c’est fini.

Je t’aime, ma belle inconnue, ma belle perdue. Je te berce doucement en te chantant cette chanson que tu aimais quand tu étais petite. Tu le sais bien, tu me connais, il n’est pas question que je te juge, et j’interdis à qui que ce soit de te juger. Il n’y a pas de place ici pour la double peine, faut-il qu’on soit sourd pour le répéter ! Mais je t’en veux, ma vieille, désolé, je t’en veux, tu ne peux savoir à quel point je t’en veux. Tu permets que je t’appelle ma vieille, toi qui ne le seras jamais.

Désolé de te le dire, moi, il y a bien longtemps, cette pensée là qui t’a traversée trop tard au moment de l’instant même, cette pensée là trop tard de ceux qui restent dans le carrefour, est celle-là même qui m’avait arrêté. A temps.

C’est fini.

mercredi 7 décembre 2005

Lettre à une jeune suicidée #4/5.

4. 20/07/2004 à 11h30.

Tes parents. Tes maris. Tes amants. Tes frères et tes sœurs. Tes amis. Tes patrons. Moi.

Moi. Je ne te connais pas. C’est réciproque. Je n’arrive pas à me faire au passé imparfait ; c’était réciproque. Mais qui te dit que je n’avais pas besoin de toi, moi aussi, de ton battement de cil qui m’aurait évité l’accident de voiture qui va peut-être me foudroyer demain ?

Tes patrons. Tu étais peut-être au chômage, reléguée de stages bidons en entretiens absurdes, 30 ans d’expérience requise pour 25 ans d’âge, pour décrocher ce foutu poste mal payé. Alors tu avais au moins du temps à partager. Mais il te fallait tout garder pour toi toute seule, pour ta copine solitude, y compris ta souffrance. Tu n’étais peut-être pas au chômage, avec un patron peut-être épouvantable, ils existent ces patrons là ; mais alors tu savais bien quels collègues se seraient démenés pour te protéger, et tu savais que parfois il existe ces choses nommées syndicats. Il est de bon ton de les dénigrer, les syndicats, ce collectivisme rampant, mais voilà, parfois ils servent. Là aussi, il t’aurait fallu partager.

Tes amis. Ils ne demandaient qu’à t’entraîner dans leur fête, l’autre vendredi, mais ils n’étaient pas digne de toi, n’est-ce pas, de ton orgueil démesuré.

Tes frères et sœurs. Il faut se les farcir, les frères et les sœurs, parfois. Mais peut-être que fille unique, tu ne connais même pas ces mots, frère et sœur. Alors tu avais six milliards de frères et de sœurs qui n’attendaient que toi. La formule est facile, pardonne moi, je ne recommencerai plus, à quoi bon. Tu as simplement détruit l’humanité entière, le sais-tu ? Tu le sais. L’humanité haïssable dont nous sommes, pourtant.

Tes maris, tes amants. Je ne vais pas entrer dans ton lit, un petit 90 tout glacé. Le chagrin d’amour, la solitude du corps, la peur du plaisir, de l’abandon. Alors les hommes se sauvent en courant, avant, pendant, après, match de foot ou cigarettes. Les hommes sont veules, inconstants, égoïstes, impatients, toutes les femmes te le diront. Toutes les femmes ne se suicident pas. Pire, il leur arrive de s’abandonner, et les hommes les trouvent belles à ce moment-là. Pire encore, parfois elles ne le regrettent pas. S’abandonner, quelle horreur, pour toi si digne devant ta glace, tu ne t’aimes pas, mais tu t’admires. Ou plutôt, tu admires l’image à laquelle obstinée tu t’accroches. Juste une image dans un miroir.

Ce n’est pas une affaire de sévérité ni de jugement, il n’y a pas de place ici pour la double peine. De quel droit te jugerait-on ? Je pense seulement, et très fort, aux survivants, voilà tout. La seule chose que j'aurais aimé t'avoir dite quand il en était temps, est que le monde extérieur n'est pour rien dans ce qui t'est arrivé, que ce fut l'aboutissement d'un long processus en toi, souterrain, silencieux, terrifiant, que nul n'est fautif dans l'histoire. Ni toi ni les autres. Mais le résultat est là : ce sont les autres qui payent comptant, et tout de suite, puis qui vont payer à crédit trois cent soixante-cinq jours par an des cent années qui viennent.

Je ne peux plus te le dire, alors je le dis aux autres ; je veux qu'ils sachent que si rien ne pourra les consoler, personne ne peut leur reprocher quoi que ce soit, et surtout pas eux-mêmes.

Il va falloir conclure.

A suivre

mardi 6 décembre 2005

Lettre à une jeune suicidée #3/5.


3. 19/07/2004 à 19h26.

Tous ces gens là t’aimaient. L’affaire est entendue, ils t’aimaient mal, ils t’aimaient à côté de la plaque, ils ne l’avaient même pas dit, pas su te le dire. Tu parles ! Tu savais parfaitement qu’ils t’aimaient, ne viens pas me raconter autre chose. Dis-moi plutôt que leur amour n’atténuait pas ta souffrance, dis-moi mieux encore, si tu permets cette nuance de taille, que leur amour n’empêchait pas que tu souffres, que tu souffrisses si tu préfères. Que serait ta souffrance s’ils ne t’avaient pas aimée, la question n’a aucun sens, ni hier puisqu’ils t’aimaient, ni aujourd’hui évidemment.

Et puis tu l’aimais bien, ta souffrance.

Tu vas te retourner vers les bonnes âmes qui affirment que personne ne t’aimait. Allons donc. Il y a au moins celui par qui nous savons ce qui est arrivé, et un seul suffit, lui seul suffirait. Un seul regard croisé, et je sais bien que tu as vu qu’il te voyait. Tu n’as aucun échappatoire : personne ne peut prétendre n’être aimé de personne.

Nous sommes ainsi, tous petits humains minables, incapables de vivre autrement qu’à plus d’un. Libres parce que seuls, disent certains, la belle escroquerie. Ce disant, ils t’ont plus sûrement aidée à attacher le nylon à la poutre ou au crochet qu’en venant te donner la main, comme on dit.

Parmi tous les liens que nous devons tisser entre nous pour survivre, il en est un nommé amour. Avec un tout petit a. L’interaction faible. Il en est d’autres. Il y a quelqu’un, au moins une personne, quelque part par ici, qui avait besoin de toi, et tu l’as trahi. Et je m’en tiens là au minimum syndical, il y avait probablement beaucoup de monde, et tu les as tous trahis.

Seulement voilà, tu l’aimais trop, ta souffrance.

jeudi 1 décembre 2005

Lettre à une jeune suicidée #2/5.

2. 19/07/2005 à 12h31.

Ils ont la plus ancienne clé, les parents, celle des limbes et du tréfonds. Ils t’ont donné naissance, bercée, portée, choyée, ils t’ont aimée, ils t’aiment ; il faut employer l’imparfait désormais, ils t’aimaient. Ils t’aimaient mal ; la clé des limbes et du tréfonds, comme tous les parents, ils ne savaient pas s’en servir. Trop présents tu étouffes, trop absents tu erres.

C’est toujours la faute des parents. Sus aux parents.

C’est la faute du mari, de l’amant, du copain, qu’importe le nom de l’homme qui traversait ta vie. Il aime mal, il n’aime pas, mais tu fais semblant de comme si. Il va il vient, éros compris, il pense à autre chose, il va et vient ailleurs, il oublie l’anniversaire ou il se trompe de cadeau ; il boit sa bière devant son foot, il va chercher des cigarettes et ne revient pas. Il avait peut-être aussi peur de ton silence buté, las de se faire rabrouer à chaque approche.

C’est la faute du mari. Sus au mari.

C’est la faute du chef. Il donne des ordres, le chef. Il demande qu’on arrive à l’heure, le chef. Il fait des plaisanteries graveleuses, le chef. Parfois il fait pire. Il faut bien un peu caricaturer le chef sinon je n’y arriverai pas. Certains chefs ressemblent à leur caricature ; d’autres peuvent être indulgents, qui savent faire tourner l’équipe sans mains aux fesses ni menaces. Il avait peut-être même remarqué que tu ne tournais pas rond ces derniers temps et avait réparti la charge ailleurs.
Peu importe, sus au chef.

Et sus aux amis, qui ont croisé ton regard triste derrière tes lunettes sans rien dire ; l’auraient-ils pu ? Ils connaissent d’avance ton haussement d’épaule s’ils te regardent plus de trois dixièmes de secondes : tu veux ma photo ?

Et sus aux frères et sœurs, qui sont les préférés de papa maman, qui font fortune en Amérique, qui font du cinéma, qui ont le prix Nobel de tout, et toi rien.